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LES PRÉVÔTS

En abolissant la charge de prévôt général et en faisant prêter serment à chaque nouveau chanoine de ne jamais rétablir cette fonction, il fallait bien pourvoir à la régie des biens dépendants du chapitre, et nous verrons bientôt que cette régie était considérable. On établit un certain nombre de circonscriptions territoriales auxquelles on donna le nom de prévôtés. Chaque circonscription était conûée à un prévôt, chanoine et quelquefois laïc, mais choisi parmi les personnes attachées à Téglise; c'était une condition imposée par les statuts qui régissaient ce genre d'administration. Nous avons pu recueillir, en parcourant avec soin le registre, les principaux articles du règlement concernant les prévôts; nous les reproduisons, en admettant la classification qui nous a paru la plus rationnelle :

1<> Aucun des dignitaires ne pouvait être admis dans l'administration des prévôtés de l'église de Nevers.

2® Aucun chanoine ou laïc ne pouvait être prévôt dans son lieu de naissance.

S^ Chaque prévôt devait avoir des assesseurs ou associés, aocîf , nommés par le chapitre.

4^ Les prévôts chanoines devaient se rendre au moins une fois en trois semaines dans leur prévôté et indiquer le jour de leur arrivée.

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5^ En l'absence du chanoine prévôt, c^était un de ceux qui lui avaient été donnés pour assesseurs qui devait le remplacer dans ces visites, et il ne pouvait confier cette fonction à quelqu'un appartenant à une autre prévôté.

6*^ Chaque année les prévôts étaient obligés de visiter avec soin les bornes et la circonscription de leurs prévôtés, pour s'assurer qu'il n*y avait aucun empiétement .

7® Le chanoine faisant la visite de sa prévôté était censé présent au chœur et faire son stage; il en était de môme du chanoine qu'il aurait chargé de le remplacer pour cette mission.

89 Un chanoine ne pouvait faire avec un autre échange de prévôté que du consentement du chapitre, appelé à examiner les motifs de l'échange, et dans le cas où celui qui demandait l'échange aurait été absent, il devait se faire représenter par uil mandataire.

9® Quand ils avaient des ventes à opérer, ils devaient faire dresser l'inventaire des objets et en prévenir le public par des proclamations, et lorsqu'il s'agissait d'immeubles, l'acte devait faire mention de la contenance. Dans tous les cas, aucune vente ne pouvait s*opérer sans le consentement et Tapprobation formelle du chapitre.

iO> Il était interdit aux prévôts chanoines d'admettre d'autres de leurs confrères pour enchérir sur les revenus en bled ou vin ou autres denrées, ni sur l'amodiation de l'herbe des prés, etc.; ils ne pouvaient prendre aucune part à ces opérations.

Il» Quant aux prévôts laïcs, ils ne pouvaient s'adjuger les objets en bled, vin ou autres denrées mis aux enchères; maison leur tenait compte de leur peine en leur donnant un traitement et en rémunérant leurs vacations.

- 12® Les revenus des prévôtés formaient deux parts bien distinctes : lo celle qui devait composer la prébende des chanoines dans la circonscription; 2<> celle qui devait retourner à la bourse commune. Il est dit que les gros fruits appartenant aux abâents seraient remis à leurs mandataires, obligés alors de fournir un récépissé en règle. Quant au droit nommé eschete et au droit de mainmorte, ils retournaient à la bourse commune. Les dixmes de vin de chaque prévôté revenaient aussi au cellerier de la communauté.

Ido D'ailleurs, les prévôts étaient obligés de rendre un compte exact et détaillé de leur gestion. Ils devaient présenter les états de recettes et de dépenses à leurs confrères les chanoines, et établir le

produit des prébendes avant la fête de saint Thomas de Cantorbéry,

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c'eet-à-dire avant le Si9 décembre. Les chanoines intéressés, ceux dont les prébendes faisaient partie de la circonscription du prévôt, pouvaient le réélir ou en nommer un autre; opération qui devait avoir lieu avant la fête de saint Hilaire (14 janvier), autrement le chapitre, en corps, nommait d'office.

C'est ici le lieu de parler des revenus du chapitre et des biens composant les prévôtés. Déjà nous avons fait mention des soixantedeux paroisses qui étaient à la collation du chapitre; ces paroisses procuraient déjà des ressources assez considérables, car les titulaires étaient tenus à verser à la bourse capitulaire ou au cellérier, soit en argent, soit en nature, des redevances stipulées. Ce que nous disons des paroisses s'applique encore aux chapelles fondées dans la cathédrale ou dans ses dépendances.

