Tariqà Mohammediya : voie de Mohammed
tout d'abord, il passa en Tripolitaine, dans le Villayet de Ben Ghazi.
C'est alors que Cheikh Senoussi jeta les bases de l'établissement qu'il acheva plus tard de créer dans cette région. Mais son premier séjour n'y fut pas de longue durée. Dès que l'apaisement produit par son départ le lui permit, il revint à la Mecque et essaya de recommencer ses prédications, que les Eulema tolérèrent quelque temps.
Leurs anciennes haines se réveUlèrent cependant, quand ils virent tous les pèlerins d'Afrique se grouper peu à peu autour de lui, et l'enthousiasme de ses disciples croître de jour en jour. Ils l'accusèrent alors ouvertement d'hérésie. Menacé par leurs partisans dans les rues de la ville sainte, force lui fut de s'exiler de nouveau, définitivement cette fois, en 1843, sept ans après son retour de Saabia i.
Sa réputation était déjà telle néanmoins, que son passage en Egypte fut un véritable triomphe, malgré l'attitude toujours hostile du clergé officiel.
La population du Caire se rendit à Gizeh, faubourg de la ville où il s'était arrêté , comme en pèlerinage , et
I . Ces renseignements diffèrent un peu de ceux qui ont été donnés jusqu'ici sur cette période de la vie de Cheikh Senoussi. Nous les avons puisés dans une géographie de l'Egypte, publiée en arabe par Mohammed Emin Fakri, à Boulaq, en 1296 H. (page 292), et dans une notice manuscrite qui nous a été rapportée de la Mecque.
Abbas Pacha dont le règne devait être si funeste au pays, lui offrit une zaouiya, à la mosquée de Cheikh el Olali, à Boulaq. Mais ses projets antérieurs lui firent décliner toutes les propositions qu'il reçut, et, continuant sa route par terre, il repartit bientôt pour Ben Gliazi.
Le cadre de cette étude ne comporte pas l'historique de la fondation des zaouiya du Djebel el Akhedar et de Djerboub, ni de l'extension des Senoussiya en Afrique. D'autres travaux l'ont du reste fait connaître. Il suffit de rappeler qu'à sa mort, en 1859, Cheikh Senoussi était devenu le chef « d'un véritable état théocratique », s' étendant des côtes de la Cyrénaïque au Ouadaï.
En Arabie, le succès de son oeuvre, compromis un instant par son départ, s'était aussi définitivement affirmé au bout de quelques années. Outre la Zaouiya, de la Mecque, au Djebel Abou Kobaïs, et une autre, construite peu après à Médine, il avait réussi, avant de quitter le Hedjaz, à en fonder à El Taïf, Bedr, El Hamra, Yambo en Nekhal ^ et Djeddah, celle-ci bâtie aux frais d'un riche habitant de la ville, Mustapha-Cadi, qui plus tard lui légua toute sa fortune.
Abandonnés à eux-mêmes, les Moqaddem qui dirigeaient ces établissements durent, pour se maintenir dans
I. Yambo en Nekhal par opposition à Yambo el Bahar, petit port du Hedjaz. La première ville, située dans l'intérieur des terres, est célèbre par ses dattes parfumées, d'où son nom de Yambo les palmiers.
le pays, prendre une attitude eflfacée. Ils renoncèrent aux prédications et se bornèrent à entretenir secrètement leurs anciennes relations avec les nomades.
Le silence qui se fit autour d'eux empêcha les autorités locales de se préoccuper de leurs agissements et calma les méfiances du parti des Chorfa. Mais bientôt, Cheikh Senoussi reprit du Djebel el Akhedar la direction des Khouan d'Arabie. Ses agents, se glissant parmi la foule des pèlerins , traversant les villes, parcourant les tribus , commencèrent une nouvelle propagande, aussi active que mystérieuse. En même temps, son renom grandissait dans rislam entier. Il devenait, pour tous les musulmans, le champion de la foi contre la chrétienté.
