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LES DOMINICAINS, OU FRÈRES - PRÊCHEURS

On donna le nom de mendiants aux ordres qui, plus que les autres, s'étaient détachés des biens de la terre et faisaient vœu d'une plus étroite pauvreté. En travaillant à faire revivre les anciennes hérésies, entre autres les absurdes et avilissantes erreurs du manichéisme, même dans les classes plus élevées et plus instruites de la société, comme nous l'avons vu en écrivant l'histoire du chapitre de Nevers et de l'abbaye de Saint-Martin, l'esprit de mensonge exerçait encore son empire jusque dans les chaumières et au milieu des modestes ateliers. En venant s'asseoir au foyer domestique, le religieux mendiant paralysait ces funestes influences ; il faisait passer de délicieuses veillées en racontant d'intéressantes histoires, propres à enrichir l'esprit et le cœur des membres de la famille. En se retirant, il emportait dans sa besace le modeste morceau de pain fourni par la charité, et en revanche il laissait dans la maison le bonheur et la paix que produit la foi réveillée et éclairée.

Parmi eux , les uns se consacraient plus spécialement aux classes plus élevées. Tels étaient les Frères-Précheurs dont le nom seul indique la mission que l'Eglise leur avait confiée ; la mission des autres paraît plus modeste.

Les ordres mendiants étaient : les Dominicains, les Franciscains, les Carmes et les Âugustins. Nous allons rappeler leur mission dans le diocèse de Nevers.

On ne s'étonnera pas de nous voir placer en tête de cette nouvelle milice un ordre devenu célèbre dans TÉglise : les Frères-Prêcheurs, qu'on nomma encore Dominicains , du nom de leur saint fondateur, et en France assez communément Jacobins, parce que leur premier couvent de Paris fut bâti dans la rue Saint-Jacques. C'est sous ce nom qu'ils étaient connus à Nevers. Les Frères-Prêcheurs étaient donc chargés de rétablir dans le cœur des peuples les principes évangéliques qu'on cherchait à affaiblir, et à combattre les fausses doctrines que les ennemis de la religion travaillaient à propager. Ce fut en 1215 que le pape Innocent III approuva Tordre de Saint-Dominique; l'année suivante Honoré III le confirma.

Dans le cours de ce siècle, ce nouvel ordre eut un établissement dans la ville de Nevers.

Gaucher de Châtillon, petit-fils de Mahaut de Courlenay, comtesse de Nevers, étant mort sans enfants, laissa à Yolande de Chàtillon, sa sœur, les droits au riche héritage auquel il pouvait prétendre. Yolande épousa Ârchambault, sire de Bourbon, dont elle eut deux enfants : Mahaut, qui hérita des biens du Nivernais, et Agnès de Bourbon. Cette dernière eut en partage la seigneurie de Bourbon qu'elle porta en dot à Jean de Bourgogne. Cependant elle avait conservé des propriétés dans le Nivernais ; elle possédait entre autres, à Nevers même, un château placé au-dessous de la cathédrale et contigu au cloître des chanoines ; elle conçut le projet d'appeler à Nevers les enfants de saint Dominique et de leur abandonner ce château ; ce qui eut lieu en 1271.

Avant la Révolution, on lisait sur un des vitraux derrière le maitre-autel les quatre vers suivants :

Agnès, dame de Bourbonnois, Qui fut des hoirs de Nivernois, Donna aux Prescheurs sa maison Pour y faire lieu d'oraison.

Le premier prieur qui occupa ce couvent fut Guy de Sully, parent de la fondatrice, qui devînt plus tard archevêque de Bourges.

Hugues Ayceljn, cardinal de Billon, appartenant à Tordre de Saint- Dominique, combla cette maison de ses bienfaits. C'était en 1298.

Jusqu'en 1296^ il parait, d'après Parmentier, qu'ils n'avaient pas encore été canoniquement admis à Nevers. Ce fut Tévéque Jean de Savigny qui, à cette époque, leur donna l'autorisation de se fixer dans cette ville. Peut-être, depuis la donation d'Agnès de Bourbon, n'y avait-il que quelques frères chargés des dispositions nécessaires pour compléter le couvent.

