COLLÉGIALES SÉCULIÈRES DE L'ANCIEN DIOCÈSE
FRA8NAY, PRÉMERY, TANNAY, M0ULIN8-ENGILBERT, 8A1NT-PIBRRB-LE-M0UTIER , BORNES.
Frasnay. — En partant de Guérigny par le frais vallon arrosé par un des bras de la Nièvre formé de la double source de Champlemy et de BourraS) on rencontre sur la rive droite de cette rivière, un peu avant d'arriver à Saint-Aubin-les-Forges, un gros village construit à mi'CÔte : c'est Frasnay, une des baronniesdu duché de Nevers. C'est là qu'avait été fondée la collégiale séculière la plus ancienne du diocèse. Qu'on ne nous demande pas la date de sa fondation, le nom des fondateurs, les motifs qui ont fait choisir ce lieu plutôt qu'un autre, le nombre primitif des chanoines, leur organisation et leurs statuts; aucun de nos chroniqueurs n'en fait mention avant le onzième siècle; mais à cette époque nous trouvons un acte authentique, daté du 16 février 1090, qui prouve que cette collégiale existait déjà et même était solidement établie.
Une contestation s'était élevée entre le chapitre de Frasnay et les religieux de La Charité, relativement à des vignes connues sous le nom de Déserts de Poulanges ; Hugues III, évéque de Nevers, choisi pour arbitre à l'effet de juger le différend, se prononça en faveur des chanoines et signa la charte, avec les parties intéressées et Régnier, grand-chantre de sa cathédrale.
2t2 LES CONGRÉGATIONS RELIGIEUSES
Le chapitre de Frasnay a dû servir de type aux autres collégiales qui ont paru plus tard, telles que Prémery et Tannay ; nous sommes donc autorisés à établir, à Taide de leurs statuts et en consultant des pièces qui sont parvenues jusqu'à nous, l'organisation et les constitutions du chapitre de Frasnay.
Douze chanoines avaient pour chef un doyen nommé par eux, après avoir obtenu de l'évêque l'autorisation de procéder à l'élection ; ce doyen devait être choisi parmi les chanoines de la cathédrale.
La plupart de nos bourgs doivent leur origine à nos établissements religieux ; il fallait des colons pour la culture des terres dépendant de ces établissements, et les cultivateurs indépendants trouvaient dans un personnel assez nombreux un moyen d* écouler leurs denrées. Une petite chapelle avait été construite au milieu de la population agglomérée et un chapelain lui procurait les secours de la religion. En 1208, Guillaume de Saint-Lazare ût un règlement entre le chapitre et le chapelain ; telle fut l'origine de la paroisse de Saint- Aubin-les-Forges (1).
De nouvelles contestations s'étaient élevées en 1228 entre les chanoines de Frasnay et le prieur de La Charité relativement à certains droits que les uns et les autres prétendaient avoir à Beaumontla-Ferrière ; une transaction termina la difGculté.
En 1297, deux chanoines avaient été nommés pour le doyenné de Frasnay. Désirant faire cesser toute contestation, on conseilla à l'un et à l'autre de résigner entre les mains de Jean de Savigny; c'est ce qui eut lieu. Il est à présumer que cet évéque nomma lui-même le doyen dans cette circonstance, car il remit au chapitre des lettres par lesquelles il déclarait ne vouloir préjudicier en rien aux droits des chanoines, reconnaissant que le doyenné était électif.
En 1302, le chapitre demanda au même prélat l'autorisation de se réunir pour nommer un successeur à Gauthier de Spédona, qui renonçait à son doyenné.
Nous ignorons si , en 1482 , le nombre des chanoines se trouvait réduit à huit seulement ou bien s*il s'agissait uniquement des capitulaires, les autres n'ayant pas voix pour les élections. Le doyen Guillaume Guyon venait de mourir ; les chanoines s'adressèrent à Pierre de Fontenay pour obtenir l'autorisation de s'assembler à l'effet
(1) Parmkntieb, histoire manuscrite des évêques de Nevers.
de lui donner un successeur. Les élections eurent lieu ; mais les votes se partagèrent entre trois candidats : Philibert de Merry et Henri Guyot eurent chacun trois voix et Pierre de Gorbighy deux. Pierre de Fontenay, qui se trouvait alors à Paris,. fit appeler devant lui les chanoines de Frasnay et nomma d'ofGce Henri Guyot qui Ot ÎDQmédiatement entre les mains du prélat Pacte de foi et hommage.
