LE STAGE ET SES RÈGLES
Le règlement imposé au chapitre de Nevers par Eudes fut pris au sérieux ; il devint la base du code capitulaire, grâce au cèle que déployèrent certains doyens pour en maintenir Texécution. Nous devons citer d'une manière toute spéciale le doyen Simon , qui remplit ces fonctions de 1278 à 1290, et plus tard Odard de Fontenay, qui occupa le décanat de 1348 à 1366. Ils jugèrent convenable d'y Conter certains commentaires admis en chapitre, car rien n'était laissé à l'arbitraire ; ils complétèrent ce règlement par quelques articles consacrés par une coutume immémoriale, et par d'autres dont l'expérience avait prouvé la nécessité. Cependant le Livre noir déclare que l'article IV des statuts du légat est tombé en désuétude.
Le doyen Simon a ajouté auxdits statuts, complétés par les articles supplémentaires dont nous venons de parler, un article spécial destiné à les graver dans la mémoire des chanoines : il voulut que ce règlement fût lu, quatre fois par an, dans les chapitres généraux tenus aux Quatre-Temps, et il assigna à cet effet 60 sols tournois de rente , à prendre sur ses possessions à Plagny, et 40 sur celles de Germigny-sur-Loire, pour être distribués aux chanoines présents.
Il était impossible, dans ces règlements, d'oublier de parler de la résidence connue sous le nom de stage, stagium. C'était la condition absolue pour avoir part aux distributions. En effet, aucun chanoine n'avait droit à percevoir le pain et le vin ou les deniers, qu'autant
qu'il les aurait gagnés par sa présence ; il en est de même des huit tonneaux de vin qu'on distribuait à certaines fêtes.
Le stage avait ses règles spéciales, desquelles il n'était pas permis de se départir. Le nouveau chanoine qui se présentait pour prendre possession commençait son stage à partir de la fête de saint Jôan- Baptiste; il était tenu à la résidence pendant six mois de l'année, soit d'une manière consécutive, soit en tenant compte des jours d'absence. Après avoir complété ce premier stage, s'il venait à s'absenter, il était libre de commencer un nouver\n fi\Drre à Tépoque qui lui conviendrait, pouvu qu'il le terminât avant la fête de saint Jean-Baptiste.
Les chanoines, pour avoir part aux distributions quotidiennes, n'étaient pas tenus d'assister à tous les ofBces de la journée; celui qui avait assisté à matines ou à la grand'messe et à deux petites heures, ou aux vêpres et à deux petites heures, était censé avoir accompli son devoir. Les prières pour les morts Commendatio mortuorum remplaçaient deux petites heures.
Le nouveau chanoine n'avait primitivement droit à aucune distribution pendant la première année, et cependant il était obligé de fournir à l'église une chape de soie de bonne qualité, de la valeur d'au moins dix livres, ou de verser cette somme. Ce statut a été modifié en 1429 par le chapitre, réuni en l'absence du doyen. Dans la délibération prise à cet effet, on fait observer que jusque-là le revenu annuel d'un nouveau chanoine, provenant des distributions quotidiennes, était partagé entre le cellérier commun et la fabrique de l'église; d'où il résultait de graves abus. Ces chanoines, dépourvus de ressources, étaient forcés de s'absenter, de voyager et de mendier pour se procurer les choses de première nécessité, ce qui était peu honorable pour le clergé. Par suite de ces absences, l'église n'avait plus le personnel voulu, et les divins offices en souffraient. Pour remédier à ces inconvénients, le chapitre décida qu'à l'avenir les nouveaux chanoines, aussitôt après leur réception, auraient droit aux distributions quotidiennes, à la seule condition qu'ils verseraient 34 livres tournois : 16 pour le cellérier, 8 pour la fabrique et 10 pour la chape.
