NOUVELLE ADMINISTRATION DU CHAPITRE
Par suite de Tabolition de la charge de prévôt général , le chapitre de Nevers va entrer dans une nouvelle phase de son existence. Nous allons étudier son histoire pendant la période de cent cinquante ans , c'ast-à-dire depuis 1050 jusqu'aux premières années du treizième siècle, époque à laquelle d'autres modifications importantes viendront apporter à ses constitutions des changements d'un genre tout particulier ; nous voulons parler du droit exclusif que s'attribuèrent les chanoines de nommer l'évèque à la vacance du siège , de la cessation de la vie commune y et aussi du droit de régale que les souverains cessèrent d'exercer dans le diocèse de Nevers.
Avant d'aborder les détails curieux que nous ont conservés nos chroniques locales, jetons encore un coup d'oeil rapide sur la manière d'agir des prévôts. Peut-être les chanoines les avaient-ils jugés avec trop de sévérité ; ils ne se rendaient pas assez compte des difificultés qu'ils rencontraient et du milieu social dans lequel ils vivaient. Sans doute, il faut bien le reconnaître, la plupart ne méritaient pas des éloges ; il était difiScile de leur dire : Euge ierve bone et fidelis. Cependant nous sommes tenté de faire valoir en leur faveur des circonstances atténuantes. Voyant les biens dont Tadministration leur était confiée passer malgré eux en des mains étrangères , ils laissaient faire par faiblesse et par crainte; peut-être même ils abandonnaient, par d'injustes compromis, une portion des biens qu'on voulait leur ravir
et gardaient pour eux l'autre portion. Cest ainai que les pauvres chanoines se voyaient dépouillés de tout.
La ebarge de prévôt n'existant plus, il fallut bien s'occuper de la régie des propriétés qui restaient ; ce fut alors que les chanoines purent comprendre combien, à cette époque, au milieu d'hommes puissants, mais à conscience douteuse et erronée, il était difficile de maintenir les principes du droit. Les luttes incessantes auxquelles il fallait se livrer n'étaient pas toujours suivies du succès qu'ils espéraient, et souvwit ils eussent été réduits aux dernières extrémités de la misère, si Dieu ne leur tdi venu en aide^ en suscitant des hommes aussi remarquables par leur intelligence que par leur zèle et leur dévouement.
Quand le prévôt Hugues donna sa démission, le chapitre avait pour doyen un de ces prêtres d*élite ; sa naissance et sa piété le rendaient recommandable aux yeux de tous. Dès Tannée 1045, Geoffroy de Ghampallement, neveu de Hugues-le-Grand, se trouvait à la tète du chapitre. Il dut en 1050 mettre sérieusement la main à l'œuvre pour réparer le passé ; mais, deux ans plus tard, il fut appelé à remplacer sur le siège d'Auxerre l'évèque Héribert, second du nom.
La Providence a ménagé pour cette époque difiQcile une suite d'évéques qu'elle avait doués de l'esprit de sagesse et de la fermeté nécessaires. Hngues-le-Grand, qui avait déjà bien mérité de son chapitre, voulut compléter son œuvre ; il déclara qu'il renonçait à certains droits onéreux établis avant lui sur les églises dépendant de la manse des chanoines. Il mourut en 1065, après un épiscopat de cinquante-quatre ans. Nous ne trouvons rien sous Maulguin, son successeur, qui puisse entrer dans Thistoire du chapitre.
Mais Hugues, troisième du nom, neveu de GeofBroy de Ghampallement, évoque d'Auxerre, dont nous avons parlé, et probablement petit-neveu d'Hugues-le-Grand^ après avoir été doyen de Saint-Cyr et prévôt d'Auxerre, fut élu évèque de Nevers en 1074. Dès le jour de son installation, il fit lire son testament dans la chaire de la cathédrale, en présence du clergé et du peuple assemblés. Il donnait aux chanoines la moitié de tous les biens meubles qui lui appartiendraient au jour de son décès, tant en pain et vin qu'en or et argent, bestiaux et meubles meublants, ses dettes préalablement acquittées ; Tautre moitié devait être partagée en deux portions : l'une appliquée aux besoins des voyageurs et des femmes veuves malades à l'hôpital, et
Taulre remise aux moines de Saint-Etienne de Nevers, voalant être
enterré dans leur monastère.
