‹ Les congregations religieuses dans le diocèse de NeversChapitre 83 sur 95 · PSALM · texte numérisé non relu

PSALM

annonçaient les saintes solennités de la religion, les cloches demeuraient muettes; ce ne fut que Tannée suivante, en 1801, qu'elles se firent entendre à Toccasion de la paix conclue avec le Portugal, en même temps que le chant triomphal du Te Deum retentissait sous les voûtes de notre vieille cathédrale, qui devait momentanément être encore privée de ce titre.

Bientôt le concordat conclu entre le Saint-Siège et le premier consul allait reconstituer sur de nouvelles bases l'Église de France. L'antique siège de saint Eulade, de saint Âré, de saint Ârigle et de saint Jérôme restait vacant; Nevers et son territoire, auxquels se trouvait réunie une portion considérable du diocèse d'Auxerre, entraient dans la circonscription du diocèse d'Autun.

Quand Mgr de Fontanges, ancien archevêque de Bourges, fut appelé, en 1803, à occuper ce siège, il fut effrayé à son arrivée des vides qu'il remarquait dans ce vaste diocèse ; il ne voyait pour remplir les paroisses les plus importantes que les prêtres qui avaient pu échapper aux noyades, à la guillotine et aux privations de toutes sortes, auxquels venaient se joindre quelques ecclésiastiques qui avaient eu la faiblesse de prêter un serment schismatique. Son plus grand désir, on le comprend, dut être de travailler à recruter les élèves du sanctuaire ; aussi, [dans son premier mandement, en date du 15 avril 1803, le pieux prélat appelle-t-il l'attention des curés sur ce point et veut-il être immédiatement renseigné à cet égard. € Y a-t-il dans votre paroisse ou votre canton des jeunes gens qui se destinent à l'état ecclésiastique ? Quel est leur nom, leur âge, leur fortune et le degré d'instruction qu'ils ont reçue ? »

Un de ses derniers mandements, daté du 16 janvier 1806, est dicté par le même désir. S'adressant à ses prêtres , il leur dit : « Vous n'ignorez pas que depuis que la divine Providence nous a placé à la tête de ce vaste diocèse, nous avons eu singulièrement à cœur d'y ressusciter la foi et de former des élèves qui puissent un jour réparer la perte de ses ministres. Le ciel [a béni nos premiers efforts ; un séminaire est ouvert et en activité dans notre ville épiscopale ; des jeunes élèves y sont instruits dans la science qui fait les saints; nous avons l'espérance de voir leur nombre s'accroître; mais presque tous sont empêchés de suivre la plus sainte des vocations faute de moyens et de ressources; nous-même nous ne pouvons suffire à tout : c'est donc au zèle et à la charité des fidèles que nous devons surtout recourir pour un objet aussi saint, aussi essentiel.

» Ne négligez donc rien, Messieurs, poar obtenir des fidèles dont le salut des &mes vous est confié, et qui seront dans le cas d'user de la permission du gras aux jours et conditions ci-dessus déterminés, une aumône qui sera spécialement affectée à Tentretien de notre séminaire diocésain et à Téducation des jeunes gens qui se destinent à Tétat ecclésiastique. :»

