‹ Les congregations religieuses dans le diocèse de NeversChapitre 58 sur 95 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

SUITE DES PRIEURS AUX QUATORZIÈME ET QUINZIÈME SIÈCLES. — COMMENCEMENT DES PRIEURS COMMEN- DATAIRES.

Pierre de Beâujeu, XXIX* prieur. Bertrand, ayant été conGrmé abbé de Cluny, s'empressa, conformément aux derniers règlements, de faire réunir le couvent, à TefTet de procéder à Télection de quatre religieux capables de le remplacer à La Charité. Pierre de Beaojeu, Tun des quatre, fut choisi par Tabbé de Cluny et fui institué prieur. Il appartenait à l'illustre famille des seigneurs de Beaujeu; il a laissé après lui une grande réputation de prudence et de fermeté. Pendant son administration il y eut beaucoup de donations faites en faveur du monastère.

Jean des Mâsières, XXX® prieur. En 1333, à la mort de Pierre de Beaujeu, qui fut enterré à La Charité, les religieux députèrent deux profès à Cluny pour prévenir le grand-prieur. Celui-ci convoqua immédiatement le chapitre et assembla tous les religieux de l'abbaye pour procéder à l'élection des quatre candidats qui devaient être présentés à l'abbé. Le procès-verbal de l'élection, scellé des sceaux du couvent, fut adressé à Pierre de Chastellux, abbé de Cluny, qui était alors à Paris. Parmi eux se trouvait le grandprieur Jean des Masières ; ce fut sur lui que l'abbé fixa son choix ; mais comme l'absence de Tabbé devait se prolonger, le grandprieur ne pouvait s'éloigner de Cluny; Etienne de Mâcon fat

chaîné d'aller prendre possession du prieuré de La Charité et d'en administrer le temporel. Notre chroniqueur pense que le prieur n'a administré le monastère que par procureur, obligé par les circonstances de continuer ses fonctions à Gluny, où il mourut et fut enterré trois ans après son élection, c'est-à-dire en 1336.

Guillaume de Poitiers, XXXI<^ prieur, lui succéda l'année même. Il était fils d'Aymard de Poitiers, comte de Valentinois, et de Sibylle de Bancio. Il avait conservé toutes les allures du grand seigneur, ce qui greva beaucoup son monastère ; en 1339, il était réduit à emprunter à la caisse du couvent une somme de 1,261 livres.

Après avoir été cinq ans prieur de La Charité, il fut fait évéque et duc de Langres. Malgré les revenus de sa nouvelle dignité, il se vit dans la nécessité de faire encore un emprunt aux religieux dont il s'était séparé ; en 1356, il leur emprunta 1,712 florins de Florence et leur donna, jusqu^à complet remboursement, la jouissance de la terre de Châtillon-sur-Serin, arrangement qui fut fait du consentement d'Adrien de La Roche, abbé de Cluny. En 1364, il assista au sacre de Charles V, où il porta le sceptre en sa qualité de duc et pair. Il mourut à Langres le 6 septembre 1374.

Othon de Poitiers, XXXIP prieur. En 1342, Guillaume de Poitiers ayant été appelé au siège épiscopal de Langres, résigna le prieuré de La Charité en faveur de son frère Othon, qui était abbé de Saint- Pierre de Chalon et maître de rote à Avignon sous le pape Clément YI. En 1350 il fut nommé évèque de Verdun ; mais après avoir siégé un an, il résigna son évèché à Hugues de Bar et retourna à La Charité, où il mourut en 1352.

En 1343, il avait convoqué un chapitre général de tous les prieurés dépendants de La Charité. On y dressa des statuts importants. Il fut décidé que les visiteurs ne pourraient séjourner plus de deux jours dans les prieurés conventuels , et un seulement dans les couvents de moindre importance, lorsqu'ils y feraient la visite. Plusieurs prieurs, en effet , s'étaient plaint que les visiteurs et leur suite , souvent fort nombreuse, leur occasionnaient de grands frais par leurs visites prolongées.

