CHAPITRE IX Les Confréries de divers Saints
(Sources: Archives des Fabriques de Saint-Amable et de Notre-Dame
du Marthurcl).
Il nous reste à parler d'un assez grand nombre d'autres Confréries riomoises que, faute de documents leur donnant un caractère différent, nous devons considérer comme ayant constitué des associations de pure piété.
Cette multiplicité de fréries de ce genre n'a rien qui doive nous surprendre. Le culte des Saints, et en particulier de certains Saints fort en honneur dans TAuvergne entière, ne pouvait être négligé dans la ville de Rioni. M. le Chanoine Fouilhoux, dans sa savante Monographie (Tune paroisse (1), nous indique, avec son érudition et sa clarté accoutumées, les raisons qui ont poussé nos ancêtres à vénérer ces grands serviteurs de Dieu. Nous nous garderions d'ajouter une ligne à son magistral exposé. Qu'il nous suffise de constater qu'avant la Révolution l'église de Saint-Amable se vantait de posséder un véritable trésor d'insignes reliques d'une foule de Saints, et spécialement de ceux que la province se plaisait à invoquer de préférence. Rien de plus naturel dès lors que de voir les fidèles se grouper pour veiller à la conservation de ces reliques et pour leur servir d'escorte d'honneur aux grandes solennités religieuses.
L'énumération des richesses sacrées de notre église nous est fournie par le volume manuscrit rédigé en 1703 par Georges Courtin, à la suite de la transcription des vies en latin de saint Amablo et de saint Bénigne. C'est toutefois une autre plume que la sienne qui l'a reproduite. Cette nomen-
(1) Clermont, Beilet, 1898; voir notamment p. 110 et suiv.
clalure se rapproche très sensiblement de celle qu'un siècle environ plus tôt avait donnée Antoine Courtin lui-même dans son Inventaire de 1G29. La première est plus complète que celle-ci ; le trésor de l'église avait pu et dû s'enrichir dans l'intervalle.
Nous croyons utile de publier cette liste de 1703, car nous citons dans cette étude une vingtaine de Confréries, portant le nom de Saints dont les reliques sont indiquées comme vénérées à l'église de Saint-Amable. Est-ce à dire que nous garantissions l'authenticité de toutes les reliques énumérées dans cette nomenclature ? Nullement : en l'absence de documents précis à cet égard, nous nous tenons dans la sage réserve qu'observe l'Eglise elle-même. Gomme le remarque M. le chanoine Fouilhoux, a les erreurs sur l'identité des reliques ont été si nombreuses » qu'il ne faut se prononcer qu'à bon escient ; et il est certain que la foi naïve de nos pères a pu parfois être entretenue dans une pieuse illusion par des similitudes très fréquentes dans les noms de Saints ou par des assertions insuffisamment contrôlées. Aussi bien, en quoi ces circonstances pouvaient- elles altérer leur piété de bon aloi, faite avant tout de simplicité et de sincérité ?
a Tous fidèles chrétiens, dit le registre de 1703, faisans et élargissans leurs aumônes à la Fabrique de céans, gagnent de grands pardons et indulgences octroyées par les sains papes de Rome.
» Et il y a céans de saintes et dignes reliques comme s'ensuit :
» Premièrement ;
» Des cheveux de la glorieuse et sacrée Vierge Marie, et de ses saints vêtements (1) ;
K Le corps de saint Amable entier ;
(1) L'église possédait-elle réellement un trésor aussi inestimable? Antoine Courtin se contente de dire, en 1629: a Un reliquaire de Nostre- Dame en forme de cloches, le pied de cuivre, et le reste de gros argent, qui s'ouvre en forme de boeLle. »
» La sainte boete qui lui fut envoyée de Dieu par son saint ange en disant la messe, où se fait de grands miracles (IJ ;
» Une partie du corps de saint Bénigne, patron de la ville ;
D Du bois de la croix de saint André, apôtre ;
y> Du cerveau de saint Gefvais avec un os du gosier ;
î Des côtes de saint Protais ;
ï> Un os de sainte Anne et de ses vêtements ;
D La dent de Monsieur saint Amable, laquelle on baille à ceux qui sont touchez du venin ;
» De la pierie du sépulchre de sainte Genevièfve ;
-» La châsse qu'on porte au feu là où sont les vêtements du glorieux saint Amable ;
» Des pierres desquelles le glorieux saint Etienne fut lapidé (2) ;
i> Le marbre que saint Gai avoit quand il disoit la messe ;
» Des vêtements de saint Vincent, confesseur ;
» Un os de saint Biaise ;
D Des vêtements de saint Joseph ;
» Des vêtements de saint Joachim ;
ï> Un os du corps de saint Sébastien ;
» Un os et de la chair vive de sainte Elisabeth ;
D Du bois de la sainte Croix de Notre-Seigneur.
