Moqaddem
El Sid Zini Mouzeher.
El Sid Abdallah Zini.
El Sid Abd er Rahman Zini.
Cheikh Mohammed Abd el Reffar.
Cheikh Abou el Hassen.
soin de ses intérêts temporels, ne disposent pas d'Ouakf importants, comme les Kadriya. Les quelques fondations pieuses qui leur appartiennent sont affectées à l'entretien de couvents d'une nature spéciale, dont la mosquée de Sidi Demerdache, près du Caire, est le type le plus remarquable. Ces couvents, indépendamment d'une mosquée, d'un mesdjed principal, renferment d'étroites cellules, où les adeptes entrent en Kheloua, à dates fixes, pour quelques jours. Ils sont nourris aux frais de la maison et reçoivent souvent des secours en nature ou en argent à leur départ.
La Mecque renferme, croyons-nous, deux de ces établissements, qui comptent parmi les autres zaouiya, mais ont ainsi un rôle différent.
Malgré le grand nombre des zaouiya des Khelouatiya du Hedjaz , la population même du pays ne leur fournit qu'un faible appoint, sauf sur la côte, où les Semmaniya sont fort "répandus.
La situation a toujours été telle à cet égard qu'un Cheikh de la confrérie , illustre en son temps, Mohammed ibn Mohammed ibn Abdallah el Turki qui, pendant deux ans, au xie siècle, essaya de faire de la propagande à La Mecque, finit par y renoncer, déclarant que personne dans la région n'était capable de rester Khelouati , que les habitants pouvaient tout au plus devenir des Chadeliya.
Les règles de l'ordre s'adressent en effet plutôt à des esprits cultivés ou du moins versés dans les subtilités de la théologie et'du mysticisme qu'à la masse des fidèles. Sa clientèle se recrute à La Mecque, à Médine et à Djeddah, pour une faible part, chez les membres les plus fervents de l'aristocratie religieuse, et dans une proportion beaucoup plus forte, parmi les ascètes étrangers, qui viennent de tous les pays islamiques vivre dans les villes saintes, pour fuir le contact des infidèles. Enfin un nombre important d'indifférents comptent de nom parmi les Khelouatiya. La composition générale de la confrérie , le détachement des biens de ce monde, l'ascétisme que professent ses adeptes, lui donnent partout un rôle considérable. Elle est regardée, ainsi que celle des Kadriya, qui le doivent à l'illustration de leur fondateur, comme un des ordres cardinaux de l'Islam. Les personnages les plus en vue du monde musulman, ceux surtout qui font partie du clergé officiel, tiennent donc à honneur d'être au nombre de ses affiliés. Sans s'astreindre à suivre les obligations que ce titre leur impose, ils lui demandent une réputation de vertu et de ferveur que rend nécessaire leur situation sociale.
A défaut d'influence sur les habitants du pays, les Khelouatiya du Hedjaz n'y tiennent pas moins ainsi, l'une des premières places parmi les confréries locales, et il est facile de s'expliquer dans ces conditions, que le
Cheikh el Troûq de La Mecque soit leur Cheikh el Sedjada dans cette ville, de même que le Cheikh el Troûq de Djeddah est un des leurs.
Leur rôle politique dans la région est d'autant plus restreint qu'ils ont quelques attaches avec le parti sur lequel s'appuyent les Turcs ; mais il n'est point douteux que leur action sur les pèlerins, action toute morale, d'ailleurs, soit assez grande. A cet égard, il n'est pas sans intérêt de faire ressortir par quelques détails la place spéciale qu'occupe l'ordre dans l'Islam, tant au point de vue doctrinaire, que par son attitude vis à vis du pouvoir temporel, là surtout où le contact des nations européennes entraîne celui-ci à des compromissions avec les infidèles.
