‹ Les congregations religieuses dans le diocèse de NeversChapitre 57 sur 95 · SUITE DES PRIEURS AU TREIZIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

SUITE DES PRIEURS AU TREIZIÈME SIÈCLE

HuGUESy XVIII* PRIEUR, que notre chroniqaeur nomme Hugues de Bourbon, aurait été, selon lui, sous-prieur dans ce monastère.

Elie, XIX« prieur, lui sticcéda. On pense que c'est le même qui fat député à Rome à l'occasion de Tappel de Geoffroy.

B...y XX* prieur. On ignore son véritable nom ; sur des chartes de transaction, il n'est indiqué que par son initiale.

Etienne , XXI^ prieur , qu'on trouve en 1224 , n'a rien laissé de bien remarquable ; il en fut de même de Landry, qui occupa le prieuré en 1235, et de Thibault, son successeur, en 1237.

Guillaume de Pontoise, XXIV^ prieur, était aussi distingué par sa naissance que par ses talents et ses vertus ; il fut élu prieur de La Charité en 1240 et abbé de Gluny en 1245. A la fin de la même année, il eut l'honneur de recevoir dans son abbaye le pape Innocent IV, qui célébra la sainte messe au grand autel de la basilique clunisîenne le jour de la fête de saint André. On pourra se faire une idée de l'étendue de cet important monastère quand on saura que le Souverain Pontife était accompagné de douze cardinaux , non compris les patriarches d'Antioche et de Gonstantinople ; les archevêques de Reims,

de Lyon , de Besançon ; les évoques de Chalon-sar- Saône , de Paris, de Langr«s, de Clermont, de Soissons, de Châlons-sur-Marne, de Senlis, d'Evreux, de la Prusse, de Liège, de Bethléem , d*Â.gen et autres ; les abbés de Cluny, de Cîteaux, et plusieurs autres d'ordres différents. Saint Louis, roi de France; la reine Blanche, sa mère, avec sa sœur ; le comte d'Artois, son frère ; l'empereur de Gonstantinople , le jQls du roi d'Aragon , le fils du roi de Castille , le duc de Bourgogne, le comte de Ponthieu, le comte Guillaume, le comte de Forest, le seigneur de Beaujeu , le seigneur de Bourbon et plusieurs autres princes et seigneurs s'étaient rendus à Cluny pour la circonstance. Notre chroniqueur, qui semble s'écarter ici de son sujet, fait observer que tous ces hauts personnages logèrent dans l'abbaye sans que les religieux fussent obligés de sortir des lieux réguliers.

Après avoir gouverné son abbaye avec sagesse jusqu'en 1257, Guillaume fut élu évêque d'Evreux.

Jean I«^ XXV<» prieur. Il était sous-prieur quand les religieux l'élurent et le proposèrent à l'abbé de Cluny, qui agréa l'élection avec empressement. Il reçut une lettre du pape Innocent IV, en 1254, par laquelle il lui enjoignait de choisir les personnes les plus dignes dans la collation des bénéfices, sans tenir compte de la recommandation des princes et des seigneurs. Le pape Alexandre IV, qui venait de succéder à Innocent IV, ordonna, par son bref du 15 des calendes d'avril, que le prieur de La Charité ne pourrait être déposé ou changé que pour les causes portées dans le décret de Grégoire IX, du 13 janvier 1233.

a II fallait qu'en ce temps-là le relâchement fût grand, puisque les abbés et prieurs vivaient dans une si grande magnificence que les princes et les seigneurs les égalaient à peine. Le pape Grégoire IX fut obligé de les soumettre à une réforme ; il ordonna que l'abbé de Cluny se contenterait de seize chevaux en voyage, et que les autres abbés de l'ordre, ainsi que le prieur de La Charité, n'en auraient que huit(l) ]>.

En 1259, le prieur Jean eut un démêlé avec le comte de Nevers, qui voulait abuser de son droit de garde ; il porta l'afiaire devant saint Louis, qui déclara que le comte aurait la garde de la ville seu-

(1) Manuscrit de La Charité.

lement sans aucune justice et juridiction, mais que la ville et son ressort relèveraient du roi.

MiLON DE Vergy, XXVP prieur, a la mort de Jean en 1263, les religieux se réunirent en chapitre pour lui nommer un successeur ; ils jetèrent les yeux sur Milon de Vergy ; on obtint facilement de Tabbé de Cluny la confirmation de cette élection; l'élu était son frère. Ils appartenaient à l'illustre famille de Yergy. Il fit pendant son administration grand nombre d'acquisitions pour le monastère.

Simon d'ârmentières, XXVIP prieur. Déjà nous avons vu un des prieurs de La Charité élevé à la dignité de cardinal; un autre devait être honoré de la même dignité. A la mort de Milon, en 1274, le sous-prieur et les religieux se réunirent en chapitre pour procéder à l'élection d'un nouveau prieur. Ils choisirent trois religieux qu'ils présentèrent à Tabbé de Cluny; parmi eux se trouvait Simon d'Arinentières; l'abbé, qui connaissait son mérite, ne balança pas à le nommer prieur de La Charité.

Simon était né au château d'Armentières. Pendant son administration il rendit de grands services au monastère, soit par les constructions importantes qu'il fit exécuter, soit par des dons dont il enrichit l'église.