» Aux autres, il y a pardon octroyé de plusieurs cardinaux impétré par les prédécesseurs de la maison des Bernards ;
» Le chef de sainte Ursule ;
j) Des os des sains Innocens ;
» Du sépulchre de Notre-Seigneur ;
D De la crèche où Jésus-Christ naquit ;
h Du pilier où Dieu fut flagellé ;
(1) On connaît la gracieuse légende qui s'est de tout temps racontée à ce sujet. Le patriotisme jaloux des Riomois et leur ardente vénération pour saint Amable ne pouvaient manquer de les porter à se croire détenteurs de cette merveilleuse relique.
(2) Antoine Coiirtin s'exprime ainsi : « Un reliquaire de saint Etienne, fait d'argent en platine et forme de croix, où sont enchâssés cinq cailloux, entourés de pierreries. »
» De la porte dorée ;
» Du sépulchre de saint Augustin ;
» Des reliques de saint Pierre et de saint Paul ;
» De saint Grégoire, pape et docteur de l'Eglise ;
j> De saint Nicolas (1) ;
j> De saint Amand ;
j De saint Jacques;
p De saint Fiacre ;
j> De saint Roch ;
» De saint Loup ;
» De sainte Catherine (2) ;
ï De saint Mathuiin, par lesquelles les gens insensés et fols guérissent ;
D De saint Ferréol ;
î De saint Yves, confesseur ;
» De saint Louis, roy de France (3);
D De saint Antoine ;
D De sainte Marthe ;
j> Des saints Gosnie et Damien ;
y> De saint Prix, fondateur de l'église de céans après la mort de saint Amable ;
» De saint Georges ;
î De saint Ambroisc ;
» Des saints Tiburte et Valérien ;
i De saint Gênez, pape.
» Des saints Girice et Julite.
» Grux de petra stellae ;
ï De saint Honoré ;
» De saint Hiérome ;
» De sainte Barbe ;
» De saint Martin ;
» Des saints Grespin et Grespinien ;
(1) Antoine Gourtin dit : a Du sépulcre de saint Nicolas ».
(2) Antoine Gourtin parle « de son sépulcre » et de ses reliques. (3j Antoine Gourtin n^ parle que « du sépulcre » de saint Louis.
int Claude ;
int Ligier ;
int Vincent, martir ;
int Mathieu, apôtre ;
inte Magdelaine p
int Laurent ;
int Barthélémy;
[nt Benoist ;
int Maurice ;
int Julien ;
int Elisée ;
Lnt Bonaventure ; » Item la chapelle des Seriers a des reliques, sçavoir : » Un os du cerveau de saint Denys et Pos du doigt dudit saint ;
» Item une côte de saint Désidérat, évêque de Clermont ; » Item d'une pierre du sépulchre de Notre-Seigneur » (1).
» De sa » De sa D De sa » De sa » De sa D De sa 7> De sa » De sa » De sa » De sa » De sa » De sa
Parmi les Confréries par la fondation desquelles la ville de Riom avait tenu à manifester sa vénération pour les Saints, nous avons à signaler tout d'abord celle de saint Jean-Baptiste. Le nom de ce saint était à la fois très populaire et très répandu dans la cité. Une église, annexe de la métropole paroissiale, lui avait été consacrée dès les premiers âges : c'est dans cette église que se faisaient les baptêmes et les mariages, à l'exclusion de celle de Saint-Amable. Un quartier de la ville porte toujours le nom du précurseur du Sauveur, et une statuette figurant le Saint est encore aujourd'hui appendue à l'angle d'une maison qui fait face à l'ancien baptistère, supprimé par la Révolution.
Nous ne savons de la Confrérie de saint Jean-Baptiste que rhistoire de ses démêlés avec la Marguillerie pour la sonnerie de ses jours de fête. Le 3 septembre 1656, les marguil-
(1) Antoine Courtin compte encore dans le trésor de Saint-Amable le pied de saint Thomas et des reliques de sainte Marguerite et de sainte Anastasie, que i.ous ne retrouvons pas dans cette liste.
liers menacent ses bailes, qui ont sonné sans leur permission et sans payer le droit, de les assigner s'ils ne s'acquittent au plus tôt de la redevance accoutumée. L'année suivante (22 juillet 16^7), ils leur pei mettent cependant de sonner une cloche. Nous avons, en outre, rencontré un exploit du 23 juin 1630, signifié à la requête des bailes de Paint Jean-Baptiste au Chapitre de Saint-Amable à l'occasion de l'office de la fête de leur Patron.