Pierre du Puy-Icher, XXXIII^ prieur, au départ pour Verdun d'Othon de Poitiers , fut nommé pour le remplacer ; il fut installé le

12 juin 1350, et prêta le serment accoutumé de défendre et conserver les droits^ privilèges, libertés, juridictions et honneurs du prieuré. Jusqu'ici l'histoire du monastère est en quelque sorte une histoire privée ; mais nous allons , à l'avenir» la voir se confondre avec les grands faits de l'histoire de France ; nous sommes forcés de l'aborder sous les rapports monastiques , civils et militaires. La guerre entre les Armagnacs et les Bourguignons , les luttes religieuses, peut-être plus terribles encore, vont se confondre avec l'administration da prieuré, soit sous les prieurs réguliers, soit sous lescommendataires. On comprend que notre récit va présenter un nouveau degré d'intérêt. Ne nous étonnons pas de lire dans notre chronique charitoise : € Ici commencent les malheurs de la ville et monastère de La Charité, affligé de toutes les manières, par sièges, prises, saccagements, famines, maladies, incendies, comme nous le remarquerons dans la

suite. 9

En 1328, à la mort de Charles lY, troisième fils de Philippe-le-Bel, qui ne laissa point d'enfant mâle, la couronne de France fut réclamée simultanément par Edouard III, roi d'Angleterre, comme fils d'Isabelle, sœur de Charles, et par Philippe dit de Valois, lequel était frère de Phiiippe-le-Bel , et par conséquent oncle de Charles. La loi salique venait confirmer les droits de Philippe de Valois.

Toutefois, Edouard ne renonçait pas à ses prétentions ; il méditait de porter la guerre en France , en engageant les Flamands à unir leurs armes aux siennes. Comme ces derniers avaient promis avec serment de ne jamais porter les armes contre le roi de France , ils conseillèrent à Edouard d'en prendre le titre , se croyant par ce subterfuge déliés de leurs engagements ; Edouard suivit ce conseil. Ce fut le commencement de cette guerre qui dura presque sans interruption un siècle entier, et qui faillit se terminer par l'anéantissement de la monarchie française. En peu de temps les Anglais occupèrent les plus belles provinces de France (1). « En 1356, Robert Kanolle(2), capitaine anglais, qui tenait plusieurs places en Bretagne, courut tes marches de Normandie , la Sologne et l'Auxerrois ; prit et saccagea la ville d'Auxerre, massacra et rançonna les habitants; passa en Berry

(1) Plus tard les Anglais ravagèrent les environs de I^evers et dôvaslèrent les églises de Saint-Gildard et de 6aint-Benii\.

(2) D'autres le nomment Robin*

et en Auvergne, désolant tout le plat pays sans que personne s'opposât à ses brigandages. Ces rançonnements, surprises de villes et de châteaux , et toutes ces voleries qui étaient l'oppression du peuple et la désolation de tant de provinces , firent cesser le labourage et culture des champs, ce qui causa une telle cherté qu'il s'ensuivit une mortalité incroyable du même peuple (1). »

Comme La Charité était une place considérable par sa position, le roi donna ordre de la fortiûer ; le prieur s'empressa de répondre à ces ordres en faisant réparer aux frais du monastère les muraiUeSf tours , portes , fossés et accès , réparations qui devaient profiter à la ville et au prieuré.

Pierre du Puy-Icher fit fabriquer des chaînes de fer pour tendre dans les rues, donna le bois et les autres matériaux nécessaires pour l'exécution des travaux. Les habitants n'y contribuèrent en rien quoiqu'ils y lussent tenus ; le prieur voulut bien les en décharger C'était en 1359. Deux ans plus tard le roi Jean prit le monastère sous sa protection et ordonna à ses gens de le défendre contre toutes injures, violences, attaques, etc.

En 1363, une trêve eut lieu avec l'Angleterre, et la France avait un peu de répit. Cependant, comme les troupes n'étaient pas régulièrement payées, les soldats commettaient mille désordres, ils se répandaient dans tout le pays, rançonnant les villes et saccageant les villages.

Les précautions prises pour mettre La Charité en état de défense n'empêchèrent pas les troupes de Charles-le-Mauvais , roi de Navarre, l'ennemi déclaré de la France, de s'en emparer. Les Navarrois, après avoir ruiné toute l'Auvergne, s'étaient approchés de la Loire au nombre de 3,000, et se rendirent maîtres de la ville où ils exercèrent toutes sortes de cruautés contre les habitants de tout âge et de tout sexe qui n'avaient pu s'échapper de leurs mains.

