CHAPITRE III
COLLÉGIALE DE CERVON.
Dans ]a partie de l'ancien diocèse d*Autun réunie actuellement à celui de Nevers nous ne trouvons qu'une seule collégiale régulière, celle de Cervon, et une seule séculière, celle de Ternant^de laquelle il sera question plus tard.
Nous devons faire observer qu'il est arrivé souvent que des collégiales régulières devenaient purement séculières à la suite des temps. La collégiale de Cervon nous en présente un exemple, comme nous allons le voir. Son origine est contemporaine de l'établissement du siège épiscopal de Nevers ; c'est dire qu'elle remonte à Clovis. Saint Eptade en fut le fondateur.
Eptade naquit au territoire d'Autun, d'une famille riche et jouissant dans le pays d'une grande considération. Il employa les premières années de sa vie à se former aux sciences et à la piété. Sa charité pour le prochain le portait à venir au secours de toutes les misères.
Le savant vicaire général d'Autun, M. Devoucoux, que son mérite avait élevé deimis sur le siège épiscopal d'Evreùx , nous a fait connaître en 1851, à l'époque du congrès de Nevers, que non-seulement saint Eptade avait honoré notre pays par ses vertus, mais encore que le Morvand nivernais lui avait servi de berceau.
Nous ne saurions mieux faire que de reproduire ici l'extrait do compte-rendu du congrès (1) :
oc M. Tabbé Devoucoux devant quitter Nevers le soir même, demande la parole pour faire des communications qui peuvent intéresser ceux qui s'occupent de l'histoire du Nivernais. Il s'agissait d'abord de restituer au diocèse de Nevers un saint qui lui appartenait déjà sous un rapport, car le Nivernais avait été pour lui un lieu de refuge, quand on voulait lui imposer le fardeau de Tépiscopat ; de plus, selon M. de Devoucoux, le Nivernais avait été son lieu de naissance. Saint Ëptade, une des grandes figures des temps mérovingiens dans nos contrées,, était né, selon les bollandistes, au bourg de Marnay {Castrum maternense)^ près d'Autun. M. Devoucoux fait observer qu'il y a dans la paroisse de Lormes un hameau qui porte le môme nom et qui aurait bien pu être le berceau du saint. Il ne balance pas à adopter celte opinion qui paraît incontestable , si on examine avec attention les actes de sa vie. On parle dans la légende du long trajet qu'il avait à faire pour se rendre à Autun, et les distances qui y sont indiquées ne sauraient s'appliquer au Marnay, près d'Autun , mais bien au lieu qui porte le même nom auprès de Lormes. Il ne peut donc plus y avoir aucun doute à cet égard , c'est un point d'histoire qui doit être rétabli. Le Marnay dont nous parlons est placé entre Lormes et Cervon. On comprend pourquoi notre saint aurait choisi plus tard pour retraite ce lieu ; il devait lui être connu.
1» La vie tout entière de saint Eptade fut une vie de charité ; il passa sa jeunesse à délivrer les captifs ; il voyageait pour obtenir des aumônes qui le missent en état de soulager les veuves et les orphelins^ s'adressant, non-seulement aux catholiques, mais encore aux païens et aux barbares, dont il adoucissait les mœurs par ses saintes prédications, soutenues par l'exemple de ses vertus.
» Après la destruction du Castrum Dunutriy il écrivit au roi Sigismond en faveur des captifs nombreux faits dans cette circonstance, et il en fit délivrer plus de trois mille de différents âges et de différent sexe. Tant d'éminentes qualités ne purent échapper à Fla«> vien , évèque d'Autun, qui voulut l'ordonner prêtre ; mais l'humilité de saint Eptade l'engagea à refuser cet honneur ; il paraît cependant
(1) Congrès archéologique de France, XVIII* session, p. 233 et 234.
que plus tard il consentit à recevoir Fonction sacerdotale , puis il se retira dans la solitude.
» En 502 , le siège épiscopal d'Âuxerre devint vacant par la mort de saint Censure. Le clergé et le peuple de celte ville, qui connaissaient les vertus d'Ëptade, désiraient avec ardeur l'avoir pour évêque ; mais Âuxerre ne faisait plus partie du royaume des Burgondes, et il fallait le consentement de Gondebaud , roi de Bourgogne. La paix avait été conclue entre les deux souverains ; le roi des Francs supplia Gondebaud de lui céder le saint homme Eptade , afin qu'on le consacrât évèque d' Auxerre. Le roi burgonde. refusa d'abord de donner son ' consentement, puis, ne pouvant résister plus longtemps aux sollicitations réitérées de Clovis, il finit par céder. Les bollandistes le considèrent comme évèque, mais il parait certain qu'il refusa constamment le fardeau de Tépiscopat. Pour se soustraire aux sollicitations qui lui étaient adressées, il se réfugia dans les forèls du Morvand; Cervidunurriy la monlagne des cerfs, Cervon, fut le lieu de sa retraite. Ce fut là que quelques compagnons qui avaient pu admirer ses vertus vinrent le rejoindre pour vivre sous sa direction. Il continua à avancer dans la sainteté, et fut après sa mort compté au nombre des saints ».
Telle fut Vorigine de Fabbaye de Cervon que Charles-le-Chauve plaça, en 843, sous la dépendance de l'église de Saint-Nazaire d'Autun. Il la remit à Altée, 39« évêque de ce diocèse Plus tard, celte abbaye fut sécularisée et devint un chapitre composé de dix chanoines ; leur chef conservait le titre d'abbé et était conûrmé par l'évèque d'Autun, après avoir été élu par le chapitre. Il ne pouvait être choisi autrefois que parmi les chanoines de l'église cathédrale.
Guy Coquille fait mention d'une charte de 1334, relative à la garde, au ressort de la justice appartenant aux comtes de Nevers, et à une autorisation de clore et de fortifier l'abbaye Saint-Eptade (1). Par une autre charte datée du 1®^ février 1537, Marie d'Albret, comtesse de Nevers, donna des provisions de sergent-gardien aux abbé et chanoines de Cervon, pour la garde de leur église (2).
Les armes de la collégiale étaient d^azur^ au rencontre de cerf\ surmonté d'une croUetie, le tout d'argent (3).
(1) Tome I*% p. 380.
(2) Archives du duché.
(3) G. DE SouLTRAiT, Armorial du Nivernais,