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COSTUME DES CHANOINES

Pendant les cinq premiers siècles de l'Eglise, les ecclésiastiques ne se faisaient remarquer que par la simplicité de leurs vêtements, n'ayant rien qui les distinguât des fidèles dans la forme et dans la couleur. Les moines seuls, au rapport de Théodoret, avaient un manteau particulier et une tunique tissée de poils de chèvre.

On comprend qu'il n'entre pas dans notre pensée de parler ici des vêtements sacrés ou des ornements en usage dans le service des autels ; nous n'avons à nous occuper que des habits portés dans le cours ordinaire de la vie.

Du cinquième siècle au huitième, de nouveaux usages s'introduisirent; mais les clercs, qui tenaient à la régularité, se gardèrent de s'y conformer ; ils conservèrent l'ancienne toge romaine. Telle fut l'origine des soutanes.

Les conciles, pendant cette période, ne statuèrent rien de particulier sur cette matière ; ils se contentèrent de défendre aux ecclésiastiques les habits courts, les habits militaires, les habits pompeux, et surtout la couleur de pourpre : Nulli^ clericorum vestimenta purpurea induaty dit le concile de Mâcon, en 529.

L*habit long et de. couleur foncée devint donc le costume recommandé aux ministres des autels ; les plus réguliers se contentaient de laine, conservant sa couleur naturelle. Nous trouvons, sous Louisle-Débonnaire^ un concile d'Âix-la-Chapelle, tenu en 816, qui établit

des règles pour les chanoines, exprimant le désir que les autres ecclésiastiques s'y soumissent. On leur recommande la simplicité et la décence dans leurs vêtements, mais on leur défend de porter la cucuUe, réservée aux moines. Tous étaient revêtus de la chape, c'est ce qu'on voit dans un canon du concile de Metz, en 888 : Nemo clericorum,,, indumenta laicalia induat, id est cottas vel mantelloa sine cappa non portet; et laici cappas non portent.

Les prêtres se distinguaient des simples clercs par Tétole qu'ils portaient continuellement; ils étaient aussi revêtus de l'aube, mais il leur était expressément recommandé d'avoir à l'autel une aube dilTérente de celle dont ils se servaient en dehors de l'église. Quant aux diacres, d'après certains auteurs, ils pouvaient aussi être habituellement revêtus de l'aube; cependant nous savons qu'un concile de Carthage ne leur permet l'usage de Taube que dans l'exercice de leurs fonctions : Diaconu8 ternpore ohlationis tantu/n^ vel lectionis alha utatur, (Can., 15.)

Déjà quelques abus s'étaient introduits dans le costume clérical, surtout en Orient, puisque le septième concile général, tenu à Nicée, en 787, est obligé de condamner les habits de soie et de couleurs éclatantes, adoptés par certains ecclésiastiques.

L'Eglise d'Occident ne fut pas à l'abri de semblables abus ; nous voyons les conciles adresser de continuelles recommandations et exiger l'unité de couleur, soit dans les vêtements, soit dans les chaussures. Le second concile de Latran défend les habits ouverts et les couleurs trop vives. Saint Bernard vient à son tour se plaindre avec énergie au pape Eugène III de la violation de ce canon du concile de Latran (1).

Ce fut principalement pendant le douzième siècle que nous voyons les prescriptions se multiplier, à l'effet d'atteindre le but que l'Eglise se proposait depuis si longtemps dans le clergé : l'uniformité et la simplicité dans les vêtements, en empêchant le prêtre de se laisser entraîner sur ce point, comme sur tout autre, à l'influence laïque. Les croisades avaient établi un contact plus fréquent entre les ecclésiastiques et les chevaliers, et en même temps les liens de la discipline, pendant ce temps d'agitation, s'étaient relâchés. Les voyages multipliés avaient introduit dans le costume certaines modifications

(1) De consid., lib. Jll.

que les circonstances justiflaient, et les clercs, à l'exemple des seigneurs au milieu desquels ils vivaient, avaient fini par adopter, comme eux, les habits courts et les couleurs tranchantes. Ajoutons que les règles de la bienséance la plus c«>mmune furefit blessées. C'était une des observations que saint Bernard se permettait d'adresser au pape Eugène III (1).