A leur approche les religieux, accompagnés de quelques-uns des principaux habitants, s'étaient retirés à Nevers. Le prieur, en pensant aux maux qui accablaient ceux qui étaient restés, entra en pourparlers avec les chefs des Navarrois; il fut convenu qu'on leur payerait 24,000 livres, somme énorme à cette époque; ils s'engagèrent à cette condition de remettre en liberté les habitants qui avaient été

(1) DupLEix, Hisl. de France.

arrêtés, de rendre la ville et de vider le pays. La procuration, passée à cet effet dans Tabbaye de Saint-Martin de Nevers, était au nom de dom Jean, cellérier du raona&lëre de La Charité, et de quelques habitants chargés d'emprunter la somme exigée. -Ne pouvant se procurer cet aident, ils eurent recours au roi, qui leur donna une bonne partie de la somme, sans oublier de prendre hypothèque sur tous les biens du prieuré et sur ceux des habitants. Le remboursement devait avoir lieu à la Saint-Jean de la même année. Par ce moyen le prieur et ceux qui l'avaient accompagné rentrèrent dans leurs demeures ; ils purent aller et venir selon leur bon plaisir, et les colons des villages dépendants du monastère ou de la ville furent libres de se livrer à leurs travaux. Cependant les ennemis demeurèrent dans La Charité, où ils se fortifièrent, et, tout en respectant les propriétés des habitants, ils faisaient des sorties et n'épargnaient pas les contrées voisines.

Le moment arriva de rembourser la somme empruntée au roi Charles V ; mais les débiteurs ne savaient comment se procurer cette somme. Le prieur fut dans la nécessité d'aliéner des fonds de son prieuré jusqu'à concurrence du remboursement de la dette. Le roi avait fait cession de son droit à un seigneur nommé Le Bègue de Vi Haines.

Le prieur, Pierre du Puy-Icher, effrayé des charges qui pesaient sur lui et prévoyant que les guerres allaient recommencer, résolut de se procurer un peu de repos en permutant son prieuré de La Charité pour celui de Bonny avec Bernard du Puy-Cendrat.

Bernard du Pijy-Cendrat, XXXIV prieur, prit possession le 6 juillet 1364. L'année suivante Philippe-le-Hardi, duc de Bourgogne, frère du roi Charles V, après avoir exterminé quelques-unes des bandes de brigands qui ravageaient la Beauce, vint en Bourgogne où il mit à la raison un comte de Montbeliiat, puis il vint faire le siège de La Charité ; la ville lui fut rendue par les capitaines Lasalle et Lartigue, qui l'occupaient depuis deux ans pour le roi de Navarre ; il les mit avec leurs troupes hors du royaume (1).

Cependant une partie des habitants de La Charité s'étaient rendus coupables du crime de lèse-msgesté et de félonie pendant les der-

(i) Ddplex, Histoire de France.

nières guerres, soit pour avoir porté les armes contre le roi, soit pour avoir trafiqué avec les ennemis et leur avoir fourni armes, chevaux, munitions, etc. Le prieur Bernard demanda et obtint leur grâce; c'était en 1372. Cependant le roi exigea que la ville fût démantelée et les fortifications démolies ; il en exempta le monastère, qui avait toujours été fidèle ; il ordonna même de le fortifier, et permit aux habitants de s'en rapprocher et de bâtir auprès. Avant cette époque, le monastère et la ville étaient séparés. Le prieur Bernard s'occupa activement de faire réparer les désastres occasionnés par la guerre ; il s'empressa de faire labourer les terres et de retirer les fonds aliénés. On vint largement à son secours, car sous son administration il y eut grand nombre de donations et de fondations. Il y avait trente ans qu'il gouvernait le monastère de La Charité ; voyant ses forces épuisées par l'âge et par les travaux, il résigna à son neveu Valentin du Puy, qui était prieur de Rûeil, et mourut peu de temps après, en 1394.