On a vu que, comme la doctrine des Kadriya, celle des Khelouatiya vise « l'anéantissement de l'individualité de l'homme par l'absorption dans l'essence de Dieu ». A défaut d'une purification morale, d'une ferveur assez développée pour conduire directement à cet état, leur règle tend à en provoquer les manifestations psychologiques et physiologiques. Les premières se produisent d'abord , les secondes suivent dans une progression que représente assez bien la classification des phases de la perfection adoptée par les mystiques musulmans
Le fidèle qui cherche la sainteté dans cette voie est d'abord disciple, Mourid, puis aspirant à un degré supérieur, Talemid. Il devient ensuite Medjedoiib, attiré vers
Dieu, illuminé, Mohammedi, ne vivant plus que de la vie spirituelle, indifférent à l'existence matérielle ; et enfin Touhidi, tellement absorbé en Dieu qu'il perd toute notion de son individualité, qu'il tombe dans l'inconscience.
De cette théorie de la sanctification terrestre, vient le respect qui s'attache dans l'Islam aux simples d'esprit, aux fous, à tous ceux que fi-appe une affection mentale. Les périodes qu'elle définit sont celles d'une névrose, dont le dernier terme est k folie.
Mieux que celle de toute autre confrérie, la règle des Khelouatiya détermine par la Kheloua, la production des cas pathologiques extrêmes. Pour les adeptes de l'ordre, en effet, au lieu d'être réservée à un petit nombre de sujets d'élite, cette retraite rigoureuse est d'une pratique fréquente.
Sa forme et son but, déterminés par Ibrahim el Zahed Mohammed et Omar el Khelouati, n'ont varié que dans quelques détails, jusqu'à l'époque actuelle. Elle est destinée à la récitation de longues litanies, dans un isolement complet, et comporte, avec une abstinence rigoureuse, la privation de sommeil.
Pour s'isoler, l'initié s'enferme dans une pièce écartée de sa demeure, dans la cellule d'une zaouiya, ou se réfiigie dans des lieux arides et déserts, se cache dans une caverne, dans une forêt. On cite même le cas d'un illu-
miné qui, ne pouvant se soustraire complètement au voisinage de ses semblables, avait profité de la proximité de la mer pour y chercher un asile sûr, en s' enfonçant dans l'eau jusqu'aux épaules. Quel que soit le lieu de sa retraite, le fidèle en Khéloua ne peut parler ni aux siens ni à ceux qui l'approchent. Tout au plus lui est-il permis de demander, par signes ou en l'écrivant, ce dont il peut avoir besoin.
L'abstinence, absolue pendant le jour, peut être rompue la nuit : mais la nourriture strictement nécessaire pour vivre est seule tolérée. Elle se compose en général .d'un peu de farine délayée dans l'eau, de légumes ou de fruits secs et de pain. La boisson ne comprend que l'eau pure ou mélangée de jus de citron, et le café sans sucre pour faciliter la veille.
Celle-ci doit être prolongée pendant la plus grande partie de la nuit, interrompue seulement par deux ou trois heures de sommeil. Souvent même, lorsque la Kheloua ne dure que peu de jours , ces quelques heures de repos sont interdites.
Telles sont les conditions matérielles dans lesquelles le Khelouati accomplit ses exercices pieux, qui consistent essentiellement dans la récitation d'un ou plusieurs noms des attributs de Dieu, et de Dieu lui-même, par exemple : Houa, Lui; Qaïoum, immuable; Haq, vérité; qui doivent être répétés chacun lo.ooo, 20.000, 30.000 fois, suivant les indications du Moqaddem, 4
Dans quelques-unes des confréries musulmanes, et c'est là un point sur lequel l'entente s'établit difficilement entre elles, la somme ou le produit de la valeur numérique des différentes lettres de chaque nom, ou le nombre qu'elles représentent, soit dans leur ordre naturel, soit en les inversant, ou toute autre numération analogue, sert de base à la fixation de ce chiffre , mais pour les Khelouatiya elle est arbitraire. — On se sert en général, pour les litanies de Kheloua , dans les zaouiya de l'ordre, de chapelets à mille grains, ou à défaut seulement, de chapelets ordinaires. Néanmoins, de même que dans le Dhikre el Djellala, la récitation des noms sacrés est accompagnée de mouvements du corps correspondant à chacun, moins violents toutefois. « On doit, dit Cheikh el Derdir, fermer les yeux pour éclairer le cœur et faire remonter chaque nom du nombril au cœur. » Ce qui revient, d'après le sens de cette phraséologie spéciale, à baisser la tête jusqu'au nombril, pour la relever ensuite. Dans la pratique ce mouvement cesse rapidement de s'accentuer autant, et se borne à une flexion prolongée. En ce qui concerne la première prescription on presse fortement la paupière supérieure sur la paupière inférieure , pour produire dans l'organe de la vue un titillement musculaire qui agit sur le nerf optique et par contre-coup sur le système cérébral.
