LES CAPUCINS A NEVERS
Une nouvelle réforme devait encore s'établir dans la nombreuse famille de saint François d'Assise. Un Frère-Mineur de Monte-Falco assura, en 1525, que, par suite d'une révélation, il était appelé à pratiquer la pauvreté d'une manière plus étroite encore que par le passé ; avec la permission du Pape, il se retira dans la solitude et fut suivi par un certain nombre de ses frères en religion. La forme de leur capuce leur fit donner le nom de Capucins de Vordre des Frères- Mineurs. C'est ainsi que les nomme Paul III dans sa bulle de con- Ormation. Ce Pape leur défendit de s'établir au-delà des monts; mais en 1573, Grégoire XIII, à la prière de Charles IX, roi de France, leur permit de venir en France, où ils formèrent un grand nombre de couvents.
c II y a des gens, dit Chateaubriand, pour qui le seul nom de Capucin est un objet de risée ; quoi qu'il en soit, un religieaz de l'ordre de Saint-François était souvent un personnage noble et simple (1). » Cette réflexion du grand écrivain pouvait s'appliquer d'une manière toute spéciale au couvent de Nevers, dont le fondateur et le premier gardien appartenait à une des plus grandes familles de France : c'était le P. Ange de Joyeuse.
Plus tard, en 1698, un autre gardien de la même maison était le R. P. Paul de Vendôme.
Nous sommes amenés à dire quelques mots de Henri de Joyeuse. Né en 1567, il porta les armes avec distinction jusqu'en 1587. La mort de sa femme le dégoûta du monde et le détermina à faire profession chez les Capucins sous le nom de frire Ange. L'année suivante, les Parisiens conçurent le projet d'adresser un message à Henri HI, pour le prier de revenir habiter la capitale ; frère Ange fut chargé de porter ce vœu au prince, mais il ne réussit pas dans sa démarche.
En 1592, le grand-prieur de Toulouse, son frère, s'étant noyé dans le Tarn, les ligueurs du Languedoc déterminèrent frère Angek sortir de son cloître pour se mettre à leur léte. Le Capucin reprit son
(1) Génie du chritiianismet 4* partie, livre III, chap. vi.
épée et s*en servit vaillamment en faveur du parti de la ligue jusqu'en 1596, époque à laquelle il se réconcilia avec Henri IV^ qui l'honora du bâton de maréchal de France ; mais il préféra aux hon" neurs l'humble froc des enfants de saint François, et il rentra dans son couvent, pour ne plus s'occuper que de la gloire de Dieu, de sa propre sanctiûcation et du salut de ses frères. Notre cité devait ressentir les effets de son zèle.
Depuis longtemps la population de Nevers était décimée par les maladies épidémiques ; la peste inspirait un tel effroi, même aux personnes qui, par état, étaient obligées de sacrifier leur vie pour venir en aide à leurs frères, qu'il fallut songer à leur donner des auxiliaires pour ranimer leur courage et faire revivre leur dévouement. Arnaud Sorbin, alo^ évèque de Nevers, eut la pensée de s'adresser à Bourges à l'effet d'obtenir quelques Capucins pour soigner les malades , et en même temps pour prêcher une mission dans la ville. Le P. de Joyeuse était le gardien du couvent de Bourges; il accueillit favorablement la supplique du prélat, et sans se laisser préoccuper par la crainte de la contagion , il se mit lui-même à la tète de cet essaim de missionnaires gardes-malades, et arriva dans notre cité. C'était en 1601 . Mourir au chevet du lit d'un pestiféré ou mourir sur un champ de bataille était tout un pour celui qui souvent dans les combats avait fait le sacrifice de sa vie.
C'est cet homme que Voltaire n'a pas craint de couvrir de sa bave immonde, dans ces deux vers de la Henriade :
Vicieux, pénitent, courtisan, solitaire,
Il prit, quitta, reprit la cuirasse et la haire.
Ce que nous avons dit plus haut nous donne une idée de la véracité de Voltaire quand il s'agissait d'écrire l'histoire.
