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CHAPITRE XI

PETITS SÉMINAIRES A NEVERS, — A CORBIGNY, — A PIGNELIN. — INSTITUTION SAINT-GYR

NEVERS

Après avoir travaillé à la réorganisation de leur grand séminaire d'Autun, Mgr de Fontanges et Mgr Imberties s'occupèrent de la création des petits séminaires ; leur projet était d'en établir un dans leur ville épiscopale et l'autre à Nevers, pour les besoins de cette partie importante de leur diocèse.

Dès son arrivée à Autun, Mgr Imberties, dans la première lettre adressée à ses nombreux diocésains^ leur faisait entendre les cris de la douleur, et cherchait à faire passer en eux les sentiments qui agitaient son âme : <r Écoutez, leur disait*il, écoutez la voix des peuples infortunés qui vous disent : c Nous laisserez-vous sans secours et serez* vous impitoyables pour nous? Nous ne demandons pas que vous accordiez des aumônes abondantes; nourrissez nous un prêtre, et c^est assez... Secondez le désir que Dieu nous donne de nous sauver. »

Le pieux évèque rappelait ces paroles dans la lettre-circulaire qu'il adressait le 30 avril 1807 à ses diocésains du départemenl de la Nièvre. Nous devons conserver à la postérité cette pièce importante pour l'histoire du diocèse de Nevers :

c Nos très-chers Frères, parmi les différents sujets de consolation qui contribuent à nous faire supporter les peines et les amertumes

inséparables d*une immense administration, il n'en est pas de pi as sensibles pour notre cœur que les secours qui nous sont accordés pour la multiplication et l'entretien des jeunes élèves qui se destinent à Tétat ecclésiastique. Il est peu de diocèses dans le vaste empire français qui présentent une situation plus alarmante que le nôtre : dans le département de la Nièvre, qui doit spécialement vous intéresser, N. T. G F., plus de soixante paroisses, hélas! se trouvent déjà sans pasteurs, sans sacrifice, sans sacrements, sans instruction... »

Après avoir cherché à faire passer ses sentiments dans le cœur des prêtres et des fidèles du département de la Nièvre , Mgr Imberties, s'adressant aux habitants de Nevers , ajoute : c C'est de votre généreuse charité, ô vous qui habitez la capitale du Nivernais ! que dépend la conservation parmi vous de la religion de vos pères. 11 est digne d'une cité qui, par son industrie, devient toujours plus florissante, de faire des sacrifices qui servent d'exemple à toutes les autres communes. Nous recueillons tous les jours les fruits de la foi, de la piété, de la bienfaisance de plusieurs villes du département de Saône-et-Loire, qui ne cessent de multiplier leurs dons pour secourir de tendres aspirants aux saintes fonctions. Deux écoles ecclésiastiques, bien dignes d'être distinguées^ sont ouvertes depuis quelque temps à Chalon-sur-Saône et à Semur-en-Brionnais, pour instruire les jeunes lévites appelés à s'occuper du salut des âmes. Indépendamment de cette précieuse mesure, nous sommes informé des soins que se donnent, pour le même objet, bien des pasteurs recommandables par leur zèle, qui ne soupirent qu'après la satisfaction de laisser après eux des ouvriers qui rendent toujours plus fertile la portion de la vigne du Père commun qu'ils ont si assidûment cultivée. N'y aurait-il que la partie précisément qui a le plus besoin d'être secourue qui resterait indifférente sur sa misère spirituelle, et consentirait à s'en voir punir par l'extinction entière du flambeau de la foi, qui ne jette sur plusieurs points qu'une faible lueur? Non,

non, il n'en sera pas ainsi Les prêtres que votre charité aura

conduits jusqu'à Tautel auront soin de ménager dans tous leurs sacrifices comme une portion de réserve à leurs bienfaiteurs ; ils vous rendront par leurs prières ce qu'ils auront reçu de vous par vos aumônes, et ne cesseront de faire pleuvoir sur vous des bénédictions spirituelles et temporelles. ... » Ces passages de la lettre de Mgr Im-

berties nous donnent une idée de la situation sous le rapport des premières études ecclésiastiques.

Le zélé prélat trouva pour cette grande entreprise un puissant concours dans le vénérable abbé Groult, vicaire général d'Autan, spécialement chargé de Nevers et de sa circonscription. Quelques jours plus tard, le 12 mai de la même année 1807, l'abbé Groult ouvrit une souscription, lança des prospectus dans toutes les directions, et ne balança pas à annoncer que ^établissem^nt serait ouvert au mois de novembre suivant dans la ville de Nevers, sou;s la protection de la Sainte-Famille. Il fallait une grande conGance dans la Providence, car aucuns des moyens nécessaires à sa formation n^existaient encore.

L'abbé Groult rappelle que c le séminaire établi à Autun, spécialement destiné aux sciences ecclésiastiques, peut difïicilement réunir les aspirants aux ordres sacrés et les jeunes étudiants que leur âge et le défaut d'études préliminaires éloignent encore de la sainte carrière. Mgr l'Ëvéque a décidé que pour être admis dans le sémi naire à Autun, il faudrait désormais pouvoir commencer le cours de philosophie... »

L'ouverture du petit séminaire eut lieu, en effet, à l'époque indiquée. Le zélé vicaire général avait trouvé un local relativement convenable et des directeurs. Les sœurs de la Charité avaient obtenu du gouvernement le couvent de l'ancienne Visitation, connu sous le nom de couvent Sainte-Marie. Elles quittèrent la maison qu'elles occupaient^ rue Adam-Billaut , depuis l'époque de leur fondation et qui leur appartenait. Elles en concédèrent une partie pour le petit séminaire à titre de loyer gratuit.

Cet immeuble fut divisé en plusieurs portions. Les sœurs se réservèrent le bâtiment situé vis-à-vis la prison, actuellement dépôt de mendicité, parce qu'elles avaient accepté la charge de soigner les prisonniers ; d'autres portions furent louées à différentes personnes. M. l'abbé Groult, qui tenait à ne pas s'éloigner de son établissement de prédilection, occupa la partie donnant sur la rue Adam-Billaut, qu'on distingue encore par ses fenêtres et tout son ensemble accusant les premières années dp seizième siècle (1). Le reste de l'im-

(t) M. Groult logeait précédemment dans Tancienne abbaye de Saint- Martin. Ce Alt là qu'il reçut Mgr de Fontanges en 1804.

meuble fut consacré au*petit séminaire. On se trouvait peu au large ; la cour^ les classes, la salle d'étude étaient bien modestes ; mais le pupille de l'abbé Groult était encore au berceau ; d'un autre côté, on ne se montrait pas alors aussi exigeant qu'à présent.

L'abbé Sautot avait été professeur au grand séminaire de Saint- Sauveur avant la Révolution ; pendant la tourmente révolutionnaