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CHAPITRE III La Confrérie du Saint-Esprit

Sources manufcrites : Archives de la Préfecture (fonds de Saint- Amable et de rOratoire de Riom); Archives de la ville de Riom ; Archives de M. Paul Le Blanc ; Archives de Notre-Dame du Marlhurel.

La Confrérie du Saint-Esprit doit arrêter la première nos regards, bien qu'elle ait cessé de subsister à Riom dès le XVII® siècle. Les associations de ce genre passent, du reste, pour les plus anciennes et les plus populaires de France.

Qu'elles fussent les plus anciennes, on ne saurait guère le contester, à raison même des incertitudes et des obscurités qui, malgré toutes les investigations, continuent à planer sur leurs origines. M. Elie Jaloustre, dont l'érudition n'est plus à célébrer, n'hésite pas, sur la foi d'un manuscrit en rouleau trouvé à Saint-Julien-de-Coppel, et contenant, avec des strophes en l'honneur du Saint-Esprit et avec une prière à la sainte Vierge, les statuts vérifiés d'une Confrérie de ce titre, M. Jaloustre n'hésite pas à penser que ces associations remontent dans notre province au xu® et peut-être même au XI® siècle (1). M. l'abbé Brune, dans son histoire de l'ordre hospitalier du Saint-Esprit, indique à son tour que les Confréries du Saint-Esprit sont de toutes les premières en date, car le pape Innocent III en parle, dans une bulle de 1204, comme d'associations déjà organisées, et il est constant qu'il en existait une à Marseille avant l'année 1189 (2).

Que ces Confréries fussent également les plus populaires,

(1) Les Confréries du Saint-Esprit et le mouvement communal en Auvergne au moyen-âge^ (Semaine religieuse de Clermont, 22 avril, 13 mai, 24 juin 1899).

(2) Paris, 1892, Picard; Lons-le-Saunier, Martin ; p. 153, 161.

on ne saurait davantage le dénier. M. Jaloustre nous apprend qu'en Auvergne on ne rencontrait « pas de village, pas de bourgade, pas de ville qui n'eût sa Confrérie du Saint-Esprit j) (1). La situation était la môme dans toute l'étendue du royaume : « on voyait même de ces Confréries, nous dit M. Brune, dans des villages et hameaux qui ne possédaient ni église, ni chapelle » (2).

Et cependant, phénomène étrange, il n'est peut-être pas de Confréries dont l'histoire soit moins connue, et sur l'institution desquelles on possède des renseignements aussi restreints, des notions aussi obscures ! Qu'étaient au début ces Confréries? A quelle nécessité ont-elles répondu? Quel but précis poursuivaient leurs fondateurs primitifs? Quels engagements prenaient à l'origine les confrères? Autant d'interrogations qui restent sans réponse. Malgré les consciencieux travaux élaborés depuis quelques années sur ces questions par les chercheurs les plus sérieux (3), la solution du problème reste indécise. Ce n'est certes pas nous qui espérerons la faire avancer d'un pas ; à notre très vif regret, nos trouvailles personnelles sur la Confrérie riomoise ont été trop rares et trop insignifiantes pour nous permettre cette ambition.

Deux systèmes ont été proposés pour définir l'origine et le but de ces Confréries.

M. l'abbé Brune prétend que Guy de Montpellier, en même temps qu'il fondait, au xn® siècle, l'Ordre hospitalier du Saint-Esprit, institua une association de personnes pieuses qui, sans se lier par une règle religieuse, consacraient une

(1) Histoire d'un village de la Limagne, Gerzat (Clermont, Bellet, 1886).

(2) Paris, 1892, Picard; Lons-le-Saunier, Martin ; p. lo3, 161.

(3) En dehors des études que nous avons déjà citées, le lecteur consultera avec fruit sur cette question, comme sur toutes les autres qui y sont traitées, la savante monographie de M. le chanoine Fouilhoux sur Viele-Comte (Clermont, Eellet, 1898).

parLie de leur lemps à des œuvres d'assistance et de chaiMlé. Partout ofi les membres de l'Ordre fondaient un hôpital, aussitôt naissait à côté une Confrérie du Saint-Esprit. Chaque hôpital avait pour annexe indispensable une semblable association. Bientôt, les paroisses du voisinage, frappées par les services que rendaient ces sociétés, désirèrent en posséder, et ainsi se propagea leur institution.

M. Jaloustre et M. le chanoine Fouilhoux ont d'abord adopté cette opinion.

Dans son Histoire de Gerzat le premier rappelle que, dès les premiers temps du Christianisme, l'Eglise s'ingénia à soulager la misère et la souffrance de l'homme, que les diacres étaient les serviteurs officiels des indigents, que révêque accueillait tous les étrangers qui se présentaient à sa porte, et possédait à côté de sa maison un hospitmm pour les voyageurs, les pèlerins et les malades. De pieuses Confréries se mirent au service de ces hôpitaux, qui étaient généralement dédiés au Saint-Esprit. Après l'invasion des barbares qui détruisirent ces premières maisons de bienfaisance, les monastères suppléèrent d'abord à leur disparition. Mais vint le grand élan de foi des croisades : les hôpitaux se fondèrent de toutes parts ; la lèpre, ce fléau du moyen-age, les rendait, du reste, absolument indispensables. C'est alors que les confrères du Saint-Esprit devinrent les serviteurs volontaires de ces asiles de la charité.

De son côté, M. le chanoine Fouilhoux pense que la Confrérie du Saint-Esprit avait un double objectif: l'augmentation des revenus des hôpitaux et l'assistance paroissiale. Elle remplissait <r sur une plus vaste échelle, écrit-il, un rôle analogue à celui de nos Sociétés de Saint-Vincent-de- Paul » (1).

Mais cette opinion a été abandonnée par nos érudits auvergnats. A la suite de l'étude du manuscrit de Saint-Juliende-Coppel, M. Jaloustre qualifie d'erroné le sentiment de ceux

(l) Op. cit., p. 177.

qui croient que les Confréries du Saint-Esprit étaient un simple tiers-ordre de l'Ordre hospitalier du même nom, et leurs membres une sorte d'infirmiers attachés aux hospices. Ces Confréries, dit-il, « ont joué à l'origine un rôle autrement remarquable. Elles ont, ni plus ni moins, donné naissance aux Communes; elles ont posé les bases des chartes municipales ; elles ont donné le signal de l'émancipation communale. » Horizon vaste et su^rereslif entre tous!

Que faut-il penser? Sans hésitation, nous nous rallions à cette dernière doctrine, et nous basons notre conviction sur des considérations qui nous paraissent décisives.

