CHAPITRE VIII
ORDRES MENDIANTS
CARMES, ÂUGUSTINS, BRIGITTINS.
Carmes.
c M. Charles Roy, prêtre, conseiller au parlement de Paris, édifié du silence, de l'esprit de retraite et de la perfection des PP. Carmes- Déchaussés du couvent de Paris, qu'il visitait souvent, où il prêcha plusieurs fois, et notamment en l'année 1614, pour la béatification de sainte Thérèse, forma la résolution de leur faire un établissement dans la ville de Nevers, sa patrie (1). »
Ainsi commence l'article de Parmentier sur les Carmes de Nevers ; il est ensuite question du testament du fondateur et de l'autorisation donnée, en 1625, par Eustache du Lys, évêque de Nevers, pour ledit établissement.
Ici s'élève une difficulté chronologique assez sérieuse ; l'abbé de Forestier, Parmentier, Louis de Saintemarie, etc., ont fixé à l'année 1625 la date de l'établissement des Carmes à Nevers , et nousmême nous avons reproduit plusieurs fois ce que nous considérons comme une erreur. Hélas ! on se copie trop facilement, oubliant quelquefois les règles de la critique.
Il paraît, en effet, que plusieurs années avant la fondation de Charles Roy, antérieurement à l'autorisation donnée par Eustache du Lys, ces religieux habitaient Nevers et y formaient même une commu*
(1) Archives de la ville de Nevers, tome I*% p. 373.
nauté ; mais leur situation était précaire, ils n'avaient aucune autorisation civile ni canonique ; telle est la cause de Terreur que nous signalons.
L*auteur de la vie manuscrite de dom Mauvielle, décédé à La Charité en odeur de sainteté, dom Jacques Bouillet, de Saint-Léger, qui écrivait en 1728, dit qu'il a composé cette vie à Taide des chartriers de Saint-Pierre-le-Moûtier, de La Charité et des mémoires qui lui ont été remis par les PP. Carmes-Déchaussés de Nevers. Nous pouvons donc nous en rapporter à ce travail sérieux, basé sur des pièces authentiques. Entrons dans quelques détails.
Le jeune Robert Mauvielle avait été envoyé à Nevers par ses parents, à Tâge de treize ans, pour y faire ses humanités sous les Jésuites : c'était vers Tannée 1608. Il assista à une mission donnée dans cette ville par les PP. Carmes, et il s'adressa à Tun d'eux pour étudier sa vocation. Il aurait voulu entrer chez les Capucins ou chez les Carmes ; mais celui qu'il avait choisi pour directeur, craignant que sa santé ne lui permît pas de se soumettre à toute la rigueur des règles de ces instituts, lui conseilla de se rendre à Saint- Pierre-le-Moûtier chez les Bénédictins ; c'est ce qu'il fit. A. Vàjge de dix-huit ans, le 6 mars 1613, il fit profession, puis il fut envoyé par ses supérieurs chez les Carmes de Nevers pour y suivre les cours de philosophie et de théologie ; bientôt il fut en position de soutenir publiquement avec honneur une thèse de théologie. Appelé à Tordre de la prêtrise, quoiqu'il n'eût que vingt-trois ans, c'était en 1618, il se prépara au sacerdoce par une retraite sérieuse qu'il fit chez les PP. Carmes qui l'avaient guidé dans sa vocation. Tous ces détails prouvent bien ce que nous avons dit plus haut, que les Carmes étaient établis à Nevers bien avant la fondation faite par Charles Roy, et probablement à la suite de la mission qu'ils avaient prèchée. Revenons aux détails de ladite fondation, en prenant Parmentier pour guide, sans toutefois nous astreindre à reproduire textuellement son récit, dont nous avons dû supprimer quelques longueurs.
Charles Roy devait prévoir le cas où la mort viendrait à le surprendre avant d'avoir pu exécuter son projet ; il s'empre.ssa de faire son testament le samedi 26 mars, veille de Pâques 1622. Il voulut qu'il fût fondé, dans la ville de Nevers, un monastère de Carmes sous le titre de l'Annonciation de Notre-Dame, probablement pour rappeler le jour où il avait arrêté définitivement ledit projet qu'il consacra par un acte spécial. A cet effet, il abandonna la somme
de 50y000 livres, les ornements de sa chapelle, ses livres de théologie et ses manuscrits; il déclara^ en outre, qu'il voulait être inhumé dans ce monastère, sous une table de marbre noir sur laquelle sera gravée rinscription dont suit la traduction: Charles Roy y prêtre, canseiller au parlement de Paris , fondateur de ce monastère^ repose iciy attendant Vespérance bienheureuse et la venue de la gloire du Dieu Tout-Puissant; et plus bas : Que le Seigneur lui fasse trouver miséricorde en Dieu dans ce jour.