En dehors de cette obligation, en vertu d'une ancienne coutume, les nouveaux stagiaires devaient fournir, à tous les habitués du chœur, le lendemain de Pâques et les jours suivants, du bon vin, des échaudés et des balles. On se rendait processionnellement à la
salle capitulaire. S'il se trouvait plusieurs nouveaux chanoine, ils devaient se charger de ces fournitures à leur tour.
Plus tard on a remis au lundi de la Pentecôte et aux autres jours de Toctave l'exercice de la balle, se contentant pendant Toctave de Pâques du bon vin et des échaudés.
Cet usage n'était pas propre seulement à Téglise de Nevers ; on le retrouve à Auxerre et dans la plupart des cathédrales.
D'après ce que nous avons dit, celui qui n'était pas fidèle aux lois de la résidence perdait tous ses droits sur les distributions quotidiennes; il était encore privé des fruits de sa prébende, si son, stage n'avait pas occupé au moins la moitié de l'année ; lors mèm». que le chapitre eût consenti à lui abandonner ces fruits, il ne pouvait les percevoir, et il se rendait donc coupable s'il venait à les ré* clamer en employant l'intervention de puissants personnages.
Le chanoine qui avait rempli les conditions nécessaires pour avoir part aux distributions ne devait pas négliger de les percevoir le jour même, autrement il les perdait sans espoir de les récupérer. Il est encore à remarquer que le stagiaire devait se présenter en personne pour prendre possession, soit en plein chapitre, soit au chœur, devant le pupitre, en présence de témoins dignes de foi.
S'il venait & se retirer ou à mourir après la fête de Noël sans avoir terminé son stage, il était considéré comme étranger au corps du chapitre, et les fruits de sa prébende faisaient retour à la bourse commune ; mais s'il se retirait ou venait à mourir avant Noël sans avoir complété son stage, c'était la fabrique de l'église qui profitait des fruits de la prébende.
Cependant les statuts ne pouvaient oublier les membres du chapitre dont l'absence était forcée, soit par des infirmités sérieuses, soit par des maladies contagieuses, soit par l'âge avancé, soit par une trop grande jeunesse, soit par des voyages motivés, soit par la fréquentation des écoles, soit par leur entrée en religion, etc.; tout a été prévu.
Le lépreux éloigné à cause de sa triste maladie était considéré comme présent; il en était de même du chanoine atteint de graves infirmités.
Les sexagénaires et les décrépits n'étaient pas tenus d'assister à matines; ils étaient libres sur ce point.
Quand un chanoine voulait prendre l'habit religieux, soit à Saint- Gildard, soit à Saint-Martin, il conservait les fruits de sa prébende,
en continuant, soit par lui-mènie, soit par un autre, tk en accomplir les devoirs.
Si) après avoir terminé son stage de la demi^année, la chanoine, avec le oonsentement du chapitre, voulait se rendre à Rome pour se procurer le plaisir du voyage ou pour y fréquenter les écoles, il per-f cevait les fruits de sa prébende, mais sans pouvoir participer aux distributions du pain et du vin et aux fondations établies pour les processions et les anniversaires.
Il non» reste à parler des enfants attachés au chapitre. On compilait: les enfants admis comme chanoines, puer îcanontct; les enfants de chœur, pueri albarum, ou enfin les petits custodes, parvi chori cuHodes.
Il est parlé des petits custodes du chœur dans une charte de 1337; ils étaient tenus à assister aux messes, aux vêpres et vigiles des morts, probablement pour être aux ordres des ofHciants.
Quant aux enfants de chœur, on en avait un soin tout particulier. Une des prébendes capitulaires était annexée à cette œuvre, ad optis puerorum albarum^ pour leur nourriture et leurs besoins et ceux du maître qui en était chargé. Ce maître, magistère était amovible à la volonté du chapitre ; il était d'ailleurs spumis à des épreuves, car il pouvait, en dehors des fonctions de la maîtrise, remplir TofQce de chantre, de sous-chantre, de viee-doyen, in vicaria decani. On le formait à ces divers ofQces qui lui offraient des ressources au moyen desquelles il pouvait se procurer à lui, à ses aides et aux enfants, quelques adoucissements.