Tout d'abord, il est remarquable, — et cela seul est déterminant à rencontre de la première opinion, — qu'aucun des règlements des Confréries du Saint-Esprit qui sont parvenus jusqu'à nous ne parlent de soins à donner aux malades hospitalisés, ou de secours à fournir aux pauvres. M. l'abbé Brune donne les statuts de trois Confréries du Jura, Rochefort (1615), Aibois (1666), Mesnay (1738). Nous-même, nous publions ceux de la Confrérie auvergnate de Brioude (1612). Aucun article de ces statuts n'éveille, même de loin, l'idée de semblables devoirs imposés aux confrères. Dira-t-on que ces règles, datant du xvn^ ou du xvni^ siècle, avaient dévié de leur esprit primitif et cessaient de recommander ce qui avait été prescrit à l'origine? Une semblable dérogation au but essentiel de l'œuvre serait assez étrange. Mais voici qui est péremptoire : le manuscrit de Saint-Julien-de-Coppel, daté de 1d07, renferme la copie de statuts qui remontent au moins au xui^ siècle ; ces statuts ne font aucune allusion à la visite des malades ou des prisonniers, ni à l'ensevelissement des morts. Sans doute, ils recommandent d'avoir soin du pauvre, mais c'est là un devoir pour tout chrétien. D'une façon générale, ils se bornent à prêcher la fraternité, la bonté, la conciliation en cas de procès avec un confrère, et à défendre de prêter à un taux usuraire, d'être parjure, de blasphémer. Ces traits ne seront pas spéciaux aux Confréries du Saint-Esprit; toutes les associations religieuses qui

— sise formeront plus tard s'empresseront de se les approprier. La raison d'être de nos Confréries existe donc ailleurs.

Un fait, commun à ces associations, va, ce nous semble, nous aider à la découvrir. La plupart d'entre elles avaient une maison où se réunissaient les confrères. Or, piesque partout, c'est là un point incontestable, consigné qu'il est dans une foule de documents, cette maison du Saint-Esprit devint la « maison commune d de la localité. Maison commune, maison du Saint-Esprit ne font qu'une seule et môme demeure. Les municipalités partagent avec les Confréries les dépenses d'entrelien et les grosses réparations de cette maison. Dans certains lieux, les chefs de la Confrérie font même partie de droit du consulat ou conseil d'administration de la Commune; ils prêtent serment devant les consuls, jouent un rôle actif dans toutes les affaires intéressant la Commune, assistent aux adjudications des biens communaux, ont la garde de la vaisselle communale. D'oia provient cette confusion des patrimoines, des droits et de l'administration des deux collectivités, si ce n'est de l'habitude qu'avaient contractée les citoyens de considérer comme leurs les biens dépendant de l'une et de l'autre ? Et comment expliquer cette habitude, autrement que par la formation, due à la Confrérie du Saint-Esprit, du groupe autour duquel s'était insensiblement constituée la Commune? « C'est dans la maison du Saint-Esprit, écrit M. Jaloustre, qu'on s'assemble, c'est là qu'on discute sous la protection de l'Eglise, c'est là aussi qu'on recueille les malades, les voyageurs, les pèlerins. Encore un peu de temps, et la maison du Saint-Esprit va devenir l'Hôtel-de-Ville. Les premières associations municipales s'appelaient Conjurations et Confréries de l'hôpital juré, parce que c'était dans la maison du Saint-Esprit, transformée en hôpital, que les manants s'étaient assemblés et avaient juré de secouer le joug de la servitude. D

Aussi bien, nul n'ignore la part considérable que prit l'Eglise à l'affranchissement des Communes dans certaines

régions, notamment « dans les pays restés gaulois ou galloromains, où la communauté populaire n'avait point été atteinte dans sa racine » (1). Misereor super hirbam, s'était écrié le Christ ! A son exemple, son Eglise s'était émue de pitié pour cette foule de serfs et de vilains qu'écrasaient sans merci la guerre, les famines, la peste, et que le pouvoir féodal empêchait de chercher à sa guise un remède contre tant de fléaux réunis. Ce remède, n'élait-il pas dans l'association chrétienne? En s'accoutumant à se réunir dans une confrérie et à se trouver ainsi en contact permanent, pauvres et riches, nobles et manants, bourgeois et artisans, déjà rapprochés par une foi commune, n'allaient -ils pas se lier plus étroitement encore, et se sentir disposés les uns à conquérir les droits essentiels à tout être humain, les autres à les leur concéder, et tous à formuler la règle de ce traité librement consenti de part et d'autre? En favorisant l'institution et l'expansion d'associations placées sous la protection même du Saint-Esprit, c'est-à-dire de Dieu amour, de Dieu charité, c'était pour l'Eglise aider au rapprochement des classes sociales, à leur fusion, par suite, au relèvement du peuple, à son accession aux affaires publiques. Les Papes le comprirent merveilleusement : ils enrichirent les Confréries du Saint-Esprit d'indulgences nombreuses et de faveurs considérables, telles que celles de la participation aux privilèges des stations de Rome et des grands pèlerinages, même du pèlerinage des Lieux-Saints. Par là ils donnèrent un essor considérable à ces associations, et les chrétiens de toute condition, en s'y enrôlant à l'envi, furent comme naturellement portés à établir et à consolider autour d'eux les libertés communales.

Un passage du préambule de l'édit de février 177G, <r portant suppression des jurandes et Communautés de commerce, arts et métiers )), confirme nettement notre appréciation : « Il paroît, dit-il, que, lorsque les villes commencèrent à s affranchir

(P T.AURENTiE, Histoire (le France, H, p. 11'

de la servitude féodale et à se fonner en Communes, la facilite de classer les citoyens [)ar' le moyen de leur pi'ofession introduisit cet usage inconnu jusqu'alors. Les différentes professions devinrent ainsi comme autant de Communautés particulières dont la Communauté générale étoit composée. Les Confréries religieuses^ en resserrant encore les liens qui unissoient entre elles les personnes d'une même profession, leur donnèrent des occasions plus fréquentes de s'assembler, et de s'occuper, dans ces assemblées, de Vintérêt commun des mem- Jjres de la société particulière qu'elles poursuivirent avec une activité continue, au préjudice des intérêts de la société générale » (1).

On ne saurait convenir d'une façon plus formelle que l'institution des corps d'état se confond avec l'affranchissement des Communes, et que les Confréries religieuses prirent à l'un comme à l'autre de ces événements la plus large part. Or, les Confréries du Saint-Esprit étant les seules qui remontent à cette époque, c'est incontestablement à elles que revient cet honneur. Ce texte législatif est, nous semble-t-il, absolument péremptoire.

