FORMULE DU SERMENT LUE PAR LE DOYEN
Jurez* VOUS que vous défendrez et conserverez intacts tous les biens et les droits de l'église de Nevers, et que vous n'en aliénerez aucun sans juste raison et sans avoir le consentement du doyen et du chapitre? — Oui, nous le jurons : SicjuramtM,
Jurez-vous que vous réclamerez autant qu'il sera en votre pouvoir et que vous ferez réclamer ce qui aurait été aliéné des droits et des propriétés de Tévéché et de l'église de Nevers ? — Sicjuramus,
Jurez-vous de conserver inviolablement les statuts, privilèges, droits, immunités et louables -coutumes de ladite église et dudit chapitre? — Sicjuramus.
Jurez-vous que vous maintiendrez dans toute leur teneur les privilèges et grâces accordés par vos prédécesseurs ou par d'autres aux doyen, chapitre et église de Nevers ? — Sic juramus.
Jurez-vous, en un mot, d^observer toutes les observances que vos prédécesseurs ont jusqu'à présent juré d'observer (i) et auxquelles vous êtes tenu, conformément à ce qu'ont fait les autres évèques? — Sic juramus.
Après le serment, l'archidiacre de Sens prend la parole : « Votre entrée est-elle pacifique? » Est-ne pacificus ingressustuus? L'évéque répond : Paci/icus, Alors l'archidiacre, prenant l'évèque par la main, l'introduit dans l'église en disant : c Entrez donc, le béni de Dieu: » Intra igitur^ benedicte Dei, Il le conduit jusqu'au bas de la tour et lui met en main la corde de la cloche en disant : c Recevez par noire ministère le gouvernement de cette église et soyez obéissant et fidèle à l'église-mère de Sens. 9
L'évèque se rend ensuite devant l'image de Notre-Dame pour y faire sa prière, puis il en fait autant devant le maître-autel, sur lequel il dépose son offrande selon sa dévotion. Enfin l'archidiacre le conduit au trône où il l'installe en disant : Tenez-vous-y dans la
(1) Nous avons cru devoir reproduire exactement le texte : Vos juralis observare omnK observaniias quas juraverunl haclenus obseiisarey etc.
justice et la vérité^ conservez la place où Dieu voua a élevée car il est assez puissant pour augmenter en vous sa grâce. Alors rarchidiacre entonne le Te Deum suivi de versets et de Toraison : Actiones nostras (1).
Le pontife donne la bénédiction solennelle et se revêt des ornements pour la messe.
Il semble qu'il serait impossible de pousser plus loin les précautions pour sauvegarder les droits -du chapitre; on aurait pu se. contenter des serments multipliés dont nous avons parlé, et cependant il y avait encore d'autres exigences.
Il pouvait arriver que l'élection eût lieu en faveur d'un membre du chapitre ; aussi les bons chanoines jugeaient-ils à propos d'avoir des réunions préparatoires et d'exiger ce qu'on appelle dans nos comices politiques la profession de foi du candidat. Les règlements capitiilaires sont formels :
i° Avant l'élection, chacun des chanoines promet que, s'il est élevé à la dignité épiscopale, il ratifîera et confirmera les exemptions dont jouissent les chanoines et les sept^prètres, et que dès ce moment il les ratifie et les confirme.
2^ Après l'élection, l'élu renouvellera sa promesse, avec serment, et la consignera par acte public.
3^ Quand le procès-verbal d'élection aura été dressé et muni du sceau du chapitre, le môme serment sera renouvelé.
4^ Il en sera de même quand l'élection sera conQrmée.
5® On promettait encore que, s'il venait à s'élever quelque contestation, entre l'évéque d'un côté et les doyen et chapitre de l'autre, sur la délimitation de la justice ou quelque autre matière, on ne porterait jamais l'affaire devant le juge séculier, mais qu'on choisirait des ecclésiastiques du diocèse ou d'un diocèse de la province de Sens qui prendraient connaissance de l'affaire et prononceraient leur jugement.
En agissant ainsi, dit le statut, on obvie : l"* aux frais d'un procès; 2^ aux discordes, aux querelles, aux divisions ; 3^ aux scandales qui en sont la suite ; car c'est un scandale et une monstruosité de voir la tète en opposition avec les membres et vice versa.
6^ Les avocats se plaisent à faire naître ces procès et à semer la
(I) Manuscrit extrait du Livre noir.
lizanie, parca qu'ils y trouvent leur avantage ; ila veulent vivre de leur état. Ut haheant statum suum (1).
