CHAPITRE IX
LOUIS DE CLÈVES. — JEAN DE CLÈVES. — CHARLES DE GONZAGUE. — D. JEAN PASSELÈGUE. — LA RÉFORME ET D. MAUVIELLE.
Louis de Glëves, XLV® prieur, W^ gommendâtaire. La commende avait fini par s'introdoire d'une manière définitive dans les principaux ordres religieux et devait s'y maintenir jusqu'à la Révolution française; les mœurs de l'époque et les malheurs des temps avaient sanctionné en quelque sorte celte triste institution, malgré les abus qui en résultaient. Ce n*est pas sans raison qu'un de nos historiens modernes ne craint pas de dire que la commende s'attachait aux flancs des ordres religieux comme un chancre rongeur^ pour en épuiser toute la sève et la vie (1). Il n'entre pas dans notre plan d'exposer en détail l'origine et l'histoire des commendes ; nous devons avouer qu'en parcourant les auteurs qui ont écrit sur ce sujet nous avons été loin d'être pleinement satisfait ; ils ne sont pas absolument d'accord pour le définir, et toutes les définitions, selon nous, demeurent incomplètes. Parfois on a blâmé l'Eglise d'avoir prêté la main à ces abus, sans réfléchir qu'ils ne s'étaient manifestés qu'à la longue, et que, à ces époques tourmentées, les Souverains Pontifes, souvent privés de leur liberté d'action, étaient réduits à
(1) Les Moines et leur influence sociale^ par Tabbé F. Martin.
entraver, autant qu'il était en eux, la marche irrégulière el funeste de cette institution, essayant de la ramener sans violence à des principes plus conformes aux intérêts spirituels et temporels des monastères. Nous trouvons, à Toccasion de la nomination de Louis de Clèves^ une nouvelle preuve des abus qui se glissaient dans lescommendes, mais aussi un témoignage frappant de l'action modératrice des Souverains Pontifes.
On sait que, sans se préoccuper de l'aptitude et de la vocation de leurs enfants, les seigneurs destinaient habituellement les cadets de leurs maisons à Tétat ecclésiastique ; puis ils mettaient tout en œuvre pour leur procurer de riches bénéûces; intrigues et sollicitations, tout leur paraissait bon pour parvenir à leurs fms.
Après le décès de Philippe de Lenoncourt, la duchesse de Nevers, Henriette de Clèves, qui avait épousé Louis de Gonzague, fît de vives instances auprès de dom Claude de Guise, abbé de Cluny, dans le but d'obtenir de lui le prieuré de La Charité pour Louis de Clèves, fils naturel d'un des membres de sa famille, c Mais comme il n*était pas religieux et que l'abbé de Cluny ne pouvait le lui conférer de plein droit, il se servit d'un religieux nommé D. Benoit Jacquet, qui fut pourvu de ce bénéfice, et qui le résigna en cour de Rome, en même temps qu'il en prit possession, en faveur de Louis de Clèves, lequel en fut pourvu par le pape Clément VIII, par bulle da mois d'août 1595, Tan IV^ de son pontificat^ à condition qu'il prendrait l'habit de l'ordre et ferait profession au bout de l'an. Il était auparavant chanoine régulier de Saint-Âugustin. Il reçut l'habit et fit profession entre les mains de D. Claude Renon, sous-prieur^ commis par l'abbé de Cluny (1). »
Ces conditions imposées par le Souverain Pontife sont une preuve que l'Eglise ne demeurait pas dans l'inaction relativement aux abus de la commende (2). Claude Renon qui était visiteur de la province de France, fit plusieurs sages règlements, mais Louis de Clèves en écouta la lecture sans s'en préoccuper plus tard. En 1606, il résigna
(1) Manuscrit de La Charité.
(2) L*abbé Martin admet comme exacte la définition de la commence donnée par l^historien d^Aiguebelle: c La provision d'un bénéfice régulier accordée à un clerc séculier avec dispense de la vie régulière. » On comprend combien cette définition est fausse ; on vient de voir que cette dispense ne s'accordait pas si facilement.
