LES MINIMES
Les Minimes formaient encore une des branches de la famille de saint François d'Assise, branche qui ne tarda pas à se séparer du tronc et eut sa vie propre. Leur fondateur fut saint François de Paule. Ses parents avaient fait vœu de le consacrer à Dieu ; ils le donnèrent à l'ordre du séraphique saint François. Il y passa seulement une année, et, mu par le désir d'une vie encore plus parfaite, il se retira dans un lieu solitaire près de la ville de Paule. Bientôt il vit un certain nombre de disciples se réunir à lui. 'Le pape Sixte IV, en 1473, approuva cette institution qui avait pris le nom d'ermites de saint François et nomma François de Paule supérieur général. Alexandre VI confirma cet acte; mais il voulut changer le nom primitif en celui de Minimes, selon le désir du fondateur. Cet ordre s'est multiplié d'une manière incroyable, surtout en France. Outre les trois vœux de religion, les Minimes en avaient un quatrième, celui d'observer un carême perpétuel.
Charles de Gonzague et Catherine de Lorraine, son épouse, mariés depuis quatre ans, étaient sans enfants. Le duc de Nevers avait une grande dévotion envers saint François de Paule ; il fit vœu de fonder
(1) Le Morvand, %• édition, tome !•% p. 33S.
à Nevers un couvent de Minimes si, par Tintercession du saint, Dieu leur accordait un lils. La grossesse de la duchesse ne tarda pas à se manifester, et, sans attendre la naissance de Tenfant, espérant que leur désir serait exaucé, les pieux époux ne voulurent pas retarder l'exécution de leur projet.
L'acte de fondation fut dressé le 10 juin 1607, et le lendemain, à la suite de la messe pontificale, Eustache du Lys, évéque de Nevers, posa et bénit la première pierre de Téglise des Minimes. On avait dressé une tente, aux frais de la ville pour la cérémonie.
Les illustres fondateurs prirent toutes les précautions pour assurer la perpétuité de leur œuvre, autant que les choses de ce monde puissent avoir ce caractère de perpétuité.
Le contrat de fondation porte que c si par après ledit couvent était abandonné et quitté desdits religieux par leur faute, ou fussent contraints, par temps de guerre ou autrement, s'absenter d'icelui sans espérance de retour, se réservent lesdits fondateurs pour eux et leurs dits successeurs, ducs de Nivernois, la disposition dudit couvent, etc. 9
On avait choisi pour rétablissement des Minimes l'ancien emplacement occupé dans la Chaussée par le couvent des Gordeliers, sur lequel les ducs de Nevers avaient sans doute revendiqué des droits, par suite des nouvelles concessions faites par eux auxdits Gordeliers, et aux Récollets qui leur succédèrent.
Le 16 du même mois de juin, la naissance d'un fils mit le comble à la joie de la famille de Charles de Gonzague. On lui donna le nom de François de Paule et le titre de duc de Rethélois ; il fut tenu sur les fonts sacrés par le P. Claude Duvivier, provincial des Minimes, au nom de tout son ordre. Comme l'église n'était pas encore construite, on choisit celle des Récollets pour la cérémonie. Pendant son enfance, le jeune prince porta l'habit des Minimes. Il faisait concevoir les plus belles espérances par les qualités de l'esprit et du cœur; mais il devait occasionner un grand deuil dans la famille des Gonzague. Il mourut à l'âge de seize ans à Mézières, en Champagne. Son corps fut rapporté à Nevers et inhumé dans l'église des Minimes, sous le sanctuaire; on y voyait encore en 1780, suspendue à un pilier au côté gauche du chœur, la robe de cet ordre qu'il avait portée autrefois; au-dessous était un tableau contenant son épitaphe.
Dans la construction de cette église, le duc de Nevers n'avait rien épargné ; il avait fait venir d'Italie à grands frais les marbres les plus
précieux. Sans doute, l'ensemble du monument n'est pas sans défaut, il accuse l'époque de sa construction; mais les détails ont un mérite incontestable ; on peut en juger par le splendide autel qui a été transporté en l'église de Saint-Pierre de Nevers, par suite du don de Tadministration de l'hospice de cette ville.
Longtemps avant la Révolution , le nombre des religieux, porté à treize dans le principe, avait considérablement diminué, et cette considération avait fait naître dans l'esprit des administrateurs de l'hôtel-Dieu la pensée de transporter une partie au moins de leurs malades dans les bâtiments des Minimes et d'#n faire une sorte de succursale. En 1785, il y eut entre lesdits administrateurs et le duc de Nivernais une transaction en vertu de laquelle Thôtel-Dieu devenait acquéreur des droits appartenant au couvent des Minimes, Les formalités requises en pareilles circonstances furent remplies, procès-verbal fut dressé, et cette transaction reçut l'assentiment de l'évêque, des échevins et du curé de Saint-Martin ; mais il y eut opposition de la part de frère Jean-Ânselme Rogue et de frère Gabriel Morgan, qui défendaient leurs droits. Ils devaient continuer d'occuper la maison, quoique l'hospice en fût propriétaire.