Saint Antoine, ermite, n'était pas moins vénéré. Une rue porte encore son nom, et la statue de ce Saint, datée de 1550 et placée dans une niche que surmonte un dais style Renaissance, orne toujours Tangle d'un vieux carrefour de l'antique quartier des Tanneries. La maison dans l'angle de laquelle elle est placée offre un certain caractère architectural. Sa porte, ses fenêtres, son ornementalion qui sont aussi du style Renaissance, tout indique qu'elle devait être le siège d'une famille ou d'une corporation opulente. Le bassoir de la fenêli'e du premier étage de la tour rectangulaire qui contient l'escalier de la maison est soutenu par une large pierre, sur laquelle se détache, en caractères gothiques, l'inscription suivante, martelée sans doute pendant la Révolution : « Pax huic domui et omnibus habitantibus in ea. A. D. MDXLllIl ». Cette inscription est précédée par le monogramme de Jésus, Sauveur des hommes, et suivie par celui de la Vierge Marie.
Une procession publique se faisait jadis en l'honneur de saint Antoine, et une Confrérie se chargeait de soutenir l'éclat de son culte.
Les bailes de cette Confrérie, Messieurs Antoine Bonnet, prêtre habitué de Saint-Amable, et Antoine Delaville, bourgeois, font, le 20 janvier 1650, don à la Marguillerie « d'une image de saint Antoine d'argent fin en relief, pesant 4 marcs 3 onces 6 deniers, dans lequel sont les reliques de ce saint, à la charge de leur prêter cette représentation la veille et le jour de la fête, et de l'exposer sur une table dont les aports appartiendront à la Marguillerie » ; ils se réservent
aussi le droit de faire porter cette « image » à la procession de saint Antoine par la ville.
Nous retrouvons le nom de la Confrérie mentionné dans les fastes riomois un siècle plus tard, ce qui prouve la persistance de sa vitalité. « Le 18 janvier 1778, jour de la célébration de la fête de saint Antoine, MM. Fontanier, chanoine de Saint-Amable ; Delarbre, vicaire; Gromont, conseiller, et Chassaing, avocat, bailes de la Confrérie, firent placer une table en haut de la nef et sous les marches du grand- autel pour y placer la représentation du saint; ils s'y placèrent audevant dans des fauteuils; il y avait, à droite, des chaises pour les bailesses. Le 19, ils y firent célébrer une messe de morts ; il y avait un catafalque dans la nef » (1).
Une chapelle de l'église de Saint-Amable était spécialement dédiée à saint Jacques (le Majeur), l'un des patrons du sanctuaire. Elle se trouvait « proche l'entrée de l'église ». Elle était fort fréquentée, si l'on en juge par ce fait que le prêtre Monichon y avait fondé sa vicairie (2), et par cet autre qu'il fallut des décisions de justice (22 décembre 1637, 15 août 1664) pour interdire aux prêtres de Saint-Amable de dire la messe à l'autel de Saint-Jacques le dimanche, de 7 à 10 heures. Les marguilliers, <f ayant plus particulièrement dévotion de réparer » cette chapelle, donnent, le 23 décembre 1691, trente livres pour contribuer à sa décoration, et ce sur les remontrances que leur fait « M. Sauvageon, chanoine semy-prébendé d.
Cette Confrérie avait été fondée le 26 juillet 1624 par un acte que nous avons eu la bonne fortune de rencontrer dans les minutes de l'étude Teilhot, notaire à lliom, et que nous transcrivons textuellement :
« Personnellement establys, M° François Boudet, pâtissier, Jacques Mosat, Pierre Rossignol, Biaise Ganisnet, boulan-
(1) Journal d'Antoine Messeix, p. 216, Riom, Jouvet, 1905.
(2) Supra, p. 114.
ger, Jehan Bouyes, laboureur, Michel Delapierre, laboureur, François Roux, coureur (?), Jehan Clerc, cordonnier, Jehan Fauchier, charpantier, et Amable Robin, laboureur, Annet Moreau, blanchisseur, Jehan Lesme, laboureur, Anlhoyne Peyrol, laboureur, Guilhaume Thomas, Pieri'e iMarlin, boucher, Jacques Thonye, François Tonain, meusnier, Gabriel Barrière, Barthélémy Duret , meusnier, Estienne Boudry, Anthoine Guilhot, tous habitantz de ceste ville de Rion, lesquels, de leurs bons grés et bonne volonté, tous unanimement reconnaissent et ont recogneu avoir faict et érigé une confrérie dans Tesglize Saint-Amable de ceste ville de Rion et en Thonneur Saint-Jacques, et ont promis tant en général qu'en particulier d'observer et entretenir icelle confrérie leur vye durant, et tout ce qui sera faict par les baysles de lad. frérie et qui seront nommés par lesd. partyes ung chacun an, de l'entretenir et de paier chacun leur part et pourtion des frais qu'il conviendra faire tant pour le divin service qui se faira que lumière où et quant le prix du reynage qui se faira ung chacun an ne sera bastant (1) pour parvenir à tous lesditz frais ; lesquels baisles qui seront nommés seront tenus de rendre compte ausditz confrères susnommés de tout le maniment qu'ils feront une chacune desdites années en ladite frérie. Comme aussy se sont promis respectivement l'ung l'autre d'adsister au divin service qui se faira dans lad. esglize Saint-Amable, ung chacun an, ledict jour et feste vSaint-Jacques, que à la messe de mort qui se dira le lendemain, si n'est que en cas d'absence ou maladie, et le deffaillant d'eux paiera à ladicte frérie une livre de cire au profit de ladicte frérie. Comme aussy ont promis lôsdictes partyes que où et quant l'ung d'eux viendra à décedder, ilz seront tenus tous par ensemble d'aller conduire le corps aux torches dans l'esglize où le corps sera enseveilly sur la mesme peine contre le défalhant d'une livre de cire au profict de ladicte frérie. A tout ce que dessus lesdictes partyes ont promis res-
[■[) Vieux mot qui signifie suffisant.