La ville de Riom qui, dès une haute antiquité, a joui des franchises municipales, devait donc avoir sa Confrérie du Saint-Esprit antérieurement à 1270, année de sa charte VAlphonsine (2).

Les premiers documents authentiques qui constatent son existence, à notre connaissance, ne datent cependant que de 1380 et de 1403.

Nous parlerons plus loin (3) du titre de 1380. Celui du 12 janvier 1403 est une sentence de la Sénéchaussée d'Auvergne, rendue entre les membres de la Confrérie du Saint- Esprit de Riom et ceux de la Confrérie du Saint-Esprit de

(1) IsAMBERT, Recueil général des anciennes lois françaises, t. XXIll, p. 370.

(2) Chabrol, Coutumes d'Auvergne, IV, p. BOl. (R) Jnfra, p. 44.

Cleiiande, au sujet d'une « gulpine i> el abandon de deux terres situées aux lieux de Varennes-sur-Morge et de Clerlande (1).

Depuis lors, nous trouvons le nom de notre Confrérie mentionné dans plusieurs titres des xv^ et xvi'' siècles, en particulier dans diverses pièces relatant des différends entre elle et le chapitre de Saint-Amable : 9 novembre 1483, transaction entre les Chambriers de cette église et les bailes de la frérie, transaction par laquelle ceux-ci reconnaissent devoir trois quartes... (de blé); 17 juillet 1542, sentence au profit des Chambriers contre les bailes au sujet de quartes de froment ; semblables décisions des 6 septembre 1464 et 5 septembre 1573.

Un acte du 8 juin 1425 nous apprend que la Confrérie du Saint-Esprit prèlait à celle du Saint-Sacrement <( les vases et lieu pour tenir bled et vin dans la maison neuve du Saint- Esprit j), el recevait d'elle pour loyer annuel un septier de blé froment ou 30 sols : la Confrérie du Saint-Sacrement se rédime de cette redevance annuelle en cédant à celle du Saint-Esprit un septier de froment en directe à prendre sur les trois septiers légués par Louis Mave (2). D'autre part, une ordonnance du Sénéchal, rendue en l'année 1415, autorise les consuls à tenir l'assemblée des habitants en la «r maison du Saint-Esprit », pour traiter des affaires de leur consulat (3).

Cette a maison du Saint-Esprit» de 1415 est-elle la même que la u maison neuve du Saint-Esprit » de 1425? Etait-ce celle où se réunissaient les assemblées de ville aux xvi® et xvn^ siècles ? Nous ne savons. Dans tous les cas, nous pouvons préciser avec certitude l'emplacement de la dernière maison du Saint-Esprit où le Corps de Ville tint ses séances.

(i) Archives de la Préfecture^ Fonds de Saint-Amable, G, l. 5, 986-995.

(2) La Confrérie du Saint-Sacrement fit faire en 1528 « le coffre neuf du Saint-Esprit », sans doute pour remplacer celui qu'elle avait loué et qui était tombé hors d'usage.

(3) Arrh'fves de Riom, BR 7 bis.

— saline rue de la ville portait encore le nom de rue du Saint- Espi'it lors de la confection du plan cadastral en 1811. Cette rue devait donc conduire à Fancienne maison commune : or, elle correspond à la rue Fleurus actuelle. Mais, anciennement, elle ne devait pas s'arrêter, comme aujourd'hui, à la place Saint-Amable, puisque cette place est do création relativement récente; elle aboutissait évidemment à la rue Saint-Genest, actuellement rue de la Charité (1).

Voici, d'ailleurs, un document qui le prouve et qui sert en même temps à situer l'emplacement de notre maison. Dans la répartition qui fut faite, lors de la peste de 1631, des différentes rues de la ville entre un grand nombre de citoyens chargés de surveiller l'application des mesures d'hygiène prescrites par le Conseil de santé, nous lisons les indications suivantes relatives au quartier de Saint-Amable :

« A M. Benezit, conseiller: pids la croix Saint-Geneix jiisqiies à la grange du Chappitre, MM. Georges Delalande et Amable Bernard, procureurs au Domaine. — Audit sieur Benezit: puis ladite Croix de Saint-Geneix iusques à la fontaine des Lyons et autres rues des Religieuses jusques à la porte de Layat et jusques au bout de la rue du Sac, M. Marchon, praticien, et Antoine Vallure, hoste. — A M. Fournier : puis le coing de la maison de sieur Amable Dugourd jusqu'au Saint-Esprit, ledit Dugourd et sieur Priest Carrias, regratier. — A M. Amalric, apothicaire: piiis le coing du Saint-Esprit jusques aux trois Roys, Jacques Vitrau, marchand cellier, et Gilbert Degré, marchand bolangier. — Audit sieur Amalric, puis la grange du Chappiire jusques à la porte de Mozat, etc. . . »

La maison du Saint-Esprit devait donc être comprise dans le groupe d'immeubles placés entre la rue Saint-Genest et

(1) Dans une lettre, en date à Rioni du 17 janvier 1821, adressée à M^"^ de Dampierre par « Marie-Michel Laurent, religieuse », cette religieuse fait suivre sa signature de l'indication de son domicile, rue du Saint-Esprit^ près le marché au bled. (Archives de VEvêché). — Ce renseignement confirme notre assertion.

la grange du Chapitre de Sainl-Amable, lequel groupe est confiné aujourd'hui par les places de Saint-Amable et, de la Halle au blé au sud et à l'ouest, et par la rue de la Charité au nord (1). On voit par là combien se trompent lourdement ceux qui ont identifié avec la maison commune, ou du Saint- Esprit, rhôtel des Consuls, ce bijou de l'architecture riomoise (2).

Quelle était la règle de notre Confrérie? A défaut de ses statuts que nous n'avons pu rencontrer, nous donnons ceux de la Confrérie d'une ville de la Basse- Auvergne, de Brioude. Le voisinage des deux cités conduit à présumer qu'une cer-

(1) M. le Docteur Roux, dans son remarquable ouvrage sur Riom pendant la Révolution, t. Il, p. 80, 91 (Riom, Jouvet, 1902), indique que l'ancienne rue du Saint-Esprit est remplacée par la rue Fleurus, et que « la maison appartenant autrefois à la frairie du Saint-Esprit. , . . était située à l'extrémité nord de la rue (actuellement maison Brun) ». L'auteur identifie donc d'une façon précise la maison du Saint-Esprit, mais il n'indique pas sur quelles pièces il appuie son assertion. Tout en reconnaissant que la maison Brun est comprise dans le groupe d'immeubles que nous venons de confiner, nous croyons, en l'absence de documents connus de nous, devoir ne pas situer d'une façon aussi affirmative la maison du Saint-Esprit.

