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JÉSUITES, ORATORIENS, FRÈRES DES ÉCOLES CHRÉTIENNES

Avant d'aborder l'histoire des ordres enseignants dans le diocèse de Nevers, oh nous saura peut-être gré d'exposer d'une manière succincte la mission confiée à l'Église sous le rapport de l'enseignement.

Elle ne pouvait oublier le grand précepte du divin Maître : Ailes, enseignez toutes les nations; oui, enseignez sans restriction, petits et grands, savants et ignorants, riches et pauvres, juifs et gentils; n'oubliez pas que les petits enfants eux-mêmes sont placés sous votre tutelle magistrale, et qu'à l'exemple du Sauveur vous devez les attirer à vous : Sinite parvulos ventre ad me.

Les ministres du nouveau sacerdoce ne failliront pas à la mission qui leur est confiée; ils recevront l'enfant des bras de sa mère, bégayeront d'abord avec lui, et, plus tard ils offriront, dans des écoles plus relevées, un abri à son adolescence.

C'est ce que nous remarquons dès l'ère même des martyrs; ne soyons pas surpris de voir de jeunes vierges chrétiennes, ayant leur modestie pour garde, se poser, comme sainte Catherine, en face des philosophes païens et confondre leurs sophisme» par la force de leurs raisonnements. Dans ces écoles se formaient ces instituteurs chrétiens chargés d'enseigner la jeunesse. Leur zèle était stimulé par

les efforts vraiment sataniques que tentaient les instituteurs de l*erreur et du mensonge, pour paralyser leur action. On a souvent répété ces paroles du sage : Nil aub sole novum.

Ce que nous voyons de nos jours existait déjà ; deux camps se trouvaient en face : d'un côté les enfants de Dieu qui avaient sucé avec le lait la pure doctrine du christianisme, et qui recevaient, dans les écoles de la religion, le développement de cette doctrine selon leur âge et leurs facultés; de l'autre les enfants que le paganisme tentait de ravir aux instituteurs chrétiens, ou d'entretenir dans les principes des superstitions païennes; c'était comme le prélude de la lutte qui devait s'établir plus tard entre les écoles laïques et les écoles congréganistes.

Dans ce que nous avons dit sur les écoles païennes et les écoles chrétiennes, qu'on ne s'imagine pas qu'il s'agisse de vaines suppositions ; ouvrons Eusèbe et étudions ce qui se passait du temps de l'empereur Commode, au second siècle de TEglise : alors on voyait à la tète de l'école des fidèles un homme des plus célèbres par sa science ; son nom était Pantenus. Il présidait les écoles d'Alexandrie et avait eu pour élève le fameux Clément (1). Le même auteur nous rappelle que le ûls d'Origène, à la mort de son père, se fit maître d'école (2).

Que faisaient alors les instituteurs païens, les ludi magistriy comme on les nommait ? Ils avaient déjà entendu murmurer la parole que l'esprit d'erreur a soufQée à toutes les époques : € Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose. » Unissant le blasphème au mensonge, ils voulaient bien qu'il fût question de Jésus- Christ dans leurs écoles, mais pour le tourner en ridicule, c Au commencement du quatrième siècle (c'était en 311, sous le tyran Maximin), on avait inventé une sorte de drame assaisonné de monstrueux blasphèmes ; on y mettait en scène Pilate et notre Sauveur. Cette pièce, par ordre de l'empereur, était publiée partout, et les maîtres d'école étaient obligés de l'enseigner à leurs enfants : Ac ipsos etiam pueros a ludi magistris docerijusêa (3). » Ne dirait-on pas que notre historien devançait les siècles et qu'il avait sous les yeux certaines éditions de nos

(1) Per idem Umpra fidelium scfioUs prsderai vir éocirims causa eeleberrimuSy nomine Pantxnus. (Eus., lib. V, cap. 10 et 11.)

(2) Ideniy lib. IX^ cap. 2.

