‹ Les congregations religieuses dans le diocèse de NeversChapitre 47 sur 95 · INDÉPENDANT · texte numérisé non relu

INDÉPENDANT

Cependant un ipiportant changement allait s'opérer dans l'administration de Flavigny ; cet établissement devait perdre son autonomie et passer sous la juridiction immédiate de l'évèque d'Autun qui en devenait l'abbé titulaire ou commendataire, comme l'assure la Chroniq^ie de Corbigny.

Adalgaire, évéque d'Autun, homme aussi illustre par sa naissance que par son habileté^ voyait avec peine le nombre des chanoines de sa cathédrale restreint et vivant pauvrement, tandis que l'abbaye de Flavigny était dans l'abondance et jouissait d'immeubles considérables. On sait qu'à cette époque bouleversée les princes ne se faisaient pas scrupule de disposer à leur gré des biens des monastères, et ceux qui profitaient de ces donations ne croyaient pas engager leurs consciences; telles étaient les mœurs du temps.

Adalgaire attendait une occasion favorable pour manifester ses intentions et exposer ses désirs ; cette occasion ne se fit pas attendre longtemps. En 875, Charles-le-Chauve chargea le prélat d'une mission délicate auprès du souverain pontife Jean VIII, mission qui fut conduite avec une telle habileté que le Pape et l'Empereur en surent le plus grand gré à l'évèque d'Autun. L'habile diplomate profita de

la circonslance et fit coiinnîlre au prince, la difficulté qu'avaient sps clianoines pour subsister^ ne pouvant pas même se conformer aux lois canoniques. Il faisait valoir en outre que son église avait été dépouillée de ses biens dans les guerres précédentes. Après avoir exposé ces considérations et autres semblables, il supplia Charles-le- Chauve d*unir à son évèché et à sa cathédrale Tabbaye de Flavigny et tous ies droits qui y étaient attachés. Cette faveur lui fut octroyée; la charte est (htéc de Compiègne, 877. Le Pape la confirma au mois de juin.

Vers la fin de la même année, Tévéque d'Autun repartit pour l'Italie et se trouva au Concile que le Pape avait convoqué àRavenne. Il ne manqua pas de produire les différentes chartes qu'il avait obtenues de l'empereur en faveur de son église, et en particulier celle qui concernait Flavigny, demandant aux Pères réunis la confirmation de ces actes. C'est ce qui eut lieu, en effet, en 877 (1). Dix ans plus tard, en 887, Adalgaire obtint une nolivelle confirmation dans une autre assemblée d'évéques, tenue à Saint-Marcel de Chalon, et eut soin de faire ratifier le tout par Charles-le-Gros (2).

Comment Corbigny, dépendance de Flavigny, a-t-il pu se soustraire à Tunion établie forcément entre Tabbaye-mère et l'église de Saint-Nazaire ? C'est un point historique dont nous laissons à d'autres la solution. Dès ce moment, le prieuré de Corbigny devint complètement indépendant et eut sa vie propre.

« Il y a lieu de croire, dit l'auteur du manuscrit, que les religieux de Corbigny, profitant du malheur et de la viduité de l'abbaye de Flavigny, leur mère, et la voyant dépourvue d'abbé régulier en qui résidait toute l'autorité et juridiction qu'elle exerçait sur eux, ou tout au plus n'ayant dans la personne de l'évéque d'Autun qu'un abbé commendataire, en prirent Toccasion de secouer le jou^deh dépendance où ils étaient depuis la fondation de ladite abbaye (3; i.

Ce blâme infligé dans le manuscrit aux religieux de Corbigny, et reproduit par M. Tabbé Baudiau dans son livre le Morvand ,

(1) Gaq^aub, ilisloire de l'éfjlisc d'Aulufiy liv. I«% pages 69 et 70. L'auteur est d'accord avec la Chronique de Corbigny; mais il indique TannOe 877 avec les auteurs ae \ Arl de vérifier les dates, taudis que la Chronique porte 878.

(2) Chronique de Corbigny, chap. IV.

(3) Idem,

Ao

nous parait peu fondé ; d'ailleurs, dans son appréciation, le chroniqueur semble admettre des circonstances atténuantes.

La position des deux monastères n*était plus la môme; le monastère de Corbigny avait reconnu primitivement Tautorité d'un abbé régulier à la juridiction duquel il s'était constamment soumis ; mais un grand changement avait eu lieu, Tabbé régulier avait été remplacé par un commendataire, lequel avait laissé volontairement ou . forcément à Corbigny son autonomie. Ce prieuré usait d'un droit acquis et consacré par le temps , soit par les évêques d*Autun qui laissaient les religieux jouir paisiblement de ce droit , soit pa'* les prieurs claustraux de Flavigny qui ne pensaient même pas à réclamer.

Quand Tabbaye de Flavigny cessa de se trouver en commende, Corbigny pouvait donc objecter une prescription séculaire pour conserver son indépendance.

Cependant, les religieux de Flavigny continuèrent à faire valoir leurs prétentions, s'appuyant, sans doute, sur la raison qu'ils avaient été condamnés par défaut. Nous voyons la question agitée de nouveau, en 1081, dans le Concile d'Issoudun ; les religieux de Corbigny déposèrent un mémoire entre les mains du légat du Saint-Siège, c contre Odon, abbé de Flavigny, qui s'était emparé subrepticement de leur abbaye de Corbigny et tâchait de la dépouiller de son titre d'abbaye pour la réduire au titre de doyenné dépendant de ladite abbaye de Flavigny. Les deux parties ayant été appelées et admises à la preuve de leurs demandes et prétentions réciproques, Odon, abbé de Flavigny , présenta quelques titres et un privilège qui n'étaient d'aucun poids et de nulle autorité, qui marquaient avec beaucoup de doute et incertitude que le monastère de Corbigny avait été dans ba dépendance de celui de Flavigny ; et , parce que ces titres étaient sans sceaux et sans bulles, qui sont les indices certains de la validité des bulles accordées par les Souverains Pontifes et des lettres patentes émanées de nos rois, ils furent rejetés comme inutiles et peu conformes à la vérité, par le jugement des archevêques et évêques présents. »

Y Les religieux de Corbigny produisirent leurs titres très-bien conditionnés^ qui détruisaient tout ce que l'abbé de Flavigny avait avancé avec assurance, ajoutant que d'autres pièces avaient été mises au feu par l'envie des religieux de Flavigny ; quelques-uns assuraient aussi que le pape Nicolas II avait; en 1058 (1059), terminé

ces différends, faisant défense que personne n'eût la hardiesse de réduire en prieuré le monastère de Cîorbigny (i) >.

L*abbé de Flavigny souscrivit lui-même à cette décision suprême.

Voilà donc le titre abbatial conféré cette fois d'une manière solennelle et permanente à ce monastère ; cependant nous retrouvons encore une bulle de Pascal II, en 1107, qui confirme à Tabbé Hugues et aux religieux de Corbigny le droit d'indépendance qui leur avait été attribué par le pape Nicolas II et par les Pères du ' Concile d'Issoudun. La bulle porte que dans le cas où un évèque d'Autun, dans le diocèse duquel Corbigny est situé, voudrait porter atteinte à ces privilèges, les religieux pourraient recourir directement au Saint-Siège. Ces droits et privilèges sont encore confirmés dans une bulle d'Adrien IV en 1158. Depuis cette époque, il n'est plus question de démêlés avec Flavigny.

(1) Manuscrit précité, chapitre VI.

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