Sa réputation parvint jusqu'au pape Célestin Y, qui le créa cardinal du titre de Sainte - Balbine en 1294. Il assista à l'élection de Boniface VIII, qui fut élu sur la renonciation à la papauté de Célestin V. Il ne fut que deux ans cardinal, étant mort à Rome en

Bertrand du Colombier, XXVIII® prieur. Nous allons rencontrer de nouvelles dispositions dans le mode d'élection des prieurs. Quand Simon d'Armentières fut créé cardinal, il dut se démettre de son prieuré de La Charité, ce qui eut lieu entre les mains de Guillaume d'Igié, abbé de Cluny, qui, de plein droite en pourvut Bertrand du Colombier. Ce mode occasionna un grand différend entre l'abbé et les religieux de La Charité, qui voulaient se maintenir en possession de présenter trois religieux à l'abbé pour qu'il en choisît un qui serait leur prieur. L'abbé, au contraire, s'était empressé de saisir l'occasion de se remettre en possession d'instituer les prieurs de La Charité, conformément aux privilèges qui lui avaient

été accordés par les Souverains Pontifes et par les rois, privil^es tombés en désuétude par suite de la négligence de ses prédécesseurs.

Bertrand s'étant présenté à La Charité avec les provisions de Tabbé de Gluny, ne fut pas reconnu. Les parties se pourvurent au Pape. On ignore ce qui se passa, si les religieux furent condamnés ou s'il y eut accord avec Bertrand ; quoi qu'il en soit, le prieur promit que ce serait pour cette fois seulement, sans déroger à leurs privilèges, et il fut mis en possession en 1294.

L'année suivante, 1295, il y eut un orage avec grêle en telle abondance qi|e tous les fruits de la terre furent entièrement perdus. Bertrand se vit dans la nécessité d'acheter quantité de blé et de vin pour la nourriture de ses religieux, des pauvres et des hôtes, à des prix considérables. Pour payer lesdites provisions, il fallut faire l'ouverture du trésor du couvent, scellé du sceau du cardinal Simon d'Àrmentières; Bertrand en retira 70 marcs d'argent avec promesse de les rendre, ce qu'il fît en effet.

A la mort de Guillaume d'Igié, abbé de Cluny, qui eut lieu à Rome le 3 des calendes d'octobre 1295, le pape Boniface VIII écrivit au prieur et au couvent de Cluny pour leur donner avis de cette mort. Après avoir fait en peu de mots l'éloge du défunt, il leur ordonna de procéder à l'élection de son successeur, suivant la coutume. Les religieux se réunirent et, à l'unanimité, élurent Bertrand du Colombier; ils envoyèrent un courrier à Rome et un autre à La Charité pour faire connaître le résultat de l'élection. Le Pape s'empressa de confirmer le nouvel abbé.

Bertrand, en effet, était aussi recommandable par sa science et sa vertu que par sa noblesse : il était fils de Bonet du Colombier et de Maquerone de Châtillon. Aussitôt qu'il fut confirmé abbé de Cluny, il voulut éviter à l'avenir tout différend avec les religieux de La Charité, se rappelant ce qui avait eu lieu à l'occasion de son élection comme prieur. Il établit qu'à l'avenir les religieux de Là Charité ne pourraient élire ni présenter en aucune manière leur prieur, mais que, le cas échéant, ils seraient tenus d'envoyer un religieux à Cluny pour en donner avis au grand-prieur, ou, en son absence, au prieur claustral, lequel convoquerait le chapitre où tous les religieux de ladite abbaye se trouveraient pour procéder à l'élection d'un nouveau prieur de La Charité par voie de compromis. Ils devaient choisir quatre personnes capables, dont l'une au moins serait un religieux de La

Charité, pour être, ces quatre personnes , présentées à l'abbé qui serait tenu d'instituer prieur une des quatre à son choix. Ce règlement est du mois de septembre 1296.

Cet abbé eul l'honneur de recevoir dans son abbaye le pape Bonifece VIII avec huit cardinaux pendant cinq jours. Il reçut aussi le roi et ses deux fils avec plusieurs princes et seigneurs de France et de Bourgogne, non compris un certain nombre de prélats.

c L'abbé Bertrand, pour empêcher qu'à l'avenir les religieux de La Charité ne se missent en possession de nommer leur prieur, voulut s'attribuer le droit d'instituer et de destituer le sous-prieur, afin d'y avoir toujours un religieux dont il serait assuré qu'il n'entreprendrait rien contre les droits de l'abbaye de Cluny; mais comme le prieur s^y opposait fortement, prétendant que ce droit lui appartenait et non pas à l'abbé qui, voyant qu'il n'obtiendrait jamais ce qu'il désirait, accorda au prieur le droit d'instituer et de destituer son sous-prieur, à condition toutefois qu'il serait choisi parmi les religieux de l'abbaye de Gluny, et qu'auparavant de s'immiscer dans les fonctions de sous-prieur il serait tenu de prêter serment de fidélité dans le chapitre de Cluny à l'abbé et à toutle couvent, ce qui fut consenti par le chapitre et les religieux de La Charité par la charte du jeudi avant Noël 1301 (1). »

(1) MaDuscrit de La Charité.

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