Il ne faut pas croire que le chapitre admettait toujours sans difficulté les.évêques élus ; nous avons des exemples du contraire, même après le concordat passé entre Léon X et François 1*^. Nous pourrions apporter en preuve le double affront infligé à Jacques-Paul Spifame par les chapitres de Sens et de Nevers. Ne dirait-on pas qu'à l'avance ils avaient soupçonné en lui un apostat? Plusieurs conciles avaient exigé que la barbe et la tonsure fussent faites régulièrement, sous peine même, pour les bénéficiers, de perdre leurs émoluments. Cependant ces prescriptions n'étaient pas toujours observées fidèlement. Jacques Spifame avait peine à s'y soumettre. Quand il fut nommé à l'évéché de Nevers, il devait prêter serment entre les mains de l'archevêque de Sens, selon le droit alors établi. La cérémonie se faisait avec solennité en présence du chapitre métropolitain ; mais les chanoines y mirent opposition, sous prétexte qu'il portait une longue barbe. Probablement que le serment fut prêté en leur absence sans aucune solennité (2). Il devait trouver à Nevers une opposition, plus sérieuse encore, de la part du chapitre, disposé à lui interdire l'entrée de la cathédrale et à ne pas permettre son installation, c MM. du Chapitre de Saint-Cyr,' instruits du jour de la prise de possession de l'évéché et de l'entrée solennelle que désirait faire M« Jacques Spifame, préviennent cet évèque qu'ils ne souffriraient point qu'il fasse cette entrée en ladite église qu'au préalable il ne se fit couper la barbe, que tel a été de tout temps cet usage envers ses prédécesseurs. Ce qui, après beaucoup de raisons de la part dudit évéque, ayant été promis et exécuté, il lui a été permis de se présenter, etc. (3) »
L'intronisation d'un évêque était un fait assez important pour que le chapitre s'empressât de l'enregistrer. Cependant Parmentier fait observer que rentrée de Jean de Savigny, vers 1294, est la première dont on ait trouvé le procès-verbal. Tout en reproduisant le cérémonial que nous avons indiqué, le même auteur admet quelques légères variantes que nous avons aussi remarquées dans l'installation d'Ëustache du Lys, d'après Michel de Cotignon, chanoine de Nevers,
(1) Manuscrit extrait du Livre noir.
(2) Mémoires de Tabbé Lebeuf.
(3) Archives de la préfecture de la Nièvre.
remplissant les fonctions de secrétaire (1); nous croyons devoir les signaler ici.
L'archidiacre de Sens pouvait, dans cette circonstance, donner commission à un procureur à l'efTet de se faire représenter ; dans tous les cas^ deux chanoines de la métropole accompagnaient Tarchidiacre ou son mandataire.
Au lieu d'une simple salutation révérencieuse de la part des chanoines de la cathédrale, quand ils se rendaient à Saint-Martin pour rendre visite à l'évéque, le doyen lui adressait une harangue.
Au moment où le prélaf se disposait à se rendre à la cathédrale, le bailli d'Aubigny, un des vassaux de Tévêque, appelait à haute voix les quatre barons de Tévèché qui devaient se présenter en per» sonnes ou par procureurs. Quand ils étaient arrivés en présence du prélat, celui-ci leur adressait la parole et leur rappelait les engagements réciproques qui allaient s'établir entre eux et lui, et vice versa; puis on se mettait en route, en suivant les rues de Saint-Martin, de la Saulnerie, de la Revenderie et de la Coutellerie. Alors avait lieu le serment à l'entrée de la cité , en présence des échevins en robes rouges, des conseillers et des principaux bourgeois de la ville. Après le serment, un des familiers de l'évèque, qui avait eu soin de se précautionner d'une place dans une chambre haute d'une maison voisine, jetait au milieu de la foule à pleines mains des pièces de monnaie ; inutile de dire que c'était pour un grand nombre le moment le plus'important de la cérémonie, et qu'oubliant les règles du recueillement et du respect, on se précipitait jusque sur l'entourage même du prélat. Le procès-verbal de l'intronisation d'Ëustache du Lys porte que la chaire, dont fort heureusement l'évèque était descendu, fut culbutée et brisée, en sorte qu'il fut obligé de se rendre à pied à la cathédrale. Cette chaire était ordinairement recouverte d'un riche drap d'or qu'on remettait aux barons après la cérémonie.
L'entrée se faisait par la porte de Loire, et, pour la prestation de serment au chapitre, l'évèque montait auprès du doyen dans la tribune dont nous avons parlé.
L'élection des évèques par le chapitre nous a porté à entrer dans ces détails qui s'y rattachent et qui n'auraient peut-être pas trouvé place ailleurs.
(I) Statuts manuscrits du chapitre.