SOU prieuré de La Chanté par suite de sa nomination à Tévéché de Bethléem ; il conserva seulement son abbaye de Bourras.
Jean de Clêves, XLVP prieur, V« commendataire. Ce fut en sa faveur ((ue Louis de Clèves, son oncle, avait résigné en 1606. Il était chanoine régulier de Saint-A.ugustin, et devait jouir du prieuré en commende régulière par bulle délivrée par le pape Paul V.
 la mort de Louis de Clèves, en 1609, Erard de Rochefort, qui avait été nommé évéque de Bethléem, ne put accepter; le siège demeura vacant jusqu'en 1615, époque à laquelle Jean de Clèves fut appelé à occuper cet évèché. Il conserva son prieuré de La Charité, où il mourut en 1619.
Charles de Gonzague, XLVII» prieur, VI» commendataire. Depuis longtemps le duc de Nevers jetait les yeux sur le prieuré de La Charité pour son fils Charles qu'il destinait à Tétat ecclésiastique. Jean de Clèves avait même proposé de résigner en sa faveur, mais le duc refusa, tout en prenant les moyens d'assurer ce bénéûce à la mort du titulaire. Par suite d'un engagement formel du cardinal de Guise, abbé de Cluny, dès le lendemain de cette mort, le duc fit prendre possession pour son fils par D. François Rapine, prieur de Saint-Pierre- le-Moûtier; mais le H octobre suivant D. Jean Emery prit possession dudit prieuré/ comme pourvu par un des grands vicaires de Cluny, et le 18 du même mois D. Michel, religieux du prieuré de Saint-Martin-des-Champs à Paris, pourvu par l'autre grand vicaire, en prit possession en vue du clocher, n'ayant pu entrer dans la ville ; les portes lui avaient été fermées par ordre du duc de Nevers.
Le duc avait envoyé à Rome dans l'intérêt de son fils ; il obtint pour lui des bulles en vertu desquelles le jeune prince prit possession le 27 février 1620 ; mais il y eut ensuite procès au grand conseil. Le roi, voulant mettre fin à ce conflit, évoqua devant lui l'affaire ; il détermina les concurrents à renoncer à leurs prétentions en faveur du jeune Charles de Gonzague. Un arrêt fut rendu dans ce sens le 9 mars 1622.
Cependant François, duc de Rethelois, fils aîné du duc de Nevers, mourut la même année, le 3 octobre. La position du prince Charles était tout.autre ; la mort de son frère le rendait héritier du duché de Nevers; sa vocation devint chancelante, et, soit de son plein gié.
soit sous des influences de famille, il se décida, comme ^it notre chroniqueur, oc à quitter le bréviaire pour prendre Tépée , renonça au prieuré de La Charité^ et résigna en faveur de D. Passelëgue. i
Jean Passelëgue , XLVIII« prieur , VU® gommendatatre. Pour paralyser autant que possible les funestes influences des commendataires, TEglise avait institué les prieurs claustraux, auxquels ou donnait aussi le titre de sous-prîeurs. Ils étaient chargés du spirituel de la communauté et travaillaient au maintien de la discipline. Sous l'administration de Jean de Clèves , le monastère était gouverné aa spirituel par D. Pierre Pellevé, prieur claustral ; à sa mort,ent615, D. Jean Passelëgue , grand vicaire de La Chanté , fut choisi par l'abbé de Cluny pour le remplacer.
Les évéques d'Âuxerre avaient établi des offlcialités à Gosne , à Varzy et à La Charité ; D. Passelëgue, avec le consentement de Tabbé de Cluny, fut nommé offlcial de La Charité. Il avait été décidé pour le maintien de la régularité que , tous les trois ans , les prieurs dépendant de ce prieuré se réuniraient en chapitre général ; mais les abbés commendataires ont laissé tomber cette louable institution , d'où il résulta un grand relâchement.
