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ANIMAUX ET PLANTES

APRÈS avoir parlé des Canaques, habitants de l'île, il convient de dire un mot des animaux et des plantes.

La Nouvelle-Calédonie ne possède aucun grand carnassier; on n'y rencontre ni les grands animaux de l'Asie, ni les marsupiaux de l'Australie; les serpents aussi font absolument défaut.

Je cherche en vain des quadrupèdes qui soient originaires de l'île; les chevaux, les ânes, les mulets, les bêtes à cornes, les moutons et les chèvres ont été importés par les Européens. Cette introduction ne peut pas dater de bien loin, et cependant il y a déjà dans la brousse des bestiaux et des chevaux à demi sauvages. Quand Cook découvrit en 1774 la Nouvelle-Calédonie, qu'il avait baptisée la Gallade, il y laissa quelques chèvres; celles-ci se sont reproduites à l'état sauvage, et aujourd'hui il s'en trouve de nombreux troupeaux dans la montagne. On a aussi importé quelques cerfs, qui se tiennent surtout dans le nord de l'île. Dans la Nouvelle-Calédonie il n'y a que peu ou point de moutons; il paraît qu'ils y dépérissent à cause de certaine herbe avec une épine noire, qui est fort abondante dans la brousse; mais d'aucuns prétendent que là où paissent des troupeaux de moutons, on ne saurait faire l'élève du bétail et que c'est pour ce motif que les grands éleveurs écartent les moutons de la Nouvelle-Calédonie; on rencontre de nombreux troupeaux de moutons dans l'île de Ducos, près de la côte.

Nous n'avons que peu de lapins à l'état sauvage, mais en revanche les chasseurs rencontrent beaucoup de lièvres, surtout le long de la côte ouest.

Peu de souris également : il n'y a pas de souris là où vivent

les rats et, hélas ! je crois qu'aucun pays au monde ne possède autant de rats que notre île. Ils séjournent dans la brousse, mais nous font de fréquentes visites; il faut constamment mettre l'imagination à contribution pour trouver de nouveaux moyens de soustraire nos provisions à ces innombrables rongeurs.

Signalons encore d'immenses mille-pattes, qui mesurent au moins vingt-cinq centimètres et qui sont gros comme un doigt, et les scorpions, dont la morsure fait enfler la peau sans toutefois être bien douloureuse.

La basse-cour est évidemment aussi d'importation européenne. Dans la plupart des villages on possède les différentes espèces de poules, de canards, de dindons, d'oies. Dans la brousse marécageuse il y a un nombre considérable de canards sauvages et de hérons; sur les montagnes se rencontrent des aigles et des éperviers.

La Nouvelle-Calédonie est extrêmement riche en oiseaux. Je n'en finirais pas, si je voulais énumérer et décrire tous les petits oiseaux de l'île. Pour quelques-uns seulement je trouverais en Europe des points de comparaison; presque tous se distinguent par les plus brillantes couleurs, par le plumage le plus diversement colorié. Parfois, quand on voit un de ces beaux oiseaux à l'extrémité d'une branche, on se demande si ce n'est pas une fleur, tellement son plumage est riche en couleurs vives.

J'ai vu de petits oiseaux d'un vert foncé, avec poitrine rouge; d'autres sont d'un vert pâle avec un cercle blanc autour de l'œil; il y a de jolies hirondelles avec une tête de perroquet. Les variétés de perruches sont nombreuses : une de ces variétés est verte avec une jolie huppe rouge en panache; elle s'apprivoise facilement et apprend à parler comme le perroquet; une autre variété est tricolore : rouge, vert et bleu; c'est joli et mignon comme tout; elle est plus sauvage, mais s'apprivoise quand même et finit par savoir parler. Les oiseaux les plus caractéristiques sont le cagou, le nautou et la roussette.

Le cagou pourrait s'appeler l'autruche de la Nouvelle- Calédonie. C'est un oiseau de la grosseur d'une poule, mais il a bien quarante centimètres de hauteur. Il est gris cendré, avec une huppe blanchâtre sur la tête; son bec et ses pattes sont

Le Cagou.

