‹ Les congregations religieuses dans le diocèse de NeversChapitre 12 sur 95 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

DÉVOLUTIONS ET RÉSERVES.

Nous laisserions incomplet ce qui concerne les droits du chapitre dans les élections épiscopales si nous n'ajoutions que souvent, dans le cours des siècles suivants, ce droit se trouvait, pour une cause ou pour une autre, réduit à néant. Quoique les brigues et les intrigues, par suite des modiûcations introduites, ne pouvaient plus avoir la même importance, elles n'en existaient pas moins, et les Souverains Pontifes avaient dû prendre des précautions pour ne pas laisser, le cas échéant, les églises particulières dans un état de souffrance. De là les réserves et les dévolutions. Quand le Pape pouvait prévoir quelque désordre dans les opérations d'une élection, il s'empressait par un rescrit de déclarer qu'il se réservait la nomination à faire. De même, quand le corps auquel appartenait l'élection avait négligé d'user de ce droit, ou bien si les suffrages avaient été donnés à un incapable ou à un indigne, ou bien encore si les votants, par suite d'intrigues, n'avaient pas joui d'une entière liberté, le Pape, en sa qualité de chef de l'Église et agissant dans les intérêts de la société religieuse, intervenait soit pour annuler les élections anticanoniques, soit pour apporter remède à la négligence des électeurs, et s'attribuait la nomination. C'est ce qu'on appelait la dévolution.

Nous trouvons jusqu'au concordat, qui termine la période faisant maintenant le sujet de nos études, un certain nombre d'évêques nommés par le Souverain Pontife. Ces nominations ne détruisaient

pas le droit d'élection du chapitre ; elles suspeodaient seulement ce droit dans l'intérêt général.

Nous n'avons rien découvert sur les élections de Gervais de Châteauneuf et de Regnault, qui succédèrent à Guillaume de Saint-La* «are ; mais il n'en est pas de même pour Raoul de Beauvais, qui monta après eux sur le siège de Nevers. Nous avons des détails précis; sur trente-un capitulants (1^, treize nommèrent le doyen, et dixhuit, parmi lesquels se trouvait le procureur d'un absent, donnèrent leurs voix au grand-chantre. Les deux parties s'étant ensuite pourvues à Rome pour faire confirmer leur élection, le pape Grégoire IX commit Guérin, évèque de Senlis, pour examiner cette afïaire ; l'enquête établit la nullité de ces deux élections, et le Souverain Pontife nomma lui-même, aux fêtes de Pâques 1232, Raoul de Beauvais, qui se trouvait alors auprès de lui. Ce prélat eut soin de se munir d'un bref du Pape pour se présenter à Nevers.

À la mort de Gilles P'' on remarque encore deux candidats qui se partagent les voix.

Le 13 septembre 1283 , le doyen Simon et tes chanoines présents s'étant réunis capitulairement, écrivirent à P..., trésorier, et à cinq chanoines absents que Tévêque Gilles était mort et inhumé; qu'on avait demandé au roi, selon la coutume, et obtenu l'autorisation de lui élire un successeur, les engageant à se trouver au chapitre, le lundi après l'octave de Saint-Denis (18 octobre), pour traiter de l'élection, ou autrement pourvoir à l'administration du diocèse.

Les deux candidats eurent le bon esprit de remettre leurs pré* tentions entre les mains du pape Honorius IV, qui nomma Gilles II, dit de Mauclati, et le recommanda au roi par une lettre datée de la première année de son pontificat (1285).

Après lui nos chroniques font encore mention de deux concurrents: Guy de La Charité et Jean de Garlande. Boniface IV les rejeta l'un et l'autre et nomma Jean de Savigny.

En 1346, le siège étant vacant par suite de la translation de Jean de Mandevillain à l'évéché d'Arras, trois cardinaux du pape Benoît XII écrivirent d'Avignon au doyen et au chapitre de Nevers, défendant

(1) Il ne faut pas croire que le chapitre était réduit à ce nombre de trente-un ; ceux qui n'étaient pas encore engagés dans les ordres sacrés ne pouvaient voter.

de se réunir pour l'élection, alléguant que le pape Jean XXII s'était réservé la nomination à Tévéché de Nevers. Mais la lettre était arrivée trop tard ; Pierre était pourvu de Tévéché.