L'église de Saint- Vincent-et-Saint-Arigle était en la possession de
quelques membres de sa famille ; il la retira et la rendit aux chanoines
avec ses dépendances. Il supprima à perpétuité certaines coutumes
onéreuses que Roclène avait établies indûment sur la terre de Veninges, appartenant aux chanoines. Ces droits abusifs autorisaient les
gens de l'évèque et les seigneurs à forcer les paysans à prêter leurs chevaux, charrettes, charrues, etc., selon le besoin, sans se préoccuper de les rendre en état. Gomme il avait à cœur de traiter publiquement et non plus capitulairement les affaires de l'église ; son tribunal était établi au pied d'un orme, sub ulmo sua consedit. Il força un laïc, Bernard de Saint-Saulge, à rendre l'église de Varennes-les-Nevers, et un autr^ Bernard, dit de Ghaillant, à se désister des droits qu'il s'attribuait sur les terres d'Arzembouy et de Challuy, dépendances du chapitre.
Malgré les promesses et les engagements formels, et peut-être sincères, l'église n'était pas sûre de ne pas être dépossédée, à un moment donné, de ses droits les plus légitimes et les mieux établis. Après la restitution faite par Bernard de Ghaillant, les chanoines pouvaient espérer qu'on les laisserait jouir en paix de Ghalluy et d'Arzembouy; et cependant ils devaient plus tard voir son fils Lithier renouveler les prétentions de son père. Parmentier prétend qu'il se faisait donner le gite sur ces terres deux ou trois fois l'année, avec ses chevaliers, aux dépens du grenier des chanoines. Quand il s*y commettait quelque larcin ou qu'il y avait des luttes, quelquefois jusqu'à effusion du sang, le jeune seigneur exigeait des satisfoctions, c'est-à-dire qu'il forçait les délinquants ou les chanoineSi comme propriétaires du lieu, à lui payer certains droits. G'était un acte de hatUe justice qu'il exerçait. Hervé lui fit donner quinze livres tournois, et obtint à ce prix un désistement absolu. Le prélat voulut que la charte qui contenait ces arrangements fût signée par toute la famille de Lithier, afin d'en assurer l'exécution (1).
Ce n'était pas assez pour lui d'intervenir auprès des seigneurs en faveur des chanoines, il ne balançait pas à s'imposer des sacriGces I^ersonnels pour leur être agréable et améliorer leur sort ; ii mit
(1) Histoire manuscriis des évêques de Nevers,
ses forêts à leuE disposition, les autorisant à prendre le bois nécessaire pour le chauffage commun et pour la construction des maisons de la communauté. Il leur remit aussi les droits auxquels ils étaient soumis pour faire paître leurs brebis dans ses héritages, soit que le troupeau appartint à la communauté, soit qu'il fût la propriété de Tun d'eux. Il en fut de même pour le panage de leurs porcs dans les bois de l'évêque.
Hervé, dont le caractère conciliant préférait les voies de la persuasion pour arriver h ses fins, savait parfois se montrer sévère à l'égard des seigneurs détenteurs des biens de Téglise. Roclènede Druy avait refusé de rendre aux chanoines Téglise et le village de Parigny-sur- Sardolles dont il s'était emparé, et était mort sans avoir réparé cette injustice. Le prélat défendit de lui accorder la sépulture ecclésiastique. Boclène et Renaud, fils majeurs du défunt, ne voulant pas s'exposer à la même peine, opérèrent cette restitution; mais ils avaient deux frères encore jeunes qui n'avaient point donné leur adhésion ; arrivés à leur majorité, ils ne consentirent à ratifier ce qu'avaient fait leurs frères aînés qu'en exigeant une indemnité. Pour le bien de la paix et pour conserver les droits du chapitre, Hervé donna 40 sols à l'un et 30 sols à l'autre.
Cet évêqne, que nos vieiiles chroniqnes exaltent en termes si élogieux , vir per omnia magnificus , ne laissait échapper aucune occasion de témoigner Tintérêt qu'il portait à son chapitre. Guillaume II, comte de Nevers, partant en liOl pour la Terre-Sainte, avait enrôlé de force des hommes de Saint-Cyr; l'exploitation de ces serfs, dont plusieurs avaient péri, était un véritable dommage causé aux chanoines, et le comte ne pensait même pas à les indemniser ; Hervé ne balança pas à s'adresser à Guillaume et obtint de lui ce qu'il demandait.
On lui attribue aussi la donation de l'église de Saint-Gildard-et- Saint-Loup aux chanoines de sa cathédrale, du consentement d'un chevalier nommé Gibaud de Marzy . de Maulguin et d'un autre Gihaud, neveux du premier.