Le zèle et le dévouement sans bornes de ces bons religieux furent appréciés. Les échevins, les officiers du bailliage, les principaux habitants, la population tout entière exprimèrent le désir de les voir s^établir à Nevers. La duchesse Henriette de Clèves, de son côté, avait conçu pour eux une profonde estime. Comme ces sentiments étaient partagés par Arnaud Sorbin, qui avait été frappé surtout des vertus apostoliques qu'il avait remarquées dans le P. Ange de Joyeuse, on entra en pourparlers.
Le Père gardien accueillit favorablement la proposition qui lui fut
502 LES CONGRÉGATIONS RBLIGIEUSBS
faite, et on s'occupa de l'emplacement qu'on leur concéderait pour fonder leur monastère. Après un sermon du P. Ange, l'évoque de Nevers réunit le chapitre de la cathédrale à cet effet. Il fut convenu qu'on leur abandonnerait l'ancien prieuré de Sainte- Valière, qui avait été érigé en cure, il y avait soixante ou quatre-vingts ans, au moyen de distractions faites de la paroisse de Saint-Trohé.
Jean Genest, chanoine et archidiacre de Nevers, possédait ce bénéfîce ; il en fît l'abandon à certaines conditions, et Tévèque, par une ordonnance du 24 avril 1601, reconstitua la paroisse de Saint-Trohé telle qu'elle existait avant l'érection de la cure de Sainte-Valière. La ville s'engagea à faire construire une autre maison prieurale pour dédommager le grand archidiacre. Ces arrangements furent agréés par tous les intéressés^ et reçurent l'approbation du pape Clément VIII, le 15 juillet 1602. Cependant les Capucins étaient entrés en possession le 24 avril 1601, et, le 24 juin suivant, Mgr Sorbin, assisté de plusieurs chanoines et des officiers du bailliage et de la ville, bénissait la première pierre du monastère.
Il est probable que dès le principe ils ne se contentèrent pas des bâtiments formant le modeste prieuré de Sainte-Valière, trop restreints pour un couvent; ils s'étendirent jusqu'aux bords delà Nièvre et occupèrent les terrains où, plus tard, fut établie la fonderie de canons. Le duc Charles de Gonzague les avait autorisés, par ses lettres de 1619, à se clore comme bon leur semblerait, surtout du côté de la rivière, avec défense à qui que ce soit de troubler leur possession, de se baigner dans le canal de la Nièvre et d'y pécher. Un des religieux s*était chargé de faire établir un mur en pierre de taille soutenant les terrres du jardin; il réussit parfaitement dans l'exécution de ces travaux.
Au rapport de Parmentier, une nouvelle église aurait été cens* truite dans ce terrain ; on l'aurait mise, comme celle du prieuré, sons le vocable de sainte Valière.
c Le dimanche 19 juin 1611, dit notre chroniqueur, l'église fut consacrée par W du Lys, en l'honneur de Dieu, et dédiée au nomade sainte Valière, vierge et martyre, en présence de Mme Catherine de Lorraine, duchesse de Nivernais, et des personnes les plus qualifiées delà ville (1). »
(1) Archives de Nevers^ 1. 1**, p. 360.
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Les anciens comptes de Nevers constatent le dévouement de ces bons religieax, mais en même temps la reconnaissance des habitants de la cité ; en 1607, des charpentiers et des menuisiers font au nom de la commune une maison en planches pour le P. Capucin confesseur des malades (1).
Les pestiférés étaient forcés de s'éloigner, et les Capucins les accompagnaient pour leur prêter les secours spirituels et corporels. On retrouve dans les archives de la même année que la ville offrit à plusieurs reprises des secours au P. Ange et aux autres religieux de sa suite qui ont célébré la messe pour les affligés de la maladie de contagion (2).
En 1610, elle les aida à traiter leur général qui était venu les visiter, et en 1619 elle voulut contribuer à l'acquisition d'un ciboire d'argent pour en remplacer un autre qu'on leur avait volé.
Le siège des Capucins,
Dès Torigine du monde, le démon avait pu pénétrer dans le paradis terrestre, et plus tard il se glissa dans l'auguste collège des apôtres, pour y corrompre le cœur de Judas ; ne nous étonnons pas de rencontrer parfois quelques désordres dans les maisons religieuses les plus régulières ; il est nécessaire, a dit Jésus-Christ, qu'il y ait des scandales.
