‹ Les congregations religieuses dans le diocèse de NeversChapitre 39 sur 95 · D'AUXERRE · texte numérisé non relu

D'AUXERRE

VARZY, COSNE, GLAMECY, DONZY.

L'ancien diocèse d'Auxerre comptait un nombre assez considérable de collégiales séculières, fondées dans les principales localités. Tels étaient les chapitres de Notre-Dame de la Cité à Auxerre, de Gien, de Saint-Fargeau, de Toucy, de Varzy, de Cosne, de Clamecy et de Donzy. Les quatre derniers ont seuls de l'intérêt pour nous, ces localités ayant été détachées d'Auxerre pour faire partie du nouveau diocèse de Nevers.

Varzy. — Pour avoir une idée complète de la collégiale de Varzy, nous sommes obligés de nous reporter au temps de saint Germain, lorsqu'il était gouverneur de TAuxerrois et des pays voisins. Il possédait en propre Varzy et la plus grande partie du Donziais. Devenu évéque, il fît don à son église de ces immeubles, et assura ainsi à ses successeurs et à son clergé des ressources convenables.

Le saint évéque avait une sorte de prédilection pour sa terre de Varzy où sans doute il possédait une maison de plaisance et des jardins arrosés par une source abondante et limpide. Ce fut le lieu qu'il choisit pour élever en l'honneur de sainte £ugénie une église importante [i). Il est probable qu'il avait pu se procurer des reliques

0) Hisi, ep. aulis.i c. ^4, p. 443.

de cette sainte vierge et martyre ; car, selon Tusage suivi alors, on ne plaçait aucune église sous le vocable d'un sainl sans y déposer quelques reliques du titulaire. Il paraît qu'une autre église avait été aussi élevée dans la même localité en Thonneur de saint Saturnin. On ne sera pas étonné de voir que les statuts de saint Aunaire et ceux de saint Tétrice comptent Yarzy et ses dépendances au nombre des principales paroisses du diocèse.

Les successeurs de saint Germain partagèrent son attrait pour Varzy; aussi Thistorien des évéques d*Auxerre, en parlant de Gaudry, quarante-troisième évéque de ce diocèsoi ne manque pas de rappeler tout ce que ce prélat avait fait en faveur de cette localité. Voyant le concours des populations qui s'y rendaient en pèlerinage , malgré l'état de ruine dans lequel se trouvait l'église construite par saint Germain en l'honneur de sainte Eugénie, il entreprit la reconstruction de ce monument. Les reliques de la sainte avaient-elles été soustraites, ou bien Gaudry désirait-il en procurer de plus importantes? Nous l'ignorons. Mais nous savons que, dans un voyage fait à Rome, cet évéque obtint du pape Jean X une portion considérable du corps de sainte Eugénie et des reliques de saint Laurent ; à son retour, il les divisa en trois parts : l'une pour la cathédrale , une autre pour l'abbaye de Saint-Germain et la troisième, qui était la plus considérable, fut réservée pour Varzy. Cette distribution eut lieu solennellement le 18 mai 923. Gaudry profita de la circonstance pour mettre à exécution le projet qu'il avait conçu de reconstruire l'église de Sainte-Eugénie; il l'orna d'une manière splendide et y déposa les reliques qu'il avait pu se procurer. On lui a\tribue aussi la reconstruction de la maison de plaisance qui devint dès-lors l'habitation favorite de cet évéque et de ses successeurs ; pour compléter son œuvre il fit restaurer les églises de Saint-Saturnin et de Saint-Pierre.

Cent ans environ après, l'église de Sainte-Eugénie se trouvait encore en mauvais état ; on avait cessé d'y célébrer l'office divin. L'évèque Hugues de Châlon la fit réparer, lui donna de nouveaux ornements et y établit une collégiale; c'était vers 1020.

Outre la garde^^les saintes reliques que Hugues de Châlon avait sans doute en vue dans cette fondation, il devait avoir à cœur d'augmenter le personnel du clergé de Varzy pour les offices épiscopaux. Le chapitre était composé de dix chanoines auxquels il assura les fonds nécessaires pour leur subsistance.

