DIGNITAIRES DU CHAPITRE AVANT
Dans l^étude que nous avons faite, à l'aide des chartes reproduites dans la Gallia christiana^ extraites en grande partie de l'ancien cartulaire de Nevers, et des précieux documents que nous a conservés Parmentier, nous avons indiqué les dignitaires du chapitre depuis son organisation définitive sous l'épiscopat de Hériman, en leur conservant le rang occupé par eux dans chaque acte, d'après l'ordre des signatures. Toutefois, nous devons déclarer que nous n'avons pas prétendu établir rigoureusement une règle de préséance ; car nous n'avons pas de preuve qu'il y eût, sur ce point, rien de bien précis ; nous trouvons, en effet, les dignitaires occupant tantôt un rang, tantôt un autre. Nous devons donc nous contenter de les présenter dans Tordre adopté le plus généralement.
L'archidiacre, l'abbé, le prévôt, le doyen, l'archiclave, le trésorier, l'archiprêtre, le grand-chantre, le magister ou écolûlre et le chancelier.
L'archidiacre, nommé, comme nous l'avons dit, par les diacres chanoines, remplissait habituellement l'ofâce de vicaire général et était admis par l'évoque à partager sa juridiction. Ses fonctions le mettaient donc dans la nécessité de se répandre à l'extérieur, en sorte qn'il se trouvait forcément obligé de ne pas s'astreindre à la vie canoniale dans tous ses détails. Souvent il assistait i'évê-
LES CONGRÉG/VTIONS RELIG. DANS LE DIOCÈSE DE NEVEHS. 31
que dans les (rrandes circonstances et agissait de concert avec lui. C'était lui qui présentait les clercs pour les ordres mineurs, après les y avoir préparés, ah archidiacono instructi ; c'était lui qui, comme maintenant, confiait aux portiers les portes de l'église, tradat eis archidiacanus ostium ecclesiœ ; c'était lui qui mettait entre les mains de l'acolyte le flambeau et le cierge, ah archidiacono acdpiant ceroferarium cum cereo (1). Il n'est donc pas étonnant de remarquer le plus souvent dans les actes solennels sa signature immédiatement après celle de l'évèque.
Les archidiacres dont nous avons rencontré les noms avant 1050 sont : Auno, en 867 ; Eroicus, en 947 ; Dodo, en 955; Guy ou Guido, en 1015. Nous le retrouvons en 1025.
L'abbé. Ce titre est donné à Bertelon dans la charte de 1015. On ne peut, comme l'ont prétendu certains auteurs, le confondre avec celui de doyen, puisque dans le même acte nous trouvons deux signatures plus bas: Signum Ragemhaldi decani; d'où il faut conclure qu'il s'agissait ici de l'abbé de Saint-Martin, attaché au chapitre.
Le prévôt, pris ordinairement dans le sein du chapitre, était quelquefois laïque. Comme l'archidiacre, et plus que ce dernier, il était engagé dans une vie tout extérieure. Etant chargé de l'administration des biens de l'église, il se trouvait dans la nécessité d'entreprendre bien des voyages. Nous avons vu plus haut que ces biens occupaient un certain nombre de provinces ; il était donc exposé à perdre l'esprit de recueillement et à s'attacher trop exclusivement aux biens de la terre. Nous verrons bientôt que le prévôt se considérait comme inamovible.
D'après les auteurs de la Gallia christiana et les anciennes chartes de l'église de Nevers , les prévôts connus sont Leotgarius, en 897 ; Flotérius, en 986; iEmard, en 1001; Evrard, en 1015; Guy ou Guido, en 1029; Hugues, en 1045; ce dernier donna sa démission en 1050. Nous dirons bientôt les circonstances qui accompagnèrent cette détermination, acceptée par Hugues-le^Grand, et confirmée par Léon IX dans le concile de Verceil, qui se tint la même année. Hugues n'eut pas de successeur.
(1) Sacramentaire de Hugues- le*6nind, pages 51 et 53.
Le doyen était bien, comme nous le voyons actuellement; à la tète du chapitre ; mais, d'après ce que nous venons de dire, ce ne pouvait être que pour l'administration intérieure de la communauté. C'était le chef du monastère, et son action ne s'étendait pas en dehors de l'église et du cloître ; son autorité se trouvait en quelque sorte anihilée par celle du prévôt.
Ne nous étonnons pas de voir les auteurs de la GalUa christiana ne pas faire mention des doyens à l'époque qui nous occupe ; ils ne commencent en effet à établir leur catalogue qu'à partir de Geoffroy de Champallement, en 1045.
Cependant, avant Geoffroy nous en avons trouvé un certain nombre que nous avons déjà signalés ; tels sont : Hildegrin, en 894 ; Luinus, en 955; Téterius, en 968; Guy, en 986; Ragembald, en 1015; Raoul , en 1025. A ces noms, que les mêmes auteurs admettent en partie, ils ajoutent, mais sans date : Hugues de Château-Renard, Henri de Châtilion , Létalde , Bernard d Wzy , Ârnauld Chaudron , Adam de Corvol , Gislebert Eliranne et Raynauld. Plusieurs des doyens que nous venons de signaler doivent remonter à l'époque des prévôts ; les autres sont postérieurs.