£n i372, Grégoire XI conféra à Pierre de Villiers Tévéché de Nevers que Jean de Neufchâtel venait de quitter pour celui de Toul.

Le 2 février 1400, Charles VI écrivit aux chanoines de Nevers, les engageant à s^assembler et à procéder à l'élection d'un nouvel évêque, et le vendredi après le dimanche Lœtare (2 avril) les suffrages se portèrent sur Robert Dangueil, archidiacre de Nevers.

Deux chanoines furent délégués pour lui faire part de son élection et le prier de l'agréer; ils devaient en même temps la notifier à Guil* laume de Dormans, archevêque de Sens, avec prière de la confirmer et de consacrer Robert. La cérémonie eut lieu au mois de mai 1401, et aussitôt après Pierre Leclerc , archidiacre de .Decize et Jean Blaudiu, bailli de Nevers, prirent en son nom possession del'évéché.

Jean Vivien, successeur de Jean Germain, avait été élu par le chapitre d'Âuxerre pour occuper ce siège antique; mais il fut obligé de céder à un compétiteur, et le pape Eugène IV le nomma à l'évéché de Nevers le 30 août 1436.

Le chapitre de Nevers allait se trouver engagé dans une lutte des plus désolantes relativement aux élections; souvent, dans ce siècle de bouleversements, on était exposé, même sans le vouloir, à ces sortes de luttes. Jean Vivien venait de mourir : c'était en 1445. Jean d'Estampes, trésorier de l'église de Nevers, fut élu par le chapitre ; Louis de Melun, archevêque de Sens, confirma cette élection, et le sacre eut lieu le 20 novembre. Les chanoines avaient-ils connaissance de ce qui se passait alors à l'égard d'un autre compétiteur, ou agissaient-ils avec une pleine bonne foi? Nos chroniques nivernaises n'en disent rien; quoi qu'il en soit, avant le sacre de Jean Vivien, peut-être même avant son' élection, le pape Eugène IV, en vertu de certaines réserves, avait nommé Jean Tronson à l'évéché de Nevers, et, dès le 17 septembre, lui avait délivré les provisions nécessaires. La Pragmatique sanction avait adopté des articles dont le but était de restreindre l'autorité des Papes et d'anéantir les réserves qu'ils invoquaient dans quelques circonstances ; mais les Souverains Pontifes refusaient de reconnaître la Pragmatique sanction, et ne tenaient aucun compte de ce règlement, fait sans eux et contre eux, sans se préoccuper des prétentions schismatiques des princes, de Charles VII en particulier.

Le chapitre maintint celui qui^ déjà, avait reçu la consécration épiscopale et qui avait fait des actes de juridiction. Il était soutenu par le roi Charles VII. Ce prince s'était énergiquement déclaré pour la Pragmatique sanction. Cependant Jean Tronson avait pour lui le Pape, le duc de Bourgogne, dont il était le confesseur, et Charles de Bourgogne, comte de Nevers ; la plus grande partie des bourgeois deNevers et la noblesse du pays s'étaient rangés de ce côté. Bientôt ce ne fut plus une simple contestation, ou, si Ton veut^ une menace de schisme; les esprits s'aigrirent, les deux compétiteurs s'excommunièrent mutuellement, et le diocèse entier se partagea en deux partis, c L'animosité fut telle entre les partisans de l'un et de l'autre, dit Parmentier, que plusieurs églises en soufifrirent ; celles de Lurcyle-Bourg et de Saint-Hilaire de Challement furent brûlées par des séditieux.

