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CHAPITRE IL

SAISSY-LES-BOIS ET SAINT-VERAIN.

A neuf kilomètres environ au levant de Donzy, dans la gracieuse vallée arrosée par la Talvanne et près de la source de cette petite rivière aux eaux si limpides , se trouve comme enchâssée une paroisse autour de sa coquette église du commencement du seizième siècle ; c'est Cessy-les-Bois, ou plutôt Saissy-les-Bois, qui rappellerait mieux son origine, Saxiacense moniMterium, monastère placé au milieu des rochers. En arrivant dans ce modeste bourg entouré de collines qui l'encadrent, on aurait peine à se persuader que cette localité a joué un rôle important dans l'histoire de notre contrée. S'il faut s'en rapporter à Tauteur de la Notice des monastères du diocèse d^Auxerre^ cette terre aurait été donnée primitivement à l'évèque d'Auxerre par Ingonde, première femme de Glotaire I^, à condition qu'à sa mort elle ferait retour à l'abbaye de Saint- Germain (1). Dès l'année 596 il est fait mention de ce monastère dans les statuts de saint Aunaire, évèque d'Auxerre, et plus tard, vers 691, dans les statuts de saint Tétrice, un de ses successeurs. Déjà important par ses relations avec l'église cathédrale, Saissy le devint encore plus au siècle suivant quand, fuyant devant les barbares qui ravageaient le midi de la France, saint Romule, après avoir enfoui

(1) Page 89.

les restes précieux de saint Baudële, pour les soustraire à leurs pro«fanations^ partit avec ses religieux et vint chercher un refuge au centre de la France , portant avec eux des reliques de leur saint patron. Ils se fixèrent quelque temps à Beaune, au diocèse de Dijon, où ils construisirent une église dans laquelle ils déposèrent une portion des reliques qu'ils possédaient ; puis ils s'éloignèrent de ce lieu, ne le considérant pas sans doute propre à rétablissement d'un monastère. Ils se dirigèrent vers Saissy. Se fit-il alors une fusion entre les religieux placés précédemment dans ce lieu, sous la dépendance de l'abbiye de Saint-(xermain, et les quatre-vingts moines qui accompagnaient saint Romule ? ou bien le premier monastère avait-il cessé d'exister? Les chroniques locales se taisent sur ce point. Quoi qu'il en soit, les religieux, sous la direction de leur saint abbé, mirent la main à l'œuvre et commencèrent une magnifique église en l'honneur de saint Baudèle. C'était vers 678 (1). Saint Romule mourut avant d'avoir complété son (Buvre ; Odon et Waloo, ses successeurs, y mirent la dernière main.

En 878, l'église construite par saint Romule s'écroulait. L'abbé Trudgaud, qui gouvernait alors le monastère de Saissy, entreprit de reconstruire l'église sur une plus grande échelle et d'une manière plus solide. Il fut heureux dans son entreprise, et saint Baudèle protégeait les travailleurs d'une manière visible; car, dans le cours des travaux, plusieurs tombèrent du sommet de l'édifice sans éprouver le moindre mal dans leur chute.

Quand la basilique fut terminée, on venait de loin en admirer les gracieuses proportions. Parmi les personnes illustres qui visitèrent le monastère de Saissy, on cite le trop fameux Bernard, prince de Gothie et marquis de Nevers ; il était accompagné de Gausselin, son oncle, alors abbé de Saint-Germain-des-Prés et plus tard évéque de Paris.

Bernard s'était-il rendu à Saissy pour satisfaire sa curiosité, ou ne voulait-il pas essayer par de pieux pèlerinages de calmer les remords de sa conscience? Son glaive était encore teint du sang de sainte Solange qui avait refusé de consentir à ses infâmes désirs, et l'excommunication prononcée contre lui par les Pères du Concile de Troyes pesait de tout son poids sur sa tète (2).

(1) Notice des monastères du diocèse d'Auxerre^ p. 89.

(2) Art de vérifier les dates. — Comtes de Bourges.

184 ' LES CONGÉRGATIONS RELIGIEUSES

Avant de quitter l'abbaye, il demanda aux moines s'ils n'auraient pas quelque supplique à lui adresser, a Aucune, répondirent-ils tous de concert ; nous n'avons qu'un seul désir : c'est de posséder au milieu de nous le corps de notre saint patron qui se trouve dans vos Etats. :»

Bernard promit que leur désir serait satisfait. Il partit pour Ntmes accompagné de deux religieux délégués par l'abbé Trudgaud ; et bientôt les religieux se remirent en route pour venir rejoindre leurs frères, apportant la plus grande partie des reliques de saint Baudèle (i).

Le voyage fut heureux. Après avoir traversé une partie de la Bourgogne, ils entrèrent dans le diocèse de Nevers ; ils s'y arrêtèrent pour prendre un peu de repos dans un village nommé Viapiacuniy sans doute Guipy. Il faut croire qu'ils y demeurèrent quelque temps, puisqu'ils avaient obtenu d'Abbon, évèque de Nevers, l'autorisation d'y dresser une tente, autorisation qui n'eût pas été nécessaire s'il se fût agi d'une simple station passagère.

