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CHAPITRE P

COLLÉGIALES RÉGULIÈRES DE LA PARTIE DE L'ANCIEN DIOCÈSE D'AUXERRE RÉUNIE AU DIOCÈSE DE NEVERS.

Après avoir recueilli tout ce qui peut aider à constituer l'histoire du chapitre de notre église cathédrale, nous sommes amené à parler des chapitres secondaires attachés aux collégiales. Nous ne devons pas perdre de vue que dans le principe, non loin du cloître des chanoines épiscopaux se trouvaient souvent des monastères soumis à une règle plus sévère, dans lesquels pouvaient se réfugier les chanoines des cathédrales ayant le désir de mener une vie plus parfaite. Une sorte de confraternité, comme nous l'avons dit, s'établissait entre les chanoines réguliers et les chanoines séculiers, ayant habituellement la même origine. Tels étaient les rapports existant entre les chanoines réguliers de Saint-Martin, les socii de Saint-Gildard et le chapitre de Saint-Cyr.

Nous croyons que c'est par suite de semblables^relations entre les monastères de Mannay, de Varennes, de Longrets et de Saissy-les- Bois et le chapitré d'Auxerre que l'évéque obligea les religieux, qui en faisaient partie, à venir à certains jours célébrer l'office divin à la cathédrale.

D'un autre côté, il ne faut pas oublier que TEglise voulait que les clercs attachés à une cathédrale comme chanoines, ne fussent pas dans la nécessité de trop se préoccuper des choses strictement nécessaires à la vie ; elle ne permettait pas d'augmenter le nombre des prébendes quand les ressources étaient insuffisantes, e( même, dms ce cas, elle autorisait les évéques à s'entendre avec les chapitres pour restreindre le nombre des prébendes. Cependant il pouvait arriver que des ecclésiastiques éprouvassent le désir de vivre en commun, ou du moins de se réunir sous une même règle pour célébrer avec plus de pompe les divins offices, à l'instar des cathédrales ; dans ce cas ils exposaient leur dessein et leurs constitutions à Tévéque, qui approuvait, s'il y avait lieu, et une collégiale séculière se fondait.

Assez souvent ces établissements avaient pour origine la garde d'une relique insigne. Les collégiales de Saint-Caradheu de Donzy, de Sainte-Eugénie de Varzy et peut-être celle de Saint-Martin de Clamecy doivent leur existence à ce culte des saintes reliques.

D'autres fois, ces chapitres étaient fondés par les rois pour la desserte convenable des saintes chapeliesyOW par des seigneurs désireux d'avoir près de leurs châteaux une sorte de petite cathédrale où l'office divin pût être célébré avec plus de solennité. Les évêques eux-mêmes avaient bien aussi quelquefois des motifs déterminants pour fonder des collégiales. Plusieurs avaient leurs maisons de campagne où ils se retiraient une partie de l'année, et ils avaient k cœur d'avoir autour d'eux quelques prêtres pour les assister lorsqu'ils désiraient, à certaines fêtes, célébrer pontificalement. Ce motif a pu se joindre à d'autres dans l'établissement des collégiales de Cosne et de Varzy, localités dans lesquelles les évêques d'Auxerre possédaient des maisons épiscopales où ils se fixaient une partie de Tannée.

Nous n'avons pas à nous occuper des collégiales royales, il n'en existait aucune dans le diocèse de Nevers ; mais nous aurons à parler des chanoines séculiers de second ordre, après avoir fait mention des établissements de chanoines réguliers fondés dans notre diocèse. Dans ces fondations, nous y découvrirons l'origine et le développement des paroisses.

L'ordre à suivre (j^ns cette étude semble indiqué par. la chronologie et par les divisions territoriales. Nous étudierons donc successivement : les établissements fondés dans la partie de l'ancien diocèse d'Auxerre réunie au diocèse de Nevers depuis le concordat, puis ceux qui faisaient autrefois partie du diocèse d'Autun se trouvant dans

les mêmes conditions^ et enfin les établissements de l'ancien diocèse de Nevers.