Valentin du Puy, XXXV« prieur, inaugura son administration par la déposition du cellérier, alléguant qu'il était en même temps prieur de Menetou-Rateau. Ce religieux, par la multiplicité de ses fonctions, annihilait l'autorité du prieur de La Charité. En effet, c il administrait la justice dans la ville et dans tout son territoire, et il n'y avait pas d'autre juge que lui pour le civil; il était aussi contrôleur des deniers communs, en sorte que la ville ne disposait d'aucun denier que par son ordre (1). )»

En 1398, le prieur et les religieux accordèrent au comte de Nevers cent cinquante pieds de chênes à prendre dans la forêt de Berf range, pour construire les halles de la ville de Nevers, à condition toutefois que ce serait sans tirer à conséquence , et sans que le comte pût prendre aucun droit sur ladite forêt. Ces halles avaient été abandonnées aux religieux, mais le comte devait, le cas échéant, fournir les bois nécessaires à leur reconstruction ou aux réparations.

En 1410, le bailli de Saint-Pierre-le-Moûtier, par ordre du roi, se transporta à La Charité pour visiter les réparations à faire aux portes, murailles et fossés; il ordonna que ces travaux seraient exécutés sans délai aux frais de la ville, qui emprunta à cet effet une somme de 300 livres au monastère.

(1) Manuscrit de La Charité.

Pendant ces temps si agités bien des abus s'étaient glissés dans le monastère sous le rapport de la discipline ; Valentin voulut y remédier; il fit revivre les anciens statuts et les compléta par de nouveaux. 11 y avait ce qu'on appelait des compagnons d^ordre^ au nombre de quatre, qui gouvernaient le cloître chacun sa semaine; il obligea Thebdomadaire à loger et à coucher aii dortoir, et à en faire la visite pendant la nuit, et le repos du jour nommé la méridienne. Tous les officiers avaient leur logement à part.

Il ordonna que la cuisine fût fermée pendant la réfection des religieux, et que la clef serait alors entre les mains de celui qui gouvernait le cloître, afin d'empêcher les séculiers d'y pénétrer.

 la suite de l'assassinat de Louis, duc d'Orléans, par Jean, duc de Bourgogne et comte de Nevers, ce dernier fut assassiné à son tour par ordre du Dauphin, qui fut depuis roi sous le nom de Charles YII. Ces crimes politiques furent loin de favoriser la paix. Philippe, duc de Bourgogne, qui avait succédé à son père, se déclara l'ennemi du Dauphin et se rangea du côté des Anglais. Ce prince était à la tète d'une puissante armée qui ravageait le pays.

Pendant ces troubles, la ville de La Charité tenait pour le duc de Bourgogne, qui y plaça une forte garnison, car il connaissait l'importance de cette place, à cause du passage de la Loire. Il y établit pour gouverneur le trop fameux Perrinet Grasset, qui devint la terreur des religieux.

Après avoir pillé le monastère, d'où il enleva les vases sacrés, les reliquaires précieux, les joyaux, les ornements et tout ce qui avait quelque valeur, il en vint à outrager les religieux et à les maltraiter. Plusieurs d'entre eux avaient voulu s'opposer au pillage ; ils furent impitoyablement massacrés par les soldats indisciplinés du gouverneur ; d'autres furent retenus prisonniers. Perrinet Grasset s'empara aussi du château et de la maison-fort de Dom pierre qui appartenaient au prieur de La Charité; il y fit transporter tout le butin dont il avait dépouillé le monastère.

Le prieur eut recours au concile de Constance, qui se tenait alors, espérant arrêter le gouverneur et ses gens. Les Pères du concile commirent l'abbé de Saint-Sulpice et le prieur de Saint-Ursin de Bourges, auxquels ils adjoignirent le doyen de Moyen- Moûtier, pour déclarer Perrinet Grasset et ses complices excommuniés, ce qui eut lieu ; mais ces hommes, habitués à ne rien respecter, ne tinrent aucun compte de ces censures. C'était en 1419.

Yalentin du Puy mourut à La Charité après avoir gouverné avec sagesse son monastère pendant vingt-six ans ; le chagrin que lui avait occasionné le pillage de sa maison avança ses jours.