(2) On prétend que Thôtel des Consuls doit son nom aux médaillons qui ornent sa façade, et qui figuraient des consuls romains. Nous avouons ne point être satisfait par cette explication. L'origine du nom de cette maison nous semble enveloppée d'une obscurité qui n'est point encore dissipée. Peut-être y parviendrait-on si l'on retrouvait les titres de propriété de ce bel hôtel, et si l'on pouvait ainsi remonter à son constructeur ou à son possesseur primitif? « (Jui sait, nous a souvent dit à cette occasion notre sagace et savant ami, M. l'abbé Grégut, qui sait si cette maison, ou du moins son emplacement, n'aurait pas été occupée jadis par la famille Consul, autrefois si considérable et si florissante à Riom ? Dans cette hypothèse, apparaîtrait toute naturelle sa dénomination populaire : la maison Consul, la maison des Consuls, c'est-à-dire des membres de la famille Consul. » Prollème troublant et bien susceptible de piquer la curiosité et d'exciter les recherches des érudits riomois ! — La seule chose certaine que nous sachions, quant à nous, au sujet de l'origine de cette maison, c'est que, par acte reçu Puray, notaire à Riom, le 29 vendémiaire an X, une de ses portions a été vendue « par François-Charles Sampigny, Sampigny-Bussière, dame Sampigny femme Ferrand et dame Dagoneau femme Macheco, propriétaires à Riom, au profit du citoyen Ducher, officier de santé à Riom, moyennant 18.432 francs. » (Archives du Bureau de V Enregistre ment des actes civils de Riom).

taine analogie existait probablement entre les mœurs de Tune et celles de Tautre, et que, dès lors, les deux règles avaient une grande ressemblance. Nous devons ce texte à Tobligeante communication de l'aimable et érudit M. Paul Le Blanc:

Règles et statuts de la Coyifrérie du Sainct Esprit, érigée sovlz la permission de Nosseigneurs les comtes et chanoines du noble et vénérable chappitre de l'église insigne Monsieur Sainct Jullien de Brioude, en la chappelle du Sainct Esprit qu'est dans le cimetière de ladite Eglize.

« Premièrement ont vollu et ordonné lesd. confrères que le service divin soict faict ainsy que sensuict, c'est assavoir une messe en hault un chascun an, le n:ardy tiers jour de la Pentecoste, en la chappelle du Sainct Esprit, et faire les torches et autres chozes pour le service divin, et tous les mardis de Tan ensuivant une messe en bas du Sainct Esprit en ladicte chappelle.

D Prometront lesd. confrères porter honneur l'un à l'autre, et accompagner à la sépulture le corps des confrères trépassés, et faire le semblable à la sépulture de leurs femmes, et faire compagnie aux parans dudit trespassé ou trespassée jusques à sa maison, et illic ouyr lexhortation qui sera faicte par le curé de la paroisse où ils auront esté ensevelis, sauf et réserve l'excuze légitime des déffaillances, de laquelle seront tenus les bailles s'en informer, et s'ils n'ont légitime excuze, les feront condempner par l'advis du recteur et conseillers à une livre de cire pour estre employée à faire les torches de ladicte confrérie.

» Seront tenus lesd. bailles faire sçavoir à tous et chascuns desd. confrères de porte en porte, lorsqu'aucuns des confrères ou leur femmes seront trespassés, affin de s'y trouver chacun avec sa torche jusqu'à ce que le corps sera mis en terre, et s'y porter avec l'honneur et modestie requiz.

» De mesmes seront tenus lesd. bailles toutes fois et quan-

tes que un enfant desd. confrères estant en bas âge yra de vie à trespas, de bailler ^six torches pour accompagner le corps jusques à ce qui sera ensepvely.

» Aussy seront tenus lesd. bailles, lors qu'aucun desd. confrères yra de vie à trespas et n'aura laissé de moyens pour se faire ensepvelir, aux despans de lad. confrérie et y feront semblable honneur et cérémonie que aux autres, et au cas qu'aucun desd. confrères décédât de peslilence ou autre maladie contagieuse, seront tenus les faire ensepvellir le mieux qu'ils pourront.

j> Quand l'un ou l'autre desd. mariés seront allés de vie à trespas, et que leurs enfants et autres parens se plaindront pour n'avoir observé à leur enterrement les choses dessusd., seront tenus lesd. bailles leur en faire droict et raison par le recteur et conseiller.

j> Pareillement, quand aucun desd. confrères prendra des apprentis chacun selon son estât, ledict apprenti sera tenu payer par une fois une livre cire pour estre employée à faire le service divin de lad. confrérie, et lesd. bailles seront chargés de s'en faire payer.

» Seront tenus lesd. bailles faire faire le serement à tous et chacuns les confrères qui y voudront estre à l'advenir et tenir, garder et observer les présantz statutz, et de faire assembler les confrères quand bon leur semblera et sera nécessaire pour traicter du négosse de ladicte confrérie tant seullement.

î) D'aultant que les confrères et louables compagnies sont conservés en leur première ferveur et dévotion par le moyen du bon efouveinement et mutuelle charité, on eslira de trois en trois ans un recteur auquel seront obligés d'obéir six conseillers, deux bailles, lesquels bailles seront esleus tous les ans par lesd. recteur, conseillers, et par les bailles vieux.

5) Personne ne sera receu en lad. confrérie qui ne soit de bonne réputation et bonne famille, et sera receu par l'advis des recteur, conseillers et bailles, et les autres confrères

seront obligés, s'ils cognoissent quelque defTaud notable à celuyquy demande d'estre receu en la confrérie d'en advertir le recteur.

» Tous les confrères de l'un et l'autre sexe se confesseront et recepvront le Sainct Sacrement de l'autel à tout le moins le jour du St Esprit, le jour de la solempnité du St Sacrement, de l'Assumplion de la glorieuse Vierge Mère de Dieu, de sainct Jullien, de la Toussaintz et de la Nativité de Nostre Seigneur.

j> Outre la messe en hault que feront dire les parans pour un des confrères décédé, la confrérie sera tenue de faire dire une autre messe pour Tâme du décédé, et lad. messe se dira en hault, et le reste de l'argent sera employé à quelques messes basses ou aux aulmones pour l'âme dud. confrère, et ce suivant l'advis du recteur, bailles et conseillers.

D Les confrères s'abstiendront de tout péché, et surtout de jurement, blasphème, paillardise et usure, que si quelqu'un estoit atteint d'aucun de ces vices ou autre grand péché, sy apprès avoir esté adverty par le recteur il ne s'amandoict, il sera expulsé de la compagnie.