Ainsi la principale prière, en Khéloua, consiste à
répéter 20.000 fois de suite Qaïoum, par exemple, en balançant et en baissant la tête dans le plan vertical, les yeux fermés. La vitesse de récitation ne peut guère dépasser une fois par seconde, et la durée d'une telle prière est de cinq à six heures. En admettant que l'initié reçoive trois noms à répéter de même, il lui faut dixhuit heures journellement, car la litanie doit être reprise chaque jour de retraite, pour remplir la lâche qui lui est tracée.
Le reste du temps laissé disponible par le sommeil est consacré, indépendamment des cinq prières obligatoires pour tout musulman, à quelques oraisons spéciales, notamment un long office de matines, et pour les Kheloutiya instruits, à la lecture d'ouvrages pieux, si l'état dans lequel ils se trouvent le permet.
On conçoit aisément les résultats que peuvent produire de tels exercices, étant donnée surtout l'extrême tension d'esprit de ceux qui s'y livrent. Ils sont d'autant plus accentués que la Kheloua, qui n'est, au début, que d'un seul jour, se prolonge peu à peu pendant des semaines, quelquefois même, à en croireles membres de l'ordre, pendant des mois et des années. Ainsi, d'après un ouvrage fort estimé en Orient, « Tabakat el Menaoui, » le même Mohammed ibn Mohammed el Turki, qui déclarait que les Mecquois ne pouvaient devenir Khelouatiya, serait arrivé à se priver complètement de
sommeil pour prier, pendant treize années consécutives.
Quoi qu'il en soit des légendes répandues à cet égard, il est positif que certains Khelouatiya réussissent à faire durer leur retraite pendant de très longues périodes, grâce à l'entraînement qu'ils subissent.
Tout en conduisant directement à l'inconscience, comme dernier résultat, la théorie sur laquelle repose leur règle, exige en effet, une progression assez lente, vers ce but. Si elle confond des phénomènes purement physiologiques avec l'état psychique qui peut les déterminer, ce ne sont cependant pas eux seuls qu'elle envisage I . Les docteurs de l'ordre résument leur opinion à cet égard, en comparant l'initiation de la Kheloua à un poison, mortel s'il est pris à doses trop fortes dès le début, et qui peut s'assimiler par un usage progressif. Aussi soumettent-ils à un long apprentissage ceux qui s'adonnent à cette pratique.
I. Il est intéressant, néanmoins, de constater que les fondateurs de l'ordre eux-mêmes ont reconnu la production de troubles physiques par les pratiques qu'ils préconisent. Ils ont, en effet, établi une théorie de l'extase, d'après laquelle ses différents degrés sont caractérisés entre autres par des perversions de la vue. Ainsi, à l'extase passionnée correspondrait d'après eux la vision bleu clair. Toutefois les investigations de ces cheikh ne paraissent pas avoir été poussées très loin dans le domaine scientifique, car ils complètent ces remarques à peine ébauchées par une clef des songes. — Voir dans « Marabouts et Khouan » (ch. XX) la traduction d'un exposé de cette doctrine, fait par cheikh Senoussi d'après les Hafhaouiya. Il se retrouve avec viu peu de difTérence dans tous les ouvrages des Khelouatiya.
