‹ Les confréries musulmanes du Hedjaz [microform]Chapitre 37 sur 52 · I. On cite entre autres · texte numérisé non relu

I. On cite entre autres

Un commentaire sur le Koran : Rahmat el Oualiad fi Ektifat athar el Rassoul.

Un commentaire sur un ouvrage de son grand père, Chareha Michkat cl Anouar.

Un commentaire sur le rite Malékite : El Fiat.

Un commentaire sur la grammaire.

Un poème à la louange du Prophète : El Bourak.

De nombreux travaux sur le Tessaouf, la science du Soufisme et notamment un ouvrage important, El Khazem el Koutsia.

Ahmed Bemia, à celle des Kadriya, par Said el Kadoumi, Moqaddem à La Mecque, à celle des Nakechabendiya indiens, par Sid Abd er Rahman, Muphti de Zoubeid, et à quelques autres, il finit par se rallier, en dernier lieu, à l'école de Sid Ahmed ben Idriss, alors dans tout son éclat. Lorsque celui-ci fut exilé à Saabia, Mohammed Othman l'y suivit.

A la mort de son maître, la situation qu'il occupait parmi les Idrissij'a lui permit de se poser en rival de Cheikh Senoussi, pour la direction de l'ordre ; et quand tous deux furent de retour à la Mecque, il fonda près de l'enceinte même de la grande mosquée, à Dar el Khaïzaran, une zaouiya à laquelle se rallièrent une grande partie des adeptes de la confrérie.

Mais il ne tarda pas à modifier la règle de Sid Ahmed, et à se donner comme l'initiateur d'une voie nouvelle, celle des Emirghaniya, basée sur la doctrine des Nakechabendiya, Kadriya, Chadeliya et Djoneidiya, ainsi que l'indique la formule symbolique dont nous avons déjà parlé, *..^JiJ ï.

Les Emirghani5'^a , appartiennent à la classe des mystiques extatiques, qui admettent le principe de la

I. Le mime final de cette formule prend, en raison de sa forme /O», qui

rappelle celle d'un anneau, d'une boucle, les noms de : Anneau des voies (Kliâtem el Troûq) ; Réunion des profits (spirituels) — Djemayat el Faouayd, et Union fidèle (du Mourid avec Dieu) — El Mouafakat. Ces noms s'appliquent aussi à l'ordre même, que représente le mime.

Baraka héréditaire. Celle-ci revêt chez eux une forme spéciale, caractérisée par le nom de « Serr el Khâtem », donné aux descendants directs de leur chef. Serr el Khâtem, le secret de l'anneau, constitue à proprement parler un jeu de mots, sur la forme du mime, consonne initiale d'Emirghaniya. Il vise la puissance mystérieuse, aussi bien dans sa nature que dans ses manifestations, qui ne sont pas nécessairement tangibles ou visibles, dont Mohammed Othman a légué l'héritage à ses descendants. Un des effets les plus apparents du pouvoir dont ces dernières sont ainsi dépositaires, est aujourd'hui l'abondance des offrandes qu'ils perçoivent dans la confrérie. C'est aussi à leur seule Bakara qu'ils doivent d'inspirer encore à leurs serviteurs religieux un respect absolu, malgré des désordres dont le scandale est souvent public.

Le rituel des Emirghaniya présente peu de particularités remarquables.

Ils ont un Dhikre el Aoukat analogue à ceux de quelques confréries du Moghreb et de l'Afrique septentrionale, Dhikre qui consiste à répéter après chaque prière :

La lUaha 111' Allah loo fois.

Allah, Allah lOO —

Houa, Houa loo —

Heia Kaïoum lOO —

Et l'Invocation au Prophète 13 —

Dans la Hadra du Dhikre el Djellala, les adeptes de l'ordre traînent sur la dernière syllabe de Allah, et allongent la prononciation du mot, en raccourcissant celle de la première partie : « La Illaha 111' » jusqu'à ce qu'Allah se fasse seul entendre. Ils arrivent graduellement à ne plus dire que Hou-Hou , comme c'est le cas, d'ailleurs, des Kadriya, Badaouiya, etc.

Mais ils ne donnent jamais une cadence accélérée au balancement de la tête, qui se fait dans le plan vertical, le corps suivant son mouvement. De plus, ils doivent conserver le bout des pieds immobile.

Quant aux prescriptions générales contenues dans la règle de Mohammed Othman, il suffit de citer la défense faite à ses adeptes, non seulement de s'affilier aux autres confréries, mais même d'assister à leurs cérémonies, et l'obligation d'une croyance absolue à la sainteté du chef de l'ordre. Cette dernière croyance se manifeste encore chez tous les Emirghaniya, par la conviction qu'en se réunissant pour lire simplement la généalogie de leur maître, ils s'assurent les bénédictions célestes.

Enfin, par une réminiscence d'une ancienne tradition égyptienne, il leur est interdit de frapper les chats.

Les pratiques recommandées de préférence aux membres de la confrérie, consistent à ne manger qu'au tiers de sa faim, à s'écarter du monde, garder le silence^

méditer sur l'œuvre de Dieu, et, indépendamment du Dhikre, à s'adonner aux prières de tout genre. La Kheloua n'en fait pas partie. Elles n'ont donc aucun caractère original.

Contrairement à ce qui s'est passé dans la plupart des autres ordres, Mohammed Othman a formulé lui-même et très nettement sa règle. Il avait d'ailleurs de véritables qualités d'organisateur et grâce à l'activité de sa direction, sa confrérie prit un rapide essor, dès sa fondation.