L'église de la collégiale n'avait pas encore été consacrée ; ce fut le 26 juillet 1514 qulmbert de La Platière en faisait la dédicace solennelle, sous le vocable de saint Martin, et y consacrait trois autels.
Edouard Yallot avait confié la direction du séminaire aux prêtres de rOratoire, le 5 mars 1690, et y avait attaché les revenus du doyenné de Frasnay ; mais les Oratoriens n'eurent pas longtemps cette direction, et l'acte opéré par Edouard Yallot fut déclaré abusif par arrêt du grand conseil en date du 20 septembre 1745.
En 1764, M. l'abbé Alloury, chanoine de Nevers, fut nommé doyen de Frasnay par Mgr Tinseau, parce que le chapitre avait laissé passer six mois et plus sans procéder à l'élection. Mais en 1766 le doyenné et le chapitre furent réunis à celui de la cathédrale. La collégiale avait cessé d'exister.
Prémert. — Cette localité était une des trois terres rendues à Tévéché de Nevers par Gharlemagne, à la sollicitation de saint Jérôme; ce premier acte fut conGrmé en 888 par une charte de Charles-le-Gros. C'était l'immeuble le plus important de Tévéché ; aussi nos évêques en avaient fait leur maison de campagne de prédilection. Quand ils avaient besoin de repos, ils se réfugiaient à Prémery; quand leur santé affaiblie par les travaux de l'administration les forçait à aller respirer l'air de la campagne, ils se rendaient à leur château de Prémery. Un certain nombre de chartes importantes sont datées de cette localité, entre autres celles qui ont rapport à la consécration de l'église cathédrale.
En général, les ecclésiastiques se lassaient facilement de l'isolement qu'ils rencontraient dans les paroisses récemment fondées (1) ; ils éprouvaient le besoin de vivre en communauté et d'avoir au
(1) Ce fut dans le cours du onzième siècle qiib furent fondées la plupart des paroisses du diocèse de Nevers.
moins un centre où ils pouvaient se réunir. Tel fut un des motib de fondation d'un certain nombre de collégiales. Six prôtres et trois clercs, neuf en tout, se réunirent pour former des canonicats en réglise de Prémery et les doter de leurs biens. L'histoire nous a conservé les noms des neuf premierschanoines: GilOyarchiprôtrede Lurcy; Geoffroy, curé de Saint-Franchy ; Hugues, de Varzy ; Durand, archiprètre de La Roche; Isembert, de Tronsanges ; Martin, de Beaune, tous prêtres; Pierre de Luzy, Guillaume Bercher et Hugues de Mongos furent les fondateurs de la collégiale. Jean I«^ évèque de Nevers, voyait cet établissement avec plaisir ; ces chanoines pouvaient lui être utiles quand il se rendait à Prémery ; aussi il s'empressa d'approuver cette fondation; il voulut même que chacun des nouveaux chanoines pût disposer, mais seulement pour une fois, de sa prébende en faveur d'un clerc, soit par résignation entre-vifs, soit par suite de décès. Le chef du chapitre portait le titre de doyen (1). L'établissement de la collégiale peut être considéré comme l'origine de la ville ; elle portait déjà cette dénomination en 1225^ quand l'évêque Regnault, du consentement du chapitre de son église cathédrale, donna aux habitants de Prémery sa charte d'afiEranchissement et régla les rapports qu'ils devaient avoir avec l'évêque, leur seigneur temporel.
Nous avons peu de renseignements précis sur la collégiale de Saint- Marcel de Prémery. L'église actuelle, un des monuments les plas curieux dont le treizième siècle ait doté le diocèse de Nevers, remonte en partie à la fondation du chapitre ; les premières travées seules aècusent des retouches d'une époque postérieure.
Dans le cours du quinzième siècle, un des chanoines de Prémery, Nicolas Appeleine, qui avait fait l'édification de ses confrères et conquis l'estime de la population tout entière, mourut en odeur de sainteté. D'anciens registres constatent que Dieu voulut rendre son tombeau glorieux par les guérisons fréquentes que les malades obtenaient par son intercession. Le roi Louis XI, qui avait entendu parler de ce saint personnage, écrivit à l'évêque de Nevers, Pierre de Fontenay, pour obtenir qu'il lui envoyât la soutane qu'avait portée le bon saint homme, et qu'on conservait à Prémery avec vénération. Il était difficile de ne pas acquiescer à cette demande. La sœur de Nicolas Appeleine fut chargée de porter à Gléry cette pieuse relique ; une
(t) Histoire manuscrite des évéques de Nevers.
lettre originale du roi^ adressée à l'évoque de Nevers, donne à penser qu'il avait obtenu le résultat désiré.