En écrivant l'histoire du monastère de La Charité, nous avons suivi les différentes phases du siège de cet établissement, bouleversé par l'ambition de Geoffroy, frère du comte Hervé ; les enfants de saint François devaient être soumis à une épreuve semblable à celle qui, au commencement du treizième siècle, avait agité la famille de saint Benoit.
Depuis plusieurs années , les PP. Michel , Yves et Raphaël , d*un esprit fantasque et brouillon, troublaient la paix qui, jusque-là, avait régné dans le couvent de Nevers. Déjà, en 1653, le Père visiteur de la province de Tours, dont ce couvent dépendait, avait prononcé leur exclusion ; mais l'autorité du visiteur fut mé-
(1) Archives de Nevers, t. !•', p. 100.
(2) Idem, p. 102. '
connue, les rebelles déclarèrent quUls en appelaient à Rome, et, sous ce prétexte, ils refusèrent de sortir du couvent. Plusieurs religieux firent cause commune avec eux et le nombre des opposants devint plus considérable. Le Père général crut devoir en écrire au roi, pour le prier d'employer la force, et de faire rentrer dans le devoir ces hommes égarés.
Laissons Parmentier nous faire connaître les résultats de cette démarche :
c Sur la lettre du général, le roi rendit un arrêt en son conseil, le 6 mai 1657, portant que le Père provincial de la province de Touraine sera reconnu et reçu dans les couvents de Nevers et de I^oches, comme dans les autres couvents de cette province, et qu'il sera incessamment procédé par les supérieurs réguliers à la punition et correction des religieux qui se trouveront coupables. Il est enjoint aux gouverneurs et lieutenants-généraux des provinces et des villes, intendants, prévôts des maréchaux et autres officiers, de tenir la main à l'exécution dudit arrêt et autres précédents ; et le sieur Lapierre, exempt des gardes-du-corps du roi, fut spécialement chargé de le faire observer.
» Cet officier, arrivé à Nevers le 4 juillet 1657, se présenta aux échevins, leur remit une lettre du roi du 14 mai, à eux adressée, leur notifia sa commission du même jour, 14 mai, et leur demanda main-forte.
1 Mais avant d'entreprendre d'expulser les Capucins, il proposa aux échevins d'aller eux-mêmes au couvent, espérant qu'ils réussiraient peut-être à pacifier toutes choses.
» Les échevins s'y transportèrent donc, et s'étant adressés au P. Placide de Vendôme, gardien, ils lui remontrèrent l'importance de l'afiaire, et lui donnèrent connaissance des pièces dont ils étaient porteurs.
^ Le gardien et les religieux répondirent que, s'étant pourrus au Pape et lui ayant demandé des commissaires apostoliques, ils persis-
talent dans leurs oppositions; qu'ils se rendaient même opposants à l'arrêt du 6 mai, et qu'ils protestaient contre tout ce qui serait fait. Les échevins dressèrent leur procès-verbal, qui fut signé par le gardien.
» Revenus à l'hôtel de ville, ils le remirent au sieur Lapierre, qui dit qu'il ne lui paraissait pas d'un refus marqué de la part des Capu-
Dans le diocèse de nevers. 505
cins de sortir da couvent. Les échevins répliquèrent que si ce refus avait été constaté dans l'acte, le gardien n'aurait pas voulu signer ; mais qu'il leur avait paru que les Capucins étaient résolus de se bien défendre, et qu'ils se feraient plutôt hacher et martyriser que d'abandonner le couvent.
9 Sur quoi le sieur Lapierre ayant demandé main-forte pour rompre les portes, les échevins dirent qu'ils communiqueraient aux corps de ville ; qu'ils étaient prêts de l'assister de leurs personnes ; qu'ils ne croyaient pas qu'il fût facile de surmonter toutes les difficultés sans beaucoup de risques, et qu'il devait aussi se concilier avec tous ceux à qui l'exécution de l'arrêt était adressée.