Robert de France, comte de Clermont, et Béatrix de Bourbon, sa femme, fille de la fondatrice, conûrmèrent en 1296 la donation d'Agnès de Bourbon, et au mois de novembre de la même année, le roi Philippe-le-Bel accorda ses lettres-patentes aux Jacobins de Nevers (1 ).

Par un codicile fait à Rome le 28 décembre 1298, le cardinal de Billon leur légua tous les livres qu'il avait achetés depuis qu'il était cardinal (2).

Au mois de juillet 1305 leur église était terminée. Jean de Savigny en fit la dédicace, sous le vocable de la sainte Vierge et de saint Louis, canonisé huit ans auparavant.

< En 1313, le même prélat accorda deux arbres, à prendre dans les bois de Préipery, pour faire confectionner les tables et les bancs de leur réfectoire. Les habitants de Prémery, voulurent s'y opposer; ils prirent les armes, repoussèrent les religieux et en blessèrent deux; mais l'évêque fit citer les coupables devant son juge et les fit punir (3). »

« Nicolas de Saint-Saturnin, cardinal jacobin, par son testament du 20 octobre 1381, leur légua 5 florins d'or (4). »

Déjà, en 1228, les enfants de saint Dominique étaient en querelle avec l'Université relativement aux chaires de théologie ; nous les retrouvons encore vers la tin du quatorzième siècle, en 1384, luttant avec le même corps, relativement à la croyance de l'Immaculée Conception de la très-sainte Vierge.

L'Église ne s'était pas prononcée sur ce point, et on pouvait, sans hérésie, soutenir les sentiments opposés; toutefois, la pieuse croyance au sublime privilège de Marie était adoptée généralement par le clergé et par le peuple, en sorte qu'on considérait comme téméraire

(i) Archives de Neoers, tome !•', p. 343.

(2) Histoire des cardinaux de France, par Duchesne, p. 311.

(3) Parmentibr, Archives de Nevers, t. I*', p. 344.

(4) François Duchesne, p. 660.

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celui qui, publiquement, osait Tattaquer. On avait toute liberté de discuter dans les écoles, mais on ne pouvait prêcher en chaire rien de contraire à la croyance admise par Tuniversalité des fidèles.

Cependant, en 1388, Adam de Soissons, prieur des Jacobins de Nevers, ne craignit pas d'énoncer dans la chaire de Saint-Cyr des opinions qui révoltèrent les fîdèles. Maurice de Coulantes, alors évèque de Nevers, quoiqu*appartenant au même ordre, car il avait été tiré des Dominicains d'Auxerre, le fit arrêter et conduire prisonnier à Paris, où il fut retenu jusqu'au mois de mai suivant. Le 12 mai 1389, il fit une abjuration solennelle de ses erreurs au cimetière des Innocents, en présence du recteur de l'Université et de toutes les facultés réunies.

Sauvai, dans son Histoire de Paris^ complète ce que nous venons de dire sur Adam de Soissons, relativement à ses erreurs sur l'Immaculée-Conception :

a Le 12 mai 1389, dit-il, le recteur de l'Université de Paris, accompagné de quantité de régents, des procureurs des nations, de plusieurs docteurs, professeurs et autres suppôts de TUniversité, se rendit, sur les neuf heures du matin, au cimetière Saint-Innocent où, après le serment fait par un maître ès-arls, nommé de Maiiroi, le prieur Adam, d'un visage contrit et la larme à Tœil, reconnut que justement il avait été emmené à Paris et détenu prisonnier jusqu'à ce qu'il eût abjuré les hérésies qu'il avait préchées à Nevers ; que là-dessus il demanda pardon à la Vierge, à l'Eglise et à tous les bons chrétiens, à son évéque et à ceux qui avaient assisté à ses prédications, d'avoir dit , etc.; qu'ensuite il déclara pour hérétiques les

quatorze opinions de Jean de Monteson condamnées par la faculté de théologie et suivies, à ce que Ton disait, de tous les Jacobins en général ; qu'enfin il promit de ne pas prêcher de deux ans dans son diocèse, ainsi qu'il lui avait été ordonné, et même de faire deux autres abjurations semblables, l'une à Nevers, l'autre devant toute l'Université assemblée (1). i^

Ce fut un Jacobin de la maison de Nevers, le P. Martin Porée, qui eut l'honneur, en 1403, de mettre fin aux débats qui s'étaient

(I) Tome P% p. 535.