(3) Baronius, an, 311.

auteurs contemporains? Eusëbe va plus loin; il assure que les institeurs des campagnes, aussi bien que ceux des villes, étaient chargés de propager ces blasphèmes, sans doute en les affichant sur les édifices publics ; ils devaient toutefois s'en servir comme matière de dictée pour leurs élèves, obligés encore d'en orner leur mémoire (1). c Pauvres enfants ! s'écrie Thislorien chrétien, toute leur journée était employée à parler de Jésus et de Pilate et à débiter ces actes inventés pour jeter du ridicule sur la religion : i» Pueri in schoUsj tota dta, nihil aliud prœter Jesum et Pilatum, et acta Ma ad contumeliam nostram confecta in ore hahehant (2).

Cependant le triomphe de l'Eglise approchait; Constantin l'aida à fonder de nouvelles écoles sur divers points de l'empire. Les écoles de Césarée, de Constantinople et d'Athènes s'établirent sans nuire à celle d'Alexandrie ; elles devinrent de plus en plus florissantes ; c'est de là que sortirent les docteurs qui devaient à leur tour perpétuer cette tradition de science et de vertu que les efforts du paganisme n'avaient pu détruire. Saint Grégoire de Nazianze avait fait, étant élève, la gloire d'Athènes; on l'y retint pour lui confier la chaire de rhétorique (3). L'Eglise avait conservé le dépôt qui lui avait été confié, et sauvegardé son droit magistral.

Plus tard, Gharlemagne, dans ses capitulaires, confirma cedroitet voulut que des écoles fussent établies à l'ombre des cathédrales et des monastères. Pendant tout le cours du moyen-âge, Técolâtre, dans chaque diocèse, était non-seulement le chanoine chargé de l'enseignement dans l'église cathédrale, mais toutes les écoles du diocèse étaient sous sa direction, et les maîtres recevaient de lui leur nomination. Dans quelques localités, les évéques ou les archidiacres s'étaient réservé ces droits (4).

Au seizième siècle les préoccupations, résultant des discussions religieuses, avaient porté le trouble jusque sur les bancs des écoles, c Les nouvelles opinions, dit Parmentier, faisaient dans ce temps des progrès rapides. On changeait à tout moment de maîtres, et les choses

(1) Tarn %n agris quam in civiiaiibus publice proponereniur, aiqw ludi magislri pro dictatis hœe declamanda et memorùd commendanda puerù Iraderent. (Eus., lib. IX, cap, 5. — Nicbphorus, lib. Vif, cap. 28.)

(2) Eus. loco cilato, cap. 7.

(3) Baronius, ann. 330 et 354.

(4) Voir Dbnizart, au mot Écolâtre,

n'en allaient que plus mal. Le désordre pouvait venir de ce qu'on les prenait tels qu'ils se présentaient et peut-être sans examen de leurs mœurs et de leurs sentiments (1). » Le même auteur ajoute : c Mathurin Gordier, Normand, habile grammairien, mort calviniste à Genève, fut principal en 1531 et se retira en 1533 (2) >. Déjà, en 1530, les archives de Nevers nous parlent des désordres qui existaient dans le collège par suite de la négligence^ du principal. Les échevius chargèrent de la direction des écoles Guillaume Maulguin, maître ès-arts, en attendant que le scholastique Parent eût pourvu à la nomination d'un nouveau principal. On voulut même donner une plus grande importance à cet établissement, et on entreprit d'y adjoindre une chapelle, qui fut bénite, sous le vocable de saint Jean-Baptiste, par Philibert de Beaujeu, évèque de Bethléem. Le scholastique paya par moitié avec la ville les vitraux de cette chapelle, et s'imposa encore d'autres sacrifices pour cet établissement.

Malgré toutes les précautions prises pour rétablir l'ordre, les résultats n'étaient pas satisfaisants, c Un arrêt du Parlement de Paris, du 1^' février 1547, ordonna que la présentation du principal pour enseigner la jeunesse appartiendrait aux échevins ; qu'il ferait ses preuves de capacité entre les mains du scholastique, et qu'à l'égard de ses vie et mœurs, l'information serait faite par-devant l'évêque de Nevers ou ses vicaires (3). » Il paratt que ces garanties étaient insuffisantes, car en 1561 plusieurs des régents du collège étaient loin d'avoir gagné la confiance des catholiques.