L'archiclave, d'après Ducange, n'était autre que le trésorier, archiclavis dignitas eadem est quœ thesaurarius. Ici se présente une diflîculté. On comprend la raison d'être du trésorier, après l'abolition des fonctions de prévôt ; mais on se demande si ces deux fonctions ne devaient pas se confondre. En y réfléchissant, on peut découvrir la différence qui existait entre ces deux dignitaires. Le prévôt était chargé de l'administration des biens ; c'était l'intendant ; il passait les baux, en percevait le montant, faisait les dépenses générales et remettait au trésorier les fonds nécessaires pour les besoins courants de la communauté. Quand le prévôt voyageait au loin pour la régie des biens du chapitre, il fallait bien qu'il y eût quelqu'un pour s'occuper des dépenses ordinaires : c'était le trésorier. C'est ainsi que nous avons compris cette double caisse, s'il nous est permis de nous servir de cette expression. Notre pensée se trouve confirmée par Roderigue, canoniste qui a traité cette matière : « Le trésorier, dit-il, est chargé de la distribution des rentes et des oblations, redditus et ohUxtiones dividit (1) »•
(1) Spéculum humant vita^ lib. II, cap. 16.
Toutefois, nous devons ajouter que ce n'était là que la partie de sa charge la moins importante. Au trésorier était confiée la garde du trésor, c'est-à-dire de tout ce que la cathédrale possédait de précieux : les vases sacrés, les reliquaires, les ornements sacerdotaux, les ustensiles de l'église, les joyaux déposés par les pieux fidèles ou par les évèques et les prêtres, etc. Nous comprenons pourquoi on lui donnait le nom à^archiclave : entre ses mains étaient les clés des coffres ou armoires qui contenaient ces richesses. Ajoutons que sous ces clés était encore renfermé l'argent monnayé destiné à venir en aide aux pauvres dans des moments difficiles. Il devait, en outre, surveiller les dépenses de l'église, en cire, huile, etc. C'était un poste de confiance. Aussi on faisait aux chapitres un devoir de choisir à cet effet parmi les chanoines celui qui paraissait le plus saint et le plus parfait : ut nullus in ea nin sanctior et melior ordinetur (1).
Les archiclaves ou trésoriers que nous avons pu découvrir sont : Hélie, en 894 ; Atto, en 947 , Addo, en 955 ; Geoffroy, en 986. Nous retrouvons encore un Geoffroy en 1025.
L'archiprêtre, que nous rencontrons pour la première fois dans un acte de 969, devait être le chef des prêtres, comme Tarchidiacre était le chef des diacres , mais avec cette différence qu'il avait une juridiction plus limitée. L'autorité de l'archiprôtre attaché au chapitre ne s'étendait pas au-delà de la ville épiscopale ou tout au plus des paroisses suburbaines. « Après l'archidiacre^ dit Jean de Holan, vient l'archiprétre, qui est le pasteur des pasteurs, et cependant, sgoute-t-il, il n'a pas les autres archiprétres sous sa juridiction; il est Tarchiprôtre de la cité, archipreahyter dvitatensis, et les prêtres seuls de la ville épiscopale font partie de son archiprètré, quod e/us preabyterio subsint omnespastores eccUsiarum quœ $unt intra civitatem episcopalem (2). > L'archiprétre de Nevers peut être présenté comme type de cette disposition ; il n'était composé que des paroisses de la ville et de la banlieue.
L'archidiacre, au contraire, partageait habituellement, comme nous l'avons déjà fait observer, la juridiction épiscopale, et son autorité s'étendait à tout le diocèse.
(1) Jean db Molan, De eanonieiSy lib. II, cap. 13.
(2) De Canonicis, cap. VIII.
L'ÉGOLATRE. Les capitulaires de Charlemagne voulaient qu'il y eût une école adjointe à chaque église cathédrale et aux monastères. Il n'est pas probable que l'église de Nevers se soit soustraite à ces sages prescriptions. L'école de la cathédrale était vraiment un petit sémi* naire; c'était la pépinière du clergé. A l'écolâtre, ou, comme on le désignait alors (1), au magister était confiée la charge de ces importantes fonctions. Il enseignait avant tout la grammaire et le chant, qui était une des principales branches de la science cléricale. Telles étaient les occupations d'Humbault ou Hucbald, quand l'évéque Atton l'eut appelé à Nevers.
Le grand-chantre, prœcentorj devait être non-seulement le direc teur du chœur, et, comme son nom l'indique, le chanoine chargé d'imprimer au chant et à la psalmodie la direction et le mouvement, mais il était comme l'inspecteur des écoles. Il jouissait d'une grande oonsidération parmi ses collègues, qui mettaient en lui leur confiance pour la teneur des actes. Aussi, il n'était pas rare de lui voir réunir à son premier titre celui de chancelier. Tel fut Eudes en 1029 : Odo prœcemptor àtque canceUarius scripsit. Il conserva ce double titre jusqu'en 1063.
Le chancelier. Nous avons fait remarquer que le titre de chancelier parait bien tardivement dans les chroniques de notre chapitre ; on rencontre des scribes tels que Gauthier, en 947 ; Gislebert, en 955; Telgérius, un peu plus tard, mais sans titre ; ils se contentent de déclarer qu'ils ont prêté leur plume et leur main : scripsit.
En 995, Raoul signe comme chancelier; après lui vient Gilbert, qui remplit ces fonctions jusqu'en 1015; il est remplacé par Fetbert; en 1024, c'est le diacre Eudes, et en 1027 Durand, qui figurent avec ce titre dans les chartes. Dans un acte de 1025, nous trouvons non-seulement la signature du chancelier, mais encore celle de Raoul, secrétaire; ce qui semblerait indiquer que te titulaire confiait quelquefois à un clerc le soin de dresser les act^s.
Nous avons pensé qu'il était important de recueillir ces détails et de les consigner dans l'histoire du chapitre.
(1) Le titre d'ôcol&tre n'a été admis que plus tard.