‹ Les confréries musulmanes du Hedjaz [microform]Chapitre 44 sur 52 · J. D. Brown, loc. cit · texte numérisé non relu

J. D. Brown, loc. cit

Le dernier de ces signes est aussi en usage chez quelques Kadriya turcs, sous le nom de sceau de Salomon. Il figure dans leurs cérémonies d'initiation.

On sait que les Francs-maçons sont assez nombreux en Egj'pte, en Syrie, en Turquie. La loge du Caire notamment est fort connue.

Sans qu'il se soit produit aucun rapprochement entre eux et les ordres religieux, il est naturel que le développement parallèle de ces associations, les ait amenées à adopter quelques coutumes analogues.

Chez les Kadriya, par exemple, l'interrogatoire auquel est soumis le néophyte dans l'initiation, ressemble aux questionnaires Franc-maçonniques.

ordres similaires, que par leur nom et par les détails de leur rituel.

C'est à El Taïf qu'ils sont le plus nombreux. Le fondateur de leur groupe, Cheikh Hassan Fatah el Karchi, était en effet Kadi de cette ville. Néanmoins et bien que la direction de tous les Melami3'-a du Hedjaz, se soit perpétuée dans la famille de leur premier chef, l'unique zaouiya qu'ils aient encore, se trouve à La Mecque.

Son Moqaddem actuel. Cheikh Hassan, jouit d'une certaine influence héréditaire. Par elle-même, la confrérie se trouve au dernier rang des ordres du pays.

LES SENOUSSIYA

L'étude doctrinaire du Senoussisme n'est plus à faire. Tous les points saillants de sa règle et de son rituel ont été mis en lumière, grâce aux travaux de MM. H. Duveyrier et Rinn, aux recherches entreprises plus tard en Italie.

Cheikh Senoussi s'est surtout proposé de rendre à l'Islam la pureté littérale des temps primitifs , de faire revivre les grande^ lois sociales, morales et religieuses, instituées par le Prophète, de les défendre et de les propager.

Subissant l'influence des siècles précédents, du milieu dans lequel il vivait lui-même, il a cru nécessaire de fonder une nouvelle confrérie pour réaliser ces projets. Mais son intention n'a pas été de créer un ordre de Khouan et de Derouich. S'il a réuni ses partisans en

une vaste et puissante société, c'est pour agir plus directement sur eux et par eux.

La doctrine même du Senoussisme montre qu'il en est ainsi. Elle est à peine empreinte de tendances mystiques, et ne vise à « l'anéantissement de l'individualité de l'homme absorbé dans l'essence de Dieu » que par la prière et la méditation. L'extase spiritualiste est la seule qu'elle admette. La « Voie » de la confrérie a moins pour principe TAhd, un pacte quelconque, que la stricte application de la Chareha et de la Sounna. Sa règle ne présente dans les détails du rituel qu'une fixité relative. Elle comprend à la vérité quelques prières spéciales, un office de Tehaggoud ou de Matines, et des invocations nocturnes ; différentes oraisons diurnes ; des Dhikre fort nombreux, i Mais ses seules prescriptions caractéristiques, visent le port du chapelet à la main, et une attitude différente de celle des Malékites ou autres Sunnites dans la prière obligatoire.

Ce ne sont donc point les minuties, considérées comme essentielles dans les autres ordres, qui ont préoccupé Cheik Senoussi. Il a tenu au contraire à ne leur donner qu'une place secondaire, pour insister davantage sur les devoirs généraux des fidèles, vaguement

I. MM. Duveyrier et Rinn ont cité les deux plus répandus. — V. « La confrérie de Si Mohammed ben Ali el Senoussi » et « Marabouts et Khouan ».

recommandés par ses devanciers, pour mieux assimiler sa doctrine au dogme religieux.

Toutefois, de même que son œuvre a dû aux circonstances de temps et de milieu, une forme particulière, la règle de sa confrérie s'est ressentie de son séjour parmi les Ouahabites du Yémen. A leur exemple, il a poussé le rigorisme à l'extrême, interdisant comme eux la musique, la danse, le chant, le tabac et le café.

Ces faits portent en eux un cachet original ; mais ce qu'il importe surtout de retenir, c'est que, par son objet, le principe fondamental du Senoussisme, est logiquement devenu la lutte contre la civilisation européenne.

Aucun danger ne menaçait la foi islamique, plus que le contact des peuples musulmans avec les nations chrétiennes. Propagé par celles-ci, le progrès s'attaquait, de tous côtés, aux bases mêmes de la religion, ébranlant les croyances des uns, séduisant les autres par ses corruptions. Pour accomplir une réforme générale, il fallait avant tout, élever des barrières infranchissables entre l'Islam et la chrétienté.

Le Djehad, guerre sainte, ou hostilité latente contre l'infidèle, qui entrait comme dogme de la loi dans le programme de Cheikh Senoussi, en devint l'article essentiel.

Mais les temps ne se prêtant plus aux croisades, aux guerres de conquête, il lui parut nécessaire de donner

provisoirement une nouvelle forme à l'antithèse Dar el Islam et Dar el Harb. i Isoler d'une façon absolue les pays restés musulmans, provoquer l'exode des vrais croyants soumis au joug des infidèles, tel fut le premier terme de son système.

