PIERRE DE PAULE
Ode Arpin, III® prieur, <i était vicomte de Bourges et seigneur de Montfaucon en Berry. Après la mort de sa femme, s'étant croisé avec plusieurs seigneurs sous Tétendard du généreux prince Godefroy de Bouillon en l'an 1097, il vendit sa vicomte de Bourges au roi Philippe, avec la ville et pays de Berry, la somme de soixante mille sols d'or, pour subvenir aux frais de son voyage, au rapport de Nicole Giles dans son Histoire de France. Etant de retour de la Terre- Sainte, il se fit religieux à La Charité, où il nvança si fort, en peu de temps, dans les pratiques de la vertu et dans l'obéissance de la règle, qu'il mérita de succéder à Wilencus au prieuré de La Charité et fut institué par saint Hugues abbé de Cluny (1). »
Amateur de la paix, il eut le talent de tout pacifier avec les seigneurs voisins, dont plusieurs se constituèrent de nouveaux bienfaiteurs du monastère et même s'empressèrent de solliciter leur admission parmi les religieux. C'est ainsi qu'en 1111 Barthélémy du Mur, chevalier du Berry, leur fit plusieurs donations imporlantes € en reconnaissance de la bonne éducation qu'ils avaient donnée à Robert du Mur, son fils, qui s'était fait religieux à La Charité. » Onze ans plus tard, le chevalier Hugues du Lys, à la sollicitation de
(l) Manuscrit de La Charité.
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sa femme Ermengarde, qui avait choisi sa sépulture dans l'église de Notre-Dame de La Charité, donna au monastère tout ce que cette dame possédait à Narcy, ce qui eut lieu en présence de Hugues, évèque d'Auxerre ; de Fromond, évoque de Nevers ; de Ode, prieur; des religieux, de Guillaume, comte de Nevers, et de Hugues-le- Manceau. C'était en 1121 . Depuis cette époque, les religieux acquirent, soit à titre gratuit, soit à titre onéreux, la plus grande partie de cette terre importante, non compris deux moulins sur la rivière du Massau, l'un à bled, l'autre à drap.
Ce fut sous l'administration d'Ode Ârpin que Rotrou de Beaumont, ûls de Henri de Beaumont, comte de Vivarais, se fit religieux à La Charité, vers l'an 1127 ou 1128; il en fut tiré pour être placé sur le siège épiscopal d'Evreux. Après avoir gouverné cette église pendant vingt-six ans, il fut appelé au siège métropolitain de Rouen vers 1165, aux instances de Henri, roi d'Angleterre (1).
Imarus, IV^ prieur, <l étant encore jeune, prit l'habit de Cluny au prieuré de Saint-Martin-des-Champs, à Paris, où il passa Tannée de son noviciat avec toute la ferveur possible. Il fut obligé d'aller faire profession à Cluny entre les mains de Pons, qui en était alors abbé. Suivant la coutume de ce temps-là, tous les novices, même des pays étrangers, étaient obligés de faire leurs vœux entre les mains de l'abbé de Cluny. Pons, le voyant doué d'une grande vertu, le retint à Cluny où, dans la suite, il fut élu doyen. En 1130, il fut fait prieur de Saint- Arnoul de Crespy, et la môme année il fut institué prieur de La Charité au décès d'Ode Ârpin. Enfin il fut élu abbé de Moustier-Neuf, où il laissa des marques authentiques de la sagesse de sa conduite. Sa renommée fut si grande qu'elle vola jusqu'à Rome, où le pape Inno* cent II le créa cardinal, évèque de Tusculum en 1142. Le pape Luce H l'envoya légat en Angleterre, où il donna des preuves de son intégrité, et remporta l'honneur et la louange d'un homme incor* ruptible, auprès duquel les présents et les récompenses n'avaient aucun accès.
» Il perdit néanmoins tout-à-coup la haute réputation qu'il s*était acquise, et l'estime que l'on faisait de sa vertu s'évanouit aussitôt qu'il eut embrassé le parti de Victor IV (2). 9
(t) Manuscrit de La Charité.
(2) Idem.
