‹ Les confréries musulmanes du Hedjaz [microform]Chapitre 23 sur 52 · I. Rechihat Aïne el Hayat. Loc, cit · texte numérisé non relu

I. Rechihat Aïne el Hayat. Loc, cit

Tous les chefs des Etats indépendants qui se fondèrent alors appartenaient, sauf en Perse, à la race Turko- Tartare. Leur origine même explique la faveur dont jouirent auprès d'eux les Nakechabendiya. Tous tinrent à honneur d'élever des mosquées sous le vocable des saints de l'ordre, de bâtir des couvents pour ses Derouich, C'est à cette époque que remontent la plupart des établissements si nombreux dont il dispose aujourd'hui.

Sans poursuivre avec autant de détails l'histoire du développement ultérieur de la confrérie, il suffit d'ajouter que sa prospérité ne tarda pas à amener sa désagrégation, aussi bien dans l'Asie centrale qu'en Turquie.

Elle n'en conserva pas moins le premier rang dans la partie orientale de son domaine. Aucun autre ordre ne compte, aujourd'hui encore, un nombre d'adeptes aussi considérable dans ces régions. Toutefois elle y comprend actuellement autant de branches distinctes, que d'états, de districts indépendants et dans chaque pays même, ces branches sont souvent divisées en groupes étrangers les uns aux autres.

Bokhara est restée son principal centre. Les disciples de Mohammed Beha ed Dine avaient, en effet, ramené sa dépouille mortelle de Ksar Arifan, pour lui élever, près de son ancienne zaouiya, un mausolée qui n'a pas

cessé d'être un but de pèlerinage, célèbre parmi tous les musulmans d'Asie.

Samarkande, Merv, Khi va, Tachkend, Hérat, dont les territoires limitent les parcours des peuplades Turkomanes, entièrement inféodées à la cause de l'ordre, sont, après cette ville, celles où il a le plus de représentants.

En dehors de ces régions, on trouve encore des congrégations de Nakechabendiya jusque dans le Turkestan chinois et le Khokhand , à l'est , dans l'Afghanistan , la Perse, le Belouchistan et l'Inde, au sud. Mais ces groupes sont d'autant moins denses qu'ils s'éloignent davantage de l'Asie centrale.

■ A l'ouest de la Perse, les Nakechabendiya appartiennent à la branche turque de la confrérie. Sans avoir jamais joui dans l'empire ottoman d'une popularité aussi exclusive que dans l'Est, celle-ci n'en est pas moins, dans les villes surtout, une des plus considérées, ainsi que le prouve le nombre exceptionnel de ses Tekkié.

Cette branche était, comme la précédente, divisée depuis longtemps en groupes isolés dont quelques-uns formaient même des confréries, distinctes au moins de nom I, lorsqu'au commencement du xiiP siècle de l'Hégire, le chef de la zaouiya de Damas, Dia el Dine

X. Kabchariya, Messaoudiya, Mouradiya Seddikiya Djelaliya, Mouradîya Moulaoïiiya, Mouradiya Trabezouwiya, Djaniya, Alaouiya Saidiya, Abdelkhalekiya, Bahadjatiya Pirtouiya, Bahadjatiya Kaisariya, etc.

Zou el Guinahine Mouleyna Khaled, entreprit de réunir en un seul faisceau tous ces éléments divers.

Les premiers symptômes de la renaissance religieuse qui s'est manifestée depuis dans l'Islam, commençaient alors à se produire, sous l'influence des attaques dirigées de toute part, contre l'ancien patrimoine des Osmanli, par les nations chrétiennes.

Après l'annexion de la Crimée par la Russie, était venue l'expédition de Bonaparte en Egj'^pte et en Syrie. Puis les Anglais à leur tour avaient menacé Constantinople et la vallée du Nil. Enfin, quelques années plus tard, la Serbie, réveillée, s'était rendue presque indépendante, donnant à la Grèce un exemple qu'allait bientôt suivre l'héroïque petit peuple hellénique.

Né en 1192 (H) (1778 J.-C), Dia ed Dine Khaled appartenait à la génération qui vit s'accomplir ces événements. Au milieu de l'exaltation générale des musulmans, il se fit remarquer de bonne heure par ses ardentes prédications. Affilié à l'ordre des Nakechabendiya, ce fut surtout parmi ses membres qu'il chercha à réveiller le zèle religieux, et à la mort du Cheikh Abdallah Dahloui, Moqaddem de la zaouiya de Damas, sa réputation déjà grande, le fit désigner pour lui succéder, bien qu'encore assez jeune.

Reconstituer la confrérie, en faire un puissant instrument pour la revivification et la défense de l'Islam, devint dès lors l'objet de tous ses efforts.

Peut-être y fût-il parvenu, s'il avait vécu plus longtemps. Mais à sa mort, en 1242 (H), il avait seulement réussi à établir sa suprématie spirituelle sur les différentes fractions des Nakechabendiya de Turquie, d'Asie- Mineure, de Syrie, de Mésopotamie, même sur celles qui avaient adopté de nouvelles dénominations. Toutes se .considéraient comme relevant, au point de vue doctrinaire, de sa règle, sans que l'élan qu'il cherchait à provoquer, se fût encore propagé au delà de son entourage immédiat.

Son action continua de se faire sentir dans le domaine canonique.

Il avait, en effet, jugé nécessaire de ramener tout d'abord la règle de l'ordre, à l'unité qu'elle avait perdue, en la débarrassant des pratiques empruntées à la branche d'Orient et que réprouvait la civilisation des musulmans d'Occident. Aujourd'hui encore, son rituel qui donne une beaucoup plus large part à la méditation contemplative, qu'aux méthodes d'entraînement physiologique, et se distingue notamment par l'usage général du Dliikre mental, Dhikre el Khafi, est presque exclusivement adopté dans tout l'empire turc.

Mais l'organisation hiérarchique qu'il avait ébauchée, ne lui survécut pas.

Bien que conservant pour leur ordre le nom gêné-

rique de « Triqâ Moudjeddediya Klialediya », i les Nakechabendiya de l'Ouest se sont de nouveau divisés en plusieurs branches. Les principales, celle de Constantinople, dirigée actuellement par Cheikh Saïd, et celle d'Alep, dirigée par Cheikh Hassan, rivalisent aujourd'hui d'influence avec l'établissement métropolitain de Damas, dont le chef actuel, Mohammed el Khani, malgré sa qualité de successeur de Sid Khaled, n'est à aucun égard l'héritier de son ascendant. D'autres fractions moins importantes, n'en sont pas moins indépendantes de celles-ci. Partout, après une réunion momentanée de ses divers éléments, la confrérie s'est désagrégée, comme précédemment.

L'ordre des Nakechabendiya, en raison de son origine asiatique et des tendances alistes de son premier chef, ne s'est pas répandu dans les pays arabes.

En Afrique, il n'a qu'un seul établissement, au Caire, Tekkié dont la clientèle ne se recrute que parmi l'élément turc de la population. Ses attaches sont de même exclusivement étrangères, au Hedjaz, en dehors d'une congrégation fondée à Médine, au xiie siècle, par un Cheikh originaire de l'Hadramaout, Sid Abd er Raliman Sakkaf el Alaoui. AffiUé pendant un voyage aux Indes à

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