Un peu plus tard les chanoines, d'accord avec Tévôque, firent don de cette église à Dongion, premier abbé de l'abbaye de Saint- Laurenl-et-Saint-Hilaire, près Cosne, pour y établir des chanoines réguliers. On convint que si quelqu'un du chapitre de Saint-Cyr voulait se retirer à Saint-Gildard, il ne perdrait pas pour cela sa prébende, mais que, sa semaine de service arrivant, un des prètrea
44 LBS CONGRÉGATIONS RELIGIEUSES
de Saint-Gildard viendrait l'acquitter pour lui à la cathédrale. Il fut convenu encore que la prébende revenant au chapitre de la cathédrale pendant trente jours à l'abbaye Notre-Dame^ à la mort d*un chanoine, et la portion du mort servie aux anniversaires appartiendraient à Saint-Gildard pendant tout le temps que les chanoines vivraient au réfectoire commun. Cette clause^ laisse à penser que déjà on prévoyait le moment où on renoncerait à la vie de communauté.
L'évéque ajouta que si un des chanoines venait à mourir, ceux de Saint-Gildard, socii Sancti Gildardi^ auraient droit, pendant Tannée entière, à la prébende du mort, et célébreraient la messe à son intention en temps convenable. Ces dispositions furent acceptées par le chapitre et signées par Hervé et par Dongion.
Cependant il s'éleva un conflit entre l'évéque et les chanoines. Il parait que, d'après un ancien usage, dont on ignore l'origine, le prélat devait donner à dîner tous les ans à son chapitre, les jours de la Toussaint et de Noël ; il ne contestait pas Tusage, mais il prétendait que ces repas n'étaient dus qu'autant qu'il se trouverait à Nevers, et qu*en cas d'absence, si par exemple son devoir l'appelait à la cour du roi, on n'avait rien à exiger de lui. Cependant, après avoir examiné les pièces qui furent mises sous ses yeux, il reconnut la légitimité de la réclamation, avouant que, absent ou présent, il devait les repas. Cette coutume avait fini par être considérée comme un droit acquis en faveur de ceux qui assistaient l'évéque aux jours où il officiait pontificalement.
Il parait, d'après le nécrologe de l'église de Nevers, que le repas de Noël avait été remplacé par une somme d'argent; Tévéque se contentait de donner XL sols sur lesquels six deniers étaient remis à chacun des sept chapelains (les sept prêtres).
A la mort d'Hervé les chanoines, en souvenir du bien qu'il leur avait fait, firent inscrire au nécrologe de Téglise les trois vers suivants, qu'on chantait encore longtemps après dans le chapitre à l'issue de prime : ,
Diffressum nostri recolentes jure patroni
Um)eiy Dominum precibus pulsemus in unum «
IUiu$ ut cœli consortes esse queamus,
<K En souvenir d'Hervé, notre protecteur justement regretté, réunissons nos voix pour demander au Seigneur de jouir un jour avec lui de l'étemelle félicité. »
Hugaes IV succéda à Hervé. Les comtes de Nevers avaient la prétention de s^emparer à la mort des évéques de tout le mobilier de l'évéché; Guillaume II déclara spontanément qu'il renonçait pour toujours à cette prétention. Le chapitre dut donc entrer en possession de la moitié des meubles de Hervé, conformément au testament dont nous avons parlé.
Le nouvel évéque fit observer à ses chanoines que toutes les possessions dont ils jouissaient leur venaient de la libéralité des fidèles, ajoutant qu'il serait juste de prier chaque jour pour leurs bienfaiteurs ; par suite de ces légitimes observations, il fut décidé à l'unanimité que deux chanoines-prêtres célébreraient tous les jours le saint sacrifice à leur intention. Les deux prébendes devaient être accordées gratis , l'évéque, le doyen ni le chantre n'ayant rien à prétendre ; car, est-il dit dans la charte, il ne conviendrait pas que des prêtres chargés d'implorer la miséricorde divine pour les pécheurs soient eux-mêmes engagés dans les liens de la simonie. On assigna en outre aux deux prébendes un logis commun devant le cellier des chanoines. Il fut convenu qu'ils n'auraient d'autres fonctions que celle de prier pour les morts, chacun leur semaine alternativement, sans pouvoir posséder d'autres bénéfices (1).