Les funestes doctrines que le fameux Ârnauld de Brescia avait répandues dans l'Italieet dans Rome en particulier continuaient à porter leurs fruits; d'un autre côté, l'empereur Frédéric ne reculait pas devant un schisme quand ses intérêts le poussaient dans cette voie. Â la mort d'Adrien IV, Alexandre III, élu par la grande majorité des cardinaux, fut sacré le 20 septembre 1159 par Tévèque d'Ostie ; mais en même temps il se trouva quelques opposants qui nommèrent Octavien, cardinal de Sainte-Cécile, et le firent sacrer le 4 octobre suivant par l'évèquede Tusculum, comme étant le doyen des cardinaux (1). Alexandre excommunia en plein consistoire le cardinal consécrateur et le priva de toutes ses dignités ecclésiastiques. Imarus dut se soumettre, car il se mit immédiatement en route pour la France ; arrêté à Florence par le gouverneur de cette ville, il se vit privé de ses bagages que les soldats se partagèrent i cependant il put s'échapper de leurs mains et c se retira à Ctuny, où il passa le reste de ses jours dans l'austérité du cloître et la rigueur de la pénitence, après s'être réconcilié avec le pape Alexandre (2). »
Il avait toujours désiré mourir à Cluny et y être enterré; ses souhaits furent accomplis. Imarus faisait partie des conclaves à la création des papes Célestin II,'Luce II et Eugène III; il a souscrit à plusieurs bulles intéressant l'abbaye de Cluny. Saint Bernard, comme on le voit dans ses lettres 219, 229, 230 et 231, était en relation avec lui. Il était très-savant dans les lettres sacrées, et il a laissé des commentaires sur la Bible. Sa mort eut lieu vers 1154; elle est marquée au 5 des calendes de novembre (3).
Pierre de Paule, V^ prieur. Imarus avait dû quitter La Charité vers 1137 ou 1138 pour prendre possession de son abbaye de Moutier- Neuf de Poitiers; ce fut à cette époque que Pierre de Paule devint prieur de La Cbarité. Il ne fut pas longtemps chargé de l'administration du monastère, car il mourut en 1143, après avoir gouverné son prieuré avec sagesse et édification, maintenant l'exacte observance de Cluny.
(t) Arl de vérifier les dates.
(2) Manuscrit de La Charité.
(3; Voir DucHBSNE, Histoire des cardinauT^ et D. Viollb, Vie de sainl Germain d'Auxerre.
'. Les seigneurs et les rois eux-mêmes continuaient à compter parmi les bienfaiteurs du monastère et à s'assurer des prières après leur mort; nous en avons de nouvelles preuves sous l'administration de Pierre de Paule. C'est à cette fm que Louis VII avait confirmé la donation que le roi Louis-le-Gros, son père, avait faite au prieuré en établissant une rente annuelle et perpétuelle de quatorze muids de froment, à prendre sur les moulins de Bourges. Louis, son filS; conGrma cette donation en demandant aux religieux deux services annuels, l'un pour l'anniversaire de la mort de son père, Fautre pour son propre anniversaire. Le même roi Louis VII, par d'autres lettres patentes données à Nevers en 1146, porte à seize les quatorze muids de froment dont nous venons de parler. Cette donation, renouvdée en 1365, 1367 et 1371, a continué à avoir son effet.
Les comtes de Nevers, de leur côté, voulurent prévenir les diCB* cultes qui auraient pu survenir, en confirmant les acquisitions faites par les religieux; on serait porté à croire quMls voulaient faire oublier leurs querelles avec Vézelay par les marques de bienveillance qu'ils donnaient à La Charité ; ils déclarèrent qu'ils n'avaient aucun droit ni autorité sur la ville, le monastère de La Charité et ses dépendances. La charte de 1143 a été confirmée depuis par les enfants de Guillaume III.
Guy ou Guillaume, VI* prieur. C'était un vénérable et saint religieux qui jouissait de l'estime de toute sa communauté. Il eut quelques difficultés avec Adam, seigneur de La Marche, au sm'et d'une forteresse que ce seigneur faisait construire dans les limites de la justice du prieuré. Guillaume eut recours dans cette circonstance au pape Eugène III, qui prit en main la cause des religieux. Adam se soumit et démolit les travaux déjà commencés.