Ne reculant d'ailleurs devant aucune conséquence de ses théories, il comprit les Turcs, maîtres de l'Egypte, de la Syrie, de Constantinople, des pays où s'était surtout développée la civilisation occidentale, dans la même réprobation que les chrétiens. Politique subtil, il sut admettre vis à vis d'eux quelques compositions. Mais la formule finale de son œuvre n'en resta pas moins : k Turcs et chrétiens, je les briserai d'un seul coup. »

I. Dar el Islam : pays régi par la loi musulmane et où elle est appliquée dans son intégrité. Dar el Harb : pays appartenant aux Infidèles et non encore subjugué par l'Islam.

Telles sont les deux définitions orthodoxes de ces termes. Mais des tempéraments, qu'eussent réprouvés les docteurs des premiers siècles de l'Hégire, ont fait parfois considérer comme Dar el Islam des contrées appartenant aux Infidèles et où les vrais croyants jouissent cependant d'une entière liberté.

Craignant, en 1871, nnc insurrection religieuse aux Indes, les Anglais ont provoqué dans ce sens une décision des Eulenia de La Mecque. Les Mupliti Hanefi et Maléki rendirent, sur la demande de leurs agents, un Fetouah, déclarant l'Hindoustan mahométan, Dar el Islam, et cette décision contribua beaucoup à calmer les esprits.

Il est probable que si une semblable précaution avait été prise pour l'Algérie, on aurait pu éviter au moins quelques-uns des soulèvements qui s'y produisent périodiquement.

Dar el Islam, en effet, est le domaine de la paix, et Dar el Harb, un champ de luttes.

Constituée avec un semblable objectif, la confrérie des Senoussiya devait nécessairement devenir une asociation politique. Cheikh Senoussi s'en rendit bientôt compte, et doué d'un génie très pratique, il s'efforça de la préparer à ce rôle, en constituant dans les déserts du Sahara tripolitain un véritable état théocratique.

Chassé du Hedjaz, qu'il avait d'abord choisi comme centre de propagande, il s'était établi au Djebel Lakhedar. Ce fut le premier domaine de son empire, sorte d'Imamat moderne, qui s'étend aujourd'hui de Ben Ghazi au Ouadaï, embrasse une partie du Fezzan et le pays des Tebou, déborde à l'Est jusqu'à la vallée du "Nil, au Sud jusqu'au Soudan, à l'Ouest jusqu'au massif des Touareg.

Cette création, tout en réalisant l'isolement des fidèles dans la nouvelle patrie des Senoussiya, tout en assurant un refuge aux musulmans étrangers qui s'exilent pour leur foi, était surtout destinée à donner un base d'opérations à la confrérie.

L'organisation qu'a reçue celle-ci, l'a mise à même de s'en servir. Ses adeptes proprement dits sont soumis aux règles hiérarchiques admises dans tous les ordres, mais avec une discipline beaucoup plus stricte. De Djerboub, où s'était fixé en dernier lieu Cheikh Senoussi, et qui est resté Zaouiya métropolitaine, le grand maître conserve comme au premier jour, une autorité absolue

sur tous les Khouan. Les Khalifat, les Naïb provinciaux sont uniquement les agents d'exécution de ses ordres. Ils exercent eux-mêmes sur les Moqaddem une direction à laquelle nul ne se soustrait, et aucun affilié n'échappe à l'action de ces derniers.

Indépendamment de ses disciples directs, Cheikh Senoussi voulut aussi, par un éclectisme habile, se rallier les membres des autres associations religieuses qu'il considérait comme orthodoxes. Il admit, dans ce but, comme adeptes de sa « Voie», les Khouan de tous les ordres comptés parmi ses « appuis »^ c'est-à-dire de tous ceux qui ont un nom dans l'Islam. Tout ce qu'il exigea d'eux, fut de rester fidèles à la loi et à la tradition sunnite. Il toléra même leurs pratiques, et les déclara conformes à sa règle.

Bien qu'ayant fait de la Hadra, du Dhikre el Djellala, une simple psalmodie, un office sans musique, sans mouvements du corps ni de la tête, il a même été jusqu'à respecter les danses des Moulaouiya, les hurlements des Refaiya, les balancements convulsifs des Kadriya.

Seuls, les exercices hystériques des Aissaoua, des Saadiya, des Refaiya^ de tous les extatiques Fakiristes, n'ont pas trouvé grâce devant lui. Encore s'est-il borné à les proscrire du rituel de ces confréries, sans en condamner aucun autre détail,

Le résultat d'une telle mesure fut d'assurer éventuellement au Senoussisme une clientèle iUimitée. Elle compléta l'œuvre préparatoire, commencée par la création de l'état de Djerboub et l'organisation générale de l'ordre.

Cette triple base ainsi constituée, Cheikh Senoussi poursuivit méthodiquement le programme qu'il s'était fixé. Après lui, ses deux fils continuent aujourd'hui la tradition qu'il leur a laissée.