Parmi les malades qui accoururent à ce village pour vénérer les saintes reliques et obtenir leur guérison se trouvait un nommé Bernoardus, depuis longtemps affaibli par les fièvres; il éprouva immédiatement l'effet de la protection de saint Baudèle et fut délivré de sa maladie (2).

Le bienheureux Wibaud, évèque d'Auxerre, avait voulu se rendre à Saissy pour la réception des saintes reliques. Dans cette circonstance, il donna le voile des vierges à une jeune fille aveugle. Pleine de confiance en la protection du saint martyr, elle se fît conduire auprès du corps de saint Baudèle et fut guérie par son seul attouchement.

Au commencement du dixième siècle, les Normands se répandirent dans l'Auxerrois et le Donziais, pillant et incendiant tout le pays. Saint Géran, évoque d'Auxerre, qui joignait à la piété du pontife la bravoure du soldat, leva des troupes, marcha à leur rencontre, leur livra bataille et mit leur armée en déroute. En Mi il les battit de nouveau sous les murs de Chartres.

Cependant ils continuèrent à dévaster l'Auxerrois; vers 912 ils

(1) Voir Vliagiologie nivernaise, p. 164.

(2) Gallia chrisliana^ — instrumenta eccLnemausensis.

fl'avaneèrent jusqu'à Saissy, où ils pillèrent et incendièrent Véglise de Saint-Baudèle. Déjà iljs s'en retournaient chargés de butin^ quand saint Géran se mit à leur poursuite avec Richard-le-Justicier^ duc de Boui^ogne. Le prélat prit les devants par des chemins détournés pour leur couper le passage; quoiqu'il n'eût avec lui qu'un petit nomhre d'hommes, sa vue seule rappela aux barbares leurs récentes défaites et suffit pour les mettre en déroute. Depuis cette époque ils n'osèrent plus se livrer à leurs brigandages, dont le dernier acte dans le diocèse fut la ruine du monastère de saint Baudèle (1) .

Huit ans plus tard, en 920, Gaudry, évêque d'Àuxerre, rétablit à ses dépens ce monastère. Il donna une châsse^ couverte d'argent doré, dans laquelle il renferma les reliques de saint Baudèle, qui avaient probablement été enlevées aux Normands lors de leur dernière défaite ; peut-être avaient-elles été soustraites au pillage et cachées par les religieux.

Outre la châsse dont nous venons de parler, Gaudry donna encore au monastère de Saissy une grande croix d'argent confectionnée sur le modèle de celle de sa cathédrale.

Il alla aussi déposer lui-même sur Tautel deux magnifiques parements^ un calice d'argent avec sa patène, une aube de couleurs variées et une chasuble bleue avec l'amict et la ceinture ornée de glands d'or. Il avait pris en affection les moines de Saissy; de temps à autre il leur envoyait des provisions, et il était heureux quand il pouvait venir au milieu d'eux et leur adresser quelques paroles d'encouragement et d'édification (2).

Ce monastère tomba depuis au pouvoir des seigneurs laïques ; ce ne fut qu'en 1030 que Hugues de Châlon le fit rendre à Tabbaye de Saint-Germain; Heldric, qui en était abbé, l'y réunit avec le simple titre de prieuré. Geoffroy, deuxième du nom, baron de Donzy, s'en empara de nouveau ; mais Bozon, abbé de Saint-Germain, et Geofi^oy de Champallement, évêque d'Auxerre, eurent recours au roi Philippe I«r, et le firent restituer; il en conserva seulement la garde spéciale, qui. resta à ses successeurs pendant plus de trois cents ans. Cette restitution eut lieu en 1063 (3).

(1) Lebbcf, Histoire d'Auxerre, tome II, page 44.

(2) Idem, tome I", page 216.

(3) Prise â^Auxeire, page 282.

LES COHORÉGATIONB RELIGIEUSES

Puisque le prieuré de Saissy-les-Bois était une dépendance de Tabbaye de Saint-Germain d'Auxerre, il est inutile de £ûre remarquer qu'il était occupé par des Bénédictins ; au quinzième siècle il n'y avait plus que huit religieux. En 1569, à l'époque de la prise de Donzy, il fut entièrement détruit par les protestants ; l'église seule, qui venait d'être reconstruite, fut épargnée on ne sait comment. Elle avait été consacrée par Philibert de Beai]geu, évèque de Bethléem, et placée sous le vocable de saint Christophe. Depuis les désastres de 1569, elle cessa d'être église conventuelle, et jusqu'à la Révolution le prieuré ne fut plus qu'un simple bénéfice. Le dernier prieur bénéficier fut un sieur de Forget. Le célèbre docteur de Sorbonne, Edmond Richer et le poète Garpentier de Marigny ont été prieurs de Saissy.