Pigeon Notou et Grue blanche.

rouges; ses ailes surtout sont remarquables; quand il les déploie, elles forment un éventail complet admirablement dessiné. Pour sa défense il pourrait se servir de ses ongles très forts et de son bec pointu; mais il ne se défend pas et, comme il ne sait pas voler, on parvient assez facilement à s'en emparer. Sa femelle pond deux œufs comme nos pigeons; on dit qu'elle les cache si soigneusement que même les Canaques ne les trouvent pas. Le cagou tient son nom du bruit qu'il produit, et que l'on croirait provenir d'un animal puissant. Il se nourrit essentiellement de viande fraîche, surtout d'insectes; il passe sa vie à chercher des insectes partout où il espère en trouver, de préférence dans la brousse marécageuse. Quand des végétaux ou des arbres viennent à pourrir dans ces contrées, ils sont rongés par un ver particulièrement gros; le cagou, au moyen de son bec pointu, saisit ce ver et en fait ses délices; les Canaques m'assurent qu'eux aussi ils aiment ce ver et le trouvent très bon. Le cagou est encore très friand de cancrelats et, sans doute, il rendrait de grands services, si l'on pouvait l'apprivoiser et le tenir dans les habitations pour nous aider dans notre chasse aux insectes. Le Canaque l'attrape au moyen de lacets; quelquefois il parvient à le saisir à la course. J'ai mangé de la viande de cagou, et je l'ai trouvée aussi délicieuse que celle des faisans.

Le nautou est un pigeon; de même que le cagou, il produit un tel bruit qu'on l'attribuerait volontiers à un grand quadrupède : ceux qui entendent pour la première fois le nautou, croient entendre le mugissement d'un bœuf. L'oiseau est de la taille d'une grande poule; sous le ventre il a quelques plumes rougeâtres, le reste de son plumage a la couleur du bronze : c'est pour ce motif qu'on le remarque si difficilement au milieu de la verdure; il faut l'œil exercé du Canaque pour distinguer la petite tâche rougeâtre, qui seule permet de voir l'oiseau, se dessinant sur les mille teintes du feuillage. Le Canaque chasse beaucoup le nautou, qui se nourrit de graines et dont la- chair est succulente ; il le prend au moyen de nœuds coulants, à peu près comme nos oiseleurs attrapent les grives sur les sorbiers.

En dehors du nautou, il y a encore des pigeons sauvages, ressemblant fort à nos ramiers, de petits oiseaux verts avec le

ventre jaune, et des tourterelles brunes avec un reflet bleu, qui roucoulent comme les nôtres.

La roussette est une grande chauve-souris qui a bien vingtcinq centimètres de long, et dont la tête se termine par un museau pointu : on dirait une petite tête de renard. L'animal se tient habituellement dans les montagnes, mais il aime beaucoup les graines de niaoulis, et il descend dans la plaine à l'époque où cet arbre est en graines. Le Canaque, qui aime sa chair, le chasse au moyen de la fronde. Je ne puis rien dire quant au goût de la viande de roussette, n'ayant pu me décider à manger d'une chauve-souris !

Ce qui rend la roussette surtout intéressante, c'est qu'elle a le corps couvert d'une espèce de poils fort longs; la popinée enlève ces poils et les tresse; elle fabrique ainsi des cordons assez longs, dont elle orne le manche des casse-têtes et le milieu des sagaies; quelquefois elle s'en fait des colliers ou des bracelets; dans certaines tribus la tresse de poils de roussette fait office de monnaie, comme la monnaie calédonienne, dont j'ai parlé plus haut.

Les animaux les plus désagréables que l'île possède, sont les rats, les cancrelats et les moustiques. On combat assez facilement les rats; si l'on ne parvient pas à les exterminer, on réussit toujours à se préserver plus ou moins ; mais la lutte contre les cancrelats est désespérante. Ces cancrelats sont des cloportes deux fois aussi grands que ceux d'Europe; ils sortent surtout pendant les périodes de chaleur et envahissent les habitations. Ils attaquent les étoffes, les tapisseries, les habits, les mets et même ils rongent à l'occasion les cheveux des dormeurs. Partout où ils ont passé, ils laissent une odeur pénétrante, particulièrement répugnante. Les dégâts qu'ils occasionnent dans les magasins et dans les chambres à provisions, sont tellement considérables, que l'on peut appeler à juste titre les cancrelats le fléau de la Nouvelle-Calédonie.

Nous avons des moustiques en quantités immenses. Pendant le jour aussi bien que pendant la nuit, ils remplissent les habitations : ils sont le plus nombreux dans les contrées marécageuses et au bord des cours d'eau. Il y a des endroits où ils vous entourent et vous poursuivent sans relâche; il faut les chasser à coup d'éventail

pendant qu'on est à table, et parfois il y en a une dizaine qui trouvent le temps de se noyer dans votre cuiller, pendant que vous portez votre soupe de l'assiette à la bouche.