Deux siècles plus tard, l'évoque Hugues de Noyers jugea convenable d*accro!tre le nombre des pvébendes canoniales ; il les porta à douze pour rappeler le collège apostolique , établissant parmi eux deux dignités, celle de chantre et celle de trésorier. Le chantre était le chef de la collégiale ; et pour qu'il pût soutenir avec honneur sa dignité, Hugues de Noyers lui attribua les revenus de La Chapelle- Saint-André. Il affectionnait d'une manière toute spéciale le chapitre de Sainte-Eugénie, auquel il abandonna sa bibliothèque et ses ornements pontificaux. Il y ajouta quelques immeubles dont il pouvait disposer.

Cette collégiale demeura assez florissante jusqu'au moment de la Révolution. En 1769, elle comptait encore ses douze chanoines, non compris le maître des écoles qui jouissait d'une prébende. En 1790 ils étaient réduits à neuf. Le bas-chœur était composé de quatre chapelains, un sous-chantre, un sacristain et quatre enfants de chœur.

La révolution supprima le chapitre de Varzy, comme tous les autres établissements de ce genre ; les chanoines furent obligés de se séparer.

Le 2 décembre 1797, la vénérable église de Sainte-Eugénie, après avoir été profanée et souillée de toute manière, fut vendue pour la somme de 8,225 fr. , et revendue plus tard moyennant 1,500 fr. comptants, pour être démolie.

Cependant les saintes reliques n'avaient pas été profanées. La ville de Yarzy, plus favorisée que plusieurs des villes voisines, avait été garantie des ravages des protestants, à Tépoque des guerres religieuses, et avait pu conserver ses reliques et leurs précieux reliquaires ; il en fut de même au moment de la Révolution. Le 9 octobre 1792, on fit le récolement des reliques déposées dans la collégiale, de Sainte- Eugénie y puis elles furent transférées dans l'église paroissiale de Saint-Pierre.

On comprend difficilement comment les reliquaires de sainte Eugénie, de saint Renobert et d'autres saints, étant recouverts de lames d'argent, ont pu échapper à la rapacité sacrilège des révolutionnaires de 1793. Nous avons entendu raconter pair plusieurs personnes de Yarzy qu'ils avaient pénétré daùs le lieu où les reliques avaient été déposées, avec l'intention de piller, mais qu'ils se retirèrent épouvantés, ce sanctuaire leur aurait paru tout en feu.

Quoi qu'il en soit, Varzy a pu conserver ses reliques et ses reliquaires.

GosNE, désigné sous le nom de Çondate xlans Titinéraire d'Àntonin» comme station romaine indiquée entre Nivemum (Nevers) et Brivodurum (Briare), était connu à la fin du sixième siècle sous le nom de Condida. Déjà^ à cette époque, cette localité avait sondergé, cooniDe on peut s'en assurer par les statuts de saint Aunaire. Au neuvième siècle il se nommait Coneda ; une charte du roi Eudes, datée de 892, porte actum Coneda, Cet endroit n'était pas encore une ville, ni même un bourg ; c'était une maison de plaisance, ou peut-être un castrum environné de quelques habitations et dépendant des évoques d'Auxerre, comme faisant partie des biens que saint Germain avait légués à son église. En 850, Héribalde, trente-cinquième évèque d'Auxerre, donna aux chanoines de sa cathédrale, pour la dépense de leurs vêtements, les quarante maisons qui alors étaient réunies autour de la maison de plaisance épiscopale, Conditam viUam super fluvium Ligeris sttom, avec les terrains vains et vagues qui en dépendaient.

On ne sait où se trouvait primitivement l'église paroissiale. Lebeuf semble faire dépendre Cosne de Saint-Père de Nuzy ; mais il est plus probable que cette paroisse avait son église plus rapprochée de l'ancienne station romaine. L'historien Nilard, petit-fils de Gharlemagne, retiré à Gosne, où il écrivait en 843 les détails de la bataille de Fontenay, fait mention d'une église de Saint-Front, Sandi Frodualdi, qui a dû être remplacée par celle de Saint-Agnan.

Outre leur maison de Gosne, les évèques d'Auxerre avaient une autre maison de campagne à Yillechaux.