Au treizième siècle, les recommandations des conciles se renouvellent et deviennent plus pressantes : défenses formelles de porter des habits courts, de tenir les habits longs ouverts, soit par-devant, soit par côté ; les couleurs rouge et verte sont de nouveau prohibées. Le concile de Montpellier, tenu en 1214, semble exempter les évèques de la défense qui concerne le rouge et le vert. L'année suivante, 1215, le quatrième concile de Latran établit que les habits de dessus des clercs ne seront ni trop longs ni trop courts, ni verts, ni rouges, ni ouverts. Ici encore les évèques semblent être exemptés de cette loi. Les canons de ce concile devinrent comme la base des décrets et des règlements qui furent faits sur cette matière dans les siècles suivants. Ne nous étonnons pas de voir le concile de notre province de Sens, tenu à Paris en 1346, renouveler les canons du concile de Latran.

Cependant les abus continuaient, et un nouveau concile provincial de Sens, en 1528, nous prouve qu'on ne s'était pas encore soumis complètement à ce point de discipline ; il ordonne que Thabit ecclésiastique descende jusqu'à terre et soit entièrement fermé ; il interdit la soie et les couleurs rouge et verte.

Le concile de Trente se contente de recommander aux clercs la modestie, les r^les de la bienséance et l'éloignemént des modes suivies dans le monde.

Enfin, le grand réformateur de la discipline ecclésiastique, saint Charles Borromée, publia de sages règlements, qui prescrivaient la couleur noire aux ministres des autels, à moins qu'élevés à de hautes dignités, ils ne fussent autorisés à user d'une autre couleur. Toutefois, cet habit devait tomber jusqu'à terre.

L'ancienne discipline, on le comprend, dut s'affaiblir, et les chanoines tombèrent insensiblement dans les abus dont nous avons parlé plus haut, et contre lesquels les conciles ont si longtemps protesté.

(I) De consid., Hb. NI.

134 LES GONORËGâTIONS RELIGIEUSES

Au treizième siècle et aux siècles suivtnts, les chapitres^ comine corps, agissaient avec une grande indépendance ; lea membres qui les composaient, unis par des liens de famille aux chevaliers, avaient peine à se défendre d'une certaine influence laïque, et bientôt ceux qui auraient dû être les modèles du clergé, sous le rapport de la régularité, contribuèrent à affaiblir les hens de la discipline. C'était au sein des chapitres surtout qu'on remarquait les étoffes rouges et vertes, les ceintures enrichies d'or et de joyaux. On comprend buâhtenant les prétendus privilèges que s'attribuaient certains corps capitulaires au sujet des costumes ; ces privilèges n'étaient en réadité que le résultat d'une lutte plus ou moins ancienne contre les prescriptions des conciles.

Le chapitre d'Autun avait la prétention, comme celui de Nevers, d'être en droit de porter la soutane rouge, et, malgré les décisions formelles que nous avons rapportées, il a continué à user de ce prétendu droit jusqu'à la grande Révolution française. Cependant, aa rapport de Gagnare, ses propres députés s'étaient élevés au concile de Bâle contre ce qu'ils qualifiaient d'abus. Cet historien ne balance pas à dire que les habillements rouges n'étcUetU pas la suite Sun privilège particulier à l'église d'Autun^ mais Veffet d'un andén usage auquel on croyait pouvoir se conformer (1).

Nous devons en dire autant de la soutane rouge dii chapitre de Nevers et des autres chapitres qui étaient dans le même cas.

D'après une tradition qui a pris quelque consistance, les chanoines de Nevers seraient en jouissance de ce privilège depuis le passage à Nevers du souverain pontife Clément V.

Tous les Nivernais savent que ce pape passa à Nevers en 1305 et qu'il y demeura plusieurs jours. Les différents historiens de notre province parlent de son arrivée dans notre cité. Il venait de Cluuy et se rendait à Bordeaux ; c'était le 21 mars. Userait demeuré à Nevers jusqu'au 25, fêle de l'Annonciation. Comme il désirait célébrer cette fête avec pompe et officier dans notre vieille basilique, n'ayant pas avec lui le nombre de cardinaux nécessaires, il aurait autorisé les chanoines de Nevers à compléter le nombre voulu. Depuis cette époque, igoute-t-on, les chanoines de Nevers ont le privilège de prendre, aux fêtes solennelles de l'été, la soutane rouge comme les cardinaux.