pectivement tenir, attendre et observer inviolablenient, et à ce faire ont obligé tous et ung chacun leurs biens meubles, immeubles, présents et advenir. Lesquelles partyes ont nommé pour leur prieur ez ladicte l'rérie ledict M^ François Boudet, auquel lesditz baisles seront tenus de randre compte qui servira et tiendra autant que s'il avoit été randu à la présence desditz confrères... Faict à Rion dans le logis dudict M^ François Boudet en présence de François Bardon, clerc, et François Ghazal, aussi clerc, demeurant audit Rion, soubsignés, ainsi que lesditz Barrière, Ganinet, Delapierre ; les autres partyes ont dict et déclairé ne sçavoir signer, de ce enquises, le vingt sixiesme jour de julhet mil six cents vingt quatre, avant midy. (Signé) Ganinet, Barrière, Michel Delapierre, Bardon, Ghazal. Octroyé à Riom par le Roy, Teilhot, notaire ».
Gette Gonfrérie était une de celles qui montraient le plus de zèle à sonner en l'honneur du Patron. Le 24 juillet 1667, les marguilliers commettent l'imprudence de permettre à ses bailes de sonner la grosse cloche le jour de leur fête. Aussitôt cinquante personne courent au clocher, et pendant a près de deux heures » font parler « Amable ». La grosse voix du bourdon assourdit toute la ville. En vain, les marguilliers conjurent les sonneurs de calmer leur joie par trop bruyante ; en vain, des supplications ils passent aux menaces. Force leur est d'attendre que la lassitude accable les bras vigoureux des confrères, fiers de leur exploit. Ils doivent se contenter de délibérer que dorénavant « les cloches ne seront plus sonnées que par le secretain d, et que les bailes paieront trois livres à la Marguillerie.
Gette Confrérie n'était évidemment pas la même que celle des tanneurs établie au Marthuret.
Le registre capitulaire de Saint-Amable, de 1591 à 1603, parle d'une frérie de saint Glaude ; et celui de 1616 à 1630 indique que le Ghapitre a décidé de faire rendre compte par les anciens bailes de cette Gonfrérie.
M. Courtin, doyen de Saint-Amable, « en qualité de directeur de certaines personnes de cette ville de Riom qui ont dévotion à saint François de Paule », prie, le 29 novembre 1681, les marguilliers d'accorder à ces personnes « la place qui est entre les deux derniers piliers de l'église, au-dessous de la chapelle de la Résurrection, faisant démolir la muraille qui est dans l'église, et construire un vas ou cave pour y être enterrés, pour construire une chapelle de l'étendue de ladite place qui est entre les deux piliers, sans pouvoir élever la voûte plus haut que la fenêtre qui prend jour dans le cimetière », à la charge de payer 1)00 livres et de supporter toutes les réparations et constructions. L'offre était tentante : les marguilliers se hâtent de l'accepter.
Nous avons vu que des Religieux de Saint-François de Paule avaient quelque temps résidé à Riom et desservi la vicairie fondée à la chapelle de la Recluse (1).
La statue de ce saint pare encore de nos jours la maison qui forme, du côté ouest, l'angle des rues de l'Horloge et Malouet (2).
Les registres de la Confrérie de la Nativité de Notre-Dame, établie au Marthuret, parlent d'une Confrérie des saints Abdon et Sennen (30 juillet). Le reinage de cette Confrérie produisait 7 livres et les libéralités recueillies par elle 7 livres 10 sols.
Les manuscrits des archives de la même église révèlent aussi l'existence d'une Confrérie des saints Anges Gar-
(1) Supra, p. 183.