Comme on le voit, un séminaire diocésain était déjà établi à Âutun; mais nous ne trouvons encore pas cette ville pourvue d'un petit séminaire. Quand Mgr Imberties fut appelé à succéder sur le siège d' Autun à Mgr de Fontanges, à la fin de 1806, deux écoles ecclésiastiques venaient d'être établies , Tune à Chalon-sur-Saône , l'autre à Semur-en-Brionnais ; mais Nevers et le département ne jouissaient pas encore de ces avantages : les curés étaient obligés de se charger eux-mêmes de l'instruction des enfants lorsqu'ils remarquaient eu eux des signes de vocation , et ceux qui étaient plus rapprochés d'Autun se rendaient au grand séminaire , où des cours de latinité fonctionnaient auprès des cours de philosophie et de théologie. Les élèves nivernais obligés de suivre ces cours avaient à calculer avec la distance et la difficulté des chemins. Il fallait quatre jours pour se rendre de Neuvy, de Cosne, de Donzy, jusqu'à Âutun; et souvent les jeunes voyageurs étaient dans la nécessité de descendre de leurs nobles pataches et d aider les chevaux à sortir des bourbiers qui se rencontraient à chaque pas. Ajoutons que c'était un surcroit de dépenses pour les familles. Faut-il s'étonner de la rareté des vocations pendant le temps que Nevers fut obligé d'envoyer ses élèves à Autun ? On ne compte que cinquante prêtres nivernais environ jusqu'en 1823 ; et cependant, il faut bien le dire, la justice et la reconnaissance nous en font un devoir, les Sulpiciens qui dirigeaient le grand séminaire portaient aux Nivernais un intérêt tout particulier, sans exciter la susceptibilité des autres élèves : leur caractère franc et ouvert leur avait gagné l'affection de tous. « Les Nivernais , disait le bon supérieur, sont les enfants gâtés du père Saulnier (1) ; » et quand ils eurent quitté Autun , leurs anciens condisciples leur écrivaient : c Vous avez emporté avec vous toute la gaieté de nos récréations. j>

(1) M. Saulnier était presque notre compatriote; sa famiUe était des envi rons du Veurdre.

Abordons maintenant Thistorique du grand séminaire de Nevers depuis le rétablissement du siège ; nous étudierons ensuite les différentes phases par lesquelles a passé le petit séminaire à partir de sa fondation ; ce sera pour nous une nouvelle occasion de payer un tribut de reconnaissance aux évêques d' Autun qui ont manifesté tant de zèle pour procurer à Nevers cet établissement.

Nevers devait reconquérir son siège épiscopal ; un concordat passé en 1817 entre le souverain pontife Pie VII et Louis XVIII rétablissait les diocèses de Nevers et d*Auxerre. Cet acte n'eut pas son exécution à cause de certaines difQcultés soulevées par les Chambres. A la suite de nouvelles négociations, le siège de Nevers fut rétabli en 1822, et, en 1823, Mgr Millaux fut appelé à l'occuper ; il fut installé le 31 juillet.

Nous devons tracer en peu de mots les différentes phases de l'ancien séminaire de Saint-Sauveur qui allait devenir le nouveau grand séminaire. Après avoir servi de prison aux soixante et onze prêtres destinés aux noyades de Nantes, il fut déclaré propriété de la nation , puis vendu par parties avec ses dépendances. Le corps d'habitation principal demeura seul au pouvoir de l'État avec les cours et les jardins. Le bâtiment construit jadis par les Jésuites se composait de trente-six chambres et de quatre salles basses; le gouvernement l'abandonna pour le nouveau séminaire , ainsi que les cours et la moitié de l'ancien jardin. A l'aide de fonds fournis par l'Etat, on fit les réparations les plus urgentes, et le 23 novembre 1823 M. l'abbé Frain, le nouveau supérieur, arrivé avec Mgr Millaux, vint s'installer au milieu des ouvriers. Le 28 janvier 1824 il avait avec lui trois directeurs et une quarantaine d'élèves; le lendemain, fête de saint François de Sales, on commença les exercices du séminaire.

Cependant on n'avait ni salle de réunion, ni réfectoire, ni chapelle, car on ne peut donner ce nom à une des petites salles voûtées du rez-de-chaussée qui ne pouvait contenir qu'une minime partie des élèves. En 1824 on disposa un second étage, on créa des mansardes, on construisit un corps de bâtiment à la place de l'ancien réfectoire qui avait été démoli; au rez-de-chaussée on rétablit le réfectoire et la chapelle au-dessus.

