‹ Les congregations religieuses dans le diocèse de NeversChapitre 45 sur 95 · DE SAINT-ÉTIENNE · texte numérisé non relu

DE SAINT-ÉTIENNE

Il est impossible de parler du prieuré de Saint-Etienne sans ajouter quelques mots relativement à son église, le monument le plus homogène, le plus complet, le plus parfait dans son ensemble et ses détails que le onzième siècle ait produit en France. Il subsiste encore, à peu de chose près, tel que Ta livré le comle Guillaume, tel qu'il était quand saint Yves de Chartres en faisait la consécration. Au reste, on le sait, tout monument a son histoire, comme une cité, et ses pierres parlent tout à la fois à l'artiste et au chroniqueur. La basilique de Saint-Etienne, en nous feisant admirer Thabileté de l'architecte et du sculpteur, nous trace la marche de la civilisation au moyen-âge, dans notre province, et nous découvre tout ce qu'il y avait de génie dans ces moines constructeurs.

LES G0N6RËGATI0NB RELI6. DANS LE DIOCÈSE DE NEVERS. 2g3

Le plan de Téglise de Saint-Etienne est la croix latine ; trois nefs conduisent à la région du transept ; de là les basses nefs circulant en dehors du sanctuaire forment déambulatoire autour duquel rayonnent trois chapelles absidales ; chacune de ces chapelles est éclairée par les trois petites fenêtres symboliques, et entre chaque abside une ouverture fait disparaître la monotonie des murs. Les absidioles qui flanquent la paroi orientale de chaque croisillon ont aussi leurs fenêtres trinitaires, et toutes ces fenêtres ont leurs pieds-droits garnis de colonnettes supportant Tare au plein-cintre.

Les nefs sont divisées en six travées jusqu'au transept, et chaque travée est éclairée par une fenêtre au plein-cintre. Les piliers carrés sont flanqués de quatre colonnes aux deux tiers engagées, cantonnées en croix, se dressant sur des bases attiques. Nous ne dirons rien ici des chapiteaux, nous en parlerons plus loin. Les quatre piliers de Tintertransept sont plus massifs, car ils sont destinés à supporter la coupole. Cette coupole, octogone à sa base, puis dissimulant insensiblement ses angles, prend enûn une forme ovoïde. Autour du chœur, huit

colonnes monocylindriques soutiennent les arcs à cintres surhaussés qui environnent le sanctuaire. Tel est le plan ichnographique de cette église ; tels sont les détails que ses parties basses offrent à l'observateur. Si maintenant nous passons à l'étude du premier étage, nous sommes étonnés des dispositions gracieuses et savantes qu'on y remarque. Tout ici est motivé : une galerie de la largeur des bascôtés règne sur toute leur étendue. Cette galerie était dans les desseins du maître de l'œuvre tout à la fois un objet d'ornementation et d'agrandissement comme aussi un moyen de consolidation.

La nef de Saint-Etienne est large (1), et par suite sa voûte en berceau est d'une hardiesse peu commune à cette époque; il fallait l'empêcher de pousser au vide; mais quel moyen employer? On dirait que l'architecte avait déjà deviné ces arcs-boutants qui devaient jouer un si grand rôle dans le système ogival. Cependant il ne comprenait pas que ce segment de cercle devait plus tard contribuer à l'ornementation extérieure de nos édifices religieux; il le dissimula sous le rampant de la toiture. Au fond de chaque galerie se trouvent une absidiole et un escalier conduisant au-dessus de la coupole.

(1) On comprend qu'il s'agit loi d'une largeur relative; les églises du onzième siècle sont ordinairement fort étroites,

Ces galeries communiquent avec Téglise par des arcs géminés que soutiennent une colonne centrale et deux colonnes engagées ; ces arcs sont circonscrits dans une arcade de plus grande dimension, indiquée seulement par des claveaux uniformes. Dans l'épaisseur des murs de la façade occidentale on a ménagé de chaque côté un escalier conduisant aux galeries et montant aux tours. D'une galerie il était facile de passer dans l'autre par de larges arcades communiquant avec une tribune intermédiaire jetée au-dessus de la porte centrale. Etait-ce un simple moyen de communication et n'avait-on pas eu aussi en vue de contre-buterintérieurement les deux tours qui flanquaient le portail? Un autre genre d'ornementation se faisait remarquer dans les croisillons du transept divisés en deux étages; nous voulons parler de cette arcade jetée à la naissance de chaque croisillon et surmontée d'une arcature à jour; curieuse disposition reproduite à Notre-Dame-du-Port à Clermont, et que les archéologues anglais nomment screen.