Mais c'est surtout pendant la nuit, que les moustiques nous font souffrir. Voici comment un voyageur raconte les ennuis qu'ils lui causaient :

" Couchés en plein air, sous un ciel brillant, nous sentions notre poitrine se gonfler en aspirant les douces et fraîches brises du soir; mais cette jouissance se paie cher. Comme les médailles, toutes les belles choses ont un revers. En effet, au plus doux moment de notre enthousiasme, un bourdonnement, d'abord confus, étouffé et lointain, puis bientôt perçant et menaçant, s'abattit sur nous : en même temps mille coups d'épingles nous atteignirent, même à travers les couvertures; le sang jaillit, notre peau se gonfla et se déchira sous l'ongle qui croyait chasser la douleur et l'augmentait.... Nous étions la proie des moustiques.

Nous nous réfugiâmes dans la case, mais mes compagnous inexpérimentés n'avaient qu'une moustiquaire pour quatre; en y joignant la mienne cela faisait deux pour cinq : c'était peu. Enfin trois sous l'une et deux sous l'autre, nous essayâmes de goûter un peu de repos.... ce fut impossible. Les moustiquaires, trop petites pour leur contenu, présentaient des brèches par lesquelles, au moindre mouvement, des myriades de nos ennemis, dont nous entendions tout autour de nous les recherches et les fureurs, se précipitaient altérées de sang. Mais à quoi bon s'appesantir sur ce triste sujet ! Qu'il suffise de savoir que, pendant tout ce voyage, nos nuits se ressemblaient; que nos corps se couvrirent de cloches; que toutes les malédictions que peut inventer un homme, furent prodiguées à la race des moustiques; et que, dès le lendemain, un de nos compagnons de route, officier d'infanterie de marine, jeune et vigoureux, renonça à l'expédition, vaincu par l'insomnie et les moustiques „.

Je ne peux pas oublier de parler des sauterelles-criquets, d'autant plus que, dès les premiers mois de notre arrivée, nous fûmes particulièrement éprouvés par une descente de sauterelles. C'est au commencement de la période des chaleurs que les œufs de criquets, après avoir séjourné pendant neuf mois dans la terre, s'ouvrent

pour donner naissance à de petits êtres d'abord blancs, puis bientôt bruns : ce sont les futurs dévastateurs ! Pendant les six premiers jours de leur existence, ils ne font que sautiller ça et là, les uns à travers les autres, tout en grignotant les herbes qui leur tombent sous la dent, à l'endroit même où l'éclosion s'est faite. Le septième jour, ils se mettent en marche avec une régularité étonnante, mais aussi effrayante. Ils se déploient sur une grande étendue et avancent en suivant toutes les inégalités du terrain, et, toujours en avançant, ils détruisent toute la végétation qu'ils rencontrent, ne laissant derrière eux que la plus attristante nudité du sol. Tout d'abord ils ne font guère qu'une centaine de mètres par jour, mais en devenant plus grands et plus forts, ils allongent leurs étapes, faisant finalement jusque cent mètres par heure. La nuit ils ne marchent pas.

Et cette marche de destruction en destruction dure près de deux mois! Alors le maudit insecte subit une nouvelle métamorphose : il lui vient des ailes ! Par tourbillons immenses ils s'élèvent dans les airs, forment comme d'épais nuages, obscurcissent le soleil! Puis soudain, ils s'abattent pour apaiser leur faim insatiable et, après quelques instants, du champ de maïs qui faisait la gloire et l'espoir du colon, il ne reste que le chaume !

Généralement le criquet retourne à la fin de son existence à la montagne, d'où il est venu, pour y pondre ses œufs et mourir.

A mon arrivée dans la colonie, nous nous trouvions désarmés devant ce terrible ennemi, dont à ce moment on ne connaissait ni les mœurs, ni l'histoire. En vain nous nous efforcions de tuer, avec l'aide des indigènes, le plus grand nombre de criquets possible; quand nous en avions piétiné et tué des millions, on constatait à peine un léger retard dans la marche de la colonne envahissante. Une fois que l'insecte avait ses ailes, il ne nous restait qu'à croiser les bras et à assister impassibles à la destruction des récoltes.

Depuis lors on a introduit ici les moyens de combat que l'expérience a révélés en Algérie; déjà nous avons vu diminuer considérablement le nombre et l'étendue des colonnes : nous croyons fermement que le triomphe final récompensera nos peines et sacrifices.