Les courses des Normands, qui ravageaient les bords de la Loire, mirent dans la nécessité de fortifier Gosne dont la position pouvait être avantageuse pour la défense du pays. Le château fit partie du territoire confié aux barons de Donzy, et les comtes de Nevers prétendaient y avoir quelques droits. Guillaume III, en 1157, déclare qu'il tient en fief du vénérable Alain, cinquante-cinquième évêque d'Auxerre, entre autres seigneuries celle de Gosne. Gependant le prélat avait voulu conserver ses droits seigneuriaux ; tous les habitants étaient justiciables de la cour épiscopale, et les officiers de i'évêque avaient droit de connaître des délits commis dans la maison du comte et dans le donjon.

Les évèques d'Auxerre devaient partager leurs faveurs entre Cosne et Varzy; pour plusieurs, les bords de la Loire, soit à Gosne, soit à Yillechaux, avaient quelque chose de plus attrayant. Ges détails nous

ont paru nécessaires pour motiver l'établissement de la collé|^ale de Saint-Laurent.

En même temps que Hugues de Châlon fondait à Yarzy le chapitre de Sainte-Eugénie en 1020, il faisait construire à Cosne^ la même année, une église sous le vocable de saint Laurent ; mais pour quelle raison le prélat avait-il choisi cet illustre martyr pour patron de cette nouvelle église? L'érigea-t-ik alors en collégiale? Aucun auteur auxerrois n'a pu nous renseigner à ce sujet. Nous allons essayer de répondre à cette double question.

Nous avons vu que Hugues de Châlon avait fait restaurer Téglise de Sainte-Eugénie avant d'y placer des chanoines; faisant en même temps construire à Cosne l'église de Saint-Laurent, n'est-il pas présumable qu'il avait voulu y déposer les reliques de ce saint que Gaudry avait aussi apportées de Rome en 923, et qu'il en confia la garde à des chanoines, comme il avait fait pour Sainte-Eugénie à Yarzy ? Les auteurs de la Gaîlia chriêtiana se prononcent formellement dans ce sens : € Après avoir restauré à Yarzy l'église de Sainte* Eugénie, il y établit douze chanoines et leur procura- les ressources nécessaires; il attribua aussi à des chanoines l'église construite à Cosne sous le vocable de saint Laurent, dans l'enceinte du château épiscopal (1). 9

C'est donc à toii, selon nous, que la plupart des historiens de l'Âuxerrois (2) fixent â Tannée 1212 la fondation de cette collégiale; nous ne trouvons rien dans la charte donnée en cette année par Hugues, archidiacre d'Auxerre, qui autorise à suivre leur sentiment. L'archidiacre y*fait mention d'une manière générale de prébendes fondées par Tévêque Guillaume de Seignelay et de l'église de Saint- Père de Nuzy, unie à la collégiale, mais rien de plus.

Cosne avait eu beaucoup à souiTrir pendant une assez longue période de temps. Dès le commencement du douzième siècle Huguesle-Manceau s'était emparé de la ville et s'en faisait considérer comme le seigneur. L'évèque Humbault eut recours à Guillaume II, comte de Nevers et d'Auxerre, qui avait aussi des droits sur cette ville. Cosne fut assiégé par les armées réunies du roi de France, de

(1) Tome Xn, p. 284. •

(2) Histoire de la prise d'Auxerre, p. 239. — Mémoires d'Auxerre, tome I*', p. 344. — Annuaire d'Auxerre, année 1790.

Tévèque d^Âutun et du comte de Nevers, tandis que Thibault, comte de Chartres et de Blois, et Geoffroy, comte d* Anjou, marchaient au secours de Hugues-le-Manceau, qui se maintint longtemps encore dans sa position. Il y eut aussi quelques différends entre le comte de Nevers et Alain, évèque d'Auzerre, relativement au temporel d^ Gosne. Ces difOcultés furent réglées en 1157 (1). Il est facile de comprendre que le chapitre de SaiQt-Laurent a dû éprouver des pertes sérieuses pendant ces guerres et ces débats et qu'il fallut du temps pour réparer les désastres. Guillaume de Seignelay se chargea de cette mission. Il fut donc non pas le fondateur, mais le restaurateur de la collégiale de Saint-Laurent. Il eut sans doute à cœur de conserver le nombre de chanoines, fixé primitivement à douze, comme à Yarzy; mais en 1240 Bernflrd de Sully réduisit ce nombre à dix^ craignant qu'ils n'eussent pas suffisamment pour vivre : nisi necessaria mendicarent. Ils avaient pour chef le chantre.

