LES CORDELIERS
Cette estime que le saint roi leur poHait fut sans doute partagée par les différents membres de sa famille, et devint peut-être la cause déterminante de leur établissement dans notre cité. Son fils Tristan était devenu comte de Nevers par son mariage avec Yolande de Bourgogne. Ce fut elle qui appela à Nevers les Cordeliers, de 1270 à 1280; Parmentier ne précise pas autrement l'époque de leur fondation. Nous pensons que la princesse les fit venir avant 1280, peut-être dès 1270, au moment de son veuvage, et avant son second mariage avec Robert de Flandre, dit de Béthune. Quoi qu'il en soit, dans son testament, fait à Decize au mois de mai 1280, elle ne les oublia pas; elle voulut même que sa dépouille mortelle fût déposée dans le monastère qu'elle leur avait fait construire au faubourg de la Chaussée. Son épitaphe portait qu'elle mourut au mois de juin de ladite année.
Pendant les guerres du quatorzième siècle, les Anglais ravagèrent à plusieurs reprises les environs de Nevers. On prit le parti qui avait été adopté ailleurs : partout on détruisait <t les faubourgs et les églises qui y étaient, pour empêcher les ennemis de s'y loger. La maison des Cordeliers fut ruinée en 1858, et les religieux demeurèrent cinq ans sans asile, i
€ Marguerite de France, comtesse de Nevers, fille de Philippele-Long, et veuve de Louis II, comte de Nevers, qui avait fait élever chez eux son fils Louis III, les retira dans la ville en 1363 et obtint du comte qu'on leur abandonnerait pour habitation une partie de son château nommé Gloriette; elle leur fit aussi amortir trois maisons
qu'ils avaient acquises dans la censive du chapitre, de Tabbaye de Saint-Martin et du prieuré de La Charité (1). »
En entrant dans leur nouveau couvent, le 16 avril 1363, les Cordeliers y apportèrent avec eux le corps de leur pieuse fondatrice et son épitaphe gravée sur une grande table de marbre noir, qu'on voyait encore avant la Révolution dans Téglise des Récollets, qui remplacèrent les Cordeliers, comme nous le verrons bientôt.
Cette église fut commencée au mois de juin 1381, et en 1398 le monastère fut en état de recevoir l'assemblée du chapitre général. La ville voulut concourir à la dépense occasionnée alors. L'église fut consacrée en 1404 sous le vocable de saint Pierre et de saint Paul.
En 1399, les Cordeliers achevèrent de démolir leur ancien couvent de la Chaussée, et ils convertirent Tenclos en jardin et en verger, ayant soin de conserver à part l'emplacement de l'ancien cimetière, qui fut réconcilié en 1423 pour servir de sépulture aux étrangers.
Il parait qu'il y avait encore quelques réduits au milieu des ruines de la Chaussée, car « le compte de Pierre Cordier, de l'année 1403, fait mention que deux malfaiteurs se tenaient en franchise dans le moûtier des Cordeliers, qu'ils étaient mouchés par deux sergents de M. de Bourgogne et qu'ils y restèrent longtemps (2). j>
La ville s'empressait, dans toutes les circonstances, de venir en aide aux Cordeliers. Elle leur donna une nouvelle preuve de son bon vouloir à l'occasion de l'incendie qui, en 1484, ravagea leur couvent ; c'était le 23 août. « Les puits et les fontaines étant presque taris , à cause de la grande sécheresse, on éteignit le feu avec du vin ; on en prit huit demi-tonneaux dans la cave de Guillaume Gentil, curé de Vandenesse, demeurant à Nevers, et un demi-tonneau dans celle de la veuve Souchet, qui furent payés par la ville (3). ï
Par suite de cette bienveillance, les échevins se crurent en droit de se mêler des affaires intérieures des religieux, ce qui nuisit aux bonnes relations qui avaient existé par le passé.
Le relâchement s'était glissé dans la nombreuse famille de saint François, et bientôt on comprit qu'une réforme était devenue néces-
(1) Pabmentier, Archives de Nevers^ tome !•', pages 351 et 352.
(2) Idem, page 353.
(3) Idem, page 189.
saire; mais il esl difficile de maîtriser les esprits dévoyés et de les faire rentrer sous les lois de la discipline primitive. Les Cordeliers de Nevers se trouvaient divisés : les uns avaient adopté la réforme, les autres la repoussaient. Les échevins se mêlèrent de la querelle ; mais, à la requête des Cordeliers réformés, ils furent assignés au Parlement, et au mois d'octobre 1494 des commissaires de la cour vinrent à Nevers comme médiateurs.
Cependant, en 1518, les Cordeliers réformés, connus sous le nom d'Observantins, prirent la place des Cordeliers conventuels. La ville accueillit avec empressement ces nouveaux venus; et comme le couvent était dénué de vivres, elle vint à leur aide ; elle donna de nouvelles preuves de sa bienveillance , en concourant aux frais occasionnés par la réunion du chapitre général qui eut lieu à Nevers au mois de mai 1525.
Parmentier rapporte que « lors delà maladie épidémique qui régna en 1525 et qui durait encore en 1531, on les obligea de laisser libre la closerio ou petite ferme qu'ils s'étaient conservée à la Chaussée. On s'en servit pour y retirer les pestiférés, et on leur fit un dédommagement de cent sous (1). »
c Leur salle capitulaire, dit le même auteur, fut le lieu où s'assemblèrent, en 1534, les commissaires députés pour la rédaction ou réformation de la coutume de Nevers. »
Ce monastère, ordinairement composé de vingt religieux, soumis aux supérieurs de la province de Tours, avait bien dégénéré. D'accord avec Louis de Gonzague , duc de Nevers , l'évêque Arnaud Sorbin voulut le réunir à la province de France parisienne ; à cet effet, il obtint du pape Sixte V un bref en date du 25 octobre 1586; mais il ne le mit pas de suite à exécution. Le prélat craignait s^ns doute quelque opposition de la part des religieux; car, s'il faut en croire Charles Rapine, c ce couvent était si mal reiglé que à peine y avait-il autre marque de religion, sinon une forme d'habit régulier en cinq ou six religieux qui y demeuroient (2) »
Ce fut le 27 janvier 1592 qu'Arnaud Sorbin prononça leur exclusion ; ils se retirèrent à Issoudun, et furent remplacés par des Corde-
Ci) Archives de Nevers, tome !•% p. 354.
(2) Histoire générale des RécolleiSj décade 13.
liers réformés d'Italie que le duc Louis de Gonxague fit venir avec Tagrément de l'évéque (1).
Ces nouveaux religieux ne demeurèrent à Nevers que jusqu'en 1597; le supérieur général les rappela, parce qu'étant étrangers et ignorant la langue, ils rendaient peu de services. Ils furent remplacés par les Récollets.