Assujetti d'abord, pendant un stage qui se prolonge quelquefois deux ans et plus, à des fonctions domestiques vis à vis du Moqaddem, des frères, le néophyte garde la zaouiya, rétablissement où ceux-ci se réunissent, les débarrasse de leurs vêtements, de leurs souliers, lorsqu'ils viennent prier, leur sert de serviteur. Après cette première épreuve, il n'est plus astreint qu'à réciter vingtune fois par jour la Fatha, la première sourate du . Koran, jusqu'au moment où l'Ahd, le pacte qui le lie à la confrérie, lui est donné par son cheikh.
Mourid dès lors^ il assiste en commun avec les autres Khouan au Dhikre el Djellala et récite chaque jour quelques litanies recommandées. Puis, quand son zèle, son assiduité, permettent au Moqaddem de le considérer comme suffisamment confirmé, il doit, sur l'avis de celui-ci et dans les délais qui lui sont indiqués, répéter 70.000 fois une prière de pénitence : l'Estarfer, et 70.000 fois une invocation pour le Prophète : Solat en Nebi.
L'initiation définitive, le Telquin, clôt alors pour le Mourid cette période préparatoire, et devenu Talemid, il peut entrer enfin en Kheloua.
Tous les Khelouatiya n'abordent pas ce dernier degré des pratiques de l'ordre, et certains se bornent à se faire recevoir Mourid, à se lier par le pacte, par l'Ahd à la confrérie. C'est le cas, notamment, de tous les person-
nages haut placés, pour lesquels l'initiation a un but d'intérêt personnel. Pour eux, d'ailleurs, il est des accommodements avec la règle générale, et leur apprentissage est réduit à de simples formalités.
Mais le nombre des adeptes qui, après avoir reçu le Telquin, veulent s'avancer davantage dans la voie de la perfection est néanmoins considérable. Bien que déjà préparés par les exercices gradués qui leur ont été successivement imposés, à l'accomplissement de. la pratique qui doit les conduire au but final, ils ne sont tout d'abord autorisés qu'à de courtes retraites, Leurs Moqaddem, qui ne cessent d'exercer à leur égard une surveillance minutieuse, ne les laissent entrer en Kheloua que pendant une journée, puis vingt-quatre heures, deux jours, plus tard quatre, sans consentir parfois à permettre des retraites plus longues.
Il se manifeste toujours, en effet, chez l'adepte en Khéloua une surexcitation très vive, et tous n'ont pas un tempérament qui leur permette d'y résister. Les accidents dont quelques-uns sont victimes dès le début, les désordres cérébraux qui se produisent trop rapidement ne peuvent être envisagés comme le résultat d'une sanctification subite et doivent par suite être évités.
La proportion de ceux qui, suivant toutes les phrases de la progression mystique, arrivent au Touhidisme, à l'inconscience, est donc relativement faible, bien que
l'hagiographie musulmane compte beaucoup de ces déments. Mais leur nombre, en tout cas, est suffisant pour donner à la Kheloua un cachet mystérieux et terrifiant, qui ajoute à son influence propre. Aussi tous les membres de l'ordre, qui font des retraites fréquentes, sont-ils, même s'ils n'en prolongent pas la durée, dans un état mental grave. Hâves, décharnés, les yeux hagards, ils conservent toujours, en rentrant dans la vie ordinaire, les traces de ces rudes épreuves.
L'isolement, le jeûne, les privations de sommeil, la congestion du système cérébro-spinal, produite par le balancement de la tête, l'obsession d'invocations ardentes et uniformes, les marquent d'une empreinte ineffaçable.
Moins atteints, ceux qui ne font que de rares et courts séjours en Kheloua subissent tout au moins l'action morale de la préparation minutieuse à laquelle ils ont été astreints, et la contagion de l'exemple.
Une extrême exaltation est donc la caractéristique de cet ordre, et, plus qu'aucun autre, il doit être regardé comme le foyer d'un fanatisme intense.