Les Jésuites, fondés seulement depuis quelques années, avaient déjà acquis une grande réputation sous le rapport de l'instruction et de l'éducation qu'ils donnaient à la jeunesse; aussi, en 1565,Ludovic de Gonzague, qui avait su les apprécier, conçut-il le projet de les appeler à Nevers et de leur confier la direction du collège : c'était l'année même de son mariage avec Henriette de Glèves, qui venait de lui apporter en dot le duché de Nevers. Il fit part au corps municipal de son désir de fonder solidement le collège et de le confier aux Jésuites ; il offrait 2,000 livres pour les premiers frais et une rente annuelle et perpétuelle de cent quartauts de blé. Gette proposition

(1) Archives de la ville de Mevers, tome l*', p. 309.

(2) Iderrit loco citalo.

(3) Idem^ loco cilalo.

ne fut pas accueillie avec indifférence ; mais déjà le célèbre institot pouvait dire : Sœpe expugnaverunt me ajuventute mea. Malgré les avantages offerts par le nouveau duc, on ajourna l'exécution du projeL

£n 1571, eut lieu la bénédiction de la première pierre des nouvelles constructions, par Eustacbe du Lys, évèque de Nevers, et, l'année suivante, les échevins cédèrent le collège à Ludovic de Gonzagueet à Henriette de Clèves, pour être placé sous la direction des Jésuites. L'acte est du 3 juillet 1572. En livrant les bâtiments les échevins avaient fait réserve d'une partie pour le pensionnat et pour les maîtres abécédaires. Le duc abandonna encore aux Pères trois maisons qu'il avait acquises dans le voisinage ; de plus ils furent dotés d'une somme de 2,000 livres de rente sur l'Hôtel-de- Ville de Paris.

Les Jésuites étaient gênés sans doute par les abécédaires, qui occupaient une partie des bâtiments ; ils demandèrent à la ville de leur confier ces fonctions, ce qui eut lieu et fut arrêté par contrat du 2 août 1578.

On sait que les Jésuites furent chassés de France par arrêt du Parlement de Paris, en date du 29 décembre 1594. Malgré les solli* citations de Ludovic de Gonzague, qui avait pris ouvertement leur parti, ceux de Nevers durent se soumettre à la proscription générale, et abandonner la ville au commencement de 1595. Les échevins les accompagnèrent jusqu'à la porte de Loire.

Il n'était pas facile de trouver immédiatement le personnel nécessaire pour les remplacer ; les échevins traitèrent au mois de juillet 1597 avec un nommé Ârnauld Regnault, chanoine de Nevers, pour lui confier la direction du collège et la réorganisation des régents ; il demeura comme principal jusqu'au retour des Jésuites, car on le retrouve encore en fonctions en 1605.

Le zèle et le dévouement des nouveaux professeurs ne pouvaient efiacer le souvenir des anciens, qu'on considérait comme victimes des passions politiques. En 1603 un édit du mois de septembre les rappela ; c'était une réparation de l'injustice commise à leur égard. Le corps municipal .voulut participer à cette réparation; il se réunit et prit une délibération tendant à obtenir leur rétablissement à Nevers. Charles de Gonzague appuya cette demande auprès de Henri IV, qui donna à cet effet un brevet du 21 juin 1606. Les échevins firent partir pour Paris deux députés chargés de déterminer les PP. Jésuites à revenir à Nevers, avec mandat de régler de concert ce qui avait rapport à leur pension.