En parlant de la nourriture des Canaques j'ai eu l'occasion de signaler la richesse particulière de nos mers; elles renferment, pour ne nommer que quelques espèces, d'énormes raies dont la queue est armée d'une scie tranchante, des tortues larges comme une table ordinaire, des crabes grandes comme une assiette, des loches, des aiguillettes, ainsi nommées à cause de leur museau effilé, des perroquets qui doivent leur nom à leurs couleurs et à, leur bec crochu, des crevettes roses, délicieuses comme des écrevisses. J'ai parfois assisté à des pêches où l'on prenait du poisson en si grande quantité, que je n'osais presque pas en croire mes yeux. Mais une partie de ce poisson doit être rejetée en mer comme impropre à la consommation. Plusieurs espèces sont absolument dangereuses, d'autres produisent un empoisonnement semblable à celui que donnent parfois les moules. Les Canaques seuls connaissent suffisamment ces poissons pour pouvoir les trier et écarter les mauvais; encore s'y trompent-ils parfois, car pour certaines espèces il faut tenir compte de la saison ; tel poisson qui est délicieux pendant la période des pluies, constitue un mets desplus dangereux pendant les mois de sécheresse ; même parmi les indigènes, les cas d'empoisonnement par le poisson ne sont pas très rares.

En dehors de ces espèces que fournit la pêche ordinaire, on trouve encore parfois le dugong, un poisson ressemblant un peu au phoque; il a un mufle comme un bœuf et nous l'appelons — peut-être en dépit de la science — vache marine. Il atteint une longueur de quatre mètres et une circonférence de deux mètres : sa chair est excellente.

Dans toutes nos eaux le requin est très abondant et il fait de nombreuses victimes; il lui arrive de remonter assez haut dans les rivières, d'aller troubler le bain tranquille des Canaques dans les criques, que la mer forme à l'intérieur de la brousse.

Puisque j'en suis aux poissons, il faut citer aussi les huîtres. Le long de la mer se trouvent en plusieurs endroits des forêts depalétuviers; les racines de cet arbre restent à nu et forment un fouillis inextricable d'arceaux sur lesquels s'élèvent les troncs. Ces. racines portent sur leur face inférieure une quantité innombrable d'huîtres de belle dimension. En coupant un de ces arceaux on se

procure au moins une centaine d'huîtres délicieuses. Les Canaques les prennent par sac; ils les font cuire sur des cailloux chauffés à blanc et les mangent ainsi cuites; souvent ils m'en apportent tout un grand sac, et quand, en échange, je leur donne un pain, ils se montrent très contents.

Un jour ils m'ont apporté des huîtres larges comme une assiette à soupe, et dans l'une d'elles j'ai trouvé une perle. Aussitôt j'ai demandé aux popinées si jamais elles n'avaient rencontré de ces perles dans leurs huîtres : elles me répondirent que si et me promirent de m'apporter celles qu'elles trouveraient encore. Elles ont tenu parole et m'ont procuré une grande quantité de perles fines, dont quelques-unes étaient fort jolies.

A propos de ces perles j'ai eu un jour une violente émotion. Une popinée était arrivée dans la cour derrière la maison et se présentait à la porte; mais elle n'entrait pas; je lui fis signe d'entrer et lui criai " Enganê, mon „, entrez donc, amie; elle ne répondit pas, mais me montra qu'elle avait caché quelque chose dans son manou. Je compris qu'elle ne voulait pas entrer, parce que je causais avec un Canaque; j'expédiai celui-ci le plus lestement possible et elle entra : " Mon apporte pelles (perles) à madame „, dit-elle; " grande pelle pour un pain „. Et elle se mit à détacher la loque rouge tressée dans sa tapa; je suivais des yeux chaque mouvement; la perle paraissait devoir être démesurément grande. Enfin la loque était détachée et elle se mit à la dérouler. Qu'allait-il en sortir ? " Grande, grande pelle, très grande „, répéta- t-elle. J'étais réellement impressionnée quand elle me mit entre les mains une chose ronde aussi grande qu'un œuf de pigeon : une perle de cette grosseur devait valoir toute une fortune ! Et pourtant c'était une perle, mais une perle brûlée, calcinée ! La popinée remarqua ma déconvenue et demanda : " Madame, pas contente ? „ Je lui donnai tout de même le pain qu'elle avait demandé, et l'engageai à m'apporter toujours les perles qu'elle trouverait.

Il va de soi qu'ici même ces perles n'ont pas grande valeur; pour la noce d'une de mes nièces, j'envoyai en Europe quelques centaines de petites perles et cela constituait, paraît- il, un fort joli cadeau de noce.