Dans la suite on érigea un titre paroissial sous le vocable de Saint-Jacques (le Majeur). La paroisse fut réunie au chapitre en i486, et le chantre devint curé primitif. Il était à la nomination de révoque d'Auxerre. Nous venons d'indiquer la date de 1486; elle pourrait bien être celle de Téglise actuelle, sauf quelques substructions qui accusent une époque antérieure.

Au moment de la Révolution, la collégiale de Saint-Laurent ne comptait plus que trois chanoines, le chantre-curé, le trésorier et un membre, MM. Pyrent, Rameau et Lambert. Très faciunt capitulum.

On lit dans les Annales de la Religion , an III de la République :

« Le citoyen Pyrent , curé de cette ville, est conduit à la boucherie de Fouquier-Tinville , avec douze de ses infortunés compatriotes; ils sont proscrits et guillotinés comme fédéralistes.

» Le dénonciateur de Pyrent articule contre lui ces paroles remarquables :

» Pyrent est prêtre; je Vai toujours vu agir comme un^hon patriote; ses discours étaient dans le même sens; mais, en mon âme et consciencey je le regarde comme un aristocrate et un fanatique.

» D'autres voulurent prendre sa défense, mais Fouquier leur imposa silence, et les accusés montèrent à Téchafaud. »

(t) Histoire de la prise d'Anxerre^ loco cUato.

Saint-Martin de Clamecy. — Nous nous garderons bien de donner à la ville de Clamecy Torigine aussi reculée que lui supposent certains auteurs, mais nous admettons volontiers qu'à l'époque romaine une station dont on ignore le nom aurait été établie dans cette localité. Il est fait mention de Clamecy pour la première fois en 655, dans la charte de la fondation de l'abbaye de Saint-Julien d'Âuxerre ; il s'agissait seulement de quelques maisons situées sur les bords de T Yonne (1). Telle fut l'origine de la ville. Les statuts de saint Âunaire ne pouvaient l'enregistrer comme paroisse, et ceux de saint Tétrice, qui parurent un siècle environ après les premiers, n'en parlent point encore. Nous croyons donc, avec Née de La Rochelle et Gillet, que, avant l'érection, de la collégiale, Clamecy n'était qu'un hameau dépendant d'une paroisse voisine.

Cependant les comtes de Nevers avaient compris l'importance de cette position, ils y avaient fait construire un château avec le titre de vicomte, et ils7 possédaient des immeubles considérables qui nécessitaient les bras d'un certain nombre de personnes. A cette époque de foi, on ne pouvait laisser cette population sans lui procurer les secours religieux, et le seigneur lui-même éprouvait le besoin d'adjoindre à son château au moins un oratoire. Il faut bien reconnaître, avant 1075, l'existence d'une modeste église, puisqu'une charte datée de cette année porte que le vicomte Guy s'occupa de restaurer convenablement et d'agrandir l'église construite dans la circonscription du château. Ego Wido scilicet de Clameciaco ecclesiam Sancti Martini, quœ in ipso Castro est^ ampliori servitio qaam consuetum fuerat instaurandam decrevi (2).

Quand les travaux furent terminés, Guy entreprit d'établir une collégiale dans la nouvelle église ; il fit avant tout part de son projet à Guillaume de Nevers, son suzerain, sollicitant son assentiment ; puis, voulant donner à^ son œuvre un caractère de perpétuité, il fit donner à Hugues, son fils, son consentement, et quand il eut réglé tout ce qui concernait le service de la collégiale et assuré aux futurs chanoines les ressources nécessaires, il s'adressa à Geoffroy, évèque d'Âuxerre, pour le prier d'approuver et de confirmer la fondation qu'il avait préparée. C'est ce qui eut lieu la même année 1075. Huit

(1) Mabillon, De re diplomalicay t. I*% p. 465.

(?) Charte de fondation. — Ledbuf, Histoire d'Auxerre ^ preuves.

