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LES RÉCOLLETS

De toute part on s'occupait d'établir une salutaire réforme dans la nombreuse famille du saint patriarche d'Assise ; l'Espagne, l'Italie, la France travaillaient à cette oeuvre importante. En 1484, Jean Sotto-Mayor avait reçu du pape Innocent VIII une mission toute spéciale pour entreprendre la réforme des Cordeliers; il bâtit le monastère de Notre-Damedes-Ânges, dans les montagnes de la Sierra- Morena, pour s'y retirer et y recueillir ceux de ses frères en religion qui voudraient faire profession d'une vie plus austère; de là le nom de Récollets, Recollecti.

Cette réforme demeura près d'un siècle concentrée en Espagne, où elle avait pris naissance. En 1583, elle s'introduisit dans la province d'Aquitaine. Le couvent de Nevers fut le premier de lai province de France qui reçut les Récollets; ils y entrèrent le 7 septembre 1597, au nombre de sept, et le 17 du même mois la communauté commença à chanter solennellement l'office divin.

Les Récollets, comme les Cordeliers, furent aidés par la ville, mais surtout par les princes de Nevers. Le 30 septembre 1612, Charles de Gonzague, duc dé Nevers, et sa femme Catherine de Lorraine leur abandonnèrent une maison qui leur appartenait, pour agrandir leur jardin. Leurs successeurs contribuèrent aussi puissamment au complément de leur église par l'établissement de plusieurs chapelles où quelques-uns d'entre eux choisirent leur sépulture.

Cette église , qui remontait à la fin du quatorzième siècle, avait été construite pour les Cordeliers; elle était belle et vaste; on y comptait huit chapelles, élevées successivement par les sei-

(t) Parmentier, Histoire maniucrile des évêqties de Nevers,

gneurs dont nous venons de parler et par d'autres personnages de condition qui marchèrent sur leurs traces. Au commencement du seizième siècle, Marie d'Albret fit construire dans cette église une chapelle sous le vocable de Tlmmaculée-Conception ; le bailli de Nevers, Léonard Dupontot, en éleva une autre sous le titre de saint Bonaventure, de saint Jean-Baptiste et de saint Jean Tévangéliste; une dame de la Chaise en prit à sa charge une troisième en rhonneur de saint Alexis ; un seigneur.de Buxière en éleva une quatrième sous Tinvocation de sainte Madeleine et de saint Christophe ; la cinquième fut bâtie par Mme de Nanvigne, veuve de Guillaume Tenon, et dédiée à Notre-Dame de Pitié. Ces cinq chapelles indiquent que l'église devait avoir cinq travées jusqu'au chœur. L'autre partie, du côté de la rue, n'avait que trois chapelles: celle du Saint-Sépulcre, celle de Suint-Jérôme, bâties l'une et l'autre avec les dons des habitants. Charlotte de Bourbon, femme d'Engilbert de Clèves, comte de Nevers, a largement contribué à la construction de la dernière, où elle fut inhumée, ainsi que Marie d'Albret, femme de Charles de Clèves , qui avait pris l'ornementation à sa charge. La troisième, due à la générosité de Léonard Dupontot, dont il a été question plus haut, était dédiée à Notre-Dame de Lorette.

Dans la construction de l'église, des caveaux avaient été préparés par les soins , sans doute, des princes de Nevers et disposés par la maison de Clèves, car dans la collection de Gaignières relative à la sépulture des membres de cette famille , on trouve les épitaphes de cinq d'entre eux. Outre Engilbert de Clèves et sa femme Charlotte de Bourbon , il est fait mention de Charles de Clèves, leur fils ; de Marie d'Albret, femme de ce dernier ; de Marie de Clèves, épouse du prince de Condé, et de Louis de Clèves, second fils d'Engilbert.

Le cœur de Jean-Biaise de Lamoignon était déposé dans cette église.

Les Récollets étaient chargés de desservir la prison de Nevers, et rhôtel-Dieu leur donnait une rétribution annuelle pour ce service.

Devant l'église, le R. P. Jean-Baptiste avait fait ériger une croix, le 25 mars 1764; elle fut renouvelée le 28 mai 1776 ; on la nommait la croix des Récollets. Ces religieux étaient d'un grand secours au clergé de Saint-Cyr. On avait recours à eux pour les prédications extraordinaires ; c'est ainsi que le 14 août 1768 le R. P. Louis prêcha dans la cathédrale l'oraison funèbre du dauphin*

Deux ans pi as tard, en 1770, le 6 août, Féglise des Récollets fut témoin d'une cérémonie bien émouvante. Un soldat du régiment de la reine, alors en garnison à Nevers, avait été condamné à mort ; il fut conduit au lieu où devait avoir lieu l'exécution, quand tout-à-coup on vit Mme de Tourny, femme du colonel qui commandait le régiment, se présenter et solliciter la grâce du coupable. Sa prière fut exaucée. On n'oublia pas d*adresser à Dieu des témoignages publics de reconnaissance , et l'église des Récollets fut choisie à cet effet, sans doute parce qu'un des Pères avait accompagné te patient dans ce terrible moment. M. et Mme de Tourny se firent un devoir d'assister, avec un certain nombre d'officiers, à la messe solennelle d'actions de grâces, à la suite de laquelle on chanta le Te Deum (1).

 cette époque, le couvent ne comptait plus que le gardien, quelques religieux, dont les chroniques ne fixent pas le nombre, et deux frères.