Ce n'est pas le seul point de ressemblance qui existe entre Saint -Etienne de Nevers et Notre-Dame-du-Port; nous retrouvons id comme à Clermont ce qu'on est convenu d'appeler des arcs en mitre. Ce sont des frontons triangulaires alternés, dans les croisillons, avec les arcs au plein-cintre et venant se poser avec ces arcs sur les mêmes colonnettes. Ce genre d'ornementation se fait remarquer à l'intérieur et à l'extérieur des façades du transept, et est exécuté dans l'épaisseur du mur; s'il se fût rencontré à l'intérieur et à l'extérieur au même étage, il eût nui à la solidité et eût compromis l'existence de cette partie de Tédifice; Tarchitecte s'est bien gardé de commettre cette faute; à l'intérieur, le premier étage est orné de deux arcs au plein-cintre encadrant chacun une fenêtre et séparés par un fronton triangulaire ou arc en mitre; à l'extérieur, on ne remarque que les deux ouvertures des -fenêtres. Au-dessus, on voit à l'extérieur, au second étage, trois arcs au plein-cintre, encadrant trois fenêtres et séparés par deux arcs en mitre, et à l'intérieur on ne voit que les trois ouvertures des fenêtres. Un oculxts domine le tout.

Jusqu'au chœur tous les chapiteaux sont lisses et seulement épanelés; mais il est facile de comprendre par le fini de la taille qu'on ne se proposait pas de les enrichir de sculptures. Les chapiteaux des colonnes du sanctuaire étaient destinés à recevoir des peintures ainsi que ceux des colonnes fuselées et trapues qui soutiennent

Tarcature supérieure. Les autres chapiteaux du transept, du déambulatoire et des absides sont ornés de palmettes, d'entrelacs et de feuilles déchiquetées; un d'eux présente un linge en draperie, et trois autres ont des ornements bizarres, que nous sommes tenté de regarder comme des monogrammes dont on finira par découvrir le sens. Les chapiteaux de la tribune centrale sont aussi ornés, ainsi que ceux sur lesquels reposent les arcades trilobées de la façade occidentale, dont nous parlerons bientôt.

Une observation des plus intéressantes dans l'histoire de Tart concerne les colonnes et les chapiteaux ; les huit colonnes monolithes qui soutiennent les arcades du sanctuaire, celles qui flanquent les pieds-droits du portail occidental, les colonnes trapues sur lesquelles repose l'arcature du pourtour du rond-point à la naissance des voûtes, soit à rintérieur, soit à l'extérieur, quelques colonnettes ornant les pieds-droits des fenêtres du chœur, ont été façonnées au tour avec leurs bases et leurs chapiteaux. Un œil attentif remarque encore les traces circulaires des gouges sur le (ûi de la colonne et sur ses parties complémentaires. Quels moyens employaient les architectes du moyen âge pour façonner au tour ces énormes cylindres? Nous l'ignorons; le fait n'en est pas moins incontestable. Depuis l'observation faite à ce sujet par les membres du congrès de Nevers, nous avons retrouvé ailleurs des colonnes tournées; on en rencontre au milieu des ruines de Saint-Sauveur de Nevers, dans les églises de Saint-Révérien et de Decize , et aussi ^dans la chapelle de Sainte. Julitte , à la cathédrale.

M. Bourrasse exprime son étonnement dans ses Esquisses archéotO" giques sur les monuments du Nivernais, en considérant l'uni, le poli des chapiteaux de Saint-Etienne. S'il eût fait l'observation qui a été faite depuis, il se serait rendu plus facilement compte de ces surfaces si lisses. Au reste, il avait deviné que la peinture avait dû remplacer la sculpture, et cette peinture se remarque encore sur les chapiteaux du portail qui portent un semis de fleurs de lys antiques ; à l'intrados des arcades du même portail on distingue encore des rubans polychromes et une suite d'oiseaux disposés deux à deux et affrontés.

Quant aux colonnes engagées, le même procédé ne pouvait avoir lieu et on reconnaît la facture ordinaire.

A. l'extérieur, cette église offrait la même harmonie, toutefois av^ cette différence que les accords en étaient moins sévères. Deux tours

se dressaient de chaque côté du portail, dont le triple cintre formait archivolte.

Autour du tympan, ces cintres étaient ornés de claveaux alvéolés et des peintures polychromes dont nous avons parlé. Le linteau avait en relief radoration des Mages, et on voyait sur lé tympan le Sauveur assis entre deux anges. On n'était pas étonné de l'absence des animaux symboliques qui étaient ordinairement cantonnés autour de lui ; ces animaux formaient au-dessus une ligne horizontale et contribuaient ainsi à rompre la monotomie trop austère de la façade.

Cette façade avait pour couronnement un fronton triangulaire peu élevé et rappelant parfaitement les frontons byzantins qu'on rencontre dans le midi de la France, et qui sont une imitation ou une réminiscence de l'antique. Les angles de la base du fronton semblent être appuyés sur des colonnettes cannelées ou cordées, ornement rare encore à cette époque, dans le centre de la France surtout.

Entre ces colonnettes trois fenêtres au plein-cintre, aussi escortées de colonnettes, sont circonscrites dans des arcs trilobés ayant pour tout ornement leurs claveaux uniformes et artistement disposés d'après la coupe des trilobés. Les deux tours carrées, à partir de la naissance du fronton, s'élevaient de deux étages avec trois fenêtres sur chaque face ; et enfin deux flèches jumelles, octogones, garnies de cornes tumulaires, s'élançaient dans les airs.

