‹ Les confréries musulmanes du Hedjaz [microform]Chapitre 21 sur 52 · Moqaddem : Sid Hachem ibn Rabia el Korichi · texte numérisé non relu

Moqaddem : Sid Hachem ibn Rabia el Korichi

^. Moqaddem : Sid Othman ibn Rahman el Abbassi.

désintéresser des affaires temporelles. Peut-être le cas est-il tout autre pour les Ghafrouniya de Massaouah, que les événements des dernières années, semblent avoir ralliés à la cause de l'insurrection religieuse du Soudan égyptien.

Devenu chef d'ordre, Sidi Abd er Raliman el Fassi, a dû formuler naturellement de nouvelles règles pour ses disciples. Nous n'avons pu avoir sur sa doctrine que des renseignements généraux : elle a conservé la plus grande analogie avec celle du Chadelisme des Derqaoua, tel que le professait Mohammed ben Hamza Zafîer.

Son rituel, au contraire, est en grande partie nouveau. La récitation du Dhikre est mentale, mais doit être faite avec une tension d'esprit telle que, d'après un témoin oculaire, elle donne lieu à des phénomènes hystériques caractérisés. Assis tout d'abord en silence, les Rahmaniya se lèvent successivement, l'écume aux lèvres, les yeux injectés de sang, en poussant des cris inarticulés.

Ils rechercheraient donc la manifestation de l'Esprit divin, parla prière seule, et obtiendraient par contagion, par entraînement, la production des phénomènes pathologiques qui, dans tant d'ordres musulmans, en sont l'équivalent.

NAKECHABENDIYA

Les Nakechabendiya sont, comme les Kadriya, les Chadeliya et les Khelouatiya, un des ordres fondamentaux de l'Islam. Ils figurent souvent dans la formule symbolique qu'adoptent quelques confréries pour caractériser leurs règles, <.^Kxj par exemple, formule des Emirghaniya (r»), qui indique que leur doctrine est basée sur celles des Nakechabendiya (^j) , des Kadriya (^^), des Chadeliya (qû) et des Djoneidiya (^).

Indépendamment de l'importance que lui donnent le nombre de ses adeptes et son influence générale, l'ordre des Nakechabendiya est un des plus intéressants à étudier comme système, comme règle et comme histoire.

Parmi les associations religieuses que nous avons envisagées dans les précédents chapitres, les une appartiennent à la classe des mystiques contemplatifs, d'autres à celle des hystériques extatiques. D'une confrérie à l'autre, ces tendances extrêmes se relient par quelques points de contact. Mais, sauf chez les Derkaoua, on ne les trouve nulle part ensemble. Et encore dans ce dernier ordre, leur coexistence n'est-elle pas doctrinale.

Les Nakechabendiya, au contraire, ne considérant que le but final de la sanctification panthéiste, admettent simultanément les méthodes morales et physiques qui peuvent y conduire.

Ils préconisent un double système, celui des Batheniya ou Intérioristes et celui des Zaheriya ou Extérioristes.

Cheikh Senoussi i, qui, parmi les auteurs d'ouvrages sur le Tessaouf, sur la science du soufisme et la doctrine des ordres religieux, est un des plus clairs, a exposé très nettement les différentes pratiques que comporte cette distinction, bien qu'il ne la formule pas lui-même. Les Batheniya forment, d'après ses indications, deux catégories.

Les adeptes de la première , « prenant pour point de « départ, la conscience qu'a l'homme d'être constam- « ment vu et observé par Dieu, surveillent leur cœur et « l'empêchent d'être accessible aux pensées mondaines, « jusqu'à ce qu'il soit pénétré de la ferveur la plus parce faite ; » ou bien encore, s'en tenant à la contemplation exclusive, ils doivent « s'absorber avec recueillement « dans tout ce qui a trait à la divinité et au nom de « Dieu, sans s'attacher à remarquer s'ils s'expriment « (pensent) en langue arabe ou étrangère, en faisant

I. Livre des appuis. Traduction de A. Colas, interprète militaire.

« abstraction de leur être, absolument comme s'ils « n'existaient pas. »

La règle de cette classe comprend donc des exercices purement intellectuels, qui tendent, d'un côté, vers la purification morale, de l'autre, vers la méditation extatique.

Pour les Batheniya de la seconde catégorie, la méthode contemplative devient plus physiologique.

Elle comporte un moyen qui consiste « à s'absorber dans l'esprit de son Cheikh ».