]» Ils retournèrent cependant aux Capucins ; mais ils les trouvèrent toujours inflexibles, disant qu'ils étaient bons serviteurs du roi; qu'ils avaient assez étudié pour savoir que la justice et les vœux de religion ont leurs martyrs comme la foi, et que jamais ils ne se prêteraient aux nouveautés qu'on voudrait introduire dans leur ordre.
» Le 27 décembre, le roi écrivit de nouveau aux échevins et leur manda que leur ayant fait savoir, dès le 19 du même mois, ses intentions pour ranger les Capucins dans le devoir, il chargeait le sieur du Refuge, lieutenant-général de ses armées et commandant les troupes en garnison et quartier d'hiver en la généralité de Moulins, d'arrêter tous les Capucins de Nevers et de les faire conduire au château de Decize, où l'intendant leur ferait fournir le pain pendant leur détention ; qu'il désirait que l'église et le couvent fussent fermés jusqu'à nouvel ordre, après qu'on aurait levé ou fait consommer le Saint-Sacrement et fait transporter les meubles et effets au couvent de Pnmevaux (où les Augustins ont succédé aux Capucins en 1665) ; qu'il mandait à l'évêque de Nevers de s'y employer en ce qui était de son autorité ; que si les Capucins cherchaient à s'évader, perquisition en fût faite partout, et qu'après que le couvent aurait été fermé il ne fût ouvert à aucun religieux sans un nouvel ordre.
> Le 9 janvier, les échevins, sur Tordre de M. de Refuge, se transportèrent au couvent avec lui, et les portes s'étant trouvées fermées, H. de Refuge, à cheval, assisté du prévôt des maréchaux et des archers qui étaient à la porte du couvent, la plus proche de la croix, ayant mis pied à terre, ordonna au prévôt de faire ouvrir la porte du jardin, ce qui était près de s'exécuter ; le frère Lucien dit en dedans qu'il allait avertir Mgr l'Évèque, qui était dans l'église avec tous les
religieux, où ils entendaient la messe du P. gardien, ce que M. de Refuge lui enjoignit de faire (1).
> Un quart d'heure après, la porte fut ouverte par le P. Michel, que Monseigneur, qui se trouva à l'ouverture, présenta à M. de Refuge, lequel dit que lui et tous les religieux étaient prêts d'obéir; qu'ils le priaient seulement de les laisser achever leur office ; ce qui leur ayant été accordé, et le P. Michel ayant fait ouvrir la porte du couvent, Mgr TËvèque, M. de Refuge et les échevins entrèrent ; et après que le P. gardien eut achevé sa messe ils entrèrent dans les balustres, proche l'autel, où étaient les religieux, et le P. gardien étant revenu de la sacristie, M. de Refuge s'adressa à lui et lui dit « que l'intention du roi était qu'ils allassent tous à Decize. > En même temps, il leur lut ses ordres, qui portaient que le couvent serait fermé, et que s'ils n'obéissaient, les troupes qui devaient passer par Nevers pour aller en quartier d'hiver y seraient arrêtées pour les y contraindre.
9 Le P. gardien se récria beaucoup sur la sagesse et la piété du roi et sur la justice de leur cause, à quoi M. de Refuge dit qu'il n'en était pas juge, qu'il fallait obéir et qu'il y avait des troupes à la porte.
» En efifet, les régiments d'infanterie du roi et de Montauzier, selon ses ordres, étaient avec leurs chefs aux environs du couvent, et même il y avait déjà dans le couvent partie des officiers.
» M. de Refuge, voyant la résistance des Capucins, passa au réfectoire, rendit et fit écrire une ordonnance pour les tirer hors du couvent.
» Ce fait, M. de Saint-Poing, lieutenant-colonel du régiment du roi, et le prévôt des maréchaux étant entrés au chœur, où les religieux s'étaient retirés pour prier, et les ayant laissé finir, les requirent de nouveau de sortir; et sur ce qu'ils répondirent qu'ils ne le pouvaient s'ils n'y étaient contraints, M. de Saint-Poing les fit saisir par quelques soldats qui les forcèrent de sortir, et ils furent conduits par les échevins au bord de la rivière, près le Pont-Madame, où ils entrèrent dans un bateau que les échevins avaient fait préparer.