En 1825 eut lieu la bénédiction de cette chapelle, le 24 février. La loge du portier et le parloir avaient été remis à l'établissement par acte du 10 septembre 1824.

Ce fut encore en 1825 qu'on construisit dans le jardin une salle

spacieuse pour les exercices et pour la classe de théologie ; au-dessus on établit un premier étage et des mansardes; bientôt on compta quatre-vingt-trois chambres.

En 1826, le diocèse acheta à ses frais une maison voisine avec dépendances^ ce qui lui permit de recevoir un plus grand nombre d'élèves ; dans les années 1829, 1830 et 1831 , on en comptait jusqu'à 130. Pour arriver à ce chiffre, il faut dire que Mgr Millaux avait appelé une quarantaine de Bretons et que Mgr d'Âuzers avait admis de son côté une colonie considérable d'Auvergnats.

C'est ici le lieu de faire mention de la maison de campagne du grand séminaire, connue sous le nom de Pignelin. M. de Poiseux, décédé à La Charité en janvier 1824, avait légué au grand séminaire, par son testament olographe, en date du 1^' décembre 1823, sa terre de Poiseux. Son fils avait été largement pourvu ; mais il fit opposition à l'exécution du testament, et le Conseil d'Etat, par arrêt do 17 août 1825, réduisit ce legs à 60,000 fr. qui ont été versés et employés en grande partie à l'acquisition de Pignelin, qui devint ainsi la campagne du grand séminaire. Cet établissement eût pu obtenir la réduction des charges en proportion de la réduction du legs ; mais il a tenu à exécuter strictement les services religieux imposés par le testateur. Le grand séminaire continua à jouir de cet immeuble jusqu'en 1851 et même plus tard, s'y rendant le jeudi dans la belle saison, quoiqu'il fût occupé alors par le petit séminaire.

Parmi les bienfaiteurs de cette maison, il en est deux dont nous devons faire une mention toute spéciale. Mgr Millaux, entre autres libéralités, abandonna tous ses livres au grand séminaire; ce fut la base de la bibliothèque de cet établissement. M. Rateaa, décédé curé de Moulinet, légua un magnifique ostensoir en vermeil garni d'émeraudes et un calice ayant la coupe et la patène en or. Ce calice a été consacré à Fontainebleau par le pape Pie VII et fut envoyé à Bome par Mgr Forcade, pour que le souverain pontife Pie IX voulût bien s'en servir pour offrir le saint sacriGce, ce qui eut lieu, et rend doublement cher ce vase sacré, déjà si précieux par lui-même.

Nous ne pouvons parler des fondations faites en faveur du séminaire sans rappeler les démarches et les dispositions de Mgr Millaux. Dès son arrivée dans le diocèse, le pieux prélat ne se contenta pas de diriger de ce côté les pensées des fidèles, il voulut qu*il y eût retour

et reconnaissance de la part de l'établissement. Il fit une ordonnance qui continue à avoir son effet :

« 1* Tous les jours, les élèves de notre séminaire offriront à Dieu des prières pour les bienfaiteurs, aux exercices du matin et du soir ; 2o une fois par mois il se dira une messe à la même intention, par un des prêtres de la maison ; 3* chaque prêtre nouvellement ordonné sera- obligé de dire une messe pour tous ceux qui, dans le cours de

son éducation, auront contribué à Tentretien du séminaire, i^

ff

Après la mort de Mgr Millaux, M. l'abbé Frain continua, comme supérieur, la direction du grand séminaire, dont il ne se démit qu'en 1840.

L'administration de Mgr d'Auzers ne présente rien de saillant relativement au grand séminaire; il est resté trop peu de temps au milieu de nous. Ce prélat continua, comme son prédécesseur, à stimuler le zèle des fidèles pour cette œuvre capitale.