Au cours de mon récit j'ai déjà nommé plusieurs arbres-

particuliers à la colonie, le niaoulis, le kaori, le bourao, le palétuvier. J'ai énuméré les nombreux mérites du niaoulis en racontant la construction de notre habitation; j'ai dit aussi que c'est surtout le kaori que l'on emploie pour la construction des pirogues; j'ajouterai que l'écorce de cet arbre renferme une résine que l'on récolte avec soin et qui s'appelle la gomme de kaori; elle vaut, paraît-il, 2500 fr. les 100 kilos et sert à la fabrication des vernis les plus fins. Pour le bourao, je dois signaler une autre particularité : quand on fait bouillir son écorce, elle devient féculente et prend le goût de l'igname; de ses feuilles, on fait une bonne tisane ou on les met en compresse sur les blessures.

L'île possède un très grand nombre d'arbres intéressants; je dois d'abord avouer que je ne connais plusieurs de ces arbres que sous leur nom d'emprunt, c'est-à-dire que, par convention, nous avons donné à plusieurs arbres des noms que nous empruntons aux arbres d'Europe, avec lesquels ils paraissent avoir des ressemblances.

Par exemple, nous appelons cerisier un arbre, qui produit comme fruit une boule grosse comme une cerise, mais de couleur violette et de goût désagréable.

Nous avons baptisé pommier un arbre, qui donne une sorte de pomme peu succulente, à fort gros noyaux, et acajou un autre arbre, dont le bois ressemble au bois d'acajou; ce bois est peu solide et peu utile; les vers l'abîment très rapidement; le fruit qu'il porte est une sorte de tomate que le Canaque mange et qui n'est pas mauvaise; il faut cependant se garder de toucher le noyau de la langue ou des lèvres : cela produirait aussitôt un gonflement douloureux.

Le chêne tigré fournit un bois rougeâtre, tigré de petites taches jaunes; les meubles en chêne tigré sout fort jolis.

Le bois du gaiac n'est bon qu'à brûler; celui de V arbre de fer n'est pas beaucoup plus utile pour nous; il est fort lourd, ne surnage pas dans l'eau et ne se laisse travailler que pendant qu'il est vert.

Le banian est un arbre magnifique : ses branches descendent jusque terre et y prennent racine; de nouvelles pousses sortent de toutes parts, et un seul arbre peut donner naissance à un bosquet touffu. Ces branches forment autant de portiques, de sorte qu'un bosquet de plusieurs arbres est un véritable labyrinthe.

Citons encore en passant :

Le pendanus; le fruit en forme d'artichaut est savoureux comme l'ananas ;

Le bois de rose et le bois de santal;

Le pin colonnaire; il sert de point de direction pour les marins et fournit d'excellents mâts de navires;

Le goyavier, qui donne une pomme sans pépins ;

U avocatier; la grosse poire a un goût de beurre frais ;

Le jacquier; celui-ci a pour fruit une citrouille longue de cinquante centimètres, qui pend le long du tronc; quand on l'ouvre, il s'en dégage une vraie puanteur; il faut la laisser tremper dans l'eau pendant plusieurs jours avant de pouvoir la manger;

Le corosol; le fruit a la forme d'un melon et contient une crème, qui a un goût de fromage;

Le gommier; la grosse groseille sert à engraisser les porcs;

Le figuier et Y arbre à pain;

Le bibassier, avec une fruit comme une nèfle;

Le manguya, qui porte un fort bon abricot; et

Le cœur de bœuf, ainsi nommé à cause de la forme de son fruit.

Comme plantes cultivées, je ne puis guère citer que l'igname, le taro et la canne à sucre, que plantent les indigènes, et le maïs, le riz, le trèfle, la pomme de terre, la betterave et le chanvre, que Ton a importés avec grand succès. La culture du froment n'a pas réussi, tandis que celle de la vigne promet beaucoup. Comme culture de rapport il faut aussi nommer le cocotier; on a calculé que, par an, un cocotier peut produire net trois francs à son propriétaire.

Enfin je devrais encore, pour donner une idée des richesses naturelles de la colonie, parler des minéraux que son sol renferme ; j'y reviendrai plus tard; disons ici seulement qu'en 1860 on parlait beaucoup des gisements aurifères de la Nouvelle-Calédonie; les recherches effectuées par les ingénieurs envoyés par le Gouvernement français, n'ont fait découvrir que des blocs de quartz assez pauvres en filets d'or; en revanche ces ingénieurs ont pu conclure à la présence dans l'île de -mines de fer, de cobalt, de cuivre et de nickel, ce dernier émergeant même à la surface du sol.

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