206 LES œNGRËGÂTIONS RELIGIEUSES

chanoines furent établis par cette fondation ; le vicomte leur asaora d'abondantes ressources ; il leur abandonna entre autres la paroisse de Quincy, les revenus de Villars (1), la pèche dans TYonne, etc. L'établissement de la paroisse de Glamecy se confondit avec rétablissement de la collégiale, comme on peut s'en convaincre par la teneur de l'acte dont nous venons de parler.

L'église du château, qui devint celle du chapitre, avait probablement été mise sous le vocable de saint Martin par suite de l'obtention de quelques reliques du grand thaumaturge, peut-être quand son corps fut transféré de Harmoutiers à Âuxerre, pour le soustraire aux profanations des Normands.

Quoi qu'il en soit, la collégiale de Saint-Martin de Glamecy arriva, dès le principe, à un état de prospérité qui laissait peu à désirer. L'exemple du vicomte Guy ne fut pas sans effet; les chevaliers attachés à sa personne marchèrent sur ses traces, et plusieurs des nouveaux chanoines, favorisés des biens de la fortune, ne balancèrent pas à s'en dessaisir en faveur du chapitre ; tels furent, entre autres, Anséisus et Guy, l'un et l'autre prêtres. Il est aussi fait mention d'une femme du nom de Sorel qui fonda l'anniversaire de son Ois décédé. L'acte dont il est ici question commença sous l'évoque Geoffroy et fut complété en 1084, sous Robert de Nevers, son successeur, qui le confirma de sa signature.

Nous avons dit que la paroisse et la collégiale eurent la même « origine ; le chef du chapitre prit le titre de chantre et fut chargé du ministère pastoral ; on ne tarda pas à lui adjoindre un vicaixe, par suite de l'accroissement de la population. On ne le trouve d'une manière authentique avec le titre de chantre que cent ans après l'établissement de la collégiale, en 1175 ; c'est dans un acte relatif à la fondation faite par Ida, comtesse de Nevers, à l'effet d'obtenir, par l'intercession de saint Martin, la guérison de Guy, son fils ; on y remarque la signature de Guillelmua cantor Clameciacus. Plus tard le chef du chapitre signait chantre-curéf titre qu'il portait encore en 1790. Le dernier titulaire fut M. Limanton qui, après la Révolution, reprit son ancien ministère comme curé. Il pouvait à sa mort compter quarante-cinq ans de fonctions pastorales à Glamecy. La collégiale, devenue l'église paroissiale actuelle, n'offre plus rien

(l) Probablement Villiers-sur-Yonne.

de Védifice primitif, sauf peut-être quelques substructions qu'il serait difBcile de bien déterminer. Cependant la région du chœur et les parties voisines accusent une époque contemporaine à la fondation de la comtesse Ida^ nous croyons même que ce fut à Taide de ses libéralités que ces travaux ont été exécutés. Quant au portail, à la tour et aux travées adjacentes, il est facile de reconnaître la touche des artistes de la un du quinzième siècle ou du commencement du seizième.

Saint- Caradeu de Donzy. — Cette localité était déjà importante à l'époque romaine, comme on peut en juger par les substructions qu'on rencontre dans ses environs, surtout à Donzy-le-Pré. Ne soyons pas étonnés de voir Donzy et ses dépendances au nombre des trente-sept principales paroisses du diocèse d'Auxerre, au temps de saint Aunaire; les statuts de saint Tétrice en font aussi mention. Nous parlerons en leur lieu des différents établissements religieux qui occupaient le territoire de cette petite ville et de la banlieue ; nous devons nous borner ici à étudier sa collégiale.

Donzy appartenait anciennement aux é^êques d'Auxerre, faisant partie des grands biens que saint Germain avait laissés à son église ; c'était le chef-lieu d'une petite province avec baronnie, de laquelle dépendaient sept châtellenies. Le seigneur du lieu était un des quatre barons de l'évêché obligés de porter l'évêque à son entrée solennelle. Ce fut un de ces seigneurs qui entreprit la fondation de la collégiale élevée à mi-côte au pied des murs du château ; elle est attribuée à Hervé II, qui vivait vers la fin du onzième siècle. En il21, Hugues de Montaigu, évêque d'Auxerre, mit cette église sous la juridiction du prieur du Pré. Fut- elle construite pour recevoir le corps de saint Caradeu, ou bien ces saintes reliques, transportées plus tard dans le Donziais, y furent-elles déposées comme dans le lieu le plus sûr par sa position? Les chroniques de la localité demeurent muettes à ce sujet. On croit que ce fut à la fin du douzième siècle que le chapitre fut définitivement fondé. Saint Caradeu était un prince breton qui, après s'être retiré du monde, fut honoré du jsacerdoce. On ignore la cause et l'époque précise de la translation à Donzy de ses restes précieux. Six chanoines et un trésorier, qui était le chef du chapitre, furent chargés de prier dans le sanctuaire où elles furent déposées, et de veiller à leur conservation.