L'année suivante, en 1786, on fit valoir que le personnel de l'hôtel-Dieu, devenu insuffisant, serait transféré au couvent des Minimes, s'en rapportant au seigneur évêque pour les charges et conditions ; il paraît cependant que ce projet ne fut pas exécuté.
En 1789, il ne restait plus que deux religieux : frère Gabriel Bontemps, correcteur, et frère Grabriel Morgan (1).
Avant de dire en quelques mots ce que devint le cotivent des Minimes après le départ des deux membres qui restaient, rappelons que Robert Boulé, de Nevers, avait été en 1740 élu à Florence général de l'ordre (2).
En 1792, les rigueurs déployées contre les prêtres qui avaient refusé le serment à la constitution civile du clergé, par les adminis* trateurs composant le directoire du département de la Nièvre, avaient soulevé l'indignation de la population. Ce fut à la suite de ce mécontentement que le conseil général autorisa le 1«' juin les prêtres insermentés à dire la messe dans l'église des Minimes. Les sieurs Gilbert-
Ci) Inventaire des archives de la ville, passim, (2) Album du Nivernais^ tome I**, p. 131.
Marie Pinet, Lazare Pannecet, Marie-Edouard Lempereur, Marin Rondat, Théodore Villars et François Gœury, voulant assurer la tranquillité des prêtres fidèles à leur devoir, s'étaient rendus locataires de l'église des Minimes. L'office y fut célébré avec une pompe extraordinaire; mais une lutte eut lieu entre les catholiques et les constitutionnels. Sous prétexte d'éviter un plus grand scandale, les officiers municipaux firent fermer l'église et y établirent une garde. Cette détermination donna lieu à des réclamations et à de nouvelles luttes; les uns voulaient que la fermeture fût maintenue, les autres réclamaient l'ouverture. Les locataires dont nous avons parlé plus haut firent à cet effet des sommations par huissier. On lit dans une de ces pièces : € Signification a été donnée aux administrations de département et de district de faire retirer les gardes placées aux portes de ladite église, et d'autoriser les fidèles à vaquer à tous les exercices de leur culte comme auparavant, les administrateurs ne devant pas ignorer que c les trois quarts au moins des citoyens de Nevers ne veulent point aller aux offices et messes des prêtres assermentés, et qu'ils sont bien déterminés à n'y point aller, quelles que soient les tracasseries qu'on leur ferait éprouver (1). ^
Toutes ces démarches furent inutiles; tel est le respect qu'on professait déjà pour le suffrage universel. L'église demeura fermée.
Lors de l'institution des écoles centrales, un jardin botanique fut un instant établi dans l'enclos de cet établissement , aux frais du département.
Plus tard, en 1811 et 1812, M. l'abbé de Montrichard obtint d'y établir ses fourneaux économiqueis, pour venir en aide aux pauvres nombreux de la ville, menacés de mourir de faim par suite de la cherté des vivres.
Cet immeuble dépend maintenant du ministère de la guerre, et l'église, qui aurait pu facilement être restaurée, a été convertie en ateliers.
LES MINIMES k DECIZE.
Les Minimes venaient à peine de s'établir à Nevers que déjà ils étaient en position de fonder une succursale a Decize. Le motif qui
(1) Analyse des délibéraUons du conseil général^ par M. Avril, tome I" pages 299 et 300.
avait déterminé Erard de Roche fort et les échevins de Corbignj à fonder dans leur ville une maison de Capucins fut le même pour les habitants de Decize. c Les Minimes avaient été appelés dans le but de combattre la doctrine des protestants (1). » On entra en pourparlers avec les Minimes de Nevers, et le 23 mai 1621, les échevins et les habitants de Decize réunis délibérèrent à cet effet. Il fut convenu, par acte notarié en(re la ville et le R. P. correcteur de la maison de Nevers, qu'on donnerait aux religieux 600 livres à prendre sur les octrois de la ville, à la condition qu'ils se chargeraient des stations du Carême et de l'Avent, et qu'ils procureraient un sermon aux fêtes de la Purification, de l'Ascension, de saint Âré, de la Nativité, de la Pentecôte, de la Trinité, de la Fête-Dieu, de l'Assomption et de la Toussaint. Ce sermon devait avoir lieu dans l'église de Saint-Âré. Au mois de juillet suivanrt, le roi approuva ces arrangements, et le duc de Nivernais, toujours dévoué à la famille de saint François de Paule, vint lui-même choisir l'emplacement où devait s'élever le nouveau couvent. Mais l'installation des religieux fut ajournée, car on ne se trouvait pas en mesure; on les logea provisoirement dans une petite maison dite du sacristain, située près le prieuré de Saint-Pierre, dont l'église fut mise à leur disposition par le titulaire.