S'appuyant sur une puissante organisation secrète et sur la ferveur populaire, son autorité finit par s'imposer, au Hedjaz comme en Afrique. Pas plus qu'en Tripolitaine , le gouvernement turc n'osa , lorsque la nécessité s'en fit sentir, entamer contre lui une lutte dont l'issue pouvait être douteuse. D'ailleurs les besoins de la politique générale de l'Empire ne tardèrent pas à faire traiter le chef des Senoussiya par le sultan comme un allié, et l'appui du pouvoir temporel lui fut acquis. Enfin, l'aristocratie urbaine, craignit de voir son prestige compromis aux yeux des croyants par une plus longue opposition. Déjà punie de son hostilité par les Bédouins qui, à la voix de leurs Moqaddem, coupaient les routes et raz-
zaient les caravanes, pour venger les émissaires de l'ordre maltraités à la Mecque ou à Médine, elle accepta à son tour le fait accompli.
Dix ans après l'exode qui avait paru la ruine du Senoussisme en Arabie, son influence y était ainsi devenue prépondérante. Seul de tous les ordres, il restait libre d'entraves administratives, de surveillance officielle, indépendant des autorités locales aussi bien que des Eulema et de leur parti.
Tel fut donc, en résumé, le résultat du mouvement religieux du xiiF siècle, au Hedjaz. Malgré les persécutions qu'elle dut subir à ses débuts, la confrérie nouvelle des Senoussiya, dont la doctrine résumait les tendances panislamiques du vieux monde mahométan, s'y établit en quelques années. EUe rendit à la Mecque le rôle de foyer du fanatisme musulman, que lui avait fait perdre la caste sacerdotale.
CONFRERIES DÉPENDANT DES CHEIKH EL TROUQ.
L'évolution qui a donné aux Senoussiya la suprématie religieuse dans le Hedjaz n'a eu jusqu'ici aucune influence sur la situation des autres ordres de la contrée.
Soumis au régime administratif qui leur a été imposé vers le commencement du siècle, ceux-ci forment un groupe dont l'étude ne peut être confondue avec celle de la première confrérie.
Au nombre de vingt-cinq, ils comptent pour toute la province un peu plus de cent cinquante zaouiya. La Mecque seule en renferme soixante et Djeddah trente. Médine en possède à peu près autant. Les autres sont réparties entre El Taïf, Yambo en Nekhal, El Hamra, etc. Mais seuls, les Cheikh el Troûq des trois premières villes ont un rôle important, celui de la Mecque surtout I. Il est d'ailleurs Cheikh el Sedjada de la confrérie la plus répandue dans la cité, celle des Khelouatiya.
I. Le titulaire actuel de cette charge est Si Mohammed Salah beti Sid Mohammed el Marokchi.
Affilié personnellement aux Chadeliya, Khelouatiya, Refaiya, Kadriya, et Badaouiya, le Cheikh et Troûq de Djeddah i, exerce de même une action directe sur ces différents ordres.
L'insuffisance des études entreprises jusqu'ici sur les confréries musulmanes ne permet pas de les soumettre à une classification méthodique, qui devrait être basée soit sur leur origine, soit sur leur doctrine, soit sur leur organisation. Nous nous bornerons donc à envisager successivement chacune de celles qui sont représentées au Hedjaz, sans chercher à relier les notices qui leur sont consacrées.
KADRIYA
La plus connue des confréries établies au Hedjaz, est celle de Kadriya, fondée au xii^ siècle de notre ère, vie de l'Hégire, par un persan, Sidi Mahi Ed Dine abou Mohammed Abd-el-Kader el Djilani.
Sa doctrine, sa règle, son rituel, ont été exposés déjà dans différents ouvrages. Il suffit donc de rappeler, que Sidi Abd-el-el-Kader el Djilani ou Guilani, suivant