M. Roy mourut le 17 septembre 1623. Pierre Roy, lieutenant en l'élection de Nivernais, son frère, son héritier et son exécuteur testamentaire, voulut que le testament fût pleinement exécuté, et, notamment, quant à l'article de la fondation; deux sœurs du défunt firent opposition, mais, par arrêt du Parlement du 6 février 1624, il fut ordonné que le testament eût son effet, selon sa forme et sa teneur ; ce qui eut lieu.
Ayant obtenu l'assentiment de Charles de Gonzague, les chefs de l'ordre sollicitèrent et obtinrent la permission d'Eustache du Lys, évêque de Nevers. Le prélat, en effet, donna son consentement le 19 novembre 1625^ et le renouvela au troisième chapitre général des Carmes, tenu au couvent deNotre-Dame-du-Mont-Carmelde Louhans, en Bourgogne, le 1*' mai 1626.
Le P. Chérubin, de la Nativité de Notre-Dame, fut élu prieur du couvent de Nevers, et le P. provincial y envoya les PP. Grégoire de * Nazianze, de Saint-Basile , Elisée, de Saint-Bernard , avec le frère Jacques de la Croix, convers.
Arrivés à Nevers, ils allèrent loger chez le sieur Roy, frère du fondateur, et y demeurèrent jusqu'au premier jour de Carême, 25 février 1627, qu'ils entrèrent dans une maison de loyer, vis-à-vis la prison (1). On y fit les dispositions nécessaires et on put y dire la messe pour la première fois le jour de l'Annonciation.
Le P. Chérubin, prieur, arriva à Nevers au commencement de juillet; trouvant la maison incommode, par suite du manque d'eau, il loua celle de la trésorerie, près de la cathédrale. La messe y fut célébrée et le Saint-Sacrement y fut exposé avec une grande solen-
(I) Les Carmélites y avaient logé i)endant deux ans; plus tard les sœurs do la Charité l'habitèrent. Ce local fait maintenant partie du petit séminaire Saint-Cyr.
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nité le neuvième dimanche après la Pentecôte , deuxième jour d'août. Monseigneur officia et accorda quarante jours d'indulgences.
Il était difficile de se contenter d'une maison de loyer; les Carmes pensèrent donc à se procurer une demeure fixe ; ils jetèrent les yeux sur la Motte-Carreau y vis-à-vis les Capucins ; mais ceux-ci s'y oppo* sèrent, à cause de la trop grande proximité ; il fallut donc renoncer à ce projet.
Ces religieux tentèrent alors de s'établir dans la paroisse de Saint* Trohé , ils en avaient même obtenu le consentement des échevios; mais le curé, les paroissiens et les Carmélites s'y opposèrent; ces dernières s'adressèrent à la reine , mère de Louis XIII , qui écrivit en conséquence aux échevins. Les Carmes portèrent leurs vues vers Saint-Sylvain; cette fois, ce fut Tévêque qui y mit obstacle. Ils espéraient pouvoir se procurer la maison Yerneuil (hôtel actuel de Maumigny); mais une délibération des échevins, dans une assemblée générale du 12 juinl629| et une ordonnance du 17 octobre de la mSme année les forcèrent à renoncer encore à ce projet. Ils se déterminèrent à acheter quelques jardins dans le faubourg de Nièvre, en la paroisse de Saint*Ârigle, quand le sieur Brisson, médecin, les détourna d'y établir leur monastère, objectant l'insalubrité de ces terrains, souvent exposés aux inondations de la Nièvre et de la Loire.
Enfin, en 1632, le duc de Never$ et le roi lui-même engagèrent les échevins à aplanir toutes les difficultés ; les Carmes revinrent donc à leur premier projet de s'établir dans le voisinage des Carmélites, * qui cessèrent toute opposition ; la ville y consentit, à condition toutefois qu'ils prendraient rengagement de ne point s'agrapdir et de s'en tenir à remplacement désigné.
La croix fut plantée et la première messe célébrée, le 22 juin 1633, par Eustache du Lys, qui bénit solennellement la chapelle du couvent, en présence des principaux habitantS'de la cité et d'un concours extraordinaire de peuple; les religieux, au nombre de six, s'y étaient rendus dès le matin.
Cependant, au milieu de tant de difficultés, les PP. Carmes ne demeuraient pas dans l'inaction. Dom Mauviel avait entrepris la réforme du monastère de La Charité, dont il était devenu prieur claustral en 1627 ; il comprit que pour conduire son œuvre à bonne fin il devait s'occuper des novices d'une manière spéciale. Il s'adressa donc à son ancien directeur, le P. Chérubin, prieur des Carmes, pour le prier de venir donner une direction au noviciat et former ses
novices à la vie religieuse par une suite d'exercices. Le P. Chérubin se rendit aux désirs de dom Mauviel et, accompagné du P. Grégoire de Nazianze^ il partit pour La Charilé où il demeura quelque temps. Dieu bénit leurs démarches et, grâce à leur zèle, la réforme s'établit, au moins dans le noviciat.
En 1635, Louis XIII confirma par lettres-patentes les Carmes de Nevers et leur accorda un certain nombre de privilèges. À cette époque, le prieur était un père Âgathange.