Quelque nombreuses que soient ses branches, quelque indépendants que soient les groupes qui s'y rattachent, il en est de même pour tous.
Les principes essentiels de leurs doctrines sont, en effet, les mêmes, et des divergences liturgiques seules les séparent, divergences qui portent soit sur la forme de
l'initiation, soit sur celle de quelques prières, du Dhikre el Djellala entre autres.
Tel est, par exemple, le cas pour les Hafnaouiya et les Derdiriya.
On sait que beaucoup de confréries ont des adeptes parmi le sexe faible; il en est ainsi des Khelouatiya i. Pour la conclusion de l'Ahd, du pacte qui lie le néophyte, le Cheikh prend la main de celui-ci dans la sienne. Mais la femme est un être impur, et son contact souillerait le Moqaddem qui l'initie. Des précautions
I. Non seulement la confrérie compte des sœurs, Khouatat, mais celles-ci participent aux exercices des Khouan. Il en est de même dans quelques autres ordres, celui de Mouley-Taïeb, par exemple. Les Khelouatiya ont souvent été l'objet d'attaques très vives à ce sujet. Un Cheikh des Nakechabendiya, dont le nom nous échappe, prétend même, dans un petit opuscule publié à Constantinople en turc et en arabe, que la Kheloua est souvent faite à deux. C'est, ajoute-t-il, pour pouvoir se livrer impunément à tous les débordements, que les cheikh de l'ordre exigent de leurs disciples une obéissance si absolue, que ceux-ci ne peuvent même se marier sans leur consentement. Ces attaques ont le tort de généraliser des cas particuliers. Elles sont d'ailleurs moins fondées de beaucoup en ce qui concerne les Khelouatiya que s'il s'agissait de certains autres ordres, les Badaouiya, par exemple, dont les fêtes périodiques dégénèrent en saturnales. On peut citer aussi comme particulièrement typiques à cet égard les Hadra de femmes du vendredi, au Caire. Nous avons pu assister une fois pendant quelques instants, à l'une d'elles, au tombeau du Cheikhat Nedjem : Dans une chapelle attenante à la Koubba se trouvaient réunies une centaine de femmes en proie à toute l'excitation du Dhikre, et au milieu d'elles, quelques frères dont le caractère religieux n'enlevait rien à l'étrange promiscuité de cette scène. Les difiérentes formes de l'hystérie se touchent, au reste, d'assez près pour que les faits de ce genre doivent être communs. Après les Badouiya, la confrérie de Mouley-Taieb nous semble être celle où ils sont le plus fréquents. A Ouargla, nous avons été sur le point d'interdire par mesure de police, comme chef de ce poste, les Hadra mixtes de la branche locale.
nécessaires sont prises pour éviter cette fâcheuse occurrence.
Chez les Hafnaouiya, elles consistent à interposer un morceau d'étoffe entre la main de la postulante et celle du Cheikh qui la reçoit, tandis que les Derdiriya, considérant cette mesure préventive comme inefficace, ont recours à une ablution simultanée.
Le Moqaddem et la sœur mettent leurs mains dans un baquet plein d'eau, et les entrent jusqu'au poignet avant de se les saisir. En outre, le premier ne doit voir l'initiée que par réflexion de son image à la surface du liquide.
Les différences entre la forme du Dhikre el Djellala ne sont guère plus importantes, ainsi que le montre le tableau suivant :
HAFNAOUIYA i. DERDIRIYA 2.
Dans cet ordre, dit Pour le Dhikre , dit Sid
Cheikh Senoussi, on s' as- Ahmed ed Derdir, on
seoit les jambes croisées, s'asseoit en se tournant
et on répète : La illaha 111 vers La Mecque, et après
Allah (il n'y a de Dieu avoir fermé les yeux, « ce
que Dieu) en portant la qui illumine le cœur, » on
1. Traduction par M. A. Colas, interprète militaire, de laFahrassat de Cheikh Senoussi, livre mentionnant les autorités sur lesquelles s'appuie son enseignement.