Soutenu par les Chorfa de La Mecque, contre Cheikh el Senoussi, il se créa tout d'abord une nombreuse clientèle au Hedjaz, et y forma des succursales à Médine Djeddah, El Taïf. Plus tard seulement, la prospérité de son oeuvre, le luxe, dont il faisait volontiers étalage, suivant les traditions qui avaient valu à sa famille le surnom d'Emirghani, lui attirèrent l'inimitié du parti des Eulema. Il dut alors se retirer à El Taïf, et c'est là qu'il mourut en 1268-H. (1853 J.-C).

La cérémonie pompeuse du transfert de ses cendres à la zaouiya de La Mecque prouve que son influence était cependant intacte dans le pays. Elle était plus grande encore au Soudan.

Avant de devenir lui-même Cheikh el Triqa, il y avait été envoyé, comme agent de propagande, par son maître Si Ahmed ben Idriss.

Pour remplir cette mission, Mohammed Othman, qui

était alors à Saabia, se rendit à Souakin. La route de terre se trouvant interceptée, il remonta la côte de la mer Rouge jusqu'à Kosséir, gagna Kéneh et s'embarqua sur le Nil pour descendre la vallée.

Jusqu'à Assouan, ses prédications ne produisirent pas grand effet parmi les riverains, affiliés déjà pour la plupart, aux ordres Egyptiens. Chez les Barabra et les Nouba, au .contraire, son voyage devint une véritable marche triomphale. Il était suivi d'un cortège imposant, et sur ces populations primitives, l'effet du luxe déployé par son entourage devait être tout puissant. Ses miracles furent au reste assez nombreux, paraît-il, pour convaincre les moins enthousiastes.

Toute la Nubie, d' Assouan à Dongola, embrassa donc la règle des Idrissiya qui lui était ainsi apportée.

A Dongola, Mohammed Othman quitta la vallée du Nil, pour se rendre au Kordofan, où il fit un long séjour, catéchisant quelques tribus encore idolâtres, évangélisant les autres; il passa ensuite dans le Sennaar, visita la contrée qui s'étend sur la frontière de l'Abyssinie, entre l'Atbara et la mer, puis par Souakin revint à Saabia.

Sur quelques points, dans la dernière partie de son voyage, au Kordofan surtout, l'accueil des indigènes de race nègre laissa parfois à désirer. Mais, là encore, l'envoyé de Si Ahmed ben Idriss aurait été l'objet de

manifestations spéciales de la faveur céleste. L'une des plus efficaces fut la mort foudroyante d'un des Eulema du pays, qui avait voulu entamer avec lui une discussion théologique et le convaincre d'ignorance.

Mohammed Othman s'assura donc à peu près partout une popularité, qui s'affirma même, de manière à exciter les alarmes de quelques petits sultans. Une fois, entre autres, une troupe de 200 néophytes vint le rejoindre en armes. Il eut besoin de tout son ascendant pour arrêter la propagande trop énergique que ces nouveaux adeptes voulaient entreprendre en faveur de la confrérie. Comme autrefois Sidi Okba et ses compagnons chez les Berbères de l'Afrique du Nord , le futur chef des Emirghaniya avait pris au reste le plus sûr moyen de se créer des relations durables avec les habitants du Soudan, en y contractant plusieurs mariages.

Lorsque, plus tard, son ordre fut solidement établi au Hedjaz, Mohammed Othman songea naturellement à utiliser les souvenirs de tout genre qu'il avait ainsi laissés dans la vallée du Nil supérieur. Un de ses fils, Sid Hassen, originaire du pays par sa mère, alla le représenter à Souakin d'abord, puis, quand les anciens Idrissiya des Béni Amer et autres tribus de la région furent devenus Emirghaniya, au Sennaar et au Kordofan. Partout, Sid Hassen essaya de fonder des zaouiya, de grouper les partisans de la confrérie, mais ses succès

dans l'extrême Sud ne paraissent pas avoir été très complets. Dans le Nord du Kordofan, au contraire, à Dongola, où il finit par se fixer définitivement, et en Nubie, le triomphe de la doctrine qu'il représentait, fut absolu.

Mohammed Othman avait envoyé un autre de ses fils, l'aîné, Sid Mohammed Serr el Khâtem. au Yémen et dans l'Hadramaout. Il lui en restait encore trois, Ibrahim , Hachem et Djaafer i qu'il garda près de lui , les chargeant seulement de missions temporaires.

La confrérie s'était établie ainsi, du vivant même de son premier chef, hors du Hedjaz, sur toute la côte occidentale et méridionale de l'Arabie ; au Soudan, dans la région comprise entre Souakin, l'Abyssinie et la vallée de l'Atbara ; dans le Kordofan et peut-être le Darfour ; enfin dans toute la Nubie.

Elle comptait aussi quelques adeptes dans l'Egj'pte proprement dite, et en Turquie.

A la mort de leur père, les fils de Mohammed Othman reconnurent comme chef de l'ordre leur aîné, Mohammed Serr el Khâtem, qui revint à La Mecque.

Mais il fut lui-même enlevé peu après, par une courte maladie et sa succession ouvrit l'ère des rivalités dans la famille. Deux de ses frères, Sidi Ibrahim et Sidi Hassen étaient morts. Sidi Djaafer et Sidi Hachem

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