SAINT-VERAIN.

Nous avons compté parmi les collégiales régulières le prieuré de Saissy-les-Bois, dépendance de Saint-Germain d'Auxerre, quoique nous n'ayons rencontré nulle part aucun monument qui lui donnât ce titre; notre opinion était motivée par le rang qu'occupait ce monastère parmi ceux qui se trouvaient affiliés à l'église cathédrale. Un autre prieuré, dépendant aussi de Saint - Germain d'Auxerre, peut encore être admis dans la même catégorie: c'est celui de Saint- Verain-des-Bois. On sait qu'un certain nombre de monastères et de collégiales doivent leur fondation au dépôt de quelques reliques insignes placées sous la garde de moines ou de chanoines. Tels ont été les chanoines de Yarzy, chargés de la garde des reliques de sainte Eugénie; ceux deDonzy, remplissant les mêmes fonctions pour celles de saint Caradheu. Les moines de Saint- Verain furent établis à l'effet de veiller jour et nuit autour des précieux restes du saint évêque de Cavaillon, lorsque son corps fut transporté dans le Donziais.

Il est à observer que toutes les fois qu'on faisait la translation du corps d'un saint pour le soustraire aux profanations des infidèles ou des gens de guerre et lui procurer un asile assuré, on ne se contentait pas d'en confier le dépôt à des religieux ou à des clercs; ordinairement on construisait au pied d'un château ou d'une forteresse le sanctuaire qui lui était destiné. C'est ce que nous

DANS LE DI0GË6E DE NEVEBS. 187

remarquons à Yarzy, à Donzy, à Saint-Verain et ailleurs; le château et la collégiale ou prieuré se protégeaient réciproquement.

Saint Verain avait eu des rapports avec notre saint Ârigle; il s*était trouvé avec lui en 585 au second concile de Mâcon, et en 580 à Poitiers, à l'occasion des troubles excités dans le monastère de Sainte-Radegonde par Cbrodielde, fille du roi Garibert. Après sa mort, le corps du saint évéque fut conduit à Vaucluse, où le prélat avait élevé une cbapelle en l'honneur de la sainte Vierge ; mais quelques années plus tard il fut transféré à Gavaillon. On ignore à quelle époque précise et à quelle occasion ces précieuses reliques furent transportées de Gavaillon dans le Donziais, au lieu qui porte maintenant son nom. L'éditeur des Fastes de V église éCAuxerre dit que ce fut dans le cours du douzième siècle. Nous admettons ce sentiment, qui se trouve confirmé par le style adopté pour l'église, accusant Tépoque de transition. On pourrait être étonné , en considérant cette église, de remarquer, soit dans le plan, soit dans la sobriété des ornements, des rapports avec les monuments cisterciens; Tétonnement cesse quand on se rappelle que les moines de Saint-Kîermain d'Auxerre ne dépendaient pas de Cluny et qu'il y avait dans le voisinage de Saint-Verain le monastère de Roches, filiation de Giteaux, qui pouvait leur servir de type.

Au treizième siècle, le corps de saint .Verain fut transféré, on ignore pour quel motif, à Gergeau-sur-Loire, et on prétend que le pape Innocent IV, après le concile général de Lyon, se rendit à Gergeau à l'occasion de cette translation, en 1245 (1). Gependant le prieuré avait conservé le chef de son saint patron ; on s'y rendait de fort loin pour le vénérer. Les habitants des villes de Pouilly-sur- Loire, de La Gharité, d'Entrains, de Neuvy, de Gosne, s'y transportaient processionnellement dans les temps de calamité, et souvent la ville de Nevers députa, dans les mêmes circonstances, plusieurs de ses échevins qui accompagnaient le clergé et les fidèles jusqu'à Saint- Verain. G'est ce qui eut lieu en 1498, 1584, 1597 et 1606.

En 1793, des mains sacrilèges s'emparèrent du riche reliquaire d'argent qui renfermait le chef du saint évèque de Gavaillon, pour Texpédier à l'hôtel de la Monnaie, à Paris. Qujnt aux reliques, elles

(1) Postes de réglise d'Auxerre, 19 novembre.

furent dispersées dans Téglise ; mais, recueillies avec soin par le sacristain, elles furent remises après la Révolution au prêtre chargé de l'administration de la paroisse. Elles ont été reconnues par deux des principaux profanateurs et par d'autres personnes dignes de foi. A cette occasion un procès-verbal fut dressé, et, plus tard, le 10 octobre 1843, Mgr Dufètre, après avoir procédé à un nouvel examen, constata l'authenticité de ces saintes reliques.

Depuis longtemps les religieux, chargés primitivement de leur garde, s'étaient retirés; l'église n'était plus au moment de la Révolution qu'une église paroissiale, sous le patronage de saint Biaise, dont le curé était à la nomination de Tabbé de Saint^Germaind'Auxerre.

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