Un incendie éclata tout-à-coup le 26 mai 1488 et détruisit une

grande partie de la collégiale. L*évôque Jean Baillet s'occupa de faire réparer ce désastre, et, à celte occasion, il s'empressa de renouveler et d'augmenter les statuts de la fondation ; l'acte est du 29 septembre 1496. La restauration de l'église* marcha lentement, car un nouvel acte du 12 juin 1508 nous apprend que l'évêque d*Auxerre fut secondé dans cette entreprise par Françoise d'Albret, comtesse douairière de Nevers, veuve de Jean de Bourgogne ; il y est dit que ses ancêtres sont les fondateurs de ce monument.

Quelques années plus tard, en 1569, le chapitre de Saint-Caradea devait éprouver de nouveaux malheurs. Après le siège de La Charité, les calvinistes, sous la conduite du sieur Marafin, seigneur de Guarchy, et du capitaine Bois, se portèrent sur la ville et la surprirent; le 18 septembre ils y entrèrent, accompagnés d*autres seigneurs, à la tête de trois cents soldats qui se portèrent à toutes sortes d'excès. Les prêtres surtout devinrent les victimes de leur férocité. Un certain nombre d'ecclésiastiques du voisinage s'étaient réfugiés à Donzy, à l'approche des protestants, comme dans un lieu de sûreté. Hélas I ils furent trompés dans leur attente. Arrêtés et traînés hors de la ville dans un pré proche Chizelle, sur le chemin de Donzy à l'Epeau, ils furent mis à mort le 20 septembre. Une tradition du pays rapporte que, par un rafOnement de cruauté, leurs bourreaux les enterrèrent vivants jusqu'au col et les firent périr au milieu des plus épouvantables tortures. Les noms de ces martyrs nous ont été conservés ; nous devons les relater ici, d*autant plus que nous trouvons parmi eux un certain nombre de membres de la collégiale : Jean Mignard, prieur de l'Epeau ; Jean Chevau, curé de Golméry ; Clément Cellier, Charles Grégoire, Julien Grangier, Jacques de La Verrie, chanoines de Saint-Caradeu; Robert Drouet, ancien curé de Bagneaux; Mathieu Grégoire, Edme Guérin, qui n'ont aucune qualification, mais qu'on regarde comme chanoines de la collégiale ; Grégoire Coutureau, curé de Saint-Malo ; Nicolas Boue, administrateur de l'hôtel-Dieu de Donzy ; tels sont les noms des onze prêtres immolés dans cette triste journée.

Le lieu de leur supplice se nomme encore aujourd'hui le Cimetièredes-Chevaux , nom que les protestants auront sans doute donné à ce lieu par dérision, à cause de Jean Chevau , une de leurs victimes. Leurs corps restèrent enterrés dans cet endroit jusqu'au 23 avril 1578, jour auquel ils furent exhumés et portés avec solennité dans l'église de Notre-Dame-du-Pré.

Pendant longtemps , quand le chapitre de la collégiale passait en procession par Ghizelle , il s'arrêtait devant le lieu de leur martyre et leur rendait un espèce de culte en chantant Thyrnne Sanctorum meritis; cependant il y ajoutait le Libéra.

La haine des huguenots ne fut pas assouvie par ce massacre ; ils pillèrent la collégiale de Saint-Caradeu et brûlèrent , sur la place qui se trouve devant Téglise, tout ce qui ne pouvait flatter leur cupidité. Les reliques des saints furent jetées dans les flammes , entre autres celles du saint patron, les plus considérables de toutes. Cependant le chapitre fut assez heureux pour recouvrer une portion des reliques de saint Caradheu ; ce fut Téglise de Tury, à laquelle il en avait fait part autrefois, qui lui remit ce qu'il en conservait avant la Révolution. Donzy possède encore actuellement un ossement authentique du même saint.