Le mauvais état des bâtiments ne permettait pas aux Bénédictins d'y demeurer plus longtemps sans de grandes réparations; ils pensèrent qu'il leur serait plus avantageux de s'en défaire et de se retirer; ils étaient d'ailleurs réduits au prieur et au sacristain. Le prieuré appartenait à l'abbaye de Saint-Germain d'Auxerre. On consentit à céder aux Minimes ces bâtiments en ruine, moyennant une rente de 600 fr. à payer au prieur, ce qui fut approuvé par Tévêque de Nevers.
Le 24 octobre 1622, le R. P. Dupré, provincial de la province de France, arriva à Decize avec cinq religieux, et le même. jour fut dressé par-devant notaire l'acte de prise de possession. Au mois de janvier 1626, une bulle de Urbain YIII approuva ces dispositions.
Cependant l'archevêque de Sens, Octave de Bellegarde, avait été aussi appelé à donner son consentement en sa qualité d'abbé commendataire de Saint-Germain d'Auxerre; il le fit le 23 septembre
(1) Annales de Decize, p. 91.
1625, en exigeant encore une rente de 300 livres en faveur de son abbaye, rente qui fut rachetée par les Minimes en 1639.
L'année qui suivit leur arrivée à Decize, les religieux jugèrent prudent de faire établir un état des lieux ; le P. Machon, leur supérieur, s'empressa de faire dresser un procès-verbal à cet effet. L*acte porte que l'église était tellement en ruines que les portes restaient ouvertes jour et nuit faute de fermetures ; qu'il n'y avait qu'un autel où on pût dire la messe; que les animaux couchaient dessus; qu'aux trois côtés de l'autel il y avait trois châsses contenant des reliques des saints, notamment celles de saint Eutrope... L'évéque de Nevers Eustache du Lys étant arrivé, le P. Machon avait voulu proûter de la présence du prélat pour établir cet état de lieux.
Le 17 juin 1626, l'église des Minimes s'écroula, il ne resta debout que le chœur et le clocher. M» Tresvaux de Berteux dit que le prieuré de Saint-Pierre existait déjà en 1028 et que l'église et le clocher datent de cette époque (1). Nous voulons bien attribuer au onzième siècle ce qui reste de cette église, mais nous pensons qu'il ne faut pas la reculer jusqu'à 1028.
Dans l'église des Minimes de Decize on remarque les deux époques qui la caractérisent.
La région absidale et la tour avec ses appendices accusent l'époque romane et reproduisent des détails que nous avons déjà fait observer dans les monuments construits par les Bénédictins de Saint-Martin d'Âutun, ou sous leur influence : Chantenay, Commagny, Saint- Honoré, Montigny-sur-Canne, Cercy-la-Tour, etc. A Decize, la coupole de l'intertransept est contre-butée d'un côté par l'abside, du côté de la nef par deux contre-forts et sur les flancs par deux croisillons à peine accusés, voûtés en quart de cercle, venant empêcher l'écartement des arcs latéraux de la coupole; deux ouvertures étroites faisaient communiquer des croisillons dans la nef.
La seconde époque rappelle l'arrivée des Minimes. Après la chute de la voûte et d'une partie des murs de la nef, ils firent rétablir ces murs, en conservant des substructions de l'ancienne église qu'on peut encore reconnaître, et ils établirent les baies d'un style ogival bâtard
(1) Annales de Decize, page t8. Nous avons admis en général les dates indiquées par l'auteur des Annales, qui devait avoir les titres sous les yeux. Gillct présente quelques diiTérences peu importantes.
qu'on retrouve encore dans quelques monuments de cette époque. La charpente, parfaitement conservée, est disposée de manière à recevoir un enduit et simuler un berceau ogival.
Les Minimes de Decize avaient ou croyaient avoir des droits de moyenne et de basse justice ; un arrêt du 17 mars 1680 leur retira ces droits. Ils possédaient dans les environs de Decize des propriétés assez importantes, entre autres les bois de La Machine, qui occupent la cité de Barbarie et les environs; ils sont encore actuellement connus sous le nom de bois des Minimes. Ils avaient aussi sur certaines propriétés des droits de lods et ventes. C'est en vertu de ces droits qu'en 1787, quand l'administratibn municipale de Decize acquit trois maisons pour être démolies, à l'efFet d'agrandir la place du pont de Loire, les Minimes touchèrent la somme de 3,045 livres 6 sous 8 deniers.
En 1790 ils jouissaient d'un revenu de 13,898 livres 17 sous 9 deniers. Les religieux se trouvaient au nombre de cinq, comme en 1622.
Nous aurons encore à parler de ce couvent lorsque nous ferons l'histoire des ordres enseignants.