D. Passelëgue crut que le meilleur moyen pour remédier au mal était de convoquer un chapitre général à La Charité ; il réussit dans ce pieux dessein. L'assemblée eut lieu le 17 août 1617 ; on y fît plusieurs règlements et ordonnances qu*il fit approuver par le roi, ce qui n'empêcha pas les religieux de refuser de s'y soumettre.
L'année suivante, 1618, D. Jacques d'Arbouze, grand-prieur de Cluny, qui désirait sérieusement la réforme des monastères de son ordre, voulant seconder les pieux desseins de D. Passelëgue, entreprit de commencer par La Charité. Il fit, à cet effet, la visite de ce monastère et laissa aux religieux de sages ordonnances qui devaient à l'avenir sauvegarder les saintes règles de la discipline, déclarant en présence de D. Henri Girard, prieur de Saint-Etienne de Nevers et procureur général de l'ordre de Cluny, qu'il ne prétendait pas préjudicier aux droits de l'abbé.
Cette même année, D. Jean Passelëgue, poursuivant toujours son pieux projet de réforme, conçut la pensée d'attirer à La Charité an jeune religieux originaire de cette ville, d'un rare mérite et d'une vertu éprouvée; il avait fait profession à Saint-Pierre-le-Moûtier: c'était D. Mauvielle.
Le 25 avril 1618, dom Mauvielle fut admis au nombre des religieux de La Charité, après avoir promis stabilité et obéissance à Tabbé de Cluny. On le regardait comme l'homme le plus propre à établir la réforme.
Sans avoir égard à son âge, il n'avait que vingt-quatre ans, on le nomma l'année suivante maître des novices ; il était en effet tout naturel, pour rétablir la discipline, d'en inspirer le respect aux jeunes gens qu'on admettait dans le monastère; de plus, il entrait dans la pensée de dom Veni d'Arbouze qu'on ne reçût à la profession que ceux qui s'engageraient par serment à suivre les règles de l'étroite observance.
L'influence exercée par dom Mauvielle changea en peu de temps le monastère de La Charité; la plus grande régularité y régnait. Dom Passelègue, heureux d'un semblable résultat, voulut en faire jouir les autres maisons dépendantes de son prieuré; il commença par celle de Rueil; il alla la visiter, en 1621, avec dom Mauvielle qu'il y laissa comme prieur claustral. Dieu ménageait à ce saint religieux de grandes tribulations dans cette nouvelle charge. Le prieur commendataire de Rueil , François Bonnot , conseiller au Parlement, ennemi de la réforme qu'on voulait établir, lui suscita des ennuis de tout genre; il alla même jusqu'à soulever les religieux contre lui, aûn de le forcer à se retirer. En effet, dom Mauvielle jugea prudent de s^éloigner de cette maison; il revint donc à La Charité, où il fut reçu par dom Passelègue avec bienveillance et vénération.
Cependant l'œuvre de la réforme marchait lentement, malgré les efforts constants des deux derniers abbés de Cluny, le cardinal de Gui^e et Louis de Lorraine. Dom Veni d'Arbouze succéda à Louis de Lorraine vers la fin de l'année 1622. Le 4 avril 1623, il fut mis en possession par le R. P. Passelègue, prieur claustral de La Charité, qui avait le titre de protonotaire apostolique. Le nouvel abbé poursuivit l'établissement de la réforme, mais légèrement mitigée ; c'est ce qu'on appela la petite réforme^ déjà adoptée à La Charité.
Dom Passelègue ayant été nommé prieur commendataire de La Charité, ne balança pas à confier à dom Mauvielle la charge de prieur claustral et celle de maître des novices ; en même temps il ordonna qu'on ne recevrait aucun novice dans la maison, sinon pour vivre dans Tétroite observance de la règle; il enjoignit à tous les anciens qu'ils eussent à garder inviolablement les règlements faits par dom Veni d'Arbouze, lorfide sa visite à La Charité, en 1618 ; il augmenta
le nombre des religieux, afin que les offices fussent célébrés avec plus de pompe et d'exactitude.
