I. Actuellement Sid Mohammed el Djerrha ben Sid Ahmed
les dialectes, du nom de la province où il naquit, est surtout un saint populaire, universellement révéré. Ce fut aussi un docteur éminent en son temps, à en juger par le nombre des traités sur la théologie et le mysticisme qu'il a composés. Mais son principal titre à la vénération des fidèles a été l'éclat de ses vertus.
Sa charité inépuisable en a fait le patron des pauvres, qui partout mendient en son nom. Elle a donné à la règle de la confrérie un caractère philanthropique fort remarquable, bien qu'il soit aujourd'hui souvent méconnu dans la pratique.
Comme doctrine religieuse, les Kadriya visent surtout à l'extatisme mystique, que Cheikh Senoussi a défini « l'anéantissement de l'individualité de l'homme par l'absorption dans l'essence de Dieu. »
Le rituel qui s'appuie sur cette doctrine constitue, à certains égards, une véritable méthode d'entraînement mystique. Il revêt, suivant les contrées, des formes différentes. On connaît surtout celui de l'Afrique septentrionale, dont les détails les plus intéressants ont été donnés par M. L. Rinn dans « Marabouts et Khouan », d'après Cheikh Senoussi et quelques autres auteurs musulmans.
Il comprend, en premier lieu, une cérémonie d'initiation, dans laquelle, soumis à un interrogatoire symbolique, le néophyte prête serment d'obéissance à son chef
spirituel et de fidélité à l'ordre. Admis ainsi au nombre des Frères, le nouveau membre participe dès lors à leurs droits et à leurs devoirs.
Ces devoirs consistent en obligations morales, telles que la sincérité, la charité ; en pratiques pieuses, les aumônes, par exemple ; et enfin en prières, oraisons ou litanies.
Les oraisons, réunies souvent dans des recueils imprimés I, analogues à nos livres de prières, sont, dans tous les ordres, recommandées sans être imposées. Elles sont de deux formes, l'Ouerd et l'Hezb. L'Ouerd en général est une courte invocation, formulée par le fondateur de la confirérie ou par quelques-uns de ses successeurs. Il peut en exister un grand nombre dans chaque association religieu^. Leur récitation constitue pour tous les musulmans une œuvre pie. Néanmoins, chaque ordre considère les siens comme particulièrement propres à conduire l'adepte dans la voie — Triqâ — qui lui est tracée.
De là leur nom même : Ouerd signifie en effet, à proprement parler, accès, arrivée. 2