Au-dessus du dôme de l'intertransept, sur une base octogonale se reliant à Téglise par des édicules triangulaires, s'élevait un clocher à trois étages surmonté d'une flèche. C'est dans cette région et dans toute la partie absidale qu'a brillé surtout le génie de l'artiste ; rien d'harmonieux comme cette cascade de pierres dont le jet partait du som^ met de la flèche. Au-dessous de cette flèche on voyait se développer insensiblement la tour octogone s'élargissant à sa base ; vient ensuite la partie supérieure du rond-point avec ses cinq fenêtres et son arcature continue, environnant comme d'une auréole l'intertransept; audessous, un autre hémicycle entoure le sanctuaire ; c'est la toiture qui couvre le déambulatoire ; enfin, en approchant du sol, la cascade semble rebondir pour former les trois absides et les deux absidioles.

Entre chaque fenêtre un léger contre-fort en éperon vient concourir à l'ornementation, et un cordon, garni de billettes courant sur le na de la muraille et enveloppant les contre-forts, se rompt à la naissance du cintre des fenêtres pour les entourer et leur servir d'archivolte.

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Ces biilettes jouent encore un grand rôle dans les façad^ des croisillons. Enfin, si on ajoute les élégants modilloos symétriquement disposés pour soutenir Tentablement, on aura une idée de l'harmonie qui règne dans cet édiGce.

Nous venons de dire ce qu'était dans le principe l'église de 8aint« Etienne de Nevers ; telle elle était encore en 1475 quand on s'avisa de construire la sacristie entre deux absideSi et de remplacer la fenêtre romane qui les séparait par une porte ogivale dont les moulures prismatiques concordent peu avec la sévérité du plan et de Tomementation de l'édifice. On ne s'en tint pas là ; on détruisit i'absidiole du croisillon méridional pour adosser à ce croisillon, dans toute son étendue, une chapelle à moulures anguleuses. Cetteconstruction était due à Philibert Boutillat, conseiller et maître des comptes du roi, trésorier de France et bailli du Nivernais; Tannée précédente, de concert avec sa femme, Marie de Cheigne, fille du seigneur de Rancé, il avait donné au couvent de Saint-Etienne la terre et seigneurie de la Bretonnière. Une autre cause devait nuire & l'aspect extérieur de l'église et à son assainissement : c'est l'exhaussement des terres qui l'environnent et les constructions étrangères qui la cernent. L'exhaussement a deux causes principales : d'abord le cimetière qui touchait à l'église y a contribué pour beaucoup, puis les ruines du monastère accumulées par le temps et les révolutions. Le feit est que le sol de l'église a été considérablement exhaussé. Michel Cotignon, qui écrivait en 1616, nous assure que le tombeau de saint iEolade, évêque de Nevers, était élevé de quatre pieds au-desus du sol, et M. de Saintemarie déclare qu'il a vu ce tombeau ayant alors à peine vingt pouces d'élévation. Le sol actuel serait donc exhaussé de plus de deux pieds. Ce fait, au reste, semble être confirmé par le soubassement continu qui règne sous les colonnes engagées des bas-cêtés et dans Tentre-colonnement. Selon l'usage assez commun de cette époque, ce soubassement devait servir de siège, et par conséquent avoir la hauteur d'un siège ordinaire, tandis qu'il n'est élevé que de quelques centimètres. Un autre fait vient encore constater cet exhaussement considérable : c'est la chapelle de la fin du treizième siècle qui longe toute la partie extérieure du bascôté méridional; cette chapelle, comblée presque jusqu'à la hauteur des chapiteaux, se trouve' actuellement de niveau ou à peu près avec le soi de l'église et celui de l'ancienne cour du prieuré. En 1646, nous Favons dit^ un prieur commendataire fit reconstruire le logis prieural

et vi^t ajouter de nouvelles excroissances. Déjà on a fait disparaître la chapelle, bâtie en 1475, et on a rétabli Tabsidiole primitiTe; la sacristie ne tardera pas à avoir son tour, et le monument élevé parle comte Guillaume n*attendra plus que ses tlèches pour recouvrer son ancienne splendeur.

L'église de Saint-Étienne a en longueur, depuis la porte d'entrée

jusqu'au fond de la chapelle absidale 42 m. 19 c

La largeur, les trois nefs comprises, est de. . . . 10 70

La largeur au transept est de 25 46

La tribune est élevée au-dessus du sol de. . . . 6 75 Les colonnes engagées jusqu'à la naissance des arcs-

doubleaux dans la grande nef mesurent 13 90

Les voûtes sont au plein-cintre.

La chapelle ou galerie du treizième siècle, dont nous avons parlé plus haut, était devenue une dépendance de la manutention ; on retrouve, au milieu des constructions et des colonnettes de l'époque que nous venons d'assigner, d'autres colonnettes trapues contemporaines de l'église du onzième siècle. Là peut-être se trouvait la chapelle de l'infirmerie dont il est question dans la charte du comte Guillaume. Sous Tadministration du regretté M. Boucaumont, la ville a acheté de l'Etat toutes les dépendances de la manutention , qu'elle disposa pour les écoles communales de filles, et a abandonné à la fabrique de Saint-Etienne la galerie, dans laquelle on a établi la sacristie et une salle de catéchisme.

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