On lit dans le nécrologe que Hugues avait donné ou fait rendre au chapitre les églises de Decize, Avrée, Saint-Parize-le-Ghâtel , Meauce, Saincaize et plusieurs autres bénéfices.
Nous voyons s'améliorer insensiblement la position des chanoines. Hais ce fut principalement sous' l'évéque Fromond , qui avait été précédemment abbé de Saint-Martin et doyen du chapitre , que la manse capitulaire fut reconstituée et établie sur des bases plus solides. Ce saint évêque, qui occupa le siège de Nevers depuis l'année 1121 jusqu'en 1143 , époque à laquelle il prit l'habit religieux à Saint- Etienne, mit tout en œuvre pour donner à son ancienne abbaye toute sa splendeur, sans oublier les chanoines de Saint-Gyr; il constitua entre les deux établissements une confraternité durable. Une charte de 1130 porte que si quelque chanoine de sa cathédrale veut embrasser dans le monastère de Saint-Martin la vie régulière , il jouira, quel que soit son âge ou son rang, des fruits de sa prébende, et que l'église de Saint-Martin fera à la cathédrale son service hebdo-
(1) Gaîlia ehrUtiana.
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madaire. Cette pièce est signée par Fromond , évoque ; Hugues , doyen; Mathieu, archidiacre; Girbert, trésorier; Gilbert {VVnû versel) , docteur ; Fromond , sacristain ; Arnoul, chapelain. Un certain nombre de seigneurs souscrivirent aussi avec le comte Guillaume; parmi eux on remarque Gérard, prévôt de Nevers; Âymard, prévôt de Tévéque, et, en dernier lieu, Dreux, chancelier. L'évêque avait tenu sans doute à ee nombre de signataires, parce que la charte contenait le dénombrement des bénéûces qu'il avait attachés à Tabbaye de Saint-Martin. Parmi ces signataires nous en remarquons deux surtout qui disaient la gloire de Téglise de Nevers : Gilbert , que ses connaissances profondes et variées avaient fait nommer VUniversel^ et qui devint plus tard évêque de Londres, et Dreux^ chancelier et grand-chantre. Ce dernier fît trois fois le voyage de la Terre-Sainte ; il avait été recommandé d'une manière spéciale par Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, au roi de Jérusalem et au patriarche.
Fromond avait érigé un grand nombre de paroisses dans son diocèse. Après avoir fondé Tanniversaire d'Hervé, il donna au chapitre, pour le sien propre, vingt-huit églises : Avrée et Brienne, la chapelle deCrux-le-Châtel, Saint-Martin-des-Vaux, Montenoison, Tannay,Lys, Authiou, Ville, Imphy, Luthenay, Thianges, Arthel, Saint-Germaindes-Bois, Chaumot, Devay, Cours, Rémilly, Semelay, Avril, Meauce, Sermoise, Anizy, Mingot, Montapas, Moussy et Treigny ; il confirma celles que les évoques, ses prédécesseurs, avaient déjà concédées, et nommément Saint-Aré de Decize, Saint-Parisse-le-Châtel, Challuy, Prye, Sauvigny, Cigogne, Saint-Franchy, Saint-Benin, Bussy, la chapelle de Balleray, Guérigny, Arzembouy, Onlay, Druy,Parigiiy, Satinges, Chaulgnes, Tronsanges, Germigny, Varennes, Saint-Arigle et Saint- Trohé de Nevers. Tels sont les bénéfices qui appartenaient au cha-^ pitre en 1139. Le nécrologe de notre insigne église portait : ... Obiit Fromundus presul qui huic eccleaiœ nostrœ muUa bona contulit. Les chanoines lui devaient bien ce modeste témoignage de reconnaissance.
Sous Tépiscopat de Geoffroy, son successeur, nous ne trouvons qu'un seul fait relatif au chapitre. Le comte Guillaume HI, étant en guerre avec Geoffroy de Donzy, avait fait quelques torts aux chanoines; voulant les dédommager, il leur donna une terre en la paroisse de Parigny, connue sous le nom de Terre-de-Dieu.
Après lui siégea Bernard de Saint-Saulge ; à peine installé il
donna à son chapitre un gage de sa sollicitude à son égard ; il obtint de Guillaume III que les chanoines pussent vendanger leurs vignes sans attendre l'ouverture de son ban et sans être obligés de lui demander aucune permission.