Nous devons nous contenter de faire mention des monastères de Manuay et de Varennes, dont l'existence n'a pas dû être de longue durée; il est question de l'un et de l'autre dans les statuts de saint Âunaire, évéque d'Âuxerre, statuts qui ont été édictés vers l'année 596 ; mais, sous saint Tétrice, qui occupa le même siège en 691 , et qui s'empressa de renouveler, sur ce point, le règlement établi par son prédécesseur, nous ne trouvons plus lesdits monastères. Mannay, placé entre Pouilly et Châteauneuf-au-val-de<-Bargis, fut doté plus tard d'un autre monastère, au commencement du treizième siècle ; il disparut comme le premier. Varennes, placé dans le voisinage de la Charité, n'a conservé aucune trace de l'établissement qui florissait sous saint Âunaire.

SAINT-LAURBNT-LABBAYE ET 8AINT-GILDARD.

En suivant le chemin de grande communication qui conduit de Oonzy au pont de Saint-Thibault, en passant par Sully-la-Tour, on rencontre, à six kilomètres environ de cette dernière localité, un gros bourg que longe la route. Sur la droite, le voyageur remarque, au milieu de magnifiques ruines, les restes d'une vieille basilique, dont une partie sert actuellement d'église paroissiale; auprès s'élève un des anciens clochers, car il devait y en avoir plusieurs ; c'est Saînt-Laurent-l'Âbbaye.

Pour peu que notre voyageur ait quelques connaissances archéologiques, il ne lui sera pas difficile de reconnaître la riche architecture du douzième siècle, et même, à la vue de la luxuriante ornementation qui la décore, il ne balancerait peut-être pas à attribuer ce monument aux moines de Cluny. Cependant il serait dans l'erreur, et malgré les nombreux détails qui rappellent ceux de La Charitésur-Loire et de Donzy-le-Pré, Saint-Laurent n'appartenait pas aux enfants de saint Benoit, mais suivait la règle de saint Augustin, comme la plupart des collégiales régulières.

On peut dire néanmoins que la construction a été effectuée sous une influence clunisienne; les religieux de ce monastère ont dû s'inspirer en considérant les deux églises voisines dont nous venons

de parler, et peut-être môme leur auront-ils emprunté quelques habiles ouvriers.

Remontons à Porigine primitive de cette célèbre abbaye dont les chroniques se rattachent à notre histoire civile et religieuse.

Le droit d'association a toujours été reconnu comme faisant partie de la constitution de l'Eglise. Aussi, dès le berceau de la monarchie française, nous voyons les princes fs^voriser, de tout leur pouvoir, la vocation de ceux qui désiraient entrer dans cette voie plus parfaite. Wulfin, prince du sang royal, avait fondé dans le Berry un monastère sous le nom de Longorotense monasterium, le monastère de Longretz, nom qui lui fut donné à cause d'un long marais qui l'avoisinait. Un autre monastère fut fondé, vers 530 (i), par le même seigneur, dans le Donziais; les mêmes conditions de position lui firent prendre le même nom ; mais, pour le distinguer du premier, on y ajoutait une désignation particulière : Longorotense monasterium albatorum, parce que les religieux qui l'habitaient étaient vêtus de blanc, tandis que ceux du Berry portaient une robe noire.

En 596 il est fait mention du monastère de Wulfm dans les statuts de saint Aunaire. Les religieux devaient se rendre en station à la cathédrale d'Auxerre aux calendes de mai. Il parait même qu'ils devaient y rester une partie de la semaine; car le règlement porte qu'ils célébreront Toffice de la nuit à la cinquième férié.

Un siècle plus tard, ce monastère ne portait plus le nom de son fonctateur ; on le trouve sous le nom de Longorotense monasterium dans les statuts de saint Tétrice. Comme sous saint Aunaire, les religieux étaient obligés de célébrer Toffice à la cathédrale ; mais on remarque qu'ils devaient s*y rendre deux fois Tannée et y demeurer huit jours. Aux religieux de Longretz était réservée la deuxième semaine de mars; ceux de Saissy occupaient la troisième. Ces deux monastères se réunissaient pour la célébration de l'office divin pendant la quatrième semaine de décembre.

Le chapitre de Saint-Hilàire de Poitiers avait des droits sur le monastère de Longretz, qu'on nomma plus tard Saint-Laurent- des- Aubats, Saint-Laurent-l'Abbaye, et quelquefois le monastère des Saints-Laurent-et-Hilaire. Ce droit des chanoines de Saint-Hilaire se trouve consigné dans les actes les plus anciens; on le retrouve à

(1) Notice des monastères du diocèse d'Auxerre, p. 87 et 88.

