Moqaddem actuels
Cheikh Mohammed Chouboukchi.
Cheikh Seid Ali Hafez.
La clientèle habituelle de ces congrégations se recrute surtout parmi la population pauvre des villes. Elle est donc peu nombreuse, et leur rôle se trouve des plus restreint.
Toutefois, la plupart des zaouiya disposent de fondations pieuses assez importantes, affectées surtout aux pèlerins d'Egypte, qui y affluent à l'époque du pèlerinage. Il subsiste ainsi quelques relations passagères entre les fractions métropolitaines des Badaouiya et celles du Hedjaz, relations qui n'impliquent d'ailleurs aucun rôle politique local, ni pour les unes ni pour les autres.
BEIOUMIYA
Le fondateur de la confrérie, Sid Ali ibn el Hedjazi ibn Mohammed , appartenait à une famille chérifienne, originaire du Hedjaz. Il naquit en 1108 (H), à El Beioum, petit village de la basse Egypte.
Membre de la confrérie des Khelouatiya, et l'un des Cheikh les plus en vue de la zaouiya de Sidi Demerdache, près du Caire, Sid Ali el Beioumi quitta vers l'âge de trente ans cette association, pour entrer dans l'ordre des Badaouiya. Il se fit affilier à la branche des
Halabiya, et y prit presque aussitôt une situation prépondérante. Son penchant pour les pratiques extatiques lui avait, en effet, déjà valu une véritable célébrité comme illuminé.
Amené ainsi à diriger les Hadra des Badaouiya dans la grande mosquée de Sidna el Haoussin, au Caire, il leur donna un caractère tellement exalté, que les Eulema s'émurent de voir la foule s'y porter chaque jour plus nombreuse, et voulurent lui interdire l'entrée du temple. Grâce à l'appui d'un jurisconsulte éminent, Cheikh el Chabraoui, Sid el Beioumi triompha sans peine de ses adversaires. Il resta libre d'exercer publiquement son rite, et le Cheikh el Islam lui offrit même une chaire à El Azhar, dans le Riwak el Tabroussieh, quartier des étudiants de Tauris et de la Mésopotamie.
Le futur chef des Beioumiya avait déjà conçu le projet de réformer l'ordre des Badaouiya dont les scandales, s'étalaient au grand jour, de rendre à la doctrine du saint de Tantah sa pureté primitive. Il profita de la popularité que lui valut sa double victoire, de l'autorité que lui assura sa nouvelle situation , pour entreprendre dans ce but d'ardentes prédications. Mais son ascendant personnel ne tarda pas à le faire considérer par ses disciples comme initiateur d'une « voie » nouvelle, plutôt que représentant d'anciennes doctrines. Les principes qu'il voulait rénover devinrent le code d'une confrérie
distincte, et, renonçant à sa première tentative, il la fonda sous son propre vocable.
Malgré leur communauté d'origine , les Beioumiya se distinguèrent ainsi des Badaouiya, du vivant même de Sid el Beioumi, par leur nom et par la substitution de leur propre saint, à celui de ces derniers. En outre, leur ordre, ayant le caractère d'une réforme, les prescriptions de sa règle se trouvèrent par ce seul fait beaucoup plus rigoureuses. Enfin quelques innovations donnèrent à leur rituel une physionomie propre.
Au lieu de conserver seulement l'initiation par la poignée de main simple , telle que la pratiquaient les Badaouiya , ils adoptèrent aussi l'initiation par la poignée de main donnée les doigts enlacés (Telquin el Mouchabaka), et celle du chapelet, que le Cheikh passe au cou du néophyte. Leur Hadra se transforma également. Alors que, dans l'ordre primitif, les adeptes se bornaient à fléchir le corps jusqu'à la ceinture en conservant les bras allongés , il fallut chez les Beioumiya , les croiser sur la poitrine à chaque flexion de la tête, puis les décroiser en se redressant, pour battre les mains à hauteur de la figure.
A part ces divergences, la doctrine même de Sid el Badaoui avait été respectée par Sid el Beioumi, qui, pour mieux affirmer la fiHation de sa règle, garda la Kherga rouge de Badaouiya.
Il existait donc entre les deux ordres une analogie marquée. Le relâchement des principes dans le plus ancien, l'austérité du second, les distinguaient surtout. Mais l'histoire des Beioumiya ne tarda pas à rappeler celle de leurs devanciers en Egypte, et dans ce pays, ils ne diffèrent plus aujourd'hui de ceux-ci, que par leur nom ou par quelques pratiques d'importance secondaire. Les branches étrangères de leur confrérie restèrent, au contraire, fidèles à ses premières traditions, mais en rompant tout lien avec la fraction métropolitaine.
De fréquents voyages à La Mecque, avaient mis Sid el Beioumi en relations suivies avec les populations de la côte et les tribus nomades, dont les caravanes traversaient en venant d'Eg^'-pte, le territoire, du Sinaï au Hedjaz. Les prédications qu'il put ainsi entreprendre eurent un rapide succès chez les Barabra du littoral. Il envoya chez eux des Khalifat qui, de tous côtés, créèrent d'importantes zaouiya. A La Mecque, à Médine, la plupart des Badaouiya se rallièrent à la nouvelle confrérie. Les Bédouins eux-mêmes lui fournirent un appoint notable d'adeptes.