« Il fat passé avec eux un nouveau contrat le 11 janvier 1607, portant qu'ils rentreraient au 1*^ octobre suivant; qu'ils professeraient cinq classes de grammaire, humanités et rhétorique ; qu'ils auraient les 2,000 livres de pension du duché, la métairie de Saint- Eloi, la prébende réunie par M' Sorbin en 1591, le domaine du Coudrai et Saint-Antoine, et que la ville leur payerait les 1,300 livres de rente que plusieurs habitants avaient volontairement constituées au profit du collège ; que la ville leur meublerait vingt chambres, l'infirmerie, la cuisine, la sacristie; que les livres inventoriés lors de leur retraite leur seraient rendus, et qu'ils jouiraient de Tezemption entière de toutes tailles, emprunts, impositions, entrées, gardes de ville et autres charges. Ce contrat fut homologué par lettrespatentes du 23 du même mois de janvier, qui autorisent définitivement le rétablissement des Jésuites (1). :»

Au mois de septembre suivant, on songea à bâtir l'église au lieu même où on la voit actuellement. A en juger par certains actes, la ville se serait chargée de la dépense ; mais il paraîtrait qu'il y aurait eu quelques difficultés, et, en 1609, les Jésuites traitèrent avec les échevins et leur proposèrent de se charger à leurs frais de cette construction à certaines conditions. Le doyen du chapitre, Jean- Henri Bogne, prit à sa charge la dépense du grand portail.

En 1624, cette église n'était pas encore terminée, car le prieur de Saint-Étienne donna 60 livres pour aider à sa construction et la ville vota une allocation à cet effet.

Cependant l'établissement prenait un développement considérable, grâce aux secours qui venaient de toutes parts aux PP. Jésuites. Déjà, dès 1591, par une délibération du 13 décembre, le chapitre leur avait accordé droit d'usage dans ses bois de Sauvigny, à cause de leur domaine de Saint-Eloi; la ville, de son côté, se montrait généreuse à leur endroit et les habitants leur portaient le plus vif intérêt. Par contrat du 29 mars 1610, Henri Bolacre et Jeanne Millet, son épouse, fondèrent au collège une chaire de philosophie, et deux ans plus tard on y faisait un cours de théologie morale. Plus d'un siècle après, en 1726, cet établissement était parvenu à un tel point de prospérité que la ville comprit la nécessité d'y établir à ses frais un second régent de philosophie.

(1} Parmentieb, Archives de Nevers, tome !•', p. 315.

Le besoin d'une maison de campagne pour les professeurs et pour les élèves s'était fait sentir; les Jésuites acquirent dans ce but, au prix de 1 ,800 livres, le bien de TErmitage, dans la paroisse de Goulanges, lequel leur fut vendu par un sieur Gilbert Taillandier, notaire à Nevers. Ce ne fut qu'en 1753 qu'ils élevèrent dans cet endroit la maison de plaisance qu'on y voit aujourd'hui ; la ville leur vint encore largement en aide pour cette dépense.

On a vu que les Jésuites avaient la direction générale de Tinstraction, depuis les abécédaires jusqu'aux élèves de philosophie et de théologie; il ne leur manquait que celle du grand séminaire. Edouard Bargedé la leur confia en 1709. Nous sommes obligé de nous reporter au concile de Trente pour avoir une idée de l'éducation des jeunes clercs; jusque-là ils étaient formés, comme nous l'avons va, dans les monastères ou dans les écoles des églises cathédrales. Le saint concile exprima le vœu que, dans chaque diocèse, l'évoque fondât une ou plusieurs maisons destinées à les recevoir ; il consacra un long chapitre, renfermant les règles qu'ils auraient à suivre (1). Il était impossible, au moins dans plusieurs diocèses, de se conformer immédiatement à ces prescriptions ; les évéques furent donc dans la nécessité de suivre les anciens usages, soit pour les commençants, soit pour ceux qui pouvaient être admis aux cours plus élevés. On n'a pas dû être étonné de voir, parmi les ordres mendiants, les Augustins et les Carmes offrir à l'église de Nevers leur concours pour l'instruction de la jeunesse à divers degrés. Le premier évéque qui ait établi un séminaire à Nevers fut Eustache de Chéry ; il en confia la direction aux chanoines réguliers de Saint-Martin. Parmentier, qui rappelle ce fait, ne nous indique pas l'époque précise de cet établissement ; mais il fait mention d'un traité abrégé des sacrements imprimé à Bourges, en 1658, à l'usage du séminaire, fondé dans l'abbaye de Saint-Martin par l'évéque de Nevers.