» Pour arrêter ces désordres et le saindale qui en résultait, le roi Charles VII écrivit à la ville de Nevers et au chapitre, le 26 janvier 1446, qu'après la mort de Jean Vivien, dernier évoque, les chanoines ayant élu canoniquement Jean d'Estampes, au préjudice de laquelle élection le Pape avait nommé Jean Tronson , sous prétexte de certaines réserves contraires à la Pragmatique sanction, il fait défense de reconnaître ce dernier, à peine de cent marcs d'argent ; il leur ordonne de faire publier dans Nevers la Pragmatique sanction, traduite en français, ou au moins le chapitre des élections et réservations, malgré les excommunications prononcées par Tronson.

» Enfm, pour assoupir ces discussions qui désolaient le diocèse, le roi commit Charles, seigneur de Culant, son chambellan, gouverneur de Mantes, de Paris et de Chartres, capitaine de cent hommes d'armes, qui se rendit à Nevers au même mois de janvier 1446, avec le maréchal de Jallogue, son frère, et les baillis de Sens et de Berry. On cita devant le roi quelques bourgeois de Nevers et les nobles du pays qui parurent les plus attachés à Jean Tronson; mais on trouva moyen de s'en défaire dans les chemins, où les uns fuient tués et les autres noyés.

» Jean d'Estampes avait fait sa première et solennelle entrée le 29 mai 1446, pendant les troubles (l). >

(1) Histoire manuscrite des évêques de Nevers.

DANS LE DIOCÈSE DE >iEVERS. 65

Nos chroniques ne font plus aucunement mention de Jean Tronson; quant à Jean d'Estampes, il continua à exercer les actes de son ministère (1).

Parmentier dit que c il mourut le 24 décembre 1462, après avoir résigné au suivant >.

C'était Pierre de Fontenay, son neveu, déjà attaché au diocèse comme abbé de Bellevaux et prieur de Lurcy-le-Bourg. Cet arrangement aurait été sans doute accepté par le chapitre, car on ne trouve aucune réclamation.

' Les princes avaient fini par comprendre que, au lieu d'entraver Faction des Souverains Pontifes, il était plus sage de les laisser traiter eux-mêmes les affaires religieuses. Déjà le mouvement réparateur imprimé par l'Eglise préparait le concordat qui devait mettre fin à de nombreux abus.

 la mort de Pierre de Fontenay, Louis XII pria le pape Alexandre YI de nommer pour le remplacer Ferrand d'Améila (2). D'après Michel de Cotignon, la demande du prince aurait été agréée , mais Ferrand mourut dans l'année, avant d'avoir reçu la consécration épiscopale.

On ne sait pas qui a nommé celui qui le remplaça : Philippe de Clèves, fils de Jean, duc de Clèves, et d'Elisabeth de Bourgogne; mais les abus criants qui eurent lieu à cette occasion nous font comprendre combien était nécessaire une réforme relativement aux élections et aux nominations. Philippe, nommé évèque de Nevers en 1500, obtint encore l'évéché d'Amiens l'année suivante 1501. — Il fit sa première entrée à Nevers. en 1502, — puis renonça à l'évéché d'Amiens pour devenir évéque d'Autun en 1503 , mais en conservant le siège de Nevers , où il mourut en 1504 (3) ! !!

Aussitôt le chapitre se réunit pour lui donner un successeur. Les voix se partagèrent : les uns nommèrent Antoine de Feurs , doyen de Lyon ; les autres opinèrent pour Imbert de La Platière , doyen de Nevers. Les deux partis luttèrent pendant quelque temps; mais Antoine étant tombé malade , des amis communs les engagèrent à faire l'un et l'autre le sacrifice de leurs prétentions, ce qui eut lieu.

(1) histoire manuscrite des évêques de Nevers.

(2) On le nomme ailleurs d'Ameida et aussi d'Allinanda.

(3) Histoire mantucrite des évêques de Nevers. — Gallia christiana.

66 LES C0N0RËGÂT10N8 RELIG. OANS LE OIOGËSE DE NEVERS.

Jean Bohier fut nommé à la suite de la démission des deux prétendants, et après lui on voit reparaître Imbert de La Platiëre, mais on ignore si ces deux élections sont le fait du chapitre. Dans tous les cas, elles eussent été les dernières ; le concordat devait établir de nouveaux règlements.

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