) Après quoi M. de Refuge fit fermer le couvent et remit les clés aux échevins qui commirent Jean Perrucbot et son fils à la garde du
(1) On voit que l'évéque s'était empressé d'exécuter les intentions du roi.
couvent avec le nommé Etienne... Les Capucins ne furent conduits que jusqu'au port de Tentes, et de là on les ramena par eau jusqu'à Angers, où ils trouvèrent le Père général, avec lequel Mgr Tévéque d'Angers traitait de leur accommodement, sur lequel il y eut d'abord un concordat préliminaire le i^' février, et ensuite un arrangement final qui les rétablit dans leur couvent (1). »
On est étonné de voir cette tempête apaisée si facilement au moment où on s'y attendait le moins, et il est difûcile d'en donner la cause; nos chroniques sont muettes sur ce point. Peut-être voulaiton éviter un autre orage qui déjà menaçait et qu'on pouvait dissiper par le rétablissement des Capucins dans leur couvent.
On n'a pas oublié que le grand- archidiacre de Ne vers était prieur de Sainte-Valière et qu'il avait consenti à céder ce prieuré aux Capucins. A leur départ, il prétendit qu'il était libre de rentrer dans ses droits, et il agit en conséquence. Le sieur de Chéri, frère du titulaire; Nicolas de Chéri, chanoine, son neveu; Adrien de Chéri, son oncle, et le sieur Rochet, l'un des sept-prétres de la cathédrale, vinrent s'installer dans le couvent des Capucins, y prirent leurs repas et y firent acte de propriété. « Le 18 janvier, les échevins, prévenus, se transportèrent sur les lieux avec le lieutenant-général. Adrien de Chéri dit que tout ce qui s'était fait l'avait été à la requête et pour la conservation des droits du grand-archidiacre, son neveu, prieur de Sainte-Valière, qui rentrait dans son prieuré, aux termes de la concession qu'il en avait faite à la ville, n'y ayant plus de Capucins; il fut dressé procès-verbal des fractures et fait état du tout (2). » Le retour des Capucins parait avoir mis fin à toute contestation.
La ville continua à leur venir en aide, et quand on renouvelait les baux des biens communaux, on chargeait ordinairement l'adjudicataire de leur remettre quelque somme en sus.
De leur côté, ces bons religieux se montraient reconnaissants et profitaient de toutes les circonstances pour déployer leur zèle et donner des témoignages de leur dévouement. Déjà, en 1678, vingt Capucins avaient prêché une mission à Nevers et les exercices furent couronnés par l'érection d'une croix entre la porte de Paris et l'hôpital
(1) Archives de la ville de Nevers, tome I*', p. 361 et suivantes.
(2) Idûïïiy p. 366.
général. En 1703, il y eut une autre mission prêchée par eux; elle dura cinquante jours; la clôture eut lieu le 8 juillet, jour où fat plantée la croix dite de la Mission, à l'extrémité des ponts de Ne vers (1).
Ils avaient aussi un hospice à Fougues où ils disaient la messe dans les deux saisons des eaux et pendant les vacances.
Les Capucins, après la lutte dont nous avons parlé plus haut, paraissent avoir été soumis à une plus grande régularité; les archives de la ville de 1734-1735 désignent un sieur Dollet comme leur père temporel^ ce qui indiquerait qu'ils ne s'occupaient pas ou peu des affaires matérielles.
En 1770, Parmentier dit que leur monastère était recommandable par la régularité des religieux ; il était alors composé du P. gardien, un vicaire, sept prêtres et deux frères. Le même auteur dit que c'est à tort qu'on prétend que la CroiX'Joyeuse tire son nom du père Ange de Joyeuse ; il assure qu'elle existait et était connue sous ce nom avant l'arrivée à Nevers de ce célèbre personnage.
Les Capucins à Corhigny.