Tépoque de la coutume d'Âuxerre, en 4561. Paraissent pour l'état de la noblesse <e les doyen et chapitre de Saint-Hilaire-le-Grand de Poitiers, seigneurs de la terre et châtellenie de Longretz^ par maître Edme Tribole (1) :».

Du Bouchet prétend que la terre de Longretz avait été donnée en 524 à Saint-Hilaire de Poitiers , ainsi que Tracy qui , dès-lors y avait son église (2). * "*

D'après les auteurs de la Gallia christianaj Robert de Nevers, qui occupa te siège d'Âuxerre de 1070 à i084, donna Téglise de Saint-Laurent aux chanoines réguliers de Saint-Augustin, on ne sait à quelle occasion, et Térigea en abbaye. Humbault, son successeur, leur abandonna un certain nombre d^églisos; un peu plus tard Guy, évéque de Nevers, les mit en possession de Téglise des Saints- Lonp-et-Gildard (3).

Ici rhistoire du prieuré de Saint-Gildard va se confondre avec celle de Saint-Laurent-l' Abbaye, et nous sommes obligé de les unir dans notre récit.

Sur le plateau qui s'élève en face de la cathédrale, et qui voit sourdre à sa base les magnifiques sources de Saint-Loup et de la Fontaine-d' Argent, dont les eaux limpides s'unissent au ruisseau du Croux, s'élevait, à une époque reculée, une vieille abbaye sous le vocable de saint Loup, pieux lévite qui avait eu le bonheur de convertir au christianisme Rolland, seigneur de Seyr (4), et les habitants de cette contrée. Lebeuf, qui regarde comme fabuleux certains détails sur rorigine de Seyr (5), déclare qu*il n'y a pas lieu de mettre en doute l'existence d'un saint Loup qui a vécu auprès de Nevers, et en l'honneurduquelonéleva l'église maintenant connuesousleseul vocable de saint Gildard. Les chartes du neuvième siècle la nomment Saint- Loup-et-Saint-Gildard. Il est donc probable que ce saint Loup, dont les autres actes nous sont inconnus,. a passé dans ce lieu une partie de sa vie, ou bien que son corps, après sa mort, y a été transféré (6).

(1). Coutume du comté et bailliage d'Auxerre, 2* édition, p. 172.

(2) Annales d'Aquitaine.

(3) GalLia christiana, t. XII, p. 430.

(4) La Charité.

(5) Ecrits divers.

(6) Ne faudrait-il pas reconnaître ici l'origine du nom du petit chemin qui conduit do Saint-Gildard à la rue de l'Embarcadère : la rue au Loup ?

174 LES CONGÉRGATIONS RELIGIEUSES

Quelques miracles opérés par son intercession auront déterminé les fidèles à élever un oratoire sur son tombeau ; c'est ce qui se pratiquait alors communément.

Quoique le culte de saint Gildard soit plus répandu que celui de saint Loup, nous n*avons pas plus de détails sur sa vie. Les anciens livres de Nevers ne nous ont laissé sur ce saint que des notions bien incomplètes. Ndbs savons seulemefil qu'il était prêtre et qu'il édifia par ses vertus la paroisse de Lurcy-le-Bourg, où il mourut dans le cours du huitième siècle. Son corps, on ignore par quel motif, ni à quelle époque, fut transporté dans l'église qui porte son nom, et fit bientôt oublier le premier titulaire.

Dans ces temps malheureux où des guerres continuelles ravageaient la France, souvent les églises et les abbayes devenaient la solde des soldats ; le vainqueur les abandonnait aux chefs qui s étaient le plus distingués par leur valeur et leur dévouement. Tel était le triste sort réservé surtout aux monastères placés en dehors des villes ; tel fut en particulier le sort de l'église de Saint-Loup-et- Saint-Gildard ; au neuvième siècle elle était connue sous ce double vocable.