En 1645, à la prière de la princesse Marie, les échevins les autorisèrent à renfermer dans leur enclos une petite rue inutile et impratiquée.
Leur église n'était pas encore bâtie en 1655 ; ils n'avaient que leur chapelle provisoire; ils conçurent le projet de faire unir la cure de Saint-Trohé à leur communauté; ils en firent la demande à Mgr de Chéri, qui y consentit ; le corps de ville fut favorable à cette disposition, mais elle n'eut pas son effet. Les Carmes se décidèrent donc à construire leur église, et le 12 mars 1658, jour anniversaire de la canonisation de sainte Thérèse, la première pierre fut posée par Pierre Roy, frère du fondateur, accompagné de Charles et de Marie Roy, ses enfants; son neveu, Jean -Henri Bogne, doyen de la cathédrale, présida la cérémonie. Une inscription latine gravée sur ladite pierre devait en perpétuer le souvenir. Cette église fut consacrée le 15 octobre 1682 par Mgr Edouard Vallot.
Nevers a donné un général aux Carmes-Déchaussés> en la personne du R. P. Tardi, dit Dominique de la Sainte-Trinité. Il avait été baptisé dans l'église de Saint-Ârigle ; il était petit-neveu de Léonard Destrapes, archevêque d'Àuch. Il fut fait général en 1659 et continué par le chapitre général tenu à Rome jusqu'en 1665 (1).
En 1789, le couvent des Carmes était composé de six religieux prêtres et d'un frère convers. Le prieur était Pierre Leneveu, connu en religion sous le nom d'Antoine de Saint-Pierre, et le sous-prieur François Comte, dit César de Saint-François. Sur ces sept religieux, un seul profita de la liberté laissée par l'Assemblée nationale et se retira de la maison le 9 mai 1790 (2).
(1) Parmentier, Archives de Nevers, tomel", p. 381.
(2) Archives de la ville de Nevers, série GG, lome I, p. 37.
Augustins,
Il ne faut pas confondre les Augustins proprement dits avec les chanoines réguliers de Saint-Augustin qui professaient, il est vrai, la règle du grand docteur, mais d'une manière plus mitigée, sans faire partie des ordres mendiants. Quant aux religieux dont nous allons parler, ils étaient connus dans le principe sous le nom d'Ermites de Saint-Augustin et ils formaient différentes branches. Le pape Alexandre IV les réunit et leur donna un supérieur général. En 1567, le pape saint Pie V plaça les Augustins au nombre des ordres mendiants, et il leur assigna le quatrième rang, après les Dominicains les* Franciscains et les Carmes.
Vers la fin du quatorzième siècle on comprit le besoin d'établir une réforme dans cet ordre ; il se forma en France deux congrégations d' Augustins réformés : la congrégation de Bourges et celle des AugustinS'Déchaussés, Ceux qui appartenaient à la première prirent le nom de Petits-Auguslins ou de Guillelmites, parce qu'ils avaient eu pour réformateur saint Guillaume de Bourges. Nous comptions autrefois dans le Nivernais trois maisons d' Augustins : Tune à Cosne, une autre à Saint-Pierre-le-Moûtier et la troisième à Prunevaux.
Le couvent de Cosne appartenait à la congrégation de Bourges; il fut fondé en 1616, avec l'approbation de François de Donnadieu, évéque (TAuxerre, dans le but peut-être de travailler dans cette ville à rinstruction de la jeunesse. Ils avaient été assez largement dotés par une dame Paul Léveillé.
En 1790 le R. P. Joussant était prieur des Augustins de Cosne et le P. Fumée sous-prieur.
Nous n'avons pu retrouver l'époque précise de l'établissement des Augustins à Saint- Pierre-le-Moûtier; nous savons seulement qu'en 1673 ils dirigeaient le petit collège de cette ville; leur couvent avait été construit sur les bords de l'étang.
Quant à ceux de Prunevaux, ils furent appelés en 1665 à remplacer les Capucins qui occupaient cette localité ; leur fondateur fut Etienne Foulé, seigneur de Martangy.
Ces religieux ont laissé peu de souvenirs dans les trois localités dont nous venons de parler ; nous sommes forcé de nous en tenir à y constater leur existence.
Brigittins»
Nous ne pouvons nous dispenser de faire ici mention des Brigittins, qui doivent leur fondation à sainte Brigitte, dans le cours du quatorzième siècle ; ils suivaient aussi la règle de saint Augustin et devaient être immédiatement soumis aux évéques. Une maison de cet ordre fut établie à Ciez, près Donzy, en 1654, dans un lieu nommé Le Plessis, par le P. Joachim de Saint-Denis, avec le consentement de Pierre de Broc, évèque d'Auxerre. Cet établissement ne fut pas de longue durée, car le même prélat fut forcé, le 9 novembre 1668, de congédier l'ancien supérieur et d'en nommer un autre. Cette communauté ne tarda pas à être supprimée (1).
(t) Notice des monaslères du diocèse d'Auxerre, p. lOi.