Ils ne s'en sont écartés, et en apparence seulement, que sur un point. Cessant de faire au gouvernement ottoman la même opposition qu'aux puissances chrétiennes, Sid el Mahdi et son frère ont jugé plus opportun de mettre à profit l'évolution panislamique de la politique turque. Donnant à la Porte l'appui moral de leur concours, ils ont utiHsé l'appui matériel du sien. Leur influence dans le Sud-Ouest de la Tripolitaine s'est, grâce à ce changement de front, rapidement étendue. Peut-être l'alliance dans laquelle s'était engagée la Turquie , n'a-t-elle eu au contraire , pour ceUe-ci , que des conséquences fâcheuses. Il s'est, en effet, produit depuis quelques mois, à Ghât, chez les Azdjer, divers incidents qui semblent être les symptômes d'une agitation suspecte.

Dans le nord de la Tripohtaine, l'exaltation des esprits a pu donner une satisfaction immédiate aux visées de

l'entourage du sultan. Mais elle a surtout été profitable aux Zaflfer, et du jour où elle cessa d'être entretenue, un seul résultat s'est imposé , le développement de l'ascendant des Senoussiya, avec lesquels l'administration locale doit compter chaque jour davantage.

Il est donc permis de croire que les chefs de la confrérie se sont heureusement inspirés des circonstances, en profitant de l'occasion qui s'offrait à eux.

Ainsi qu'on le verra en étudiant les progrès du Senoussisme au Hedjaz, ils n'ont pas pour cela renoncé à la dernière partie de leur programme. Le rôle qu'ils ont temporairement accepté en Tripolitaine, n'implique pas non plus qu'ils aient modifié leur plan général. Il montre seulement qu'ils s'en tiennent encore à la politique d'obstruction des pays musulmans, sans vouloir rien tenter dans les contrées infidèles.

Sid el Mahdi , le chef actuel de l'ordre , l'a nettement prouvé par son attitude, lors des événements du Soudan égyptien.

Vers la fin du mois de Safer 1302 (H) — 1885 — , six envoyés du Mahdi de Khartoum arrivèrent à Djerboub , montés sur des hegguin, chameaux de selle du Kordofan. Ils apportaient au grand maître des Senoussiya une lettre dans laquelle Mohammed Ahmed disait en substance :

« Vainqueur des Anglais et des troupes khédiviales.

« je continuerai la lutte commencée, jusqu'au jour où « rEg}'pte sera rendue aux vrais croyants. Tu es tout « puissant à l'ouest de ce pays et au Hedjaz. Unis tes « efforts aux miens dans la guerre sainte. »

D'après un témoin oculaire, Sid el Mahdi lut cette lettre à quelques frères de son entourage et leur demanda ce qu'il fallait répondre. Tous gardèrent le silence, sauf un Khalifat^ Sid Mansour el Hachemi, qui se borna à lui dire : « Tu es le maître, et nous suivrons ton ordre. »

Les Soudanais furent alors emmenés dans une pièce préparée pour les recevoir. Pendant trois jours, ils reçurent une large hospitalité.

Puis, le quatrième jour, Sid el Mahdi les fit venir devant lui , après avoir réuni tous les Khouan de Djerboub. Il leur dit alors : « Informez votre maître que nous n'avons rien à voir avec lui ; qu'il ne nous écrive plus, car sa voie n'est pas la bonne. Je ne vous remettrai pas de lettre pour lui. »

Il ajouta enfin que, si de nouveaux envoyés chargés d'une nouvelle mission se présentaient à Djerboub, ils seraient mis à mort, que le chef des révoltés du Soudan n'était pas Mahdi, et termina par ces mots : « Ulmam se fera bientôt connaître. »

Imam, chef de la prière et guide suprême des musulmans, souverain spirituel et temporel, tel serait donc le

titre que songerait à revendiquer le grand maître des Senoussi^^a, plutôt que celui de Mahdi , « l'Envoyé qui doit clore le drame du monde ^. »

Quoi qu'il en soit de cette hypothèse, l'attitude de Sid el Mahdi vis à vis de Mohammed Ahmed n'en est pas moins caractéristique. Fidèle au système inauguré par Cheikh Senoussi, il n'a pas voulu se laisser entraîner dans une lutte prématurée, contre une puissance européenne.

Malgré toutes les craintes motivées par les progrès du Senoussisme, il n'est pas douteux aujourd'hui, que ses chefs s'abstiennent également de toute intervention indirecte, dans les affaires intérieures, en Egypte, en Tunisie, en Algérie. Quelques agents de renseignements, recrutés surtout parmi les Khouan des ordres locaux, les tiennent au courant de ce qui se passe dans les deux derniers pays. Ces mêmes agents s'emploient aussi à faciliter l'exode des fidèles, assez rares d'ailleurs, qui songent à s'expatrier. Mais ils ne font nulle part de propagande active.

En Egypte, il existe quelques groupes d'adeptes de la confrérie, Tripolitains d'origine pour la plupart, et ses représentants attitrés sont assez nombreux. Mais son action immédiate ne s'exerce que sur les tribus nomades, soumises nominalement au gouvernement khédivial,

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