Il est présumable que l'église de Saint-Loup avait été comprise dans les biens de l'église de Nevers restitués par ordre de Charlemagne, de Louis-le-Débonnaire et de Charles-le-Chauve. Comme les évêques cherchaient à entourer ces restitutions de toutes les garanties, à l'avènement de chaque souverain, ils faisaient confirmer par son autorité ces actes de justice ; démarche souvent bien inutile. Pendant que les Normands assiégeaient Paris en 888, Eumène, évéque de Nevers, s'adressa à Charles-le-Gros pendant une nuit de bivouac in militia pernoctabat (1) et obtint de lui la conGrmation de tous les biens rendus à l'église de Nevers ; la charte fait mention des abbayes de Saint-6ildard-et-Saint*Loup, ahbatia Sancti Gddardi Sanctique Lupi (2).

Dix ans plus tard, en 898, un grand événement se passait près des murs de cette abbaye ; il s'agissait d'un combat en champ clos entre Rathier, comte de Nevers, et le chancelier Alicher. Rathier, comte amovible, exerçait ses fonctions au nom de Richard-le-Justicier, duc

(1) Gallia christiana, instrumenta ecclesis Nivernensis, p. 3n.

(2) On vûit que déjà saint Gildard a la priorité sur saint Loup.

de Bourgogne ; il tut accusé par Alicher d*avoir insulté Tépouse de son suzerain. Rathier, sous le poids d%me semblable accusation, demanda l'épreuve des armes, selon la coutume alors en usage. Les deux champions choisirent le plateau de Saint-Gildard pour le lieu du combat. L'un et l'autre succombèrent. Le comte Rathier fut inhumé dans le monastère. Ce fait, rapporté dans la chronique de Vézelay, est encore confirmé par un usage constamment suivi par les chanoines de Nevers; jusqu'à la Révolution, toutes les fois que le chapitre se rendait en station à Saint-Gildard, avant de sortir de cette église on chantait un Libéra pour le repos de l'âme du comte Rathier.

Il est encore fait mention de Saint-Gildard en 968 dans une charte de Natran, évéque de Nevers. Cependant cette abbaye tomba de nouveau au pouvoir des seigneurs laïques. Un chevalier, nommé Girbault de Marzy, et ses neveux, Maulguin et Girbault, s'en attribuaient la propriété, prétendant avoir obtenu cette église du chevalier Séguin. Vers 1080 ils renoncèrent à leurs prétentions et la restituèrent à Hugues III, évéque de Nevers. Hugues en fit l'abandon au chapitre de sa cathédrale, pour le salut de son âme et pour Vâme de seê pré^ décesseurs.

On prétend que l'église de Saint-Gildard devint alors une église paroissiale, ce qui est probable, puisqu'il n'y avait plus de religieux pour y célébrer l'office divin et qu'ordinairement les églises abandonnées aux chapitres étaient immédiatement érigées en paroisses.

L'acte de donation de Girbault de Marzy fut attaqué par Séguin, qui revendiquait de prétendus droits; cependant, à la sollicitation du comte Guillaume et des chanoines de Saint-Cyr, il finit par tout approuver (1). C'était en 1100.

Quinze ans plus tard, Guy, successeur de Hugues III, jugea qu'il serait convenable de rendre à cette église son ancienne destination, en y établissant des religieux. En conséquence, d'accord avec le cha* pitre, il en fit don à l'abbaye de Saint*Laurent. Dongion, premier abbé de ce monastère, l'accepta au nom de sa communauté, se soumettant à toutes les obligations imposées dans l'acte dressé à cette occasion. Il y eut dès ce moment confraternité entre ces religieux et

(I) GaUia chnsliana^ t. XTI, insMnnenla ecclesiar Niverncnsis, p. 336.

le chapitre de Nevers (1). Dongion avait pris l'engagement d'y envoyer quelques-uns de ses clercs réguliers.

Hervé, successeur de Guy sur le siège de Nevers, confirma ce qu'avait fait son prédécesseur. Hugues IV et Fromont, successeurs d'Hervé, se montrèrent les prolecteurs du prieuré de Saint- Gildard.

En 1147, Hugues, successeur de l'abbé Dongion, voulant assurer les donations faites à son monastère, eut recours au pape Eugène III, le priant de sanctionner par son autorité apostolique ces différentes libéralités. Le Souverain Pontife consentit à accorder la bulle de confirmation dans laquelle nous trouvons relatées toutes les dépendances de cette célèbre abbaye.