Jean de Vinzelle, XXXVI* prieur, appartenait à une ancienne famille du Mâcoimais qui descendait, dit-on, des anciens comtes de Hâcon. Il eut beaucoup à souifrir, ayant vu plusieurs fois la ville de La Charité assiégée, prise et reprise, tantôt par un parti, tantôt par un autre.

En 1421 , le Dauphin s'avança vers la Loire, à la tète de 20,000 hommes, et vint mettre le siège devant La Charité ; il s'empara de cette place «et en chassa Perrinet Grasset, qui se retira au château de Dompierre, d'où il faisait des sorties pour rançonner les habitants du voisinage, pillant et brûlant les lieux où on ne voulait pas s'exécuter de bon gré.

Cependant, grâce à l'intervention de Bonne d'Artois, comtesse de Nevers, Grasset sortit cette année même de Dompierre.

Après s'être rendu maître de La Charité, le Dauphin alla mettre le siège devant Cosne, où assiégeants et assiégés firent des prodiges de valeur. Comme les Cosnois voyaient qu'ils ne pouvaient tenir plus longtemps, ils capitulèrent et promirent de livrer la place si, à un jour marqué, ils n'étaient pas secourus, et ils donnèrent des otages.

Philippe, duc de Bourgogne, averti à temps, rassembla des troupes et marcha sur Cosne dans le dessein de livrer bataille ; mais le Dauphin leva le siège et revint à La Charité pour y passer la Loire et se retirer à Bourges (1).

La place ne demeura que dix-huit mois au pouvoir du Dauphin, car, en 1422, la ville fut de nouveau assiégée et prise par Perrinet Grasset la veille de Noël.

Les religieux, qui redoutaient un nouveau pillage, déterminèrent cet aventurier à prêter serment devant toute la communauté de respecter les droits du monastère, ce qui eut lieu entre les mains de dom Pierre Leduc, sous-prieur, le prieur étant alors absent. La même année Charles YI mourut, et le Dauphin se fit proclamer roi sous le nom de Charles YII dans toutes les villes qui lui étaient soumises. Plusieurs fois il tenta de reprendre La Charité, mais sans

(I) Duplex, Histoire de France,

succès. On sait qu'en 1429 la pucelle d'Orléans, qui s'était présentée devant cette place, fut obligée de se retirer, a Perrinet y faisant une vigilante et sûre garde, l'ayant fait fortifier d'un fort château ou donjon au-dessus du Champ-Baratté, aux dépens toutefois des religieux, alléguant que c'était pour la défense du prieuré plutôt que pour celle de la ville. Il demeura maître de cette place jusqu'en 1440(4). »

En 1442, le 4 juillet, le feu ayant pris dans une maison, par un vent très-violent, la plus grande partie de la ville fut réduite en cendres.

Pour ne pas entraver la marche des événements, nous avons cru devoir suspendre la suite des prieurs. Revenons à Jean de Vinzelles, que les auteurs de la Gallia christiana nomment de Vinrelle. Nous avons vu qu'il avait déjà occupé des postes importants ; il jouissait en effet d'une réputation de science et de vertu bien méritée. Docteur en théologie et recteur du collège de Paris, il fut délégué en 1423 au concile de Constance par Robert, abbé de Cluny. Peut-être manquait-il d'énergie dans les circonstances difficiles. Fatigué des bruits continuels de guerre et se voyant chaque jour dans de nouvelles alarmes, il résolut de quitter La Charité pour se retirer à Joigny, au diocèse de Sens ; c'était en 1426.

Thibault Douet, XXXVIP prieur, succéda à Jean de Vinzelles. On ne trouve rien de remarquable pendant son administration ; en 1439, il renonça au prieuré de La Charité ; on ignore ce qu'il devint ensuite.

Jean Chambellan, XXXVIII^ prieur, était originaire de Bourges. Ce fut de son temps qu'eut lieu la soumission de La Charité au roi. Charles VII avait mis le siège devant cette ville; « il contraignit Perrinet Grasset à la lui remettre par composition. Jusqu'en 1440, il avait toujours refusé de la rendre, quoique par le traité de paix conclu avec le duc de Bourgogne il fût dit que cette place demeurerait au roi ; Grasset prétendait s'y maintenir en vertu de la convention faite avec les religieux qui l'avaient nommé capitaine pour sa vie (2). >

(1) DupRÉAu, Annales ecclésiastiques,

(2) Manuscrit de La Charité.