(2) Nous ne pensons pas qu'on puisse voir dans cette statue l'image de saint François d'Assise. L'existence d'une Confrérie de Saint- François de Paule nous induit à croire que c'est plutôt ce Saint que nos ancêtres ont voulu honorer de la sorfe. S'ils eussent élevé une statue à saint François d'Assise, une confrérie n'eût pas manqué de se former pour veiller sur elle : or, nous n'avons trouvé nulle part trace à Riom d'une association de ce nom. — Les Annales Franciscaines (1876, page 590, note) nous apprennent que les FF. MM. Récollets vinrent à Riom en 1618; « mais comprenant qu'ils ne pouvaient rendre de grands services dans cette petite localité, qui était déjà enrichie de deux autres couvents de Franciscains, ils se retirèrent en 1643. »
diens, qui payait 6 livres au Chapitre pour la célébration de sa fête.
Au Marthuret encore, nous trouvons une Confrérie de Saint-Roch, qui n'avait aucun rapport avec celle des apothicaires. Cette Confi'érie, le dimanche qui suivait le 15 août, faisait exposer le Saint- Sacrement dans le sanctuaire avec la même solennité que le lundi de Pâques, et après compiles le célébrait par une procession solennelle. La bénédiction était suivie du chant du De profundis. La grand'messe se disait au grand autel. Le lendemain, lundi, était chantée une grand' messe de morts pour les confrères défunts : on la sonnait la veille et le jour. Le second dimanche de carême, cette Confrérie faisait encore exposer le Saint-Sacrement au grand autel avant tierce et avant none (1). Elle payait au (^^hapitre une redevance annuelle de vingt-quatre livres.
Saint Biaise était aussi en grand honneur au Marthuret. Le 3 février, le sacristain exposait les reliques de ce Saint ; après la messe il partageait « avec les bailes de la Confrérie les cierges qui leur avaient été donnés par les fidèles ^), et en conservait « les deux tiers d. Ce partage amenait, paraît-il, des discussions qui prirent fin par une transaction entre les intéressés. Une procession avait lieu, comme pour toutes les Confréries du reste, avant la grand'messe ; puis, se disait la grand'messe du chœur, qui servait pour la Confrérie, à l'autel désigné pour elle. Enfin, un salut était donné après compiles ; le De profundis terminait la cérémonie. Le lendemain, une messe basse était offerte pour les morts. Le 6 janvier 1787, les bailes de Saint-Biaise obtinrent la permission d'avoir l'exposition du Saint-Sacrement le jour de la fête.
Cette Confrérie n'ayant pas de charges, dit le manuscrit, payait au Chapitre un honoraire un peu plus fort que les
(1) Archives de Notre-Dame du Marthuret.
autres : au lieu de 6 livres, elle donnait 10 livres 10 sols, et elle versa 13 livres depuis 1787.
Peut-être cette (Confrérie était-elle celle d'un corps de métier : M. Fouilhoux nous indique que saint Biaise avait été pris pour patron par un grand nombre d'artisans, tels que « les maçons, tailleurs de pierre, plâtriers, meuliers, ouvriers en bâtiment, peigneurs, cardeurs et tisseurs de laine, houppiers, filateurs, tisserands, chaussetiers, drapiers, cordonniers, tailleurs, tanneurs » (1). Les personnes exerçant l'un de ces nombreux états pouvaient s'être groupés sous sa protection : mais rien ne nous permet de l'affirmer.
L'inventaire des titres de la Confrérie de Saint-Nicolas contient cette mention : « Pour la Confrérie de Saint-Ferréol à Saint-Amable ». Une association existait donc en l'honneur de ce Saint. Nous ne l'avons vue mentionnée nulle autre part.
Passant aux Confréries de femmes, nous citerons d'abord celle de Sainte-Anne, dont les bailesses se font autoriser par, les marguilliers de Saint-Amable (18 novembre 1685) à faire construire « un autel contre le dernier pilier de l'église, du côté de l'autel de paroisse, vis à vis celui de Notre-Dame de la Présentation, et de la mémo longueur et largeur, moyennant 45 livres qu'elles ont payé, sans préjudice aux droits de tombeaux et des patrons, s'il y en a ». Une association de femmes chrétiennes existe encore actuellement en la paroisse de Saint-Amable sous le vocable de Sainte-Anne.
Une confrérie de Sainte-Anne existait aussi au Marthuret. Un De profundis était chanté le 26 juillet pour les membres défunts de cette association. Le Chapitre percevait d'elle un honoraire de 6 livres.