Cependant, ayant été informé que plusieurs chanoines devaient à la manse certaines redevances en vin ou autres denrées, et ne se pressaient pas defistire leur versement, d'accord avec le doyen Hugues, il lit voter un statut qui n'accordait que huit jours de terme, sous les peines les plus graves ; le débiteur devait même être privé de son revenu s'il tardait plus de quinze jour? à s'acquitter.
fiernard s'entendit avec Regnaud, trésorier, et Eudes, sacristain, pour fonder un luminaire de trois cierges de cire destinés à brûler nuit et jour et sans interruption devant l'autel de Saint-Cyr et de Sainte-Julitte. Avant de mourir, ce prélat fonda son anniversaire ; à cet effet, il donna au chapitre les églises de Saint-Léger-de-Fougeret, Blismes, Poussignol, Saint-Hilaire, Dommartin et Saint-Péreuse.
Le troisième concile de Latran, tenu au mois de mars 1179, ordonna l'établissement des écolâtres dans les cathédrales. Parmentier assure qae cet office fut immédiatement introduit à Nevers et qu'il y fut maintenu jusqu'à la fin du seizième siècle (i). Nous avons vu que précédemment il y avait des maîtres, magUtri^ mais on ne leur donnait pas encore le titre d'écolâtre.
En 1188, l'évèque Thibault donne un serf aux chanoines, mais à condition que son neveu, portant le même nom, trésorier du chapitre, en aurait Vu9ufruit.
Le nécrologe fait encore mention de deux hommes qu'il leur donna : Raimond et Hugues ; d'une maison située devant la porte de la cathédrale^ de la vigne d'Indray, de quatre arpents de vigne dans les Vaux, d'un bois, de prés, etc.
Comme on le voit, chaque évêque travaillait à accroître les revenus du chapitre.
A Thibault succéda Jean, qui avait été doyen de Nevers. La seconde année de son épiscopat, eut lieu un fait bien extraordinaire, pour ceux qui connaissent le caractère de Pierre de Courtenay En Î190, le jour de la Pentecôte, ce seigneur se rendit bénévolement au chapitre avec la comtesse Agnès, son épouse ; l'évèque s'y trouvait. Ils
ttmtm^^»^Êmi^
(1) Histoire manuscrite des éviqties.
reconnurent devant lui qu'ils n'avaient aucun droit de gtte, d'herbage dans les terres, ni sur les hommes du chapitre, en particulier dans les baillies de Ghalluy, Tucy, Parigny, Guérigny, Veninges, Balleray, Germigny et Sauvigny ; ils confirmèrent en outre les concessions qui avaient été faites pour l'anniversaire du comte Guy. En témoignage de reconnaissance, les chanoine«i, de concert avec Tévèque, fondèrent une chapelle spécialement destinée à célébrer le service des comtes de Nevers.
La seconde année de l'épiscopat de Gauthier, en 1198, Alix, dame de Cours-Ies-Barres, abandonna au chapitre, en présence de l'évéque, quelques serfs dont la propriété était litigieuse entre eux.
Pendant sa dernière maladie, Gauthier éprouvait certaines inquiétudes de conscience, parce que de sa propre autorité il avait résigné sa prébende canoniale à un ecclésiastique pauvre de son diocèse. Les chanoines refusaient de reconnaître cette résignation, alléguant qu'elle aurait dû avoir lieu en chapitre. Hugues des Noyers, évèque d'Auxerre, qui avait assisté son collègue au moment de sa mort, se présenta dans la salle capitulaire avec le résignataire et détermina les réclamants à le recevoir, sans que le fait pût tirer k conséquence et sans préjudice des anciens usages (1).
Gomme Gauthier était archidiacre de Troyes avant son élection à Tévèché de Nevers, il faut conclure que l'évéque pouvait posséder une prébende canoniale.
Tout ce que nous avons dit précédemment nous prouve que le chapitre était arrivé à jouir d'un honnête revenu, et qu'en dehors des immeubles dépendant de la manse capitulaire, il avait un certain nombre de serfs en toute propriété.
Ces serfs, le plus souvent attachés aux terres qui avaient été données au chapitre, étaient passés sous sa dépendance par suite de ces donations. Quand, par leur conduite, ils se montraient dignes de jouir de toute leur liberté, on la leur accordait sans conditions aucune ou en leur imposant une légère redevance. Cet usage, dit Jean de Molan, était très-fréquent chez nos devanciers, pour les serfs dépendant de l'église (2).
(1) Parmbntibr, Histoire manuscrite des évêques.
(2) De Canonicis, lib. III, cap. 30.