Sous son administration, le prieuré de La Charité donna asile & deux hauts personnages : Jean, comte de Vendôme, revenant de Jérusalem, tomba malade à La Charité ; il fut reçu et soigné dans le monastère. Touché par la gr&ce et édifié des vertus des religieux, il sollicita et obtint la faveur d'être irrévocablement admis parmi eux.
Ce fut aussi sous le prieur Guillaume que Hugues d'Etampes, archevêque de Tours, allant à Rome, s'arrêta à La Charité, retenu par une grave maladie. Frappé, comme Jean de Vendôme, de la piété et de la régularité des moines, il demanda aussi avec instance
à être admis dans ce monastère. Le prieur Guillaume, accueillit sa demande et le reçut à la profession. Dieu, qui voulait conserver à son église cet éminent prélat, ne permit pas que cette maladie fût mortelle. Quand le clergé de Tours apprit qu'il était tout à fait convalescent, il députa auprès de lui Tarchidiacre et l'abbé de Noyers, pour le prier de revenir à Tours et de reprendre le gouvernement de son diocèse. Le saint évêque répondit qu'il s'était engagé par des vœux solennels et qu'il ne pouvait céder à leurs désirs. Au lieu de se mettre en route pour Tours, les députés se rendirent à Cluny, espérant que l'abbé, Pierre-le- Vénérable, leur rendrait leur archevêque. L'abbé leur répondit que le Souverain Pontife seul avait le pouvoir d'accorder cette dispense, et il voulut bien leur remettre une lettre pour le pape Innocent IL
Le Pape ordonna à l'archevêque de retourner dans son diocèse ; celui-ci obéit sans hésiter. Il partit pour Tours, où il fut reçu avec une joie incroyable ; mais il ne voulut pas déposer l'habit de saint Benoit, qu'il conserva jusqu'à sa mort (1).
Théodart, Vlb PRIEUR, succéda à Guillaume en 1150; ce fut Pierre-le-Vénérable qui lui imposa cette charge. Il ne fut pas plutôt arrivé à La Charité qu'il écrivit au saint abbé de Cluny pour le prier de lui donner un successeur, alléguant son âge, ses infirmités et l'air trop vif du climat, qui ne lui permettaient pas de suivre en tout les saintes règles de la discipline. Pierre-le-Vénérable lui répondît et l'engagea à ne pas se décourager, lui faisant envisager la récompense qui l'attendait, et ajoutant que ses austérités étaient le principe de son état maladif. On ne sait s'il fut enfin déchargé de ce fardeau qui lui paraissait si pesant, mais on le trouve remplacé par le suivant en 1154.
Rainaud, Ville PRIEUR, n'administra le monastère que l'espace de huit ans. Il obtint d'Alain, évêque d'Auxerre, la confirmation des églises de ce diocèse dépendantes de La Charité, et, en 1161, il reçut du pape Adrien IV une bulle par laquelle le Saint-Siège prenait sous sa protection le prieuré de La Charité et confirmait tous ses privilèges.
(1) Bibl. Glun. -^ Gallia christiana.
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UuMBAULT, IX® PRIEUR. On ne trouve de lui rien de mémorable, sinon une lettre du prieur et des religieux de Venelot, en Angleterre, dépendance de La Charité, au sujet des colons du lieu qui voulaient déposer ledit prieur.
Rodolphe de Sully, X^ prieur, appartenait à l'illustre maison de Sully-sur- Loire, qui a fourni à l'Eglise un grand nombre de prélats; il succéda à Hurabault en 1164. Il obtint d'Etienne, comte de Sancerre; de Guillaume, comte de Nevers; d'Hervé de Donzy et d'autres seigneurs l'autorisation de foire entourer de fortiGcations le monastère et la ville.
Il obtint aussi, en 1170, de Henri II, roi d'Angleterre, la confirmation de toutes les possessions du prieuré de La Charité, soit en Angleterre, soit en Normandie. Par d'autres lettres datées de Westminster, Henri accorde aux religieux la faculté <r d'aller, venir, faire conduire leurs denrées et provisions dans toute l'étendue de ses Etats 3», enjoignant à ses gens de leur laisser toute liberté. Ce prince, dans ses lettres, se qualifie de roi d'Angleterre, duc de Normandie, d'Aquitaine et d'Anjou.