Mentionnons ensuite une frérie de Sainte-Marthe, qui no
(1) Loc. cit., p. 119.
paraît avoir rien eu de commun avec celle des hôteliers établie au Marthuret (1). Ses bailesses se préoccupent, le 14 avril 1663, d'assurer par une fondation la célébration de leur fête. La Marguillerie leur demande 450 livres en principal pour accepter cette fondation. Les bailesses réalisent ce projet le 17 novembre 1685, et les marguilliers d'alors se contentent de 301 livres. Les cérémonies comportent une procession, une grand'messe, un salut en musique, une messe de morts à haute voix et avec diacre et sous-diacre, enfin le son de la grosse cloche. Mesdames Marguerite Teilhot, femme de Gilbert Habut, Bontemps, Gilberte Chandeliel, femme de Gilbert Maubet, marchand cirier, Marie Sonnagron, femme d'Antoine Certy, et Marie-Renée Paty, femme de Jacques Ghaudeyre, procureur ès-sièges, sont bailesses à cette époque et assistent au contrat.
Signalons aussi deux Confréries de Sainte-Marguerite. La première est nommée dans les registres capitulaires de Saint- Amable de 1616 à 1630 : les bailesses demandent au Chapitre de célébrer leur fête, non plus à l'église de Saint-Jean, mais à celle de Saint-Amable (2). La seconde était érigée au Marthuret, où existait une chapelle dédiée à la sainte. La fête de ces Confréries était le 20 juillet.
A cette chapelle de Sainte-Marguerite du Marthuret, se fêtait encore une frérie en l'honneur de sainte Procule (9 juillet). Le Chapitre recevait de chacune de ces deux associations 6 livres.
Nous ne saurions passer sous silence deux Confréries, ayant pour but unique l'exercice de la charité : l'une, de la charité envers les morts, l'autre de la charité envers les vivants.
(1) Supra, p. 278.
(2) Une statue de sainte Marguerite orne encore aujourd'hui l'église de Saint-Amable.
(( Plusieurs filles, touchées de dévotion pour les âmes du Purgatoire, raconte le registie de la Mai'guillerie de Saint- Amable (21 décembre 1681), se sont offertes de décorer et desservir la chapelle du charnier, et pour cet effet de nettoyer la chapelle et tenir les ornemens fort propres. Messieurs les marguilliers, ayant accepté cette proposition, ont permis aussi à ces filles de faire quête tous les mardis, et que l'argent qu'elles recevront, elles le mettront dans le tronc de la chapelle, sans qu'elles puissent disposer d'aucune chose ; et ne feront cet employ que pendant tel temps qu'il plaira aux marguilliers, lesquels pourront substituer d'autres personnes au lieu et place de ces filles quand bon leur semblera. Et à l'instant, ajoute le registre, la clef de la grande porte du cimetière et de la porte de la chapelle du charnier ont été délivrées par le si.eur Fressanges, marguillier, aux damoiselles Brevard et Terniat. »
« Aussi loin que l'on remonte dans l'étude des pièces réunies aux Archives communales, écrit M. le docteur Grasset dans son intéressante monographie sur les Hôpitaux de Riom (1), on trouve une institution de secours à domicile bien organisée, qui a pour but de soulager les indigents et les malades non hospitalisés. Cette institution, dite Maison de l'Aumosne ou œuvre de l'Ausmone, ou encore Bureau de l'Aumosne, est entre les mains des femmes de magistrats, hauts fonctionnaires ou riches bourgeois de la cité. Sous le nom de Dames de la Miséricorde ou de Dames de rAumosne, ces femmes charitables visitent les pauvres dans leurs misérables logis, leur distribuent du pain, du sel, de la viande, du bois, des médicaments, des vêtements. La direction de l'œuvre appartient au curé ; mais la haute administration est aux Consuls qui sont, au xiii^ et au xw*" siècle, qualifiés d'Administrateurs de la Charité, d'ayant charge et gouvernement des Hôpitaux et Maison de l'Aumosne de la ville. «
L'antiquité de cette œuvre est attestée par deux donations
(1) Mémoires de V Académie de Clermont-Fd^ 1900, p. 249 et suiv.
faites en faveur des « bonnes et notables femmes, gouvernantes de l'Aumône d, ou des dames administra toresses des biens de l'aumône, en 1419 par Alix Pereyre, veuve d'Etienne Monteil, et en 1518 par Antonia Gouyne.
D'autres pièces donnent aux Consuls le beau nom de a bailes de la Charité » (1), et démontrent ainsi que « l'Aumône j> était organisée à la façon des Confréries.
On n'ignore point que les Dames de l'Aumône se firent aider dans la suite par les admirables Sœurs grises ou Filles de Saint- Vincent de Paul. Leur maison est devenue le Bureau actuel de Bienfaisance, et depuis de bien longues années cette association s'est trouvée absorbée par l'institution des établissements officiels de charité.
Au cours du siècle dernier, l'idée de moraliser le pauvre par des secours portés à son domicile, et à la fois le distributeur de ces secours par la visite ainsi faite à l'indigent, a été reprise, on le sait, par Ozanam et ses jeunes amis, qui fondèrent dans ce but, vers l'année 1833, la Société de Saint' Vincent de Panl.