» Si deux des confrères ont querelle essemble ou sont en procès, le recteur assignera un terme pour se reconseillier, et si, le terme passé, ils n'estoient reconsilliés, celluy d'entre eux sera chassé de la compagnie ne s'estant porté et ayant reffusé lad. reconcilliation ; et touchant le procès (le) recteur les exhortera de s'en mettre à des arbitres capables et expérimentés pour en décider sans se constituer plus longuement en fraix ; que si le procès avoict esté mal intenté mal à propos par Fin... (?), s'il ne se désiste promptement après ledit arbitrage décidé et avoir esté admonesté par le recteur, s'il se rend ospiniastre et pertinax, sera expulsé de la confrérie. »

Ces statuts ont été approuvés par le « Chappittre de l'Eglise monsieur Saint Jullien de Brioude, seigneurs et comtes de lad. ville, Beaumond, et barons de St-Germain- Lembron d, siégeant « dans la chappelle Saint Cosme et

Damien, le samedy vingthuitiesme jour du mois de janvier, l'an mil six centz et douze. »

La Confrérie, on le voit, était ouverte aux chrétiens des deux sexes. Pour en faire partie, il suffisait d'être « de bonne réputation et bonne famille y>, et de remplir avec exactitude ses devoirs religieux. Les statuts anciens devaient toutefois être plus complets que ceux que nous publions. C'est ainsi que ces derniers ne parlent pas de la façon dont se célébreront les fêtes de la Pentecôte. A part la grand'messe du mardi, ils n'en font même pas mention. Or, les renseignements que l'on possède sur les usages des Confréries du Saint- Esprit sont à cet égard fort complets. Les trois jours de la Pentecôte étaient célébrés très solennellement. Pendant ces trois jours, les bailes distribuaient des aumônes aux indigents, dans la maison de la frérie, en présence des consuls. Les confrères mangeaient des pains bénits appelés cénianx en mémoire de la Cène, et buvaient du vin également bénit ; chacun conservait précieusement un morceau de ce pain et quelques gouttes de ce vin. Les débiteurs de la frérie payaient en général leurs redevances à cette époque, et les bailes, comme signe de leur libération , leur donnaient du pain cénial, d'où le nom de signal donné aussi à cet aliment, que les débiteurs réclamaient avec empressement et exigeaient même de la frérie comme une sorte de redevance.

Cet usage avait engendré parfois des abus : au xvni® siècle, en certaines localités, les confrères, à cette époque, se partageaient entre eux, qu'ils fussent pauvres ou riches, le reliquat des revenus de l'Association, déduction opérée des dépenses nécessitées par les « offices, cire, et entretien de l'autel ». Ainsi, à Neschers, lors de sa visite pastorale, révêque de Clermont constate « qu'une distribution générale du sur[>lus étoit faite à tous les confrères, tant pauvres que riches, au jour de la Pentecôte. Interdisons, prescrit-il, la coutume susdite sous peine de destruction de la Confrérie,

et que le surplus soit distribué en aumône générale à tous les pauvres de la paroisse » (1).

Les statuts de Brioude ne parlent pas non plus des banquets de la frérie, qui avaient lieu le jour de la Pentecôte et le lendemain : il est vrai que la coutume de ces agapes fraternelles s'était perdue au xvn® siècle.

En revanche, nos statuts formulent encore l'antique règle de l'arbitrage obligatoire au cas de procès entre confrères. Coutume des plus sages, soit pour maintenir la paix et l'union dans l'association, soit pour éviter à ses membres les frais excessifs occasionnés, alors comme et plus encore que de nos jours, par tout le fatras d'une procédure longue et compliquée. M. Paul Le Blanc nous communi(jue à ce sujet des pièces intéressant deux membres de sa famille, l'un et l'autre confrères du Saint-Esprit de Brioude. Ces pièces montrent que la règle était toujours vivante et scrupuleusement appliquée en plein xvu^ siècle.

Le 18 juin 1644, Pierre Charnel, procureur d'office de la prévôté de l'église Monsieur Saint Julien de Brioude, associe son beau- frère, Jean Martinon, notaire royal et greffier de la même prévôté, « à l'acense et bail à ferme de la seigneurie, terre et mandement de Chilhac et Saint-Cirgues, membre du duché de Mercœur, qu'il tenait de M. le prince de Vendôme, faisant pour Madame sa consorte ».

Chamel et Martinon vécurent en bonne intelligence pendant la première année de leur société. Cet accord fut bientôt troublé par des contestations nées d'affaires de famille. Chamel ne veut plus communiquer à Martinon les comptes de la ferme de Chilhac. Un procès va s'engager entre eux. Mais ils appartiennent tous les deux à la Confrérie du Saint-Esprit. « Le 5 juin 1645, maître Claude Trioullier l'aîné et André Ducros, bailes, remonstrent avoir eu advis que maîtres Jean Martinon et Pierre Chamel, nos confrères, sont sur le poinct

(l) Procès-verbaux des visites pastorales; vol. 16, n» 37. Renseignement dû à l'obligeance de M. l'abbé Fratissier.

d'avoir des grands procès à raison tant des affaires qu'ils ont ensemble de la prévosté Chilhac et Saint-Cirgues que aultres affaires qu'ils ont ensemble. A quoy suivant les estotuts de lad. frairie seroit à propos d'y remédier, et esviter les doubteux esvènements qui s'en pourroient ensuivre. Pour quoy a esté deslibéré que lesd. sieurs bailles sont priés de dire auxd. Marlinon et Chamel de remettre leurs différents es mains de nous, recteur, conseillers et bailes de la frairie St Esprit, pour leur estre faict droict, et que par faulte de ce faire, celuy qui n'obéiroit seroit conformément auxd. statuts expulsé d'icelle confrérie. »

Le 7, les deux confrères comparaissent devant les chefs de l'association, et déclarent « qu'ils ne désiroient contrevenir aux statuts d'icelle d, et confirment « de leurs propres bouches vouloir remettre touts leurs différants à lad. Compagnie ». Le Conseil de la frérie leur ordonne en conséquence de leur communiquer a toutes pièces dans huictaine ».