Philibert de Maraffin, XXXIX« prieur (1). En 1470, le prieur Chambellan mourut à La Charité après une administration de trenteun ans, pendant laquelle il se fit remarquer par l'habileté et la sagesse de son gouvernement, tant au spirituel qu'au temporel. Il eut pour successeur Philibert de Maraffin^ fils d'un gentilhomme des environs, qui était seigneur de Garchy et de Vieux-Moulin. Il était en même temps abbé de Maubec, au diocèse de Bourges. Il n'a pas laissé une grande réputation de régularité.

Cette même année 1470, le roi. Louis XI donna des ordres aux prieur, religieux, bourgeois et habitants de La Charité, pour faire les réparations des fortifications de la ville et du château, les autorisant, pour subvenir aux frais, de faire c la levée des aides et impôts sur toutes les marchandises qui descendaient la Loire (2) ».

En 1482, Pierre de Fontenay, évèque de Nevers, voulant entreprendre la visite des prieurés dépendant de La Charité situés dans son diocèse, le prieur de Maraffin y mit opposition et se pourvut en cour de Rome ; il obtint un bref par lequel défense fut faite à l'évèque de visiter lesdits prieurés et de violer les droits, privilèges et immunités accordés à tout l'ordre de Cluny. Philibert de Maraffin mourut à La Charité en 1486.

Charles de Bourbon, XL« prieur. Il fut le premier commendataire du monastère; aussi ne prend-il que la qualité d'administrateur. Il était évèque de Clermont, administrateur de l'archevêché de Lyon ; créé cardinal-prêtre par le pape Sixte IV, il fut envoyé légat à Avignon. On ne sait de quelle manière il obtint le prieuré de La Charité. Il mourut à Lyon le 13 septembre 1488.

Antoine de Roche, XLP prieur, avait été grand-prieur de Cluny; il fut nommé à La Charité par Charles d'Amboise, abbé de Cluny, en 1490. L'année suivante, il eut à lutter contre le comte de Nevers qui, voulant lever des contributions dans son comté, avait imposé de grosses sommes sur les habitants des bourgs dépendant de La Charité ; Antoine se pourvut auprès du roi Charles VIII, qui arrêta les prétentions du comte.

(1) Nous conservons l'orthographe admise par la Gallia christiana et par l'auteur du manuscrit. D'autres auteurs écrivent Marafin.

(2) Manuscrit de La Charité.

En 1498, Louis XII prit en sa garde et protection le monastère et ses dépendances.

En 1499 eut lieu un contrat qui doit trouver ici sa place ; il s*agit d'une donation importante faite dans des conditions exceptionnelles.

Demoiselle Catherine de Tenon était une riche propriétaire de Saint-Maurice-les-Saint-Saulge, au diocèse de Nevers.

Elle abandonna au monastère de La Charité tous ses biens , à la condition que les moines fourniraient à elle et à son père , Louis de Tenon, < chaque jour, pendant leur vie, la pitance ou prébende d'an religieux, savoir : deux pintes de vin, deux pains de réfectoire et trois œufs; et les jours où les religieux auraient du poisson , des tartes et omelettes, lesdits Tenon en auraient aussi leur portion (1) i. On voit que nos bénédictins ne mangeaient pas encore de chair, si ce n'est dans l'infirmerie. Le chroniqueur fait observer qu'ils aHaient de quinze jours en quinze jours à l'infirmerie chacun leur tour, et y mangeaient de la viande. Quant aux donateurs, ils paraissent s'être soumis à une abstinence continuelle.

En 1503, le jour de la Fête-Dieu, le feu prit à une maison de la rue qui conduit à l'église Saint-Jacques ; toute la rue et les maisons voisines furent entièrement brûlées ; le vent ayant porté les flammes jusqu'à ladite église , le clocher fut incendié et les cloches fondues. Cette même année mourut dom Antoine de Roche.

1) Manuscrit de La Charité.

Page 1