Dom Mauvielle allait être soumis à de nouTelles tribulations. Se sentant appuyé par le prieur coramendataire, il entreprit d'établir dans sa maison la réforme parfaite, avec abstinence de viande. Aus« sitôt une forte opposition se manifesta parmi les anciens religieux ; le doyen surtout et le sacristain ne voulaient p9int entendre parler de réforme. Dom Mauvielle comprit qu'il ne pouvait pas laisser ses novices sous une telle influence; il résolut donc de séparer le noviciat et de le rendre indépendant du reste de la communauté. Il s'agissait de déterminer les opposants à céder quelques lieux qui devenaient nécessaires pour cette opération. Le prieur claustral leur fit à cet effet des offres avantageuses ; tout fut inutile.
Cependant quelques-uns se réunirent à lui, entre autres dom Charles Pillon; mais ce dernier ne pouvait se résoudre à l'abstinence perpétuelle, étant tombé en de graves maladies toutes les fois qu*i| avait voulu s'y astreindre. Cependant il finit par s'y déterminer avec tant de courage, qu'il servait d'exemple aux autres ; et, six mois après, on écrivait qu'il n'en avait pas senti la moindre inconamodité.
Le prieur claustral donna Thabit à plusieurs novices, et profita de cette circonstance pour les séparer des anciens, qui auraient pu les entraîner dans leur relâchement et faire naître en eux de mauvaises impressions.
Ils eurent leur dortoir particulier ; on leur réserva les petits cloîtres, d'où ils se rendaient, pour l'office, dans la chapelle de Saint- Laurent, dont il était resté le chœur et trois autels après l'incendie général.
L'humilité profonde de dom Mauvielle lui laissait ignorer ses talents et ses vertus. Cherchant en tout \^ gloire de Dieu et Tavancement spirituel de ses chers novices, il saisissait toutes les circonstances pour arrivera ce double but. Les RR. PP. Carmes-Déchaussés de Nevers étaient en grande réputation de sainteté dans toute la province ; il pria le R. P. Chérubin, premier prieur du couvent de Nevers, homme dont le savoir égalait les vertus, de venir passer quelque temps au monastère de La Charité, pour édifier ses novices par ses exemples et ses pieuses exhortations. Le P. Chérubin se rendit à celte demande et arriva à La Charité avec le P.-Crégoire-de ' Nazianze-de-Saint-Basile. Ils y demeurèrent quelque temps, réglant les exercices , et formant par leurs instructions les novices à
toutes les pratiques de la vie religieuse. Après cette retraite spirituelle ils revinrent à Nevers.
Qu'il est difficile de faire succéder la ferveur au relâchement ! On s'habitue facilement à une vie sans gène, et on finit par ne plus mônae se reprocher les infractions à la règle. Les anciens résolurent de s'opposer aux réformes qu'on travaillait à introduire ; ils allèrent jusqu'à refuser leurs prébendes au prieur claustral et à ceux qui le secondaient. Dom Passelègue, ébloui de sa nouvelle dignité, ne soutenait plus dom Mauvielle avec la même énergie dans l'accomplissement de l'œuvre qu'ils avaient entreprise de concert, en sorte que le prieur claustral c fut obligé, pour avoir de quoi subsister, de se pourvoir devant le lieutenant-général de Saint-Pierrele-Moûtier, qui fit droit à ses réclamations. De plus, afin de faire cesser les insultes que les religieux lui faisaient journellement, il se pourvut devant Mgr Veni d'Ârbouze, abbé de Cluny, qui, quoique refroidi pour l'étroite observance depuis qu'il était abbé, approuva par des lettres de confirmation tout ce que dom Mauvielle avait fait pour l'établissement de la réforme, défendant expressément aux anciens religieux de iroubler en rien le sous-prieur et ses associés (1 ). » C'était en 16S7.