On n'a pas oublié ce que nous avons dit dans les chapitres relatife au prieuré des Bénédictins à Corbigny et sur la propagande que les protestants cherchaient à faire au milieu de la population. Erard de Rochefort , doyen de l'église d'Autun et abbé de Vézelay, de Cervon et de Corbigny, voyait avec peine Terreur se répandre dans cette ville qui lui était chère; aussi avec quel empressement il accueillit les vœux des échevins et des autres habitants catholiques de Corbigny-lès-Saint-Léonard^ qui demandaient avec instance qu'on s'adressât à l'évéque d'Autun à l'effet d'être autorisé à fonder dans leur ville un couvent de Capucins, afin A'efnpédier la subversion des fidèles mêlés aux calvinistes.
L'autorisation demandée fut accordée, et, le 10 janvier 1630, Erard de Rochefort acquit de Anne Jourdan une maison et dépendances appelée la Motte, au faubourg de Corbigny, au prix de 1,000 livres et dix boisseaux de froment. Le 16 février, il traita avec un nommé
(I) Archives de la ville de Nevers, t. II, p. 324.
Hannequin, tailleur de pierre, pour la construction à exécuter, moyennant le prix de 900 livres, tout compris, fournitures et maind'œuvre (1). Sur cette maison il était dû à l'abbaye une rente de cinquante sous dont le grand-prieur et les religieux firent remise aux PP. Capucins.
Erardfit son testament en 1644; il mourut peu de temps après. Son cœur fui déposé dans l'église des Capucins de Corbigny. La chronique manuscrite de cette ville ne nous donne plus aucuns renseignements sur ce couvent.
Les Capucins ne se contentaient pas d'enseigner au peuple les premiers principes de la religion , ils savaient encore, comme ils le font actuellement, aborder les détails les plus ardus de la théologie; ils ne craignaient pas d'entrer en lutte avec les adversaires les plus habiles des dogmes catholiques. C'est ainsi qu'on a vu, dans les conférences tenues à Challement en 1629 (2), le R. P. Scholastique, de ChêiiiUon'en'BTesse, prédicateur-capucin de la maison de SainU Léonard en Nivernois, défendre la tradition catholique en présence des personnes les plus distinguées de la contrée, contre le sieur Monsenglard , ministre de la religion prétendue réformée, audit lieu de Corbigny. Son succès a été complet (3), Quatre arbitres avaient été désignés, deux du côté des catholiques et deux du côté des protestants.
Les Capucins à Château-Chinon.
Un couvent de Capucins fut fondé à Château-Chinon en 1637 (4) par M. Pitoys (Pierre), écuyer, seigneur de Quincize et gouverneur de la ville. On voit encore des restes de ce monastère au-dessous du Champlin. Le but du pieux fondateur était d'avoir, comme à Nevers et à Corbigny, des hommes dévoués qui se consacrassent à l'instruction du peuple et, au besoin, au soin des malades.
(1) Manuscrit de Corbigny.
(2) Voir plus haut, à la page 318.
(3) Le résumé de ces conférences a été imprimé à Nevers chez Jean Millot, en MDCzxx. 193 pages.
(4) Siaiisiique de la ville de Chdteau^Mnon, par M. Petitier, p. 5.
L'église des Capucins, dédiée à saint Pierre, patron du fondateur, était vaste et bien bâtie. On y voyait nne belle chapelle construite en 1700 et destinée à la sépulture de la famille Pitoys. Une inscription en marbre noir, placée au-dessus de l'ouverture de cette chapelle, portait :
Chapelle et sépulture des Pitoys^ seigneurs de Quincize^ Estoules et Saint' Maurice y fondateurs de ce couvent (1).
A leur arrivée, les Pères furent reçus par les Bénédictins dans leur prieuré de Saint-Christophe; ce ne fut qu'en 1640 qu'ils entrèrent dans leur couvent; ils étaient quatre pères et deux frères. Nous avons peu de détails sur cette maison; mais nous savons, parla relation du journal des prêtres transportés de Nevers à Nantes, que le dernier gardien des Capucins de Château-Chinon fut emprisonné à Nevers en 1793, embarqué Tannée suivante avec les autres prêtres et qu'il mourut à Brest, martyr de la foi et du devoir.
Capucins de Prunevaux.