Dès le 25 mars 1844, une Conférence, agrégée à cette Société, s'établissait à Biom. Le promoteur de l'entreprise était ce M. Faucher Saint-Edme, que nous avons déjà vu tenter de revivifier l'antique Confrérie du Saint-Sacrement. A cette œuvre il avait apporté toute l'ardeur de sa foi et toute la flamme de son zèle. Les concours qu'il avait réunis dès l'abord permettaient d'augurer un biillant et solide avenir pour la nouvelle Association, s'il en faut croire le compte rendu de la séance d'installation (2) :
(1) Voir notamment aux Archives de Riom, GG. 143, 1266-1354.
{2) Installation de la Conférence de Saint- Vincent de Paul à Riom. — Riom, Leboyer, 1844. — Cette brochure contient le texte du discours prononcé à l'hôtel de ville à l'occasion de cette installation par M. Faucher Saint-Edme. Le compte rendu de la séance se trouve en note aux pages 4, 5 et 6. — Sur la couverture, nous lisons : « Prix : un franc. Se vend au bénéfice des Pauvres. » — Nous devons la communication de cette brochure, devenue des plus rares, même à Riom, à l'obligeance de M. le baron Marc de Vissac, ancien Président de l'Académie.
« Le 25 mars dernier a eu lieu, à Riom, rinslallalion depuis longtemps désirée de la Société de Saint-Vincent de Paul pour Tamélioration morale et religieuse, le soulagement matériel et le patronage des classes inférieures et malheureuses de la ville, et surtout pour Textinction de la mendicité pai' le travail et les secours en nature à domicile.
» Toutes les positions sociales sans distinction, toutes les opinions, sans exclusion aucune, avaient été conviées, soit à faire partie de cette œuvre si éminemment bonne et utile, soit à prendre part à son installation, et toutes ont répondu à ce double appel avec un empressement et une unanimité qui témoignaient assez hautement de l'approbation générale qui Taccueillait : la partie surtout de la population qui est l'objet spécial de cette charitable institution, et qui sait tous les avantages qu'elle va leur procurer, est venue, compacte et confiante, apporter à cette solennité ses vives sympathies ; aucun donc n'y a manqué.
» Dès la veille, et le jour ensuite, toutes les cloches de la ville ont annoncé la fête, car c'en a été une à la(|uelle, de mémoire d'homme, on n'en trouvait aucune à comparer. M^' l'évêque de Clermont, venu exprès à Riom, a célébré une messe pontificale dans l'église de Saint-Amable, avec toute la pompe des plus grandes cérémonies de l'année ; et pendant la durée du service divin, d'excellents morceaux de musique religieuse vocale et intrumentale ont été exécutés par un nombreux orchestre de jeunes gens de la ville, dirigé par M. Clozel, habile professeur de la localité, apportant ainsi pour l'œuvre, les uns et les autres, le double tribut de leur talent et de leur bienfaisance.
» Un sermon de charité a été prêché ensuite par M. l'abbé Grivel, chanoine de Saint-Denis, aumônier de la Chambre des Pairs. Son admirable éloquence qui, depuis le commencement du Carême, attire, subjugue, enchaîne autour de la tribune sacrée un immense concours toujours avide de l'entendre, semble s'être surpassée ce jour-là, inspirée par son sujet et par la circonstance ; jamais, en effet, auditoire
n'avait été à Riom ni plus nombreux, ni plus choisi, ni plus attentif ; M. Grivel a pu se croire dans une des assemblées de charité de la capitale, la plus brillante tout à la fois et la plus religieuse.
» A l'issue du sermon, une quête a été faite, au profit de l'œuvre, par quatre dames choisies dans les rangs de la Magistrature, de l'Administration, du Barreau et du Commerce, accompagnées de quatre commissaires de la Société. Le produit de cette quête et celui des chaises généreusement abandonné à l'œuvre par la Fabrique de l'église, ont donné à la Société un premier fond de caisse qui la met à même de commencer largement.
» Le même jour, à deux heures après midi, une réunion générale et nombreuse de secrétaires et de personnes invitées a eu lieu, à l'Hôtel-de-Ville, sous la présidence de M^"" l'Evêque de Clermont et de M. le Maire de la ville de Riom. Monseigneur a ouvert la séance par une belle et touchante allocution qui a produit sur tous une vive et profonde impression. Un discours, chaleureusement improvisé et vivement applaudi, a été prononcé par M. Faucher Saint-Edme, fondateur de la Société. L'appel généreux et l'inscription des membres a eu lieu ensuite. A cinq heures, tout était terminé.
y> Mais les émotions de la journée était palpitantes encore. La ville d'ordinaire si calme, avait une animation extraordinaire, un véritable air de fête publique ; des boutiques étaient fermées et le travail ainsi que les affaires semblaient chômer. La ville conservera, de l'installation de la Société de Saint-Vincent de Paul, un souvenir aussi profond que l'espoir de voir bientôt disparaître par ses soins la mendicité qui nous afflige.