élevés entre l'Université et Tordre des Frères-Prêcheurs ; son habileté dans cette affaire valut à ce religieux Tévêché d'Arras.

Les travaux de construction de leur monastère marchaient lentement. Ce ne fut qu'en 1393 que Tévèque Maurice de Coulanges fit bâtir leur tour, a: Elle fit ombrage à Tabbesse de Notre-Dame, dit Parmentier , et il y eut à ce sujet de gros démêlés et des voies de fait; mais Tévèque laissa crier Tabbesse, et la tour fut achevée en peu de temps (1). »

Les comptes de la ville de 1401 et 1402 font mention des secours qu'elle leur accorda pour les aider à achever la charpente de leur monastère. Les comptes de 1404 relatent de nouveaux secours fournis par la ville à Toccasion d'une nouvelle dédicace de leur église ; on ne dit pas si la première avait été détruite par quelqu'accident, ou si un agrandissement important avait motivé cette cérémonie.

On voit aussi que souvent les Jacobins étaient engagés par les échevins pour prêcher des sermons de circonstance, et la ville s'empressait de les rétribuer. C'est ainsi qu'en 1396 ils furent chargés de prêcher à la cathédrale un sermon pour la prospérité des armes du comte de Nevers, qui était aux marches de Hongrie. Le comte était alors prisonnier de Bajazet, ayant été pris au siège de Nicopolis. En 1405, la même chose eut lieu ; un Jacobin prêcha c pour prier Dieu pour la paix de l'Eglise, et pour la bonne victoire de nos seigneurs les ducs de Bourgogne et d'Orléans , qui tenaient le siège devant Bordeaux et devant Calais (2). >

En 1441, la ville leur vient encore en aide à l'occasion du chapitre général c qui se tiendra à cette prochaine Madeleine en la ville, où il y aura plusieurs notables, clercs, docteurs et bacheliers en sainte théologie , et moult d'autres vaillants Pères et Frères - Prêcheurs solemnes de bonnes vie, mœurs et science excellentes (3). «

Les comptes de la ville pour 1462 parlent d'un incendie qui détruisit le couvent des Jacobins. Le cloître fut rebâti en 1532.

Les comptes de la ville de 1619 portent qu'il leur fut accordé, à cette époque, une somme de 50 livres tournois pour les aider à bâtir leur église ; ce qui fait supposer que le monastère aurait éprouvé

(1} Archives de Nevers, t. !•», p. 346.

(2) Idem, p. 346 et 347.

(3) fdem, p. 347.

un nouveau sinistre. Ils recevaient aussi annuellement de la ville une somme de 100 livres pour les messes quMls étaient chargés de dire dans la chapelle de Saint-Sébastien.

L'histoire locale ne dit plus rien des Dominicains de Nevers ; mais nous ne pouvons oublier de faire mention de l'honneur que saint Vincent Ferrier fit à cette maison quand il vint prêcher, en 1417, une mission dans notre cité; il descendit chez les Jacobins et s^y fiia pendant son séjour à Nevers. On avait conservé respectueusement dans ce monastère une vieille chaire portative qui était, assure-t-on, celle dont le saint s'était servi dans cette circonstance (1).

En 1770, le nombre des religieux était peu considérable; il était réduit au prieur, à deux religieux et à un frère.

Au mois d'octobre 1790 , le couvent était réduit à trois religieux : le R. P. Etienne Troutot, prieur; leR. P. Antoine Gacadier, prêtre, et Antoine-Claude Moret, dit frère Maurice, convers.

On lit au-dessus do la porte donnant dans le jardin rinscription suivante :

ANCIEN CHATEAV DÉ AGNÈS DE BOVRBON QVELLE DONNA AVX DOMINICAINS EN NOVEMBRE

On a ajouté plus récemment :

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