Les protestants ne s'en tinrent pas là ; ils rasèrent les maisons des dianoines et mirent le feu à la collégiale. Mais le feu n*ayant pas probablement fait assez de ravages , ils entreprirent de la démolir. Déjà une partie des basses voûtes était découverte, quand le capitaine Bois les arrêta, sous prétexte d'établir le prêche dans ce monument.

Des jours plus calmes parurent , mais il y avait impossibilité de réparer tant de désastres. Plus d'un siècle après, cette église se trouvait encore dans un état si déplorable, que le pape Innocent XII lui vint en aide. Par une bulle du 17 avril 1693, il accorda des indulgences à ceux qui la visiteraient pendant l'octave de la translation des reliques de saint Garadeu. Cette cérémonie avait eu lieu avec beaucoup de solennité au mois d'août 1689, et on en célébrait tous les ans l'anniversaire. Ce moyen procura quelques fonds à l'aide desquels on put exécuter certaines réparations ; mais on ne put s'occuper de la voûte de la grande nef, qui n'avait point été réparée après l'incendie de 1488, et qui avait encore beaucoup souffert pendant les guerres de religion.

Cependant le mal s'accrut, et le danger devint tel qu'en 1782 l'évéque d'Âuxerre, Mgr Jean-Baptiste Champion de Cicé , se transporta sur les lieux et se crut obligé d'interdire l'édifice, jusqu'à ce qu'on eût pris les précautions exigées par la prudence. Ce fut alors qu'on établit ces tirants en fer qu'on y voyait encore en 1837, avant la reconstruction de la nef actuelle. La seule chapelle de la Sainte- Vierge, dite du Rosaire , ne fut pas soumise à l'interdit ; le prélat la

réserva pour Toffice des chanoines. Comme depuis 1615, par suite d'arrangements faits entre le sieur Charles de Rugny, prieur du Pré, le chapitre et les habitants de Donzy, la collégiale était devenue succursale de Notre-Dame-du-Pré , l'office paroissial , après l'interdit , se faisait dans la chapelle des religieuses de la congrégation de Notre-Dame (1).

La paroisse de Saint-Pierre de Bagneaux , qui s'étendait sur la majeure partie du faubourg de Bouhy, à Donzy, avait été réunie au seizième siècle à la collégiale, et le curé jouissait d'une prébende qui lui tenait lieu de portion congrue. Il était nommé alternativement par l'évéque et par le chapitre.

Au moment de la Révolution , on comptait encore six chanoines, compris le curé de Bagneaux. M. Frappier de Saint-Martin était le trésorier, et à ce titre chef des chanoines.

Ternant. — Dans la partie de l'ancien diocèse d'Autun, réunie actuellement à celui de Nevers, on ne compte qu'une seule collégiale, celle de Notre-Dame de Ternant. Comme elle avait peu d'importance et qu'il nous est resté peu de détails sur la période de son existence, nous ne pouvons lui consacrer un article à part. Nous nous contenterons de rappeler ce que dit Gagnare dans son Histoire de l'église d'Autun (2) : a Le chapitre de Notre-Dame de Ternant fut fondé, en 1444, par Philippe de Ternant, chambellan des ducs de Bourgogne, et Isabelle de Roye, son épouse, pour quatre chanoines, un prévôt, deux enfants de chœur et un marguillier. Les fonds de cette église ayant été pillés et ruinés par Tes calvinistes en 1557, elle est réduite à la prévôté, qui est unie à la cure, et à un seul chanoine. >

Dans l'église de Ternant, on voit deux curieux triptiques qui remontent à la fondation de la collégiale et qui rappellent ceux qu'on admire, avec raison, au musée de Dijon. L^un, formant rétable au-dessus de l'autel, déroule toute les scènes de la Passion, sans oublier la descente du Sauveur aux enfers, dont il brise les portes armé de sa croix triomphale ; l'autre, reproduisant la mort et les funérailles de Marie d'après la légende dorée, est placé dans la nef. Le corps des rétables est sculpté, les volets sont peints.

(1) Anciens registres de Notre-Dame-du-Pré.

(2) Page 593.

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