» Honneur aux hommes de bien qui ont entrepris cette tâche pénible et si méritoire 1
» Le lendemain 26^ tous les sociétaires se sont encore réunis à l'Hôtel- de- Ville pour procéder à l'élection des membres du bureau. Voici quel en a été le résultat : Président, M. Faucher Saint-Edme, fondateur de l'Œuvre ; vice-prési-
dent, M. Chasleau-Dubreuil, conseiller à la Cour royale; trésorier, M. Besseyre, ancien négociant; vice-trésorier, M. de Bar, propriétaire ; secrétaire, M. de Parade, avocat ; vice-secrétaire, M. Boudet de Bardon, avocat ; bibliothécaire, M. Boudet, conseiller à la Cour royale ; garde-magasin, M. Chabrol -Talion, propriétaire; garde-vestiaire, M. Louis Greliche, propriétaire. M. Allemand, maire, a été nommé président honoraire.
» Les personnes qui désireraient s'associer à TŒuvre, et il est d'intérêt général que tous ceux qui donnent s'y associent, peuvent s'inscrire chez M. de Parade, secrétaire de l'Œuvre, rue de l'Hôtel-de-Ville. »
Cette seconde entreprise de M. Faucher Saint-Edme fut frappée de stérilité, tout comme son essai de réforme de la Confrérie du Saint-Sacrement. Les efforts du brillant étatmajor qu'il avait groupé autour de lui ne purent donner la vie à l'Œuvre. A en juger par la lecture de son discours inaugural, l'initiateur l'avait, du reste, conçue dans un but trop restreint, a: I^'extinction de la mendicité, avait-il dit, est l'objet spécial vers lequel vont se concentrer tous les efforts et toutes les ressources de la Conférence de Saint- Vincent de Paul de Riom (1). » C'était trop limiter l'essor d'une société, créée en vue d'exercer toutes les œuvres de miséricorde. Il avait, en outre, doté son association d'une organisation et de statuts s'écartant sensiblement des règles si sages tracées par les fondateurs de l'Œuvre, règles que sans doute il ne connaissait encore qu'imparfaitement.
Bientôt on n'entendit plus parler de la Conférence, jusqu'au jour où, après l'année terrible, celle-ci renaquit de ses cendres déjà froides pour devenir une des associations charitables les plus florissantes du diocèse de Clermont (2).
(1) Loc. cit., p. 17.
(2) C'est vers 1871 que s'établit la Conférence riomoise de Saint-Vincent de Paul actuellement existante. Elle se réunit d'abord dans l'appartement de M. l'abbé Faure, alors aumônier de la Maison centrale et au-
Disons enfin que, depuis 18S4, les a Dames de l'Aumône » se sont, en quelque sorte, reconstituées par la fondation des 1 Ateliers de Charité d. Chaque semaine, durant les mois d'hiver, des Dames charitables de chaque paroisse se réunissent et travaillent elles-mêmes à confectionner pour les pauvres des vêtements qui leur sont ensuite distribués (1).
Nous ne saurions oublier, en terminant, de faire mention de l'Association des Mères chrétiennes de Riom, fondée au siècle dernier en l'église de Notre-Dame du Marthuret. Cette Confrérie se réunit une fois par mois, aux jours auxquels le Souverain Pontife a attaché des indulgences plénières, pour entendre la messe et recevoir une instruction.
mônier militaire, au rez-de-chaussée du n° 23 de la rue Delille. Elle était à ce moment présidée par rtioriorable M. Benoît Rouger, ancien notaire à Châtelguyon, plus lard receveur des Hospices de Riom. Elle occupa ensuite, rue du Nord, un local dépendant de l'ancien hôtel de la Gravière ; puis elle se transporta au rez-de-chaussée de Thôtel de la Vaissière (ancien hôtel Chapsal), rue de Mozat, n» 10, où elle tient présentement ses séances. La Conférence a été présidée successivement, après la démission de M. Rouger, vers 1875, par MM. le comte Amédée de Chabrol, le comte Guillaume de Chabrol, Léopohl de Guérines, Adolphe du Corail. M. le comte Guillaume de Chabrol est redevenu son président. (1) M. le curé Gardet, dans son Calendrier paroissial de Notre-Dame du Marthuret de 1904, donne (p. 12 et suiv.) d'intéressants détails sur l'établissement et le fonctionnement des Ateliers de Charité dans notre ville.