Mais l'affaire est compliquée et demande examen. Le 15, ordonnance que « dans huictaine, lesd. Chamel et Martinon se transporteront aud. lieu de Chilhac avec M^ Anthoine Trioullier, un de nos confrères, pour par led. Chamel rendre lesd. comptes et deslivrer aud. Martinon son quart, et partageront les arrérages et rentes pour l'advenir, et, le rapport dud. Trioullier ouy, estre proceddé par nous sur leurs différant/, comme il appartiendra ». Chamel prétend que ses comptes ne peuvent être rendus en un aussi court délai. De nouveaux atermoiements lui sont concédés à trois reprises différentes. Il ne s'exécute pas davantage. En désespoir de cause, ne pouvant, en matière aussi ardue, trancher euxmêmes le litige, les recteur, bailes et conseillers de la Confrérie rendent la sentence suivante : <r sur le différent d'entre M® Jean Martinon et M° Pierre Chamel, confrères, pour la levée de la rente de Chilhac et S^Cirgues entre eux commune, remis en nos mains pour le décider à l'amiable, après que led. Chamel n'a tenu compte de satisfaire à nos ordonnances précédantes, portant qu'il rendroit compte aud. Martinon de

la levée par lui faicte desd. cens et rentes, et partageroit avec luy les années restantes, quelque réquisition et sommation verbales qui luy en ayant été faictes de notre part, avons permis aud. Martinon d'agir en justice par les voyes de droict, ainsi qu'il verra à faire. » (2 aoiit 1646).

De semblables usages ne devaient pas être vus avec faveur par les hommes de loi et de chicane : M. Le Blanc nous observe, non sans malice, que, si la Confrérie du Saint- Esprit eût fleuri plus longtemps dans la bonne ville de Riom, les soixante procureurs qui postulaient au xviii® siècle près ses sièges eussent, sans doute, quelque peu pesté contre elle, et qu'ils n'ont pas dû regretter sa disparition.

Grande était la dévotion de la cité riomoise envers le Saint Esprit. Nous trouvons aux Archives communales une déclaration de l'abbé du monastère de Saint-Amable, datée de 1407, et reconnaissant que les consuls ont donné pour l'office divin dans l'église de Saint-Amable des vêtements rouges, de drap d'or appelé impérial, avec ses courtibaults de diacre et sous-diacre, et une chape de drap d'or, rouge, blanc et vert, qui ont coûté cent vingt livres tournois. En considération de ce don, les religieux s'engagent à célébrer chaque mardi au grand autel une messe du Saint-Esprit pour le salut des habitants, la salubrité et la prospérité de la ville. Cette messe sera à haute voix et annoncée par la grosse cloche appelée Marie (1).

Les biens de notre Confrérie, au temps de sa prospérité, étaient-ils considérables? Aucun document ne nous permet de le dire. Mais en voici la consistance d'après un inventaire de la période extrême de son existence :

« Un pré situé au terroir de Macholles, contenant trois œuvres ou entour, qui se confine jouxte le pré qui fut d'Amable Sargot de jour, le chemin de midi, le pré de Jean Sucquet,

i[] Inventaire Boyer, GG. 112 bis, 1407-1424.

par luy acquis de feu M. le conseiller Chaduc. de nuit, et le pré de (sic) de bize ;

» Plus un autre pré situé au terroir de Mesfautz, contenant entour trois œuvres, jouxte le chemin commun de jour, le pré de. . . de midi ; un pré de viquerie que souloit tenir feu M. Potiérie, chanoine de la Sainte Chappelle du Palais Royal, de nuit, le pré de Hugues Maubet de bize ;

» Plus un autre pré sis au terroir de la Meillaud, contenant trois œuvres environ, qui se confine jouxte le pré de Messieurs du Chapitre de Saint-Amable, appelé le pré Lavergne, de jour et midi, le pré de M. le Président Combes, de nuit, le pré de M. Chabre, lieutenant-criminel, de bise ;

» La maison de ville, appelée le Sainct-Esprit, où se tiennent les conseilz et assemblées de la ville. »

Les trois premiers immeubles étaient affermés en 1638 cent cinquante livres (1).

Il dépendait en outre de la Confrérie une « vicairie d, prébende ou commission de messes, fondée dans l'église de Notre-Dame du Marthuret en l'honneur de saint Martial et de la Vierge Marie, et à l'autel de saint Martial, devenu plus tard celui du Rosaire, par Bonnet Bellom, confrère du Saint Esprit. Le bienfaiteur avait donné aux recteur et bailes de la Confrérie le patronage (ou droit de présenter le vicaire) de cette vicairie, et au Chapitre de l'église son institution ou collation.

Cette fondation, d'après le livre des a: offices à acquiter ?, remontait à 1380, et avait été confirmée par Jean Brun, notaire, en 1398. Elle reposait sur une terre à la Bade, terroir de la Crose. Elle comportait comme charge l'obligation de délivrer du pain, du vin et une somme de 15 sous tournois au Chapitre et aux serviteurs de l'église, le jour anniversaire de la mort du donateur. Elle fit Tobjet d'une transaction entre le Chapitre et Jean Pissavin, chanoine du Marthuret, à la date du 12 juillet 1555.

(1) Renseignements tirés de l'acte ci-après énoncé du 8 octobre J638.

Après une existence de plusieurs siècles^ ia Confrérie rioinoise se trouvait en 1581 en pleine décadence. Son esprit primilil ne l'animait plus, s'il en faut croire les consuls de la ville. A cette date, ces magistrats assurent que le revenu de la Confrérie, « distrait ce qui est requis pour le service divin )), n'est pour « le surplus employé qu'à bancquets et quelques livraisons de pains vulgairement appelés signaux qui ne rendent aulcun proffit ». En vertu des ordonnances royales permettant d'affecter « aux collèges et précepteurs pour instruire la jeunesse » les ressources des Confréries qui paraissent détournées de leur destination, ils demandent au Roi l'autorisation « de prendre et unir le revenu », non seulement de la Confrérie riomoise du Saint-Esprit, mais aussi celui « des autres confrairies des villaiges et bourgades circonvoisines d'icelle ville, dont les habitans se ressentent de la commodité dudit collège, pour estre led. revenu administré par personnes suffisantes et par eux employé à l'effect susdit et non ailleurs ». Ils pressent même les bailes de la Confrérie de Riom d'entrer dans leurs vues. Les bailes accèdent à leurs désirs. Aussitôt les consuls d'obtenir du roi Henri III des lettres patentes, en date d'avril 1582, qui leur concèdent a de pouvoir prendre et unyr au revenu dudit collège, tout le proffit et revenu de ladite confrairie du Saint Esprit, les charges du service divin réservées, pour estre employé à Tentretenement des régens » (1).

Cette adhésion des bailes à la requête des consuls prouve surabondamment l'état de dépérissement de la Confrérie. Si l'Association eût encore possédé quelque vigueur, si ses membres eussent été nombreux et zélés, semblable mesure n'eût certes point été soumise à l'agrément de ses chefs et l'eût encore moins obtenue.

Le dessein des consuls reçoit une immédiate exécution.

(1) Voir le texte de ces lettres patentes dans le bel ouvrage : Les anciennes écoles de VAuvergne, de M. Elle Jaloustre, et dans la savante Histoire du Collège de Riom, écrite par iM. l'abîmé R. Grégut. (Riom, Pouzol, 1903).