Prunevaux était une ancienne paroisse qui, vers 1478, fut réunie à celle de Nolay. A quelle époque y fut fondé un couvent de Capucins ? On n'a, à cet égard, aucune donnée précise. M. de Soultrait, dans son Dictionnaire topographique du département^ se contente de dire : o: Il y avait à Prunevaux un couvent fondé au dix-septième siècle par la famille FouUé ; il fut occupé par des Capucins, puis par des Augustins. >
D'après Parmeniier, les Capucins y résidèrent jusqu'en 1665. Les notes manuscrites de M. l'abbé de Forestier, chanoine de Nevers, sont sur ce point d'accord avec Parmentier. Les auteurs de V Album du Nivernais indiquent la date 1667. Nous n'avons pu découvrir aucuns détails plus précis sur cet établissement, malgré les recherches que nous avons faites.
(1) L'abbô Baubiau, U Morvand, 2* édition, tome P', p. 277.
LES PIGPUGIENS A MOULINS-ENGILBERT.
Une nouvelle branche de Franciscains devait s'établir; c'était encore une réforme, car ce fut le désir d'observer strictement la règle de saint François qui a donné naissance au nouvel institut. On donna à ses membres le nom de Pénitents; à Paris, on les désignait sous celui de Religieux pénitents de Nazareth y et ailleurs sous celui de Tïercelins. En 1601, Jeanne de Sault, veuve de René de Rochechouard^ comte de Mortemart, les appela à Paris. Leur couvent fut établi dans un petit village du nom de Picpus, touchant au faubourg Saint- Antoine, ce qui leur fit donner le nom de Picpuciens. Henri IV leur accorda des lettres-patentes, et Louis XIII voulut bien poser la première pierre de leur église, et confirmer leur monastère en 1624. Dans l'acte de confirmation ce prince prit le titre de fondateur.
Cinq ans plus tard, les religieux de Picpus vinrent s'établir à Moulins-Engilbert. Laissons M. Baudiau nous exposer l'histoire abrégée de cet établissement :
« Le couvent du Picpus se trouvait à l'extrémité du faubourg de James, au sud, où les anciens bâtiments se font encore remarquer par leur caractère claustral. II avait été fondé en 1629 par Gabriel ReuUon, juge-lieutenant en la châtellenie de Moulins-Engilbert, et par Marguerite Robert, sa femme, qui le dotèrent, par leur testament du 23 octobre de la même année, de tous les biens dont ils seraient possesseurs au jour de leur décès. L'église conventuelle, aujourd'hui convertie en étable, était vaste et construite dans le style de la Renaissance. Elle fut consacrée, en 1638, sous le vocable de l'Annonciation, par Ëustache de Chéry, neveu et coadjuteur d'Eustache du Lys, évéque de Nevers. Le fondateur mourut peu de temps après et y fut inhumé. Marguerite Robert, qui lui survécut, fit un codicille ou acte de dernière volonté, le 15 décembre 1646. Dans cet acte, elle veut que, son âme étant séparée de son corps, son dit corps soit inhumé dans la chapelle de F Annonciation de la vierge Marie des révérends pères Franciscains, au lieu et proche de défunt maistre Gabriel ReuUon^ son mari, et ses frais funéraux estre faits et fournis par lesdicts révérends pères..., ainsi quHls ont esté faits pour defunct son mari^^. EUe donne à treize pauvres qui
512 LES G0NGRËGÀTI0N8 RELIGIEUSES
porteront le luminaire treize demi-aunes de drap, et à treize femmes, autant de boisseaux de froment, s*en remettant, pour le surplus, à la volonté des religieux.
» En 1772, le P. Anastase Laurent, procureur du couvent, fit, au nom du très-révérend père gardien, Jean-Marie Foumel, aveu au comte de Château-Chinon pour le Meix-Linard, au duc de Nevers pour Champcourtet Morillon, et prêta le serment d'usage. Le P.François-Placide Charlet renouvela ce devoir en 1777.
» La maison du Clerroy, insigne bienfaitrice de rétablissement, y avait droit de sépulture. L'aîné de cette famille portait le titre de père temporel des religieux (1). »
Nous avons vu que les Capucins de Nevers avaient aussi leur père temporel,