(I) Histoire de l'église d'Autun, liv. III, chap. 8.

DANS LE DIOCÈSE DE NBVER8. XZb

Le séjour de Clément V à Nevers est incontestable ; il aurait même donné à Jean de Savigny, alors évêque de Nevers, des marques toutes particulières de son affection. Nous lisons encore dans Parmentier : € Sur la fin de l'année 1308, il accompagna Clément V à son entrée solennelle dans Toulouse, où, après que ce Souverain Pontife eut donné la sainte communion à tous les seigneurs du parlement et aux capitouls, révéque Jean, prenant sa place, la donna ensuite à tous ceus qui se présentaient. »

Quant au prétendu privilège accordé à nos chanoines de prendre le costume des cardinaux dont ils auraient tenu la place, il ne saurait être admis ; l'on se rappelle qu'alors les cardinaux ne portaient pas encore les vêtements rouges; Innocent IV leur avait accordé le bonnet rouge en 1265, mais ce ne fut que plus de cent cinquante ans plus tard, sous Paul II, en 1464, que le costume rouge leur fut spécialement réservé.

D'après les pièces authentiques présentées par le chapitre de Nevers à l'archevêque de Sens, il y avait, en 1742, deux cents ans environ que l'usage de la soutane rouge avait été interrompu ; nous ne croyons pas, avec dom Claude de Vert, que la disette et le malheur des temps aient réduit les chanoines de Nevers comme les autres à la soutane noire. Nous pensons, au contraire, que le chapitre de notre cathédrale, se soumettant aux décrets du concile provincial de Sens, promulgués par Jacques d'Albret, un des Pères de ce concile, a mis fin aux abus contre lesquels l'Eglise réclamait depuis si longtemps. En effet, toutes les peintures inventoriées remontent à une époque antérieure à ce concile, si on en excepte le n^'S, qui porte la date 1532(1); toutefois, on remarque que si Michel Olivier est mort en 1532, il a dû faire placer avant sa mort le vitrail sur lequel il est représenté en soutane rouge. Au reste, le chiffre 1532 n'est pas sur le vitrail, mais sur une pierre de l'église en face du vitrail. Nous pouvons donc affirmer que toutes les preuves iconographiques consignées dans ces pièces sont antérieures au concile.

Cependant, comme nous Tavons dit, plusieurs chapitres, celui d'Autun, entre autres, n'avaient pas cru devoir se soumettre, et avaient conservé l'usage de la soutane rouge ; les chanoines de Nevers, en 1742, se rappelant qu'autrefois leurs prédécesseurs avaient ce

(1) Nous donnerons les pièces de l'inventaire dont il est queslion.

136 LEi? CONGRÉGATIONS HELIG. DANS LE DIOCÈSE DE NEVEllS

costume, et en trouvant des preuves dans les peintures qu'ils avaient sous les yeux, crurent devoir faire des démarches pour y revenir. Ils s'adressèrent à Mgr Guillaume d'Hugues, qui fit quelques difficultés ; sans se décourager, ils recoururent au métropolitain et aussi au ministre.

Nous ignorons si le cardinal Fleury, alors ministre, accorda le consentement qu'on réclamait de lui; mais Parmentier nous apprend que le jour de Pâques de Tannée suivante, 14 avril 1743, c les chanoines de Nevers, autorisés par une permission écrite de Mgr Parchevèque de Sens, recommencèrent à porter Thabit rouge qu'autrefois ils avaient coutume de porter au chœur et dont l'usage avait été interrompu pendant environ deux siècles (1).

On retrouve encore à la cathédrale, vis-à-vis les portes de Loire et du Doyenné, deux des peintures inventoriés en 1742. Les chanoines sont en soutane rouge, avec rochet à larges manches et l'aumusse sur le bras. On peut aussi reconnaître un chanoine en soutane rouge dans les peintures récemment découvertes dans la chapelle à droite en entrant par la porte du Doyenné.

Depuis cette époque jusqu'à la grande Révolution les chanoines de Nevers ont continué à porter ce costume, mais au lieu du rochet romain, ils étaient revêtus du surplis à ailes.

(l) Histoire manuscrite des évêques.

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