Parmi les bâtiments qui avaient été vendus révolutionnairement se trouvait la curieuse église de Tancien prieuré de Saint-Sauveur, présentant des détails excessivement intéressants qu'on ne rencontre pas dans les autres monuments du douzième siècle. Le désir de la soustraire aux profanations, car on en avait fait un dépôt de roulage et on y avait établi des écuries, inspira à l'administration diocésaine la pensée d'en faire l'acquisition ; malgré les dégradations effrayantes qui s'y faisaient remarquer, on avait l'espoir de la réparer insensiblement, et de remplacer par ce monument la chapelle mesquine nouvellement construite ; c'était en 1828. Le propriétaire consentait à la céder au prix de 14,000 fr.; mais il fallut, faute dé fonds, ajourner cette acquisition.

En 1834, cette église fut de nouveau mise en vente; l'intérêt qu'elle offrait sous le rapport historique et archéologique a déterminé le gouvernement à s'en rendre acquéreur ; l'acte fut passé le 30 janvier 1835, au prix de 26,700 fr., mais ne reçut pas l'approbation du chef de l'Etat, par suite de certaines conditions considérées comme inadmissibles. Ce ne fut que le 24 juin 1836 qu'eut lieu Pacte définitif.

Leséminairenedevait jamais jouir de cette église, car dans la nuit du 15 au 16 février 1838 elle fut à peu près détruite. Le sol en avait été surbaissé pour donner facilité aux voitures d'y parvenir, et les piliers avaient ainsi été déchaussés. Par suite de ces désastreuses opérations

et peut-être aussi d'un léger tremblement de terre qui s'était fait sentir dans la Bourgogne et avait pu se prolonger jusqu'à Nevers, un pilier du sanctuaire, du côté de Tépître, s'affaissa, entraînant la chute des voûtes et d'une partie de TédiGce, et ne laissant plus que des ruines à la place de cet intéressant monument. Des chambres avaient été établies dans la région du sanctuaire ; une d*elles était occupée par M. l'abbé Grandjean, décédé depuis curé de Biches ; au milieu du désordre occasionné dans le quartier par la chute de l'édifice qui avait attiré la population du voisinage, on entendit sortir des décombres une voix humaine appelant au secours : c'était celle de l'abbé Grandjean ; on s'empressa d'organiser le sauvetage, et on fut assez heureux pour le retirer ; il avait été protégé par des pièces de bois ; il en fut quitte pour une jambe fracturée.

Déjà le mur méridional du principal bâtiment paraissait surplomber. Â tort ou à raison, on pensa que la chute de l'église avait occasionné un ébranlement considérable dans tout le séminaire. On fît étayer aussi solidement que possible, mais on ne fut pas rassuré, et on fit des démarches auprès du gouvernement pour obtenir un autre local.

L'ancien monastère des Ursulines était occupé par l'administration de la fonderie de canons; et comme de nouvelles dispositions avaient été arrêtées relativement à cette administration, on obtint de l'Etat l'appropriation de cet établissement pour y transférer le grand séminaire, ce qui fut décidé vers la fin de l'administration de Mgr Naudo»

En 1840, M. l'abbé Frain, qui dirigeait le grand séminaire depuis sa fondation, conçut le projet de retourner en Bretagne ; il fut remplacé comme supérieur par M. l'abbé Barrère, qui était auparavant professeur au grand séminaire de Perpignan A son arrivée à Nevers, le personnel des professeurs fut renouvelé en grande partie. En 1842, il voulut suivre Mgr Naudo, appelé au siège métropolitain d'Avignon ; il eut pour successeur à Nevers M. l'abbé Lejeune, qui arriva en 1843 avec Mgr Dufétre.