En 168S, Edouard Vallot retira la direction dudit séminaire aux chanoines réguliers pour la confier aux Oratoriens, et, en 1709, Edouard Bargedé remit son grand séminaire entre les mains des Jésuites.

Ces mutations de directeurs accusent un malaise qui peut être attribué aux nouvelles doctrines qui agitaient TEglise de France. Le

(1) Session XXIII, cap. 18.

jansénisme avait fait de nombreux adeptes parmi les laïcs, et le clergé était loin d'être à Tabri de ses atteintes; de là ces luttes contre les Jésuites, accusés de professer une morale relâchée. Le clergé de Nevers s'était prononcé dans un sens opposé à la doctrine des Jésuites, et, en i658, neuf curés de la ville avaient adressé à leur évèque une requête contre rAPOLOGiE pour les casuistes (1). Les signataires étaient : Gentil, curé de Saint-Trohé; Fleury, curé de Saint-Didier ; Bernard, curé de Saint-Jean ; Guillemeau, curé de Saint-Genest ; Gentil, curé de Saint-Sauveur ; Monin, curé de Saint-Laurent ; de Saint- Olivier, curé de Saint- Victor ; Goby, curé de Saint-Etienne ; Damond, curé de Saint-Angle.

Ce fut peut-être dans le but de donner quelque satisfaction au clergé qu'Edouard Vallot conGa son grand séminaire aux Oratoriens. Au mois de janvier 1688, il obtint du roi les autorisations requises. Il fut arrêté que le prélat et ses successeurs pourront prélever sur les bénéfices dépassant 600 livres à l'effet de pourvoir à la fondation et dotation dudit séminaire, jusqu'à concurrence de 1,500 livres, pour l'entretien des directeurs, professeurs et autres personnes préposées à la conduite des séminaristes. La répartition faite, au lieu de 1,500 on ne put atteindre que 1,360 livres ; mais on s'engagea à fournir le surplus par de nouvelles impositions, c outre la somme de 3,000 livres, une fois payée, à prendre sur les revenants-bons des décimes dudit diocèse. »

Les Oratoriens ne demeurèrent pas longtemps chargés de cette direction ; Edouard Bargedé fut effrayé des tendances qu'ils inspiraient à leurs élèves, et il avait pu remarquer que ceux d'entre eux, qui étaient pourvus de canonicats ou de cures, étaient entachés de jansénisme ; ils avaient rejeté la bulle Unigenitus et fait appel au futur concile ; il crut que son devoir d*évêque l'obligeait à prendre des moyens énergiques pour couper le mal dans sa racine ; il conçut le projet de confier aux Jésuites la direction de son grand séminaire et de l'établir dans le prieuré de Saint-Sauveur. A cet effet, il avait traité avec Jean Marin, grand-prieur de Cluny, qui jouissait de ce bénéfice, afin d'obtenir de lui la réunion du prieuré et de la sacristie de Saint-Sauveur au nouveau séminaire. Le roi fut favorable aux

(1) Écrits divers contre la morale des Jésuites, sans nom d'imprimeur,

projets de Tévêque de Nevers, et, pour fevoriser l'arrangement proposé, il abandonna au grand-prieur la prévôté de Sainte- Valière de Chamboni diocèse de Limoges, bénéûce qui était de nomination royale. C'était, comme nous l'avons dit en 1709; le pape Clément XI confirma ces dispositions.

Parmi les conventions, il avait été stipulé que, dans le cas où les Jésuites viendraient à être privés de la direction du séminaire, les avantages iaits par l'abandon du prieuré et de la sacristie de Saint- Sauveur retourneraient à leur collège.