Rodolphe, après s'être acquitté pendant huit ou neuf ans de la charge de prieur à la satisfaction de tous, fut élu en 1173 abbé général de Cluny. Il avait quitté La Charité avec regret et il portait souvent ses pensées vers son cher prieuré; aussi, après trois anç, il se démit de sa charge et révint à La Charité, où il mourut au mois de septembre 1177.
Geoffroy, XI® prieur, avait succédé à Rodolphe, quand ce dernier devint abbé de Cluny. On ne connaît sous son administration que quelques donations et concessions faites par des seigneurs du voisinage ; nous en dirons autant de son successeur.
Ode, XIP prieur, figure en 1177. La régularité qui se faisait remarquer dans le monastère de La Charité n'y attirait pas seulement ceux qui avaient eu l'avantage d'y séjourner avant d'occuper un poste plus élevé; d'autres encore s'empressaient de s'y rendre, dans le but de se préparer plus sérieusement à aller paraître devant Dieu. Tel fut Guillaume, abbé de Cluny, qui y mourut et y fut enterré Ode mourut en 1182.
Guy de La Charité, XIIP prieur. On pense qu'il était originaire de La Charité ; d'autres veulent qu'on l'ait surnommé ainsi à cause de son amour pour les pauvres, car on l'appelait encore Guy l'Aumônier. En effet, vers 1191, il se démit volontairement de son prieuré, se réservant l'office d'aumônier.
Philippe-Auguste, par ses lettres de 1182 et 1184, confirma les libertés du monastère et des habitants de La Charité, les prenant sous sa protection. En 1184, Luce III, et en 1188, Grégoire YIII, approuvent les acquisitions des religieux et s'établissent leurs protecteurs.
Cependant, malgré les nombreuses libéralités accordées jusqu'alors au monastère de La Charité, nous trouvons vers 1190 la maison considérablement obérée; le chroniqueur semble en ignorer la cause, du moins il n'en fait aucunement mention. Les créanciers voulaient rentrer dans leurs fonds ; un certain Pierre de Corzon, gentilhomme de la suite du comte de Nevers, se montrait plus intraitable encore que les autres. Pour se libérer à son égard, les religieux lui vendirent, moyennant 13,000 sols, le prieuré de Coulonges.
Ce prieuré, une des premières fondations de La Charité, était situé sur les bords de l'Âron, dans la riche vallée qui s étend de Yemeuil à Cercy-la-Tour. Hugues de Clermont, abbé de Cluny, désapprouva cette vente et fît tant d'instances auprès de Pierre de Corzon que ce seigneur lui promit de remettre cet immeuble aux religieux, aussitôt qu'ils lui auraient payé ladite somme de 13,000 sols; il s'y. obligea môme par serment sur les saints Évangiles, en présence de l'archevêque de Reims, cardinal de Sainte-Sabine, légat du Saint- Siège et régent en France, avec la reine mère, du roi Philippe- Auguste.
Mais quand, quelques années plus tard, les religieux voulurent rembourser cette somme, Pierre refusa d'accomplir sa promesse, ce qui obligea l'abbé de Cluny à se pourvoir devant le pape Innocent III. Le Souverain Pontife nomma l'archevêque de Sens et l'abbé de Sainte-Colombe pour examiner cette affaire et obliger Pierre de Corzon ou le comte de Nevers, qu'on disait s*étre emparé dudit prieuré et d'en employer les revenus à son propre usage, de le remettre entre les mains des religieux lorsqu'ils auront satisfait à la somme de 13,000 sols, et d'user au besoin des censures de l'Eglise. Le comte et son gentilhomme se soumirent, et Notre-Dame de Coulonges rentra dans les dépendances de La Charité.
Savary, XIV« prieur, succéda, vers Tannée 1191, à Guy de La Charité. Sous son administration nous ne trouvons que quelques donations faites au monastère et des transactions. Nous ne pouvons cependant passer sous silence un fait important : Agnès de Neven, épouse de Pierre de Courtenay, se voyant sérieusement malade, fît quelques dispositions testamentaires en faveur des religieux de La Charité, et, comme le comte Pierre était alors absent, elle choisit deux seigneurs auxquels elle conGa ses dernières volontés. Le comte s'empressa de satisfaire aux pieux désirs de son épouse.