Cet éminent prélats qui avait le coup d'œil si juste, fut'afBigé, dès son arrivée à Nevers, de l'éloignement du grand séminaire ; il se voyait dans la nécessité ou de laisser ses séminaristes privés des offices de la cathédrale, ou de les obliger à s'y rendre habituellement, les exposant ainsi aux intempéries des saisons ; il était convaincu d'ailleurs qu'on aurait pu conserver le séminaire de Saint-Sauveur,

et, grâce à des travaux bien étudiés, le rendre solide et commode. Il fit immédiatement des démarches tendant à obtenir que le gouvernement abandonnât le nouveau projet et soumît Saint-Sauveur à de nouvelles études. Ses démarches n'eurent aucun résultat, les affaires étaient trop avancées ; il fallut donc accepter la situation et en tirer le meilleur parti possible. On disposa l'intérieur de la maison et on éleva d'un étage le corps de bâtiment central ; les deux ailes devaient être aussi exhaussées ; mais le préfet de l'époque y mit obstacle et réussit à faire prévaloir son sentiment.

M. Tabbé Lejeune fut chargé jusqu'en 1852 de la direction du séminaire. A cette époque, Mgr de Dreux-Brézé, évéque de Moulins, l'appela auprès de lui comme vicaire général. Mgr Dufôtre, qui voyait avec peine les embarras de l'administration, quand il s'agissait de remplacer des directeurs appartenant au clergé séculier, conçut le projet de confier son séminaire à une congrégation religieuse ; il s'adressa aux RR. PP. Maristes, qui acceptèrent cette direction qu'ils ont conservée jusqu'à ce jour.

On sait que la famille religieuse des Maristes est de date récente ; leur pieux fondateur, le R. P. Colin , étant bien jeune encore , avait conçu le projet de fonder une société nouvelle sous le titre de Société de Marie, Il mûrit ce, projet , en traça les statuts avec la pensée de les compléter à loisir, et, en 1822 , il eut la consolation d'obtenir du souverain pontife Pie VII un rescrit laudatif. Trois ans plus tard, sur l'invitation de Mgr Devic, évéque de Belley, il se retira avec quelques compagnons au petit séminaire de cette ville pour se livrer aux travaux des missions , qui étaient une des fins du nouvel institut ; il voulut y ajouter d'autres fonctions importantes, celles de l'éducation de la jeunesse, soit dans les petits séminaires, soit dans les grands. En 1836, le souverain pontife Grégoire XVI approuva la Société de Marie et lui confia les missions de TOcéanie occidentale. Quelques mois après , le 24 septembre de la même année , les premiers Maristes , au nombre de vingt-un , prononçaient leurs vœux à Belley et élisaient canoniquement le T. R. P. Colin premier supérieur général. Enfin , le 28 février 1873, les constitutions longtemps élaborées par le pieux fondateur furent définitivement sanctionnées par Pie IX.

Ce fut le l^''* octobre 1852 que les Maristes prirent possession du séminaire de Nevers ; comme ils ne pouvaient immédiatement fournir tous les directeurs, il fut décidé que deux des anciens, MM. Cointe

548 LES CONGRÉGATIONS RELEGIEUSES

et Norbert Roy, continueraient à remplir leurs fonctions avec eux jusqu'à ce qu'on fût en mesure de les remplacer. Bientôt l'abbé Roy se crut appelé à entrer dans le nouvel institut ; il partit, en effet, l'année suivante pour éprouver sa vocation pendant le noviciat, et on le revit à Nevers , soit comme professeur, soit comme supérieur du grand séminaire pendant plusieurs années.

Ce fut sous l'administration des Pères Maristes que s'effectuèrent les mutations relatives à la maison de campagne du grand séminaire; il était bien difficile que Pignelin continuât à avoir cette destination, tout en demeurant petit séminaire. On saisit avec empressement une occasion qui se présentait de se procurer un autre immeuble pour remplacer Pignelin, en tant que maison de campagne. Sur la hauteur qui domine la fonderie nationale, un enclos assez vaste, entouré de murs, avec maison d'habitation au centre et dépendances, était attaché à cet établissement; par suite des nouvelles dispositions dans l'administration de la fonderie, il dut être abandonné et mis en vente par l'Etat. Mgr Dufêtre, qui avait à cœur de procurer au grand séminaire un but de promenade, chargea un de ses vicaires généraux de se présenter à l'adjudication. Le prix était porté à 20,000 fr.; le mandataire mit une enchère de 100 fr. et l'immeuble lui fut adjugé. L'adjudication fut approuvée en faveur du séminaire par décret du 20 février 1855. On fit différentes réparations et dispositions pour mettre la maison en rapport avec sa nouvelle destination.