Les ressources de cette œuvre étaient donc: 1^ la prébende, dont nous avons parlé ; 2° les droits desdits enfants pour leurs assistances; 3*^ le produit de Peau bénite, portée par eux aux chanoines, aux septprêtres et à d'autres ; 4^ aventuras^ produit que nous traduisons par casuel ; 5** les donations faites en faveur de cet établissement.
Ces donations étaient parfois assez considérables. Renaud de Moulins, élu évéque de Nevers, légua, en 1360, 2,700 florins d'or à l'église de Saint-Cyr, pour faire apprendre la grammaire à douze enfants. Il s'agissait sans doute des enfants de chœur (1).
Il est probable que les chanoines enfants étaient choisis, en partie» dans la maîtrise; c'était un moyen d'encouragement et de récom-
(1) Histoire manuscrit desMques.
pense. Quoi qu'il en soit, il est certain, d'après Tancien manuscrit du chapitre qui nous a fourni ces renseignements/ qu'il y avait des chanoines en bas-Age. Ces graves chanoines ne percevaient que la moitié des fruits de leurs prébendes ; Tautre moitié devait être versée à la caisse commune ou employée à rétribuer les semi-prébendés.
On s'étonne sans doute de rencontrer dans le chapitre de Nevers ces chanoines imberbes; on s'étonnera bien davantage si on se rappelle que c'était quelquefois parmi eux qu'on cherchait un doyen. D'autres fois on nommait ce dignitaire en dehors du chapitre sans tenir compte de son âge. Laissons Parmentier nous raconter ce qui eut Heu en 1455:
c Robert Tenon, doyen de Nevers, ayant été déposé du doyenné , interjeta appel de sa déposition devant l'archevêque de Sens, et cita en sa cour métropolitaine l'évêque Jean d'Estampes et le chapitre de Nevers, auxquels il fut fait défense de procéder à la nomination d'un autre doyen, jusqu'à ce qu'il eût été statué sur l'appel. Pendant cette contestation, Charles de Bourbon, archevêque de Lyon, qui était luimême en procès avec l'archevêque de Sens, Louis de Melun, pour lui faire reconnaître la primatie de l'église de Lyon, jugea à propos de conférer le doyenné de Nevers à un enfant de neuf ans, nommé Philippe de Nevers, bâtard de Charles de Bourgogne, comte de Nevers. -Cette nouveauté scandaleuse irrita tous les esprits. L'évêque et le chapitre y opposèrent la résistance la plus vigoureuse. Jean d'Estampes refusa, par un acte du 19 janvier 1456, de recevoir l'hommage du prétendu doyen, et les chanoines protestèrent, déclarant que, n'ayant pas été élu par eux selon leur droit, mais nommé par l'archevêque de Lyon, qui n'en avait pas le pouvoir, ils n'entendaient point le reconnaître; et, en effet, il ne fut pas reçu (1). »
Il n'en fut pas de même en 1512 ; le doyen Imbert de La Platière ayant été appelé à remplacer Jean Bohier sur le siège de Nevers, se démit de son doyenné en faveur de François de Clèves, jeune prince âgé seulement de i:euf ans. Cet arrangement fut admis. Les auteurs de la Gallia chrisiiana constatent le fait, et établissent qu'en 152U il occupait encore son décanat (2).
(1) Uisloire manuscrite des évêques.
(2) Tome XII» p. 064.
On comprend facilement, par ce qui a été dit, la nécessité de l'établissement des semi-prébendés; quelque nombreux que fût, par le passé, le corps capitulaire, il ^e trouvait fort amaigri à cause des malades, des infirmes, des voyageurs, des écoliers, des absents, puisqu'on pouvait s'absenter six mois de l'année, des en* fants, etc. Aussi a-t-on eu soin d'établir les sept-prétres et de forcer les bénéficiers et les choristes à assister régulièrement au chœur.