Dans un pouillé de la fin du quinzième siècle on trouve quarantehuit fondations ; car il y en avait quelquefois plusieurs au même autel; elles étaient connues sous le nom de bénéfices mineurs ; sept autres bénéfices majeurs appartenaient aux sept-prétres.

Terres. — Nous n'avons pas la pensée d'entrer dans de plus lon^çs détails sur les fondations ; il s'agit avant tout de donner une idée succincte des biens soumis à la régie des prévôts. Ces biens étaient considérables ; il en est fait mention dans la plupart des paroisses qui étaient à la collation du chapitre, surtout aux environs de Nevers, de Pré- 'mery et de Saint-Pierre-le-Moûtier. Nous citerons principalement Prémery, Lurcy-le-Bourg, Montenoison, Beaumont-la-Ferrière, et dans une contrée plus éloignée Âchun, Semelay, etc. Les propriétés du chapitre étaient plus importantes aux environs de Nevers que partout ailleurs : Challuy et Saint- Antoine, Aglan^ Sermoise, Magny, Cours-sous-Magny, Saint-Parize-le-Châtel, Moiry, Villars, Varennèsles-Nevers, Vauzelles, Pougues, Germigny, Chevenon, Sanvigny, Marigny, dépendance de Saint-Eloi, Prye, Urzy et quantité d^autres lieux avaient des champs nombreux et même des domaines appartenant au chapitre.

Prés. — A partir de Nevers jusqu'à Urzy et au-delà, une grande partie des prairies arrosées par la Nit^vre venaient encore augmenter ses revenus , ainsi que les prés de la paroisse de Sermoise baîgqés par la Loire, et d'autres dans les paroisses de Varennes et de Saint- Eloi. Aux prairies il faut sgouter les étangs , les cours d'eau et les

moulins qu'ils mettaient en mouvement ; on peut citer entre autres les étangs et moulins de Montifaut (1) , ceux d'une terre considérable de CouIanges-les-Nevers désignée soua le nom d'Origny. On remarque encore maintenant au-dessous du pont Parmeutier, derrière le jardin des Carmélites, un moulin qui dépendait du chapitre ; au-dessus de la porte, un écusson, timbré de ses armes, présentant, quoique mutilé, saint Cyr monté sur son sanglier, accosté de trois fleurs de lys dans un champ d'azur, perpétue le souvenir des anciens propriétaires.

Vignes. — Nous ne saurioas oublier les vignes qui faisaient partie des revenus généraux des chanoijfies; notre registre parle des clos de Fougues, de Vauzelles , de Coulanges, de Sermoise, de CourssouS'Magny et d'autres lieux dont les noms ont changé. Les vignes les plus considérables étaient celles de Marzy.

Pour donner une idée générale des propriétés que possédait le chapitre, nous allons prendre Marzy pour type (2). Déjà nous avons parlé des terres que ledit chapitre y possédait ; nous pouvons ajouter les prés de la Pérole (3). Nous trouvons encore dans cette paroisse une étendue importante de vignes occupant la côte de Gonflant, de Costa de Confiant; d'autres parties considérables avoisinaient la chapelle de Saint-Martin et occupaient d'autres localités de cette région.

Redevances. — Ajoutons aux revenus de ces propriétés les droits multipliés provenant des cens, bordelages, coutumes, redevances, etc. , et nous aurons une idée des revenus généraux ; continuons à mentionner ces droits dans la paroisse de Marzy. Une maison de la localité payait au chapitre 19 sols de cens à la fête de saint Cyr; un certain nombre d'habitants devaient payer annuellement, dans le cours du Carême : trente bichets de froment ordinaire, six bichets de froment de première qualité, trente-six bichets et demi d'avoine, neuf sols six deniers, trente-sept poules et plusieurs autres rede-

(1) Les étangs et moulin de Montifaut se trouvaient dans la paroisse de Prie. 11 y a dans la contrée d'autres localités du même nom.

(2) Les propriétés possédées par le chapitre dans la paroisse de Marzy et dans celles de Saint-Ëloi et de Sauvigny-les-Bois sont en partie celles qui furent laissées par saint Jérôme à l'église de Nevers.