Cependant cet emplacement était trop rapproché de Nevers et ne présentait pas aux élèves cet exercice salutaire qui résulte d'une marche sérieuse ; en moins de dix minutes on arrivait au but de la promenade. Ces différentes observations et d'autres présentées à Mgr Forcade déterminèrent le prélat à faire une nouvelle mutation ; les hauteurs de la Pique devaient être cédées aux Petites-Sœurs des Pauvres au prix de 25,000 fr., et en même temps on s'occuperait de construire sur un terrain neuf une maison parfaitement en rapport avec sa destination. Ce fut alors qu'on acheta de M. le duc de Maillé un petit bois dans la commune de Saint-Éloy, connu sous le nom de bois du Bouchot, de la contenance de 7 hectares 80 centiares. Cette acquisition fut approuvée par décret du 20 janvier 1864, en même temps que la vente faite aux Petites-Sœurs des Pauvres. Sur les confins du bois on éleva les constructions qu'on y voit maintenant.

Dans une circulaire en date du 17 septembre 1857, Mgr Dufétre, s'adressant à son clergé, disait : c Le grand séminaire a réalisé et

dépassé toutes nos espérances. Depuis qu'il est placé sous la direction des Pères Maristes, la piété, la science, la régularité de nos élèves remplissent notre âme de confiance et de joie. >

Le même prélat, qui savait par expérience tout le bien que produisent dans les paroisses les exercices des missions, et qui n*ignorait pas que c'est une des fîns de l'institut des Maristes, ne se contenta pas de les appeler à la direction de son grand séminaire; il s'entendit avec le supérieur général pour le déterminer à fonder à Nevers un établissement de missionnaires diocésains, chargés de venir en aide aux curés, surtout pour préparer les populations à la visite épiscopale. Le vœu du zélé prélat fut accompli, et, au mois d'octobre 1855, ils occupèrent une maison qu'ils avaient acquise rue Adam-Billaut ; la caisse diocésaine leur vint en aide dans cette circonstance et leur remit une somme de 3,000 fr. pour les aider dans les frais de premier établissement. Outre les missions, les Maristes se chargèrent encore de l'œuvre de la Sainte-Famille, de celle des apprentis et plus tard ils consentirent à accepter les aumôneries de plusieurs communautés.

Obligés d'augmenter leur personnel et se trouvant trop à Tétroit dans leur première maison, ils acquirent l'ancien couvent de l'Oratoire dont nous avons parlé plus haut, ce qui eut lieu le 24 juin 1863. Par suite d'arrangements avec l'autorité diocésaine, l'usage dé ta grande chapelle, connue sous le nom d'Oratoire de Saint-Dominiqi4€f leur fut concédé (i).

Dans la circulaire dont nous avons fait mention , Mgr Dufétre faisait connaître à ses prêtres les heureux résultats de cet établissement : c Nos missionnaires maristes rendent d'immenses services à Nevers et dans le diocèse. Â Nevers, nous avons fait restaurer pour eux, sous le vocable de saint Dominique, notre patron, l'ancienne église de l'Oratoire. Us réunissent là une foule d'ouvriers qui ne fréquentaient plus leur paroisse. Dans toutes les paroisses, des Pères Maristes sont demandés avec empressement par MM. les Gnrés, et partout ils opèrent le plus grand bien.... >

(1) Leur première habitation et ses dépendances viennent d*ôtre vendues.

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