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DROIT DE RÉGALE

Sans entrer dans les détails du droit de régale, droit sur lequel les jurisconsultes sont loin de s*entendre, ni quant au principe, ni quant à l'application, nous devons cependant en dire quelques mots pour l'intelligence du fait qui intéresse l'église de Nevers.

Les droits régaliens comprenaient un grand nombre d'articles et se distinguaient en droits majeurs et en droits mineurs. Parmi ces derniers, on comptait celui en conséquence duquel le roi jouissait des revenus de tous les archevêchés et évéchés vacants, à partir de l'instant de la mort naturelle ou civile des prélats, jusqu'à ce que les nouveaux pourvus eussent prêté le serment de fidélité et fait enregistrer ce serment. Souvent même le prince s'attribuait, pendant le temps de la vacance , la faculté de nommer aux bénéfices vacants , mais sans charge d'âmes, quand cette nomination était réservée à l'évêque ; quelquefois même ils nommaient aux bénéfices avec charge d'âmes, laissant alors l'autorité religieuse conférer les pouvoirs de juridiction.

Philippe-Auguste avait besoin d'argent pour la guerre qu'il avait à soutenir contre Baudoin, comte de Flandre, et contre l'empereur Othon; c'était en l'année 1208. Guillaume de Saint-Lazare, qui voyait avec peine l'exercice des droits régaliens sujet à beaucoup . d'abus, crut qu'il devait profiter des circonstances pour en acquérir l'exemption en faveur de son église. Il traita donc avec le roi, et,

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moyennant mille livres qu'il lui remit , il obtint ce qu'il désirait, sauf les services de Tost et de procuration qui demeurèrent réservés.

L'ost était le service personnel dû en temps de guerre , le nombre d'hommes à fournir, ou la contribution pécuniaire au moyen de laquelle on les rachetait. C'est en vertu de l'ost que l'évèque de Nevers se trouva, quelques années plus tard, en 1214, parmi les combattants à la bataille de Bouvines.

En vertu du droit de procuration, le prince pouvait se faire héberger avec sa suite, s'il venait à passer dans la ville dont l'évêché n'avait pas obtenu l'exemption. Il paraît que Philippe-Auguste a été plus large en faveur d'Amiens^ car il a renoncé à ce droit qu'il tenait à maintenir pour l'évêché de Nevers.

S'il fallait s'en rapporter aux assertions du premier président Lemaitre, notre église n'aurait pas joui longtemps de cette exemption (1) ; mais Pasquier pense qu'il y a erreur de sa part, et prétend que c'est à tort que Nevers n'a pas été maintenu sur l'état des évèchés exempts de la régale. Le sentiment de Pasquier est confirmé par les anciennes chroniques de notre église et nous paraît incontestable. Il est vrai qu'à plusieurs reprises les gens de loi ont entrepris d'abolir ce droit et de faire oublier le contrat primitif; mais le chapitre luttait avec énergie contre ces injvstes prétentions.

A la mort de Maurice de Coulanges, les officiers royaux mirent les scellés sur les effets du défunt et prétendirent s'attribuer l'administration des biens de l'évêché. Le chapitre se pourvut et obtint, le 28 janvier 1394, un arrêt de mainlevée, en conséquence des conventions de 1208^ et le bailli de Saint-Pierre-le-Moûtier fut chargé de le faire exécuter (2).

Cinquante ans plus tard, en 1445, le procureur du roi avait fait saisir les meubles de Jean Vivien ; mais les chanoines réclamèrent, et ils furent remis en possession de ces objets.

En 1499^ le roi Louis XII confirma, par ses lettres du 27 février, à l'église de Nevers l'administration des biens de l'évêché pendant la vacance du siège (3).

(1) Traité de la régale, chap. 4.

(2) Histoire manxtscrite des évêques de Nevers.

(3) Idem.

L'année suivante, les officiers royaux^ sans tenir compte des traités et des confirmations antérieurs, apposèrent les scellés sur les effets de Pierre de Fontenay. Les hommes sont toujours les mêmes ; deux mobiles les poussaient : ils pensaient se faire bien venir en haut lieu par un zèle exagéré, et d*un autre côté, ils savaient que l'évêque décédé appartenait à une riche famille du pays; leurs vacations devenaient plus fructueuses. Mais ils furent blâmés, et des lettres de Louis XII, à la date du 12 septembre 1500, adressées au bailli de Saint-Pierrele-Moûtier, portaient que les scellés apposés indûment devaient être levés (1).

Plus tard, sous Louis XIV, le droit de régale s'étendit à tous les évéchés et archevêchés.

La bonne volonté de Guillaume de Saint-Lazare à l'égard de son ^lise demeure incontestable. C'est à lui que le chapitre fut redevable de l'administration du temporel de l'évêché, comme ils avaient celle du spirituel pendant la vacance du siège. Ce ne fut pas le seul témoignage de son bienveillant intérêt; il travailla à reconstituer la manse des chanoines qui avait été bien diminuée. Laissons parler Parmentier :

c Le malheur des temps avait replongé le chapitre de Nevers dans la pauvreté. Cependant les chanoines ne négligeaient pas pour cela leurs offices et se rendaient fort assidus au chœur. Guillaume de Saint-Lazare, voyant l'église de Saint-Parize vacante, leur en abandonna le revenu par une charte du mois de décembre 1208 (2), à la charge que le chapelain aurait les offrandes avec un muid de bled par quart, à la mesure de Saint-Parize, et la vigne de Maéry (Moiry), en payant toutefois chacun an au chapitre vingt sous de monnaye de Nevers, et quarante livres de cire dans l'octave de la fête de saint Parize (3)... »

Le dénûment des chanoines dont il a été question plus haut devait s'accroître par suite de l'incendie de l'église et des lieux réguliers. Laissons encore la parole à notre habile chroniqueur.