Le 26 mai 1585, il leur est exposé que « le principal du collège de celte ville seroit venu en la maison dud. Chaptard, premier consul, auquel il auroit fait entendre qu'il ne peut laire service à lad. ville pour si peu de gaiges que la ville luy a donné Tannée passée, eu égard qu'on l'a contrainct d'avoir deux seconds régens sous luy pour faire des classes. Gy a prié led. sieur Chaptard de le faire entendre au premier conseil, et de vouloir aulmenter ses gaiges jusqu'à 200 écus ; aultremenl il ne peut continuer le service ». Le conseil décide aussitôt d'allouer au principal cent livres d'augmentation qui seront prises a sur les revenus de la frairie du Saint- Esprit, suivant les lettres que la ville a obtenues ». Deux jours après (28 mai), les consuls prennent une nouvelle délibération sur le même sujet : « Eu égard à la bonne diligence dont le précepteur et maître d'école a usé en l'instruction de la jeunesse, et promet de mieux en mieux faire à l'advenir, et pour qu'il puisse vivre commodément, il lui est alloué 200 écus à la charge de n'accepter ou prendre aucun salaire des enfans, comme il avoit coutume de faire. Ces 200 écus seront prélevés sur le revenu de la frairie du Saint-Esprit » (1).

Malgré ces décisions, la Confrérie continua de subsister, mais sa décadence ne fit que s'accentuer.

En 1612 elle était complète, à s'en rapporter au témoignage du jurisconsulte Henris. « Dans la ville de Riom, écrit ce dernier, il y avoit autrefois une Confrérie du Saint-Esprit, et la fête ou réjouissance s'en faisoit pendant les trois jours de Pentecôte. Il y en avoit une semblable en cette ville de Montbrison, qui depuis fut abolie, et les revenus d'icelle annexés au collège. En Tannée 1612, les consuls de Riom remontrèrent au Sénéchal que les revenus de ladite Confrérie ne servoient qu'à des festins et débauches, et requirent que, suivant les ordonnances d'Orléans et de Moulins, ces revenus fussent appliqués au Corps commun de la ville

(1) Registres des délibérations des consuls de Riom, 1585, f°« 74, 76.

et nécessités d'icelle, et ainsi fut ordonné. Les revenus le- Iranchés et ce qui maintenoit la confraternité n'étant plus, il n'y eut plus de Confrérie s) (1).

Il ne faut certainement accueillir qu'avec réserve l'expiession « débauches » dont se sert Ilenris. Une Confrérie, dont les bailes approuvaient eux-mêmes la suppression, ne pouvait être, ni par l'état de ses finances, ni par le nombre de ses membres, en situation de permettre aux associés de se livrer « à des débauches ». Le jurisconsulte forézien n'a pas fait la part de l'hyperbole dans le terme, un peu gros, des administrateurs riomois. C'était chose grave en souime, surtout à une époque de foi et dans une ville foncièrement chrétienne, que de séculariser ainsi les biens d'une œuvre pie. On avait beau, par tradition et en vertu des tendances primitives qui avaient présidé au développement delà Confrérie, considérer sa foi'tune comme dépendant du patrimoine communal, la désaffectation de cette foitune et son emploi à une entreprise profane ne laissaient pas que d'avoir besoin de justification, et les consuls n'avaient pas hésité à charger leur tableau de traits plus énergiques que nature.

Mais, sous réserve de cette observation, le récit de Henris est véridique. La ville se préoccupait de plus en plus vivement de posséder un collège sérieusement dirigé et assidûment fréquenté. Après divers tâtonnements, elle se décidait en 1618 à en confier la gestion aux Pères de l'Oratoire. Les revenus de la Confrérie furent derechef consacrés à la dotation du nouvel établissement par un traité de 1622 passé entre les consuls et la congrégation.

Cette cession ne fut point cependant encore définitive. Nous voyons les bailes continuer à s'occuper de l'administration des biens de leur association. L'un d'eux, Jean Momet, procureur à la Sénéchaussée, reçoit même, le 25 novembre 1622, signification d'une « sommation de paiement et saisie faite à à la requête de Messieurs du Chapitre de Saint-Amable pour

(l) Henris, Œuvres, t. I, p. 239.

raison de ceux (frais?) adjugés pai' sentence de la Sénéchaussée )) ; et le Chapitre prend exécutoire contre les bailes l'année suivante, 11 janvier 1023, pour une somnfie de 17 livres 5 sols (1).

Mais les succès du nouveau Collège engagent les consuls à compléter pai' un cours de philosophie renseignement qui y est donné. 11 leur faut des ressources supplémentaires pour la création de cette chaire. C'est définitivement aux revenus de la Confrérie du Saint-Esprit et de la léproserie qu'ils les demandent. Un traité du 8 octobre 1638, conclu entre eux et les Oratoriens, constate cet accord. Ce contrat a été souvent mentionné; son texte est encore inédit. Nous sommes heureux d'en donner la portion qui intéresse directement notre Confrérie.

« Comme ainsi soit, dit-il, qu'il n'y a de présant et ny a eu de temps immémorial aucun lépreux en l'infirmerie de cette ville de Ryom, et qu'à cause de ce les héritages que lad. ville avoit affectés à leur entretenement ayent esté par elle repris, et le revenu d'iceulx annuellement employé et converty à l'entretenement des régents du Collège, tout ainsi et de mesme que des rentes et héritages de la frérie du Saint-Esprit, lesquelles rantes et héritages, suivant les délibératoires de lad. ville de l'an 1581, lettres de chartre d'Henry troisième et le consentement des bailes de ladite frérie, ont esté, pour le mauvais usage qui s'en faisoit auparavant, spécialement affectez à l'entretenement dudit Collège ; et pour cet effet, affin d'empescher l'entier dépérissement desdits biens que la négligence d'iceulx et le défault de lépreux et de confraires pourroit causer en peu de temps, lad. ville, en exécutant lesd. lettres de chartre, l'arrest de la Cour de Parlement et les sentences de M. le Sénéchal d'Auvergne rendues en exécution dudit arrest, auroit, par deux divers contrats des 22^ et 26« décembre 1622 et 1629, passés entre les consuls de cette dite ville et les Révérends Përes de l'Oratoire, appliqué, quité et

(4) Archives de la Préfecture, Fonds de Saiiit-Anjable, 1. 5, G. 986-995.

délaissé auxdits Révérends Pères tous les droits, rantes et revenus appartenant à la Confrérie du Saint-E-^prit, fondz et héritages en deppendants, ensemble la maison et bastimenls appelle l'infirmerie et léproserie et revenu en deppendant, en diminution de la somme de 1500 livres que lad. ville leur auroit accordée pour l'éducation et instruction de la jeunesse, jusques et compris une première et rétorique, lesquels contrats n'auroient esté pleinement exécutez, tant par faulte d'avoir été omologuez et autorisez que à cause que le revenu de ladite Confrérie du Saint-Esprit et de Pinfirnierie n'estoit pour lors bien liquide, tellement que lesdits Pères de TOratoire n'ont point jouy par leurs mains dudit revenu...