Outre les églises de Saint-Eusèbe d'Âuxerre et de Saint-Mamert, qui en dépendaient, nous y trouvons Saint-Cyr-les-Colons (2), Saint- Symphorien de Tracy, Saint-Andelain, Saint-Martin-du-Tronsec, Saint-Martin de Garchy, Saint-Symphorien de Cours, Saint-Pierre de Dompierre-sous-Bouhy, Saint-Julien de Turi, et une église de Saint-Siméon, probablement l'église de Nanvigne, qui prit plus tard le nom de Menou, et qui était sous le vocable de ce saint. Il y est encore fait mention de l'église des Saints-Loup-et-Gildard, ainsi que des églises d'Urzy, de Saint-Martin-d'Heuille et d'Aubigny*le-Chétif, qui en dépendaient, y compris certaines propriétés adjacentes (3).

D'après les arrangements acceptés par l'abbé de Saint-Laurent, deux socii Sancti Gildardi devaient assister aux offices de la cathédrale, même la nuit. Thibault, évèque de Nevers, modifia, d'accord avec le chapitre, sur ce point les conventions suivies jusqu'alors : c En 1180, considérant qu'il était trop incommode aux religieux de Saint-Gildard de venir à matines qui, dans ce temps, se disaient partout à minuit, il les en dispensa à cause de i'éloignement et de la difficulté du chemin, et leur accorda, à la place des deniers matutinaux, qui se distribuaient au chœur, la somme dé trente-cinq sols, somme considérable alors. Il est à remarquer cependant que cette dispense a lieu pendant la vacance du canonicat et pendant le

(1) Voir ce que bous avons dit à ce sujet pages 43, 44, 73 et 74«

(2) C'est à tort que les auteurs de la Galtia chrlslianat tome XII, p. 430, mentionnent Saint-Cyr-les-Entraias*, il s'agit de Saint-Cyr-Ios-Colons.

;3) Lebeof, Histoire d'Auxerre, tome'IÎ, p. 265, aux preuves.

temps que le couvent de Saint-Gildard ne jouit encore que des anniversaires, à cause de Tofiice que sont tenus de faire les, religieux à la place des chanoines morts ou retirés (1). »

Nous ferons observer que les rapports établis entre le chapitre de Nevers et Saint-Laurent-rAi)baye et Saint-Gildard se reproduisirent pour Âuxerre. Alain, évèque d^Âuxerre, avait décidé en 1459 que les religieux de Saint-Eusèbe, dépendants de Saint-Laurent, jouiraient des revenus des prébendes vacantes dans son église cathédrale^

Le monastère de Saint-Laurent allait être soumis à une cruelle épreuve. Pierre de Courtenay, petit-Gls de Louis*le-6ros , avait épousé, par l'entremise de Philippe-Auguste, son cousin, la princesse Agnès, dernier rejeton de l'ancienne maison de Nevers. Fier de sa puissance, de ses richesses et de la protection du roi, le comte Pierre inquiétait ses voisins. Il voulut s'attaquer à Hervé, baron de Donzy, réclamant de lui l'abandon du comté de Gien, par suite, disait-il, de conventions faites entre lui et Geoffroy, père d*Hervé.

Hervé refusa de se soumettre aux exigences de Pierre de Cour* tenay. Ce prince, sans tenir compte de la réputation de bravoure du baron de Donzy, que la chronique de Tours qualifie de foudre de guerre, hostium tempestas aasidua^ déclara qu'il se disposait à vider la querelle par les armes. Il convoqua donc tous ses vassaux pour marcher contre Hervé, et de plus il ne craignit pas de grossir son armée d'une multitude de gens sans aveu qui dévastaient alors les rives de la Loire ; ils étaient connus sous le nom de cotteraux, cotterelli. Ils venaient de ravager Téglise des Saints-Laurent-et-Hilaire, traitant sans respect les reliques qui y étaient renfermées. Dans de semblables conditions et avec de tels éléments, le comte ne pouvait espérer la victoire. Hervé marcha résolument contre lui; les deux armées se rencontrèrent dans les plaines de Saint-Laurent, non loin du monastère dévasté par les cotteraux. Le choc fut terrible; l'armée de Pierre de Courlenay fut mise en déroute, et lui-même devint le prisonnier d'Hervé.

La Petite chronique d' Auxerre^ en rapportant la victoire du baron de Donzy, fait remarquer que saint Laurent et saint Hilaire s'étaient mis de la partie contre ceux qui avaient profané l'église placée sous leur patronage (2).