La maison de Nevers a produit un certain nombre de religieux célèbres, dont plusieurs étaient originaires de cette ville. Nous pouvons citer en premier lieu Charles Rapine, né à Nevers. Après avoir été engagé parmi les Cordeliers observantins, il adopta la réforme des Récollets. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages renommés, parmi lesquels figure son Histoire générale des Récollets. Il fut provincial de l'ordre et il mourut gardien du couvent de Paris. François Rapine, son neveu, se distingua aussi dans le même couvent par son amour pour l'étude ; il fit paraître, entre autres^ un livre intitulé : Ls Christianisme naissant dans sa gentilité. Cet ouvrage fut censuré en 1700 par la faculté de théologie de Paris.

Vincent Moret, né à Nevers, entra aussi chez les Récollets. Il composa plusieurs ouvrages et se livra au ministère de la prédication. Il prêcha avec succès un Carême à Paris, dans l'église Saint- Séverin.

Le procès- verbal dressé en 1792 par les ofSciers municipaux constate que les objets d'argent destinés au culte et trouvés chez les Récollets pesaient 29 marcs 2 onces. — Cette argenterie fut envoyée à Paris le 26 février an II (2).

(1) Manuscrit laissé par M. l'abbé de Forestier, chanoine de Nevers.

(2) Archives de Nevers, texte et note, livre !•', p. 357 et 358.

Outre le couvent de Nevers, les RécoUets en avaient encore deux autres dans la province du ^{ivernais : un à La Charité et un autre à Glamecy.

Récollets à La Charité.

Quoique la plupart des chroniqueurs reculent jusqu'en 16201a fondation des Récollets à La Charité, nous croyons devoir admettre la date indiquée dans l'histoire manuscrite du monastère des Bénédictins de cette ville, qui la fixe à une époque antérieure ; nous y lisons :

c En 1601, D. Louis de Gonzague, prieur de La Charité, considérant l'utilité qu'il en reviendrait à la ville de La Charité d'avoir un couvent de religieux mendiants^ vu les services qu'ils rendraient an public, sur la demande des échevins, fit venir à La Charité les RR. PP. Récollets, où il leur fonda un couvent, leur ayant donné la place où ils sont et fait bâtir leur église. Le sieur Testard, échevin, fit construire la chapelle de Notre-Dame (1). »

L'auteur de la Notice des monastères du diocèse d*Auxerre fixe leur fondation en 1620 et dit qu'ils vinrent du couvent de Saint- Denys en France. Tels sont les seuls renseignements que nous avons pu nous procurer. Nous savons toutefois que ces religieux étaient employés dans le ministère pastoral. V Annuaire d^Auxerreie 1790 fait mention d'un P. Tyriot, Récollet, vicaire de la paroisse de Saint-Jacques ; nous y trouvons aussi le nom du dernier gardien , le P. Lacroix.

RécoUets à Clamecy.

Dans la partie la plus élevée du faubourg de Beuvron à Clamecy (2), faubourg qui sans doute était loin d'être alors aussi populeux que maintenant, avait été établi un ermitage ; le fondateur de ce mo-

(i) Histoire manuscrite du prieuré de La Charité. (2) La section du Beuvron, séparée de la ville par la rivière de ce nom, formait comme deux faubourgs.

deste manoir portait un nom connu dans l'histoire de notre province ; c'était le frhre Nicolas de Mouchy. Déjà depuis longtemps il vivait dans ce lieu en anachorète ^ quand on appela à Clamecy les Récollets. L'histoire ne dit point de quel monastère ils furent tirés.

Il est à remarquer que dans la fondation des diverses maisons de cet ordre, les princes de Nevers figurent toujours au premier rang. Ne nous étonnons pas de voir la duchesse de Nevers s'entendre pour cette fondation avec l'évèque d'Auxerre, François de Donnadieu (1). On en fixe l'époque à Tannée 1620. Nous croyons qu'il en avait déjà été question dès le commencement du dix-septième siècle, et que la date indiquée par les historiens de la contrée est celle de rétablissement définitif. Quoi qu'il en soit, ces religieux étaient déjà venus visiter les lieux ; l'emplacement de l'ermitage leur avait paru commode et convenable ; ils traitèrent avec le frère Nicolas de Mouchy, puis ils se mirent à construire de nouveaux bâtiments, et, le 24 janvier 1622, ils s'y établirent en communauté. Leur vie édifiante, les services qu'ils rendaient à la ville leur gagnèrent l'estime et rafiection des habitants; aussi les libéralités leur arrivèrent en abondance, et bientôt ils furent en position de faire construire un couvent tout à fait régulier. Cette maison, en 1747, était devenue une des plus belles de Tordre (2).

Le successeur de François de Donnadieu, Dominique Séguier , évéque d'Auxerre, leur porta le même intérêt, et quand l'église fut terminée, il ne balança pas à se rendre à Clamecy pour en faire la dédicace. Cette cérémonie eut lieu le 4 mai 1636.

Quant à l'anachorète Nicolas de Mouchy, il ne voulut pas s'éloigner d'un lieu qui lui était cher; il demeura avec les religieux et prit l'habit de leur ordre, puis il alla faire profession dans le couvent de Paris, où il mourut (3).

Nous n'avons pu nous procurer d'autres renseignements relativement aux Récollets de Clamecy; nous savons seulement que le dernier gardien en 1790 était le P. Vivien Lequoy (4).

(1) Archives d'Auxerre.

(2) NÉE SE La Rochelle, pages 130 et 131.

(3) Idem.

(4) Annuaire d'Auxerre de 1790.

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