Il ne paraît pas qu'avant la mort de leur premier chef, les Beioumiya eussent déjà des succursales en dehors du Hedjaz : mais là, du moins, ils constituaient presque une confrérie nationale.
■Sous les premiers successeurs de Sid el Beioumi, ils
s'étendirent d'abord jusqu'au Yémen et à l'Hadramaout en Arabie, prenant là aussi une place prépondérante parmi les ordres locaux.
Puis, remontant le golfe Persique et traversant la mer des Indes, leurs missionnaires allèrent fonder, dans la vallée du bas Euphrate et dans celle de l'Indus, de nouveaux établissements, dont la prospérité ne tarda pas à égaler celle des zaouiya d'Arabie.
Qiielque brillante qu'eût été cette période d'expansion, elle ne fut pas de longue durée.
A la mort du troisième grand maître, Mohammed Nafa, sous le règne de Mehemet Ali, il se forma, parmi les Moqaddem d'Egypte, deux partis rivaux, dont la compétition détermina rapidement la désagrégation de l'ordre.
L'institution du Cheikh el Troûq venait alors d'être établie depuis peu de temps. A en croire un bruit assez répandu dans le pays pour mériter quelque créance , le titulaire effectif de la nouvelle charge, Mohammed Effendi el Bekri, l'avait obtenue dans des conditions singulières. Ancien membre de la corporation des Peseurs, il était devenu l'Oukhil d'une des trois plus grandes familles da Chorfa du pays, Bit Saadat el Bekriya, qui jouissait alors du privilège de conduire à La Mecque, le Mahamel et le Kisouat, Palanquin et Tapis sacrés.
Deux autres familles, rivales des Bekriya, Bit Saadat
el Oufaiya et Bit Saadat Makram se partageaient la gestion des Oualif el Achraf, des fondations chérifiennes. Toutes trois étaient, ainsi que la plupart des confréries, hostiles à Mehemet Ali.
Profitant de la mort du chef de Bit Saadat el Bekriya, qui n'avait laissé qu'un enfant en bas âge, il créa la charge de Cheikh el Troûq, en l'attribuant à cette maison. Les ordres du pays, dont les uns relevaient du Cheikh el Islam et dont les autres étaient indépendants, se trouvèrent ainsi réunis sous une seule direction.
En même temps. Bit Saadat el Oufai5'a et Bit Saadat Makram furent dépossédées en partie de leurs apanages au profit des Bekriya.
Une seule influence, celle de la descendance directe d'Abou Beker ibn Seddik, se trouvait ainsi substituée aux anciens partis de la société religieuse, en Egypte. Aucun sentiment populaire ne pouvait se froisser d'une semblable mesure. Elle consacrait, en effet, les droits de la plus illustre noblesse du pays.
Mais l'héritier du chef des Bekriya était, dit-on, une fille et le plan de Mehemet Ali reposait précisément sur cette situation. Facilement gagné à ses projets, Mohammed Effendi, Oukhil et tuteur de l'orpheline, la remplaça, dans le secret du Harem, par son propre fils. Il serait donc l'ancêtre du Cheikh el Troûq actuel. Cheikh Abd el Baki el Bekri. En tout cas, ce fut
lui qui exerça de fait la nouvelle charge en se montrant fidèle agent du pouvoir temporel, et la tradition qu'il a inaugurée à cet égard s'est perpétuée jusqu'ici.
Lorsque la succession du grand maître des Beioumiya, Mohammed Nafa, s'ouvrit à sa mort, l'organisation donnée de la sorte aux confréries n'était pas encore solidement assise. Le Cheikh el Islam surtout se montrait fort hostile au Cheikh el Troûq. Il appuya donc résolument la candidature d'un des deux Khalifat rivaux, Cheikh Abd el Ghâni, l'autre s'étant adressé à Mohammed Effendi.
Les frais de la campagne entreprise par le second s'élevèrent, dit-on , à 3 .000 livres égyptiennes, plus de 75.000 francs. Son adversaire, dont le fils. Cheikh Mohammed Abd el Ghâni, est le chef actuel des Beioumiya d'Egypte, fut néanmoins élu par les Moqaddem. Bien que la fin de cette lutte intestine parût assurer le triomphe de la bonne cause, le scandale avait été assez grand pour provoquer la défection immédiate de toutes les branches étrangères de l'ordre. Celles du Hedjaz n'ont donc plus aujourd'hui d'attaches avec la fraction égyptienne, et sont complètement indépendantes.
Outre les zaouiya fondées par les Moqaddem du groupe local, il en a été créé à La Mecque, Médine et Djeddah, par les Beioumiya de l'Inde. Ces dernières
succursales sont surtout des établissemenis hospitaliers destinés aux pèlerins.
Néanmoins, en raison de l'importance numérique des adeptes de la confrérie dans le pays, elles ont été assimilées aux premières, au point de vue administratif. Toutes sont réunies dans chaque ville, sous la direction d'un Cheikh el Sedjada qui relève du Cheikh el Troûq.
Le Cheikh el Sedjada de La Mecque i exerce ainsi son autorité sur huit zaouiya 2. Il en existe six à Djeddah 3 ; quelques-unes aussi à Médine, et enfin à Yambo el Bahar, ainsi qu'à El Taif.
Les Beioumiya sont donc un des ordres les plus répandus au Hedjaz. Etant donné qu'ils ont conservé, en