(1) Extrait d'un manuscrit de M. l'abbé Âlloury.

(2) Lebbcf, Histoire d' Auxerre, tome If, p. 125,

En 1^22, dû nouveaux arrangements ont été faits, comme nous Paivons dit, entre Gervais de Chftteauneuf, évèque de Nevers, et Tabbé de Saint-Laurent, relativement aux prébendes canoniales réservées à la cathédrale aux deux religieux de Saint-Gildard (1).

De nouveaux désastres devaient affliger le monastère de Saint- Laurent. Pendant les guerres entre les Bourguignons et les Armagnacs, les troupes attachées au parti du duc d'Orléans passèrent la Loire et vinrent s'établir pendant quelques jours à Saint-Laurent- TAbbaye qu'ils ravagèrent. L'église était riche en reliques; on y remarquait entre autres les corps de saint Nectaire et de saint Libère, les premiers évèques de Poitiers, que les chanoines de Saint-Hilaire y avaient transportés, pour assurer en quelque sorte leurs droits primitifs sur ce monastère (2). Les Armagnacs ne profanèrent pas les reliques, mais les précieux reliquaires qui les contenaient réveillèrent leur convoitise; ils furent enlevés par eux.

Au seizième siècle, les protestants allèrent plus loin; ils s'emparèrent des nouveaux reliquaires après avdr dispersé les reliques. Depuis cette époque, on ne possède plus rien des saints Nectaire et Libère.

Vers le temps où les Armagnacs ravageaient l'abbaye de Saint- Laurent, les troupes anglaises étaient répandues autour de Nevers, dévastant tout ce qu'elles rencontraient. En 1440 surtout, elles avaient jeté partout la terreur, au point qu'on avait garni de barrières et de fossés toutes les avenues de la ville. L'église de Saint-Gildard n'était pas seulement une église prieurale, elle était paroisse, ainsi que celles de Saint-Benin et de Sainte-Vallière ; toutes les trois furent réduites à un tel état de ruines, que le doyen Robert Tenon, disant sa visite en 4445, ordonna le rétablissement de ces églises; mais selon l'expression de notre chroniqueur, il prenait mal son temps^ car ces trois paroisses n^avaient presque plus de paroissiens, et ce gu't'i en restait n* avait pas même le nécessaire (3).

La paroisse et le prieuré étaient toujours à la nomination de l'abbé de Saint-Laurent ; c'est ce qui est constaté par un pouillé de 1474.

(1) Gallia christianaj tome XII, p. 348, iminimenta,

(2) Nous avons lu quelque part qu*on ne trouve pas de saints êvéques de ce nom dans Thistoire du diocèse de Poitiers. — Ne faudrait-il pas plutôt reconnidtre en eux les premiers chefô du chapitre de Saint-Hilaire?

(3) Parmbntieb, Inventaire historique des titres de la ville de Nevers,

Vers cette époque^ sous le gouvernement de Tabbé Pierre de Germain, qui occupa le siège abbatial de 1469 à 1500, certains personnages avaient profité des malheurs des temps pour s'emparer de l'église de Saint-Gildard et de ses dépendances. Pierre de Germain réussk, par ses démarches, à en faire opérer la restitution, ce qui n'eut pas lieu sans procès (1).

Comme dans les actes publics on donnait le titre de chanoines aux religieux de ce prieuré, ils avaient la prétention de s'attribuer les droits du chapitre; ils voulaient marcher de front avec les chanoines de Saint-Cyr et porter comme eux le câmail fourré de gris ; le chapitre 8*y opposa, prétendant que leur fourrure devait être noire. Pour les y contraindre, on leur avait refusé la délivrance de leurs revenus. Ils finirent par se soumettre, et firent sommation au chapitre de leur payer l'arriéré.

Une sentence du palais de 1507 régla les droits respectifs des

parties ; on y rappelle aux religieux les obligations par eux contractées ; il leur est en outre défendu de s'éloigner de la ville sans une

permission spéciale du chapitre.

Un autre arrêt de 1513 confirme cette sentence et déclare que les

seuls religieux de Saint-Laurent peuvent être admis à la desserte des

prébendes réservées à Saint-Gildard.