Les lettres de l'abbé de Cluny furent lues en chapitre, et les anciens religieux promirent de n'apporter à l'avenir aucun empêche-* ment aux progrès de la réforme. Dom Mauvielle travailla dèslors avec une nouvelle ardeur à l'établissement de l'étroite observance. Malheureusement, le noviciat ne devait pas posséder longtemps cet habile directeur, et les jeunes religieux, n'étant pas assez affermis, allaient oublier les leçons qu'il leur avait données, pour marcher dans la voie tracée par les anciens.
Dieu avait résolu de mettre fin aux épreuves de son fidèle serviteur et de récompenser ses mérites. La peste ravageait d'une manière épouvanlable toutes les contrées du Nivernais. Il y avait plus d'un an que cette terrible maladie jetait la consternation dans toute la province ; la commune de Nevers avait déjà traité avec un serrurier, qui devait < résider dans la ville pour fermer de jour et de nuit les portes, boutiques et fenêtres des pestiférés, » et on avait fait ouvrir les prisons à cause de la contagion (2). La ville de La Charité ne fut pas
(1) MaQuscrit de La Charité.
(2) Archives de Nevers^ tome 1", page 214.
à l'abri du fléau ; dès le commencement du mois d'août 1628, il y sévit avec une nouvelle intensité. La misère à la suite des guerres civiles, une excessive chaleur, l'abondance des petite fruits, que les .pauvres mangeaient avec avidité, faute d'autre nourriture, tout contribuait au développement de la peste. On avait dressé des baraques en dehors de la ville, et on y faisait transporter ceux que le mal atteignait ; chaque curé devait aller y porter à ses paroissiens les secours spirituels. Cependant le curé de Sainte-Croix, arrêté par l'âge et par les infirmités, était dans l'impossibilité de rendre aucun service à ces pauvres moribonds ; dom Mauvielle alla se mettre à sa disposi- ' tion, pour donner aux pestiférés les secours de l'âme et du corps ; il ne s'en tint pas là : en l'absence de dom Passelègue, il réunit la communauté, et chercha à faire comprendre aux religieux qu'ils devaient accepter avec empressement le moyen que Dieu leur offrait de réparer toutes leurs négligences passées, en se dévouant au soulagement de tant d'infortunés. Ses sollicitations furent inutiles ; ils refusèrent même d'avoir avec lui aucune relation, afin d'être tout à fait à l'abri de la contagion. Il n'y eut que dom Pierre Cabanel, dom Martin Fiteau et trois novices qui consentirent à partager son dévouement.
Depuis le commencement d'août, il fut constamment occupé avec ces religieux, soit à administrer les sacrements, soit à porter des sbulagements aux malades. Enfin, le 18 octobre, atteint lui-même, il comprit de suite qu'il ne guérirait pas ; il le dit aux cinq religieux dont nous avons parlé.
Après avoir reçu les derniers sacrements avec la foi la plus vive, le 3 novembre, il ne pensa plus qu'à se préparer à se présenter devant Dieu.
Le 4 au matin, vers six heures, il dit à ses religieux: « Je n'ai plus qu'une demi-heure à vivre. » Il les pria de réciter les prières des agonisants et y répondit lui-même avec ferveur. A six heures et demie, il approcha son crucifix de ses lèvres, prononça avec amour les noms de Jésus, Marie, Joseph, puis il ajoutia : Misericordias Domini in œternum cantabo : « Je chanterai à jamais les miséricordes du Seigneur, » et rendit son âme à son Créateur. Il était âgé de trente-trois ans et quelques jours. Un jour peut-être l'Eglise le placera-t-ellesur ses autels, car déjà Dieu a glorifié par des miracles la mémoire de son fidèle serviteur.