2. D'après Thouafat el Ikhou.-in, exposé de la doctrine des Derdiriya par Az el Dine ben Abd Es Salem.
bouche alternativement au dit La, en tournant la tête dessous de l'épaule droite à droite, Illaha en l'incliet au devant du cœur. nant vers la poitrine à
droite, et Allah en la penchant à gauche vers le cœur,
La seule divergence entre les deux ordres, consiste dans le mouvement de la tête vers le côté droit de la poitrine, qu'ajoutent les Derdiriya.
Ce ne sont point évidemment des minuties de ce genre, qui peuvent déterminer parmi les Khelouatiya des tendances opposées. Elles laissent tout entière l'influence générale de leur doctrine.
Aussi le fait qu'il existe un grand nombre de leurs établissements au Hedjaz, a-t-il une importance particuculière. Leur action ne s'exerce pas à la vérité directement. La désagrégation de la confrérie, les rivalités qui séparent ses fractions d'Asie et d'Afrique^ ne lui permettent pas de réunir, de grouper ses adeptes, de prendre, à un moment donné, la direction de quelque mouvement général. Mais l'exemple des ascètes, des exaltés, des illuminés qui suivent à La Mecque, à Médine, la règle instituée par Ibrahim el Zahed et ses successeurs, exerce, à quelque catégorie qu'ils appartiennent, un eflfet moral considérable sur la foule des pèlerins. Il contribue puissamment à raffermir la foi ébranlée chez beaucoup,
chancelante chez quelques-uns, et en même temps à confirmer la ferveur exclusive des membres de l'ordre de tous les pays.
Or, presque toujours, les Khelouatiya se trouvent amenés, lorsque les représentants du pouvoir temporel ne sont plus uniquement guidés par la loi islamique, à se trouver en lutte avec eux.
Il semblerait au premier abord qu'il doive en être autrement : d'une part, leur règle prescrit un détachement complet des affaires temporelles, et, à cet égard, elle est l'une des plus étroites; d'autre part, on a vu que les puissants de la terre, le haut personnel du clergé officiel surtout, cherchent à se rapprocher d'eux, et à se couvrir de leur nom. Mais l'un des principes sur lesquels repose la doctrine des Khelouatiya, donne à leur confirérie, le caractère d'une association plus strictement mystérieuse et secrète qu'à la plupart des ordres.
Pour expliquer ce fait, il est nécessaire de rappeler quelle est d'après la tradition, l'origine commune à tous.
Le prophète aurait un jour réuni ses disciples préférés, Ali ben Abou Thaleb, Abou Beker ben Seddik, et en outre, suivant une version moins répandue, Omar ibn Khettab, Othraan ibn Affar et Ahnas ben Malek, dans une pièce de sa demeure, pour leur enseigner une nouvelle prière , le Dhikre. Contractant alors avec eux un pacte, tout spirituel, et qui n'est confondu que par
quelques-uns avec ses serments d'alliance antérieurs, il leur révéla la vertu purifiante de ces litanies. Un verset du Koran, diversement interprété d'ailleurs, sert d'appui à cette thèse i.
Mais si tous les ordres religieux admettent la première dor^née, ils professent, en ce qui concerne les détails de la scène, des croyances diflférentes.
Suivant les uns, le prophète aurait laissé ouverte la porte de la pièce où il se trouvait. Suivant d'autres , il l'aurait fermée, mais en gardant une lumière. Quelquesuns enfin assurent qu'il tint à ne s'adresser à ses disciples que dans une obscurité complète, après s'être assuré qu'aucun indiscret ne pouvait troubler leur réunion.
De là, trois écoles distinctes parmi les confréries. Pour se conformer à l'exemple donné par le fondateur de l'Islam, certaines accomplissent publiquement les cérémonies de leur rituel; d'autres, au contraire, les entourent d'un secret plus ou moins grand. Les Khelouatiya, qui se rallient à la dernière doctrine, en