L'évèque de Nevers, en sollicitant Tautorisation du roi, avait en aussi la pensée de demander la révocation des lettres-patentes obtenues par Edouard Vallot en faveur des Oratoriens; mais il crut plus prudent d'ajourner cette demande. Cependant le diocèse continuait à payer aux Oratoriens la somme de 1,500 livres; ce ne fut qu'au mois de mars 1715 que, par lettres-patentes du roi, données à Versailles, ce revenu leur fut retiré, avec défense expresse d'exercer leurs anciennes fonctions de directeurs du grand séminaire.

Inutile de faire remarquer que le nouvel établissement ne fut pas fondé sans difGcultés ; les prêtres de l'Oratoire, dont on contestait l'orthodoxie, cherchèrent à se faire des adeptes dans le clergé et dans le chapitre ; mais le projet eut son exécution.

A l'arrivée des Jésuites, l'église et les bâtiments du prieuré étaient dans l'état le plus déplorable; ils y firent les réparations les plus urgentes pour rendre la maison habitable; ils avaient disposé le dessus de la voûte de l'église en vue d'y placer leur bibliothèque; ils s'occupèrent encore des biens ruraux aussi en désordre que le prieuré. Ces biens étaient considérables: Champange, Gimouille, Ghalluy, etc., non compris les immeubles qu'ils possédaient en Berry, aux environs de Dun-le-Roi, leur procuraient des revenus assez importants (1).

La cure de Saint-Sauveur devait leur venir encore en aide; le curé était à la nomination du supérieur du séminaire, qui avait le droit d'y ofQcier aux quatre grandes fêtes de l'année.

Les Jésuites furent seuls chargés du grand séminaire jusqu'à l'épiscopat de Charles Fontaine des Montées. Ce prélat v leur laissa l'école de théologie dans le séminaire, mais il en établit une autre

(l) Archives de la ville de Nevers^ série GG, passim.

à Saint-Martin, accordant aux étudiants la liberté de choisir Tune ou l'autre, et même de les suivre toutes les deux, s'ils le jugeaient à propos. Il ordonna cependant que les jeunes ecclésiastiques feraient leur séminaire à Paris; et pour mettre ceux qui n'étaient pas aisés à portée d'y aller, il les défrayait de l'aller et du retour et leur procurait des bourses dans les collèges... »

a II a donné aux chanoines de Saint-Martin, par sou testament, tous ses livres de théologie, de morale et d'histoire ecclésiastique, en trèsgrand nombre, à condition que l'usage n'en serait point refusé aux jeunes étudiants qui se destinent au service de l'église (1). »

En 1735, le P. Goef&er, supérieur du séminaire de Saint-Sauveur, prêcha l'oraison funèbre de la duchesse de Nevers.

Les Jésuites de Nevers continuèrent à diriger avec honneur et succès le collège et le grand séminaire jusqu'en 1762, époque à laquelle un arrêt du Parlement, en date du 16 avril, supprima en France leur compagnie. L'année précédente. Voltaire écrivait à Helvétius : c Une fois que nous aurons détruit les Jésuites, nous aurons beau jeu contre IINFAME. » On peut être fier d'avoir pour ennemis Voltaire, Helvétius, le marquis de Pombal, le duc de Ghoiseuil, Mme de Pompadour et d'Alembert.

A leur départ, le grand séminaire de Nevers et le collège furent confiés à des prêtres séculiers qui dirigèrent ces établissements jusqu'à la révolution ; quand elle éclata , le grand séminaire avait pour supérieur M. l'abbé Daguet, originaire de Nevers, et pour professeurs MM. Crétin, Viennet et Sautot, que Mgr Tinseau avait fait venir de Besançon.

LES ORÂTORIENS.

Les Oratoriens ne formaient pas un ordre religieux; c'était une simple congrégation, fondée en France par le cardinal de Bérulle en 1611, et confirmée en 1613 par le Pape Paul V; leur but était l'instruction de la jeunesse. Ils furent appelés à Nevers par messire Léonard Destrappes, originaire de cette ville, et archevêque d'Auch.

(1) Parmentier, Histoire manuscrile des évêques de Severs.

Le contrat, passé à Paris le 6 avril 1618, fut ratifié par Eustache du Lys, évèque de Nevers, le 16 janvier suivant.