(1) Histoire manuscrite des évêques de Nevers.

(2) Nous avons vu que Saint-Parize appartenait déjà au chapitre ; il en avait donc été privé.

(3) Histoire manuscrite des évêques de Nevers.

<^ Arrêtons-nous ici^ dit-il, et faisons quel cpies remarques qui auraient peine à retrouver leur place. L'évêque de Nevers et le chapitre avaient toujours vécu dans une grande union, et malgré le partage du temporel fait par Hériman, ses successeurs avaient conservé sur la manse des chanoines une inspection et une surintendance réelles. Ils présidaient le chapitre et exerçaient dans l'occasion des actes de juridiction sur ses membres. Les chanoines vivaient originairement en commun, ils avaient leurs lieux réguliers : un cloître, un dortoir, un réfectoire, un cellier communs; il se traitaient de frères, et Tenceinte de leurs habitations, toutes contiguës les unes aux autres, se nommait en latin monas^^rium. lisse levaient la nuit pour chanter les nocturnes et ils étaient enterrés dans le cloître. L'incendie de Téglise et des lieux réguliers arrivé cette année 1211, selon Topinion la plus probable, apporta un changement dans l'ancienne manière de vivre, et fit abandonner pour toujours la vie commune qui avait été déjà plusieurs fois reprise et quittée. Les chanoines n'ayant plus de dortoir, ne couchaient plus ensemble; et, faute de réfectoire, les repas cessèrent d'être pris en communauté. Cependant les cellériers firent la recette à l'ordinaire et continuèrent de se charger des bleds, des vins et de l'argent destinés pour les besoins des chanoines. Nous n'avons plus qu'une faible image de ces cellériers dans le receveur particulier de la recette du cellier.

» Guillaume de Saint-Lazare rebâtit le chœur presqu'en entier à ses dépens (1); il fit même faire des stalles au lieu de bancs. Mais ne se trouvant pas en état de faire reconstruire les lieux réguliers, il se contenta de faire distribuer tous les jours le pain et le vin aux chanoines, obligés de vivre séparément. Ce changement en produisit nécessairement un autre à l'égard des religieux de Saint-Gildard qui, ayant droit de prendre dans le réfectoire commun pendant un an la prébende quotidienne des chanoines décédés, ne pouvaient plus rien tirer d'un réfectoire qui n'existait plus. Pour les dédommager on leur abandonna deux canonicats, comme nous le verrons ci-après (2). i»

Il est à remarquer que souvent les droits attribués au chapitre ou aux monastères sur certaines églises paroissiales n'étaient pas

(1) Parmentier n'était pas archéologue \ il faudrait lire la nef au lieu du elUBur»

(2) Histoire manuscriU des évêques»

parfaitement définis et étaient sujets à contestation. C'est ce qui arriva entre le chapitre de la cathédrale et les abbés et religieux de Saint-Martin, au sujet des cures de Saint-Hilaire et de Craye, dont la propriété était respectivement réclamée. Guillaume, pris pour arbitre, adjugea Saint-Hilaire au monastère de Saint-Martin et Craye au chapitre de Saint-Cyr.

Avant de mourir, Guillaume de Saint-Lazare fit des dons importants à son église; il voulut aussi qu'au jour de son anniversaire chaque chanoine reçût vingt sous, somme considérable alors.

Le chapitre le vénérait comme un saint ; il voulut perpétuer le souvenir de ses vertus et aussi de la reconnaissance qu'il lui conservait; son corps fut déposé dans le chœur de la cathédrale sous un magnifique tombeau qui fut enlevé en 1769.

On lisait autour de ce tombeau :

P. R. WILLELMUS DE SANGTO LAZARD NIV. EPS.

et les quatre vers léonins suivants :

Quem lapis iste pretnit, regale perenniler (1) émit.

Jura sequenSf lents, parcus sibi, largw egenis; Solvitur in cineres Pelri non degener hères, Gratia quetn Chrisix domui prefecerat isti,

€ Celui qui repose sous cette tombe a acheté pour toujours le droit de régale.

» Fidèle observateur de la justice, doux, économe pour luimême, prodigue envers les pauvres.

» Il est réduit en poussière, ce digne héritier de Pierre, que la grâce de Jésus-Christ avait établi le chef de ce temple. »

 toutes les fêtes solennelles de l'année, le célébrant venait encenser ce tombeau, et tous les ans, le 19 mai, anniversaire de sa mort, un chanoine était chargé de prononcer en chapitre son panégyrique (2) . Le largus egenis qu'on remarque dans son épitaphe ne s'appli-

(1) On voit d'après ce que nous avons dit plus haut quelle était la valeur du perenniler.

(2) Cet U9afi6 s'est perpétué jusqu'à la grande révolution française.

quait pas seulement aux chanoines pauvres qu'il se plaisait à soulager, mais bien encore à tous les indigents ; il en nourrissait tous les jours jusqu'à deux mille; et en mourant il ordonna qu'on leur continuât les distril)utions ordinaires jusqu'à la Saint-Jean-Baptiste de la même année (1).

(1) Tous les historiens de l'époque sont d'accord avec les livres de Téglise de Nevers sur ces prodiges do charité; il en est même qui élèvent à trois mille le nombre des pauvres auxquels il distribuait chaque jour la nourriture nécessaire.

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