« Pour atteindre ce but, il faut se graver dans l'esprit « l'image de son Cheikh et le considérer comme son « épaule droite, ensuite tracer de l'épaule au cœur une « ligne destinée à donner passage à l'esprit du Cheikh « pour qu'il vienne prendre possession de cet organe. « Cet acte se renouvelle jusqu'à ce que le chef religieux « que l'on invoque vienne vous absorber dans la pléni- « tude de son être. »

Cette phraséologie en apparence peu compréhensible s'applique à une forme d'hystérie très fréquente chez les Khouan musulmans, car dans beaucoup d'ordres on trouve, dans ce sens ou en sens inverse^ l'indication du même trajet.

Une dernière pratique adoptée par les Batheniya, se borne à la récitation mentale de l'invocation : La iUaha iU' Allah.

Tel est l'exercice presque mécanique auquel s'arrête, à la limite inférieure, cette classe des Nakechabendiya.

Les Zaheriya, ainsi que leur nom l'indique, font au contraire la prière parlée. Ils continuent cette graduation successive.

Dans leur Dhikre el Djellala, d'après le même traité de Cheikh Senoussi, ils ferment les yeux, serrent les lèvres, replient la langue contre le palais et placent les mains contre les cuisses, dans la posture ordinaire de la prière. « Alors, ajoute cet auteur, on commence par « retenir son haleine, et on dit sur un ton de voix « grave : — Il n'y a de Dieu que Dieu, — en élevant la « tête à partir du milieu du corps et en la reportant à sa « position naturelle. On répète cette même invocation « en replaçant la tête au poinf de départ et en la diri- « géant vers l'épaule droite, puis enfin vers l'épaule « gauche, toujours avec la plus grande ferveur. Cet « acte se répète un nombre de fois impair. Ensuite, on « oblique la tête à droite, en retenant son haleine, et on « ajoute : Mohammed est l'envoyé de Dieu ; puis, ô « Divinité vous êtes mon but, je crois en vous et je K vous implore.» — Après quoi on donne libre cours à sa respiration pour recommencer encore, et ainsi de suite. En général, le Dhikre de la Hadra se borne, outre les prières accessoires, Hazeb et Aourad, à la récitation de la formule La illaha ill' Allah, à l'exclusion des deux autres

qu'indique Cheikh Senoussi. D'ailleurs, le caractère essentiel des Hadra de Tordre ne ressort pas suffisamment de cet exposé.

Ce qui les distingue surtout, c'est le ton de basse adopté par les Nakechabendiya. « Leur prière, » dit un autre auteur, Chah Ouali Allah, « sort du fond des entrailles par une aspiration prolongée. » Ils cherchent à produire une contraction de tout leur être, muscles et système nerveux, pour la production de la force, dépensée dans l'oraison, par l'émission de la pensée. Cette concentration facilite la même sensation que recherchent une partie des Batheniya, et que Chah Ouali Allah définit par la prescription suivante : « Il « faut retenir son souffle dans le ventre et dire La « dans le cœur, en le faisant sortir du nombril vers « le côté droit, puis l'allonger jusqu'à ce qu'il arrive « à l'épaule droite, prononcer alors Ilîaha de ce côté « et BV Allah vers l'épaule gauche avec énergie, la tête « suivant ce mouvement. »

Enfin le Dhikre des Zaheriya présente encore cette

parcularité que chaque invocation doit être faite, quoique

fort lentement, d'un seul souffle, sans exhalaison ni

aspiration d'air. Par un entraînement graduel, les

adeptes arrivent à répéter la formule El Djellala plusieurs

fois sans respirer, quelques-uns, jusqu'à 21 fois, à en

croire les docteurs de l'ordre.

On voit que cette méthode comporte tout un mécanisme physique pour produire chez le fidèle un état pathologique spécial. Mais les Nakechabendiya ne s'en tiennent pas là. D'après Hermann Vambery, leurs Hadra deviennent parfois de véritables danses de convulsionnaires. A Bokhara, notamment, il a assisté à une de ces cérémonies dans laquelle, munis de longs bâtons - et les cheveux flottants, les Derouich 3 de l'ordre sautaient et poussaient des hurlements comme les Refaiya.

A Samarkande, le même voyageur a vu d'autres Nakechabendiya se livrer à des exercices qui rappellent ceux des Aissaoua. Ils piétinaient sur des cailloux aigus et continuaient à se déchirer les pieds jusqu'à ce qu'ils tombassent à terre, privés de connaissance.

La doctrine de Tordre admet donc à peu près les deux extrêmes du mysticisme et toutes les nuances intermédiaires, depuis le Fakirisme, jusqu'au spiritualisme des

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