Le pieux fondateur leur avait abandonné sa maison; il obtint même de la ville qu'on renfermât dans Tenclos une petite rue qui conduisait au Rivage. Jusqu'au moment où ils furent chargés du grand séminaire, nous ne trouvons aucuns détails sur leur communauté; mais quand l'évèque Edouard Vallot leur confia cette mission, il dut s'occuper de pourvoir à leur subsistance. Il annexa à leur établissement, en 1690, le revenu des douze prébendes et du doyenné de la collégiale de Frasnay (1) ; ce qui, joint aux 1,500 livres dont il a été question plus haut, les mettait en position de soutenir les charges qui leur étaient imposées.

En leur remettant son séminaire, le prélat avait voulu qu'un de ses vicaires généraux en eût la haute direction et fût considéré comme supérieur de la maison ; cette mission fut confiée à M. Charles Bolacre, qui venait, de concert avec dom de Laveyne, de fonder la congrégation des sœurs de la Charité. Il s'établit donc entre les prêtres de l'Oratoire et Charles Bolacre une sorte d'intimité et de fraternité. On comprend facilement pourquoi les Oratoriens de Nevers se trouvèrent engagés dans les premières opérations de cette congrégation ; ils en devinrent , en effet , les directeurs. L'évèque de Nevers les avait chargés de préparer leurs règles et constitutions, qu'il revêtit de son approbation; de plus, il les autorisa à fonder dans le diocèse les premiers établissements du nouvel institut. Le 11 mai 1700, du consentement et avec l'approbation d'Edouard Vallot , dûment autorisés par les supérieurs de leur maison-mère, à la prière de l'abbé Bolacre et des sœurs des deux maisons de Nevers , les prêtres de l'Oratoire déclarent accepter la supériorité générale de la congrégation desdites sœurs, avec droit de visite des établissements fondés dans le diocèse et dans les autres diocèses de France ; les visiteurs devant toutefois recevoir leur mission du supérieur général de l'Oratoire, auquel devait être remis copie des procès-verbaux desdites visites. Le supérieur de la maison de Nevers opérait les placements et changements des sœurs , toutefois avec le consentement du supérieur général,

(1) Plus tard l'union des canonicats de Frasnay a été déclarée abusive par arrêt du^grand conseil du 20 septembre 1745.

appelé à sanctionner les nouveaux établissements et à nommer les sœurs chargées de les diriger.

Les Oratoriens devenaient réellement les Pères spirituels et temporels de la congrégation; ils s'étaient fait une large part dans l'administration des biens acquis et à acquérir, car ils avaient stipulé qu'ils n'auraient à rendre compte de leur gestion à qui que ce soit, et qu'on les croirait sur leur simple parole. Ils ajoutèrent à l'acte dressé dans cette circonstance que si les sœurs obtenaient l'autoririsation légale de leur établissement, elles leur donneraient alors décharge complète (1).

Jusqu'à quelle époque cet état de choses subsista-t-il ? Nous rignorons ; il nous parait probable que le prélat qui, en 1709, crut devoir leur retirer la direction de son séminaire les déchargea par les mêmes raisons de l'administration de la congrégation. La communauté de l'Oratoire était alors composée de cinq prêtres : François Cuissard , supérieur ; Jean Prouverre , Jean Galipaud , Pierre Chaseray, Louis de Carrières.

Quand le séminaire leur fut enlevé pour être remis entre les mains des Jésuites, les Oratoriens furent vivement blessés, surtout parce que leur orthodoxie était mise en doute ; aussi firent-ils tous leurs efforts pour faire échouer ce projet. Ils s'adressèrent au chapitre de la cathédrale, comptant sur l'opposition des chanoines ; mais leurs démarches furent inutiles.

A partir de cette époque, nos chroniques demeurent muettes sur leur compte. Leur église, bâtie en 1680, aux dépens de M. le comte de Précy, qui y est enterré, a été bénite en 1681 par Edouard Vallot, mais elle ne fut jamais consacrée.

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