Le nombre des pèlerins qui venaient prier sur le tombeau du bon chanoine allant toujours croissant, Pierre de Fonten^y crut devoir ériger une confrérie en son honneur. On ignore à quelle époque le chapitre de Saint-Marcel cessa d'exister ; mais il est certain, d'après Parmentier, quen 1770 il n'y avait plus dans le diocèse que la collégiale de Tannay.
Tannay. — L'exemple donné par les ecclésiastiques de Prémery et des environs fut suivi par ceux de Tannay. Gauthier, évéque de NeverSy permit à cinq ecclésiastiques de cette localité et du voisinage d'y fonder de leurs propres biens une collégiale; il Gt intervenir dans cet acte l'archidiacre de Nevers et le chapitre de lét cathédrale, duquel dépondait la paroisse de Tannay. La charte était scellée des sceaux de Tévéque» de l'archidiacre et du chapitre; il y est convenu que les nouveaux chanoines pourraient être portés au nombre de trente, mais que, par la suite, ils seraient réduits à douze, non compris le prévôt. Les chanoines fondateurs eurent la faculté de disposer de leurs (^nonicats en faveur de leurs parents ou amis, sans que leurs successeurs pussent jouir de cette disposition; le prévôt seul, après leur mort, eut le droit de nomination. D'un autre côté, les chanoines pouvaient élire leur prévôt, mais à la condition qu'ils le choisiraient parmi ceux de la cathédrale de Nevers. L'élu, avant son installation, devait faire acte de foi et hommage à i'évèque de Nevers e^ prêter serment au chapitre de Saint-Gyr, en reconnaissance des droits qu'il cédait sur la paroisse de Tannay, le curé n'ayant été jusqu'à cette époque que le vicaire dudit chapitre.
De son côté, I'évèque exempta ces chanoines du droit de quêtes et de procuration, et consentit à restreindre les droits de visite à une seule pendant la vie de ses successeurs et des archidiacres.
Le curé qui existait à l'époque de la fondation fut nommé chanoine avec jouissance d'une prébende ; mais ses successeurs ne furent pas toujours chanoines. Une charte de 1217 régla les intérêts du chapitre et de deux chapelains qui desservaient alors la paroisse. Les dixmes, les censives, les oblations et les fondations furent attribuées au chapitre et une prébende aux chapelains, pour appartenir en entier à celui qui survivrait.
Un rescrit dé saint Louis, daté du mois de février 1234, déclara
que le chapitre de Tannay jouirait de la dixme sur les vignes nouvellement plantées dans des terrains qui se semaient en bled précé* demment.
Une charte de Tévèque de Nevers, de 1258, réduisit à douze, non compris le prévôt, le nombre des chanoines de Tannay, alors composé de quinze, alléguant la modicité de leurs revenus.
L'église collégiale fut consacré^ en 1313, par Jean de Savigny, évèque de Nevers, et mise sous le vocable de saint Léger, martyr, évéque d'Autun (1).
Les chanoines de Tannay avaient à se plaindre de violence de la part de quelques particuliers ; ils prièrent Charles de Bourgogne, comte de Nevers, de les prendre sous sa protection, ce qui eut lieu par un acte du 14 juillet 1461 . Le prince mit sous sa garde-gardienne le chapitre et ses biens, et institua un sergent général pour veiller et défendre les chanoines de tous dommages, injures et voies de feit. De son côté le chapitre s'engagea à perpétuité à dire une messe du Saint-Esprit pour le comte et la comtesse, et à se rendre processionnellement, avec la croix levée et Teau bénite, au-devant d'eux quand ils viendraient à Tannay, et à leur délivrer dans ces circonstances vingt-quatre boisseaux d'avoine pour leurs chevaux (2).
Après la mort de Charles de Bourgogne, qui eut lieu en 1464, le chapitre de Tannay fut soumis à de nouvelles vexations, qui durèrent longtemps. Par un bref du pape Jules II, de l'année 1509, on voit que la collégiale avait été saccagée ; ses reliques, ses vases sacrés, les ornements de l'église, ses titres avaient été pillés ; elle était en outre privée d'une partie de ses biens. Le Pontife par ce bref exhorte le roi et les grands seigneurs à lui faire rendre justice.