» Pourquoy, furent présents Jean Dogcrdias, avocat ; Jean Gebelin, procureur ; Pierre Legay, tanneur, consuls, faisant pour eux et pour Pierre Benezit, conseiller à la Sénéchaussée, député du pays à Paris », assistés des sieurs Montanier (conseiller à la Sénéchaussée); Delor (avocat); Brujas (bourgeois); Pastre (procureur), nommés par l'assemblée de ville, lesquels a ont, soubz le bon plaisir de Monseigneur l'Eminentissime Cardinal de Lyon, grand aumosnier de France, et de Monseigneur rillustrissime évoque de Glermont, appliqué, réuni et délaissé aux Révérends Pères de rOratoire de Jésus de cette ville de Riom et à leurs successeurs :

» Tous les cens, rentes, revenus, droits et debvoirs seigneuriaux deppendans de la Confrérie du Saint-Esprit, en quoy qu'ils puissent concister, ensemble tous les autres héritages et droit de propriété en deppendant, et tout ainsi et de

mesme que la ville ou ses fermiers en ont jouy

y> Sans aucune chose en réserve ny retenue, sy n'est la maison de ville, appellée le Saint-Esprit, où se tiennent les conseilz et assamblée de ville, qui demeure à ladite ville, et outre ce une esmine de bled froment, mesure de cette ville, qui sera tirée de la susdite directe et prinse sur tel fonds que bon samblera aux dits sieurs consuls, pour icelle bailler au

Chapitre de Saint-Amable, en récompanse de semblable quantité d'une esmine froment qui leur est deue sur la terre appellée des Fossés, acquise par la ville et dans laquelle ont esté enterrés ceux qui sont décédés l'année 1631 de la maladie contagieuse, destinée pour servir de cimetière ;

D Et à la charge aussy que lesdits Pères de l'Oratoire et leurs fermiers ne pourront prendre qu'un sol pour livre pour droit de lodz et vantes des acquisitions qui seront faites par les habitants de cette ville des héritages mouvants de ladite directe

» Et encore à la charge par les Pères de l'Oratoire de faire et enseigner un cours de Philosophie et fournir un régent de deux en deux ans, capable pour fere et enseigner ledit cours de Philosophie, sans que pour raison de ce ils puissent prendre aucun droit des escoliers qui estudieront, soit qu'ils soient habitants de cette ville ou estrangiers.

» Fait à Riom, en la maison du sieur Dogerdias, consul, en présence de M*^ Antoine Courtin, greffier en chef du Bureau des Finances de la Généralité d'Auvergne, et de M^ Martin Frenaye, huissier audit Bureau (1). »

Les administrateurs de l'hôpital formèrent opposition à ce traité, et ne voulurent pas être dessaisis des biens de la léproserie. Cette résistance leur valut le succès : en 1660 les Pères de l'Oratoire durent, d'accord avec la ville, renoncer à tout droit sur ces biens moyennant l'indemnité d'une rente annuelle de 300 livres que les consuls promirent de leur servir. Mais le patrimoine de la Confrérie du Saint-Esprit leur demeura acquis sans difficulté : une ordonnance de M^'' Joachim d'Estaing, évêque de Clermont, rendue le 6 mars 1639, « unit et appliqua les revenus temporels de cette Confrairie au Collège des Pères de l'Oratoire », et ceuxci en jouirent définitivement jusqu'à la suppression de leur maison, en 1792. Lors de l'évaluation des biens nationaux faite en 1790 par l'expert Carton, a la directe du Saint-

(1) Archives de la Préfecture^ Fonds de l'Oratoire.

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Esprit » fut indiquée comme rapportant un fermage de 160 livres, réduit à 135 par la déduction de 25 livres d'impôts, et comme valant au denier vingt la somme de 2700 livres.

L'héritage de la Confrérie valut à l'Oratoire un procès, né à raison du patronage de la vicairie de Saint-Martial que nous avons mentionné : « Depuis plus de quarante ans, raconte Henris, il ne s'en est point parlé (de ce patronage), et deux ou trois titulaires ont été pourvus de cette vicairie en cour de Rome. Mais, depuis ayant été vacante, le Supérieur de l'Oratoire et du Collège ayant voulu nommer et présenter un vicaire au Chapitre (du Marthuret), et le Chapitre l'ayant refusé et déclaré qu'il en avoit pourvu un autre libère et pleno jure, il y eut procès pour raison de ce pardevant le Sénéchal d'Auvergne ou son lieutenant à Riom, lequel, ayant par son jugement adjugé le patronage au Supérieur de l'Oratoire, il y en a eu appel, sur lequel le Chapitre nous a consulté (1) i>

Le Journal de l'Oratoire nous explique que le prêtre nommé par le Supérieur du Collège était le P. de Prades, tandis que l'élu du Chapitre était un M. Gaudicher, à qui la vicairie <( avoit été résignée par forme de permutation par le sieur d'Aubignat, qui en étoit titulaire ». L'appel du Chapitre et la consultation de Henris, défavorable aux Pères de l'Oratoire, effrayèrent sans doute ces derniers. D'autre part « le bien de la paix » les invitait à céder. Ils se désistèrent « de maintenir ledit P. de Prades au droit qu'il avoit, sans préjudice de l'avenir et de notre droit de nomination à ladite vicairie. Nous dressâmes, ajoute le narrateur, un écrit qui contenoit nos protestations là-dessus, afin que ce que nous faisions par charité ne préjudiciât point à notre droit » (2).

La possession des biens de la Confrérie ne paraît pas avoir désormais suscité d'embarras à l'Oratoire.

Ainsi finit la première Confrérie riomoise.

(1) Henris, loc. cit., p. 239.

(2) Marc de Vissac, Journal de l'Oratoire, p. 87. (Riom, Girerd, 1885).

Créée pour assurer à la ville sa charte municipale, elle contribua par sa disparition à lui maintenir cette même vie municipale, en participant à l'établissement d'un Collège dont l'histoire ne fut pas sans éclat (1).

Ici comme là, la Confrérie du Saint-Esprit a bien mérité de la Patrie riomoise !

(1) Voir l'Histoire déjà citée du Collège de Riom, par M. TabbéR. Grégut.

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