Il parait que ces bons religieux avaient toujours la prétention de

faire partie intégrante du chapitre; ils y étaient peut-être autorisés

par suite des deux prébendes dont ils joussaient. Un arrêt de 1587,

rapporté par M. Âlloury, les autorise à prendre le titre de chanoines

de Ne vers.

Dans le principe, une grande régularité régnait dans le monastère de Saint-Laurent, grâce à la vigueur de la discipline. On lit dans la GaUia christiana (2) un fait bien propre à nous en donner une idée ; il est tiré du nécrologe de cette abbaye au treizième siècle ; nous en donnons ici la traduction littérale : ce Le 22 juillet est décédé Geoffroy, religieux de celte maison, chargé de la régie de notre établissement de Chentose ; il s'est attribué en propriété des choses qu'il n'a pas déclarées ; c'est pourquoi il a été privé de la sépulture ecclésiastique, et nous mettons ici son nom, non pour

(1) Gallia christiana, tome XII, p. 433.

(2) Tome XII, p. 434.

engager à prier pour lui, mais pour servir d'exemple aux autres. ^

On voit un semblable exemple de sévérité dans la vie de saint Grégoire-le-Grand .

Cependant le relâchement s'était introduit insensiblement dans l'abbaye; dès le commencement du quinzième siècle Michel de Cresnay, évèque d'Auxerre, plaidait contre l'abbé de Saint-Laurent, qui gérait fort mal le temporel de sa communauté. Par un arrêt du 20 avril 4409, la cour chargea deux prieurs voisins de se mettre pendant quatre ans à la tête de l'administration (1).

Quarante ans plus tard, en 1548, un nouvel arrêt du Parlement, rendu à la requête du procureur du roi, portait que les religieux de Saint-Laurent seraient réformés. François Dinteville , évêque d'Âuxerre, nomma deux chanoines réguliers du même ordre pour y introduire la réforme, savoir : Laurent Petitfou, abbé de Saint-Père d'Auxerre, et Jacques du Coin, religieux de Saint-Martin de Nevers; il les établit ses vicaires généraux à cet effet, avec pouvoir de faire toutes les informations et perquisitions nécessaires, de punir les délinquants et de rétablir le bon ordre (2).

On comprend maintenant les démêlés qui s'étaient élevés entre les chanoines de Nevers et les religieux de Saint - Gildard qui se trouvaient sous la dépendance d'une abbaye devenue si peu régulière.

Avant 1689, Tabbé de Saint-Laurent, sans tenir compte des conventions souscrites, avait nommé un génovéfain à une des prébendes vacantes de la cathédrale; le chapitre réclama, et il y eut un nouveau procès. Ce procès se termina par une transaction. L'abbé reconnut qu il avait eu tort de nommer un génovéfain et avoua qu'il n'avait pas même le droit de le nommer, mais seulement de le présenter. Par la même transaction, l'abbé de Saint-Laurent et les religieux, ainsi que le prieur de Saint-Gildard , renoncèrent à tous leurs droits sur ce prieuré et le remirent entièrement au chapitre de Saint- Cyr. De son côté, le chapitre leur abandonna son droit de nomination aux cures de Saint-Trohé , d'Apremont-sur-Allier et d' Avrilsur-Loire.

(1) Lebbuf, HisL d'Auxerre, tome !•', su pp. p. 853.

(2) Idenij t. I«', p. 593.

Depuis ce moment l'abbé de Saint-Laurent a perdu tous ses droits sur Saint-Gildard et le chapitre a nommé directement aux pré« bendes (1).

Pour ces nominations le chapitre choisissait parmi les prêtres séculiers. C'est ainsi que dans les inscriptions sépulcrales établies dans Tannexe de la crypte de Sainte-Julitte nous retrouvons au milieu des noms des chanoines ceux de Florentin Martin, prêtre du diocèse de Bourges, sodus SancH Gildardi, mort en 1782, et de Charles Laronde, prêtre de Nevers, mort en 1785 avec le même titre.

Quant à la paroisse de Saint-Gildard, déjà peu populeuse, elle alla toujours en s'afiaiblissant. En 1784, les habitants demandèrent à Hgr de Séguiran d'interdire l'église et sans doute d'en supprimer le titre.

Celte église était réduite à une seule travée qui a été conservée dans la construction de la chapelle des sœurs de la Charité et Instruction chrétienne.

(1) Manuscrit de^M. Àlloury.

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