Philippe de Clèves, évéque de Nevers, avait voulu, sans doute à cause des circonstances, modifier les arrangements faits avec ses prédécesseurs ; mais le prévôt et les chanoines se pourvurent au conseil, et le roi Louis XII les maintint dans leurs exemptions, par arrêt rendu le 7 septembre 1510, après la mort de ce prélat (3).
La collégiale de Tannay avant la Révolution était encore composée de douze chanoines, non compris le prévôt; elle possédait aussi
(t) NéE DE La Rochelle. ^ Gillet, Annuaire de 1808.
(2) Extrait des archives du duché.
(3) GiLLET, Annuaire de 1808.
plusieurs reliques, entre autres deux croix ; l'une, en vermeil, contenait deux épines de la couronne de Notre-Seigneur ; l'autre, en argent, renfermait un fragment de la vraie croix. Une châsse de cuivre doré contenait une partie du chef de saint Léger, patron du chapitre, et une autre en argent une portion du chef de sainte Agathe, une des onze mille vierges martyres.
Nous n'avons pu recueillir que quelques notes bien incomplètes sur les trois autres collégiales fondées dans l'ancien diocèse de Nevers ; nous devons nous contenter de les reproduire.
Moulins-Engilbert. — En entrant dans l'église paroissiale , on remarque à droite un collatéral ayant un caractère particulier : c'est une construction exécutée par Philippe de Moulins, originaire de cette ville , et qui fut successivement évéque d'Evreux et de Noyon. Ce prélat y fonda une collégiale sous lé vocable de Notre-Dame, et se chargea de la doter à ses frais. Il y institua six chanoines, dont quatre devaient être prêtres et deux diacres ou sous-diacres , se réservant à lui et à ses héritiers le droit de patronage. La bulle qui confirma cette fondation est datée d^Avignon, le 17 avril 1378, sous le pontificat de Clément VIL La maison de Pracomtal , jouissant des droits du fondateur, nomma aux canonicats jusqu'à la Révolution (1).
Saint-Pierre-le-Moutier. — Vers l'année 1512, Dreux Godard, chanoine de Nevers, seigneur de Villeneuve , exécuta le projet qu'il avait conçu de fonder à Saint-Pierre-le-Moûtier une collégiale sous le vocable de Notre-Dame ; le chapitre était composé de douze chanoines, non compris le doyen. Ils furent réduits à six à la fin du dixseptième siècle. Cette réduction était bien nécessaire, car il leur était difficile de vivre avec un produit annuel de 600 fr. environ. Le doyen ne touchait que 50 fr. sur ce revenu , et son doyenné lui assurait, outre son logis , un revenu de 250 fr. Le fondateur nomma les premiers chanoines , mais ses héritiers jouissaient d'un simple droit de présentation ; l'évéque de Nevers confirmait. Nous n'avons rien découvert sur le siège de cette collégiale. Avait-elle une église particulière? Les Bénédictins avaient-ils abandonné au chapitre une partie de leur église prieurale ? Les chahoines avaient-ils obtenu de faire
(I) GiLLET, Annuaire an XIII.
leurs offices dans l'église paroissiale ? Impossible de rien préciser ; nos chroniqueurs ne nous ont laissé aucun renseignement à cet égard.
DoRNEs. — On ignore à quelle occasion a été fondée la collégiale de Dômes; le nom du fondateur est demeuré dans l'oubli. Le pouilié du diocèse de Nevers, dressé à la fin du quinzième siècle ou au commencement du seizième , fait mention de la cure de Dornes sans parler de la collégiale , ce qui prouve qu'elle n'existait pas encore. Nous devons nous contenter de reproduire ce que nous trouvons dans la Statistique monumentale de la Nièvre relativement à cette localité: <E Un chapitre y fut établi, mais on ignore à quelle époque précise avait eu lieu cette fondation ; nous croyons pouvoir en fixer approximativement la date à l'année 1525, à l'aide d'une inscription tumulaire de M^ François Manquât , premier doyen du chapitre , qui mourut en 1552, inscription qui se lit dans l'église... Le chapitre se composait d'un doyen et de quatre chanoines, et n'existait plus dès le commencement du dix-huitième siècle (1). i»
(i) Slatislique monumentale de la Nièvre, par M. le comto G. de SouUrait.