D. Mauvielle avait été fait, en 1619, maître des novices et chapelain de Saint- Jean ; en 1621, prieur claustral de Rueil ; en 1623, visiteur
de la province de France ; en 1625, prieur claustral de La Charité et chambrier. Il fut enterré en 1628 en l'église de Saint-Laurent ; sept ans plus tard, on transféra son corps devant là chapelle de Sainte- Radegonde , d'où on le retira de nouveau en 1639 pour le placer dans un lieu plus convenable, car sa mémoire était en grande vénération. Son corps était demeuré entier et aussi frais que s'il venait d'expirer. Il fut enterré pour la troisième fois^dans la chapelle du Saint-Nomde-Jésus (chapelle absidale actuelle). Dans ces diverses translations il y eut des guérisons miraculeuses, entre autres celle de sa mère, perdue depuis plusieurs années ; elle marchait difGcilement à l'aide de béquilles : à la vue de son fils, elle les jeta et courut l'embrasser.
D. Passelègue , qui avait à cœur de maintenir la réforme établie par D. Mauvielle , demanda le P. D. Pierre Lucas à l'abbé de Gluny pour être prieur claustral de son monastère ; il l'obtint, mais il ne l'y conserva pas longtemps, sa présence ayant été jugée nécessaire à Gluny, car la réforme y avait aussi été établie. D. Jacques Grenelle le remplaça à La Charité comme prieur claustral le 2 avril 1630.
Charles de Gonzague , comme nous l'avons dit , avait résigné son prieuré en faveur de D. Passelègue ; l'acte, passé en forme de procuration, était du 18 avril 1625, et le lendemain, par suite de certaines dispositions admises dans les commendes, il avait révoqué cet acte, et la révocation avait été acceptée par le nouveau titulaire.
Cependant D. Passelègue s'était empressé de solliciter à Rome des bulles en vertu desquelles il prit possession , c étant d'intelligence avec le duc, qui voulait réunir à son duché la justice de La Charité ; mais ceci n'ayant pas réussi, à cause de l'opposition de quelques particuliers, le duc, mécontent de D. Passelègue, qu'il accusait d'être d'intelligence avec les religieux opposants , résigna une seconde fois le prieuré en faveur d'un certain religieux nommé Pierre Cotan, lequel obtint des bulles en date du 29 avril 1627, et en prit possession le dernier jour de juin 1628. Mais comme ledit Cotan n'avait pas satisfait aux clauses insérées dans la procuration, D. Passelègue pré-tendit qu'il était mal pourvu et se maintint en possession , ce qui donna lieu à un grand procès.
» Pendant ce différend, le duc épousa la princesse de Mantoue, et parce mariage le prieuré demeura vacant, d'autant que les deux résignations étaient nulles.
9 Sur ces entrefaites {Inter duos litigantes tertius gaudet)^ D. Charles Hédeline, aussitôt après le mariage du duc, envoya à
Rome, 86 fit pourvoir du prieuré de La Charité et obtint des bulles du 7 février 1628, et en prit possession le 4 juillet de la même année ; mais Hédeline et Cotan, voyant qu'ils avaient un grand procès à soutenir ei que D. Passelègue les consumerait en frais , résignèrent tous deux à M'' Pierre Payen des Landes, conseiller au parlement de Paris, lequel s'en fit pourvoir en cour de Rome le 7 octobre 1628, et en prit possession le 29 janvier 1629.
B D. Passelègue, malgré toutes ces prises de possession , jouissait toujours , car il ne pouvait être dépossédé que par un arrêt que les autres n'avaient pas encore obtenu, mais il se voyait en môme temps trois grands procès à soutenir. Comprenant que son droit n'était pas soutenable, et que tôt ou tard il succomberait , il eut recours au cardinal de Lyon , fr^re du cardinal duc de Richelieu ; il lui passa procuration ad reaignandum. Le cardinal envoya à Rome, se fit pourvoir dudit prieuré et en prit possession le 22 juillet 1629, en vertu des bulles qu'il avait obtenues, et pour récompense il fit avoir à D. Passelègue l'évèché de Belley et l'abbaye d'Hambye, de l'ordre de Saint-Benoit, au diocèse de Coutances (1). >
(1) Manuscrit de La Charité.