(3) 11 s'agit sans doute du lieu connu sous le nom de Pétroque,

ik; lëb congrégations religieuses

vances; et, en outre, quatre sols six deniers, étaient payés à la Saint- André. Nous ne parlons pas des hommes attachés aux propriétés du chapitre et qui lui appartenaient, non plus que des dixmes, cet épouvantait qu*on a souvent employé, sans en connaître l'origine, sans en comprendre la raison d'être. Il n'est pas rare de rencontrer l'ignorance et la mauvaise foi cheminer côte à côte; grâce à la stupidité des gens, ces deux sœurs arrivent à leur but.

D'après cet aperçu, nos anciens chanoines étaient de véritables seigneurs, et c'est ainsi que les considéraient Pierre de Courtenay et la comtesse Agnès. Une lettre d'eux conservée avec soin dans leurs archives leur reconnaissait neuf bailliages sur lesquels ces princes déclaraient n'avoir aucun droit, pas même celui de gite et de nourriture, ajoutant qu'ils n avaient à exiger aucun service de la part des hommes qui en dépendaient. Les chefs-lieux de ces bailliages étaient Challuy, Tucy, Saint-Parize, Germigny, Varinge (paroisse d'Achun), Balleray, Guérigny, Sauvigny et Valette? Valeta (1).

Les hommes superficiels qui n'envisagent ordinairement qu'un côté d'une question seront tentés de se récrier contre Timportance de ces propriétés du clergé; ils ne considèrent pas les charges qui lui incombaient, le personnel qu'il était obligé d'entrenir, les œuvres qu'il soutenait, les pauvres qu'il nourrissait. Guillaume de Saint- Lazare nourrissait jusqu'à 2,000 pauvres par jour. Cet exemple de charité ne fut pas le seul ; Charles Fontaine des Montées, pendant le cruel hiver de 1731, nourrissait aussi 2,000 pauvres. Quand les finances de l'Etat étaient obérées, le clergé lui venait en aide, et les rois étaient heureux de pouvoir compter sur cette précieuse ressource qui ne leur faisait pas défaut.

Bois. — Nous n'avons découvert aucun renseignement sur les bois qui auraient appartenu absolument au chapitre ; mais nous savons qu'il avait des droits, lui et ses hommes, soit de Nevers, soit du dehors, dans les forêts de Tévéché. L'évéque de Nevers possédait des forêts d'une vaste étendue, surtout à Prémery et aux environs. Les bois de Prémery, de Beaumont-la-Ferrière, d'Arzembouy, de

(1) Un village de ce nom fait partie de la paroisse de Saint-Lèger-des- Vignes.

Yarennes-les-Nevers, etc., pouvaient suffire aux besoins de révéché, du chapitre et des propriétés qui en dépendaient ; ils y trouvaient leur bois de chauffage et de construction. Mais le droit des chanoines était tel que Tévéque ne pouvait aliéner aucune partie de ces bois sans leur consentement.

Ces forêts étaient encore d'une précieuse ressource quand il s'agissait de &ire à la cathédrale, à Tévèché ou dans le cloître des réparations extraordinaires, et que le boni des revenus de Tévéque ou du chapitre devenait insu£Bsant; d'un commun accord on avait recours à la coupe et au besoin à la vente d'une partie des bois. Notre manuscrit fait mention d'une délibération en vertu de laquelle l'évéque vendit 436 arpents dans les bois de Prémery, et le chapitre lit couper 200 arpents dans la même région, pour employer le produit de cette double opération aux besoins pressants de l'église.

Comme l'évéque de Nevers était seigneur temporel de Prémery, les habitants de cette ville, se trouvant en partie sous la dépendance du prélat, avaient aussi droit aux usages des bois. Cependant, dans plusieurs localités, entre autres à Donzy, les seigneurs ayant reconnu des abus, car les usagers ne faisaient pas difficulté de se répandre dans l'intérieur des forêts et de couper à leur gré les arbres qui leur convenaient, crurent qu'il était urgent de faire cesser ces désordres ; ils divisèrent donc leurs bois en deux parts : Tune était réservée aux seigneurs en toute propriété et l'autre aux usagers, mais seulement pour leurs besoins. Jean de Savigny, qui occupa le siège de Nevers de 1296 à 1315, proposa un semblable arrangement aux gens de Prémery, qui acceptèrent. Son successeur, Guillaume Beaufils, approuva ces dispositions.

Nous consacrerons un article à part relativement à un autre genre de propriété : les maisons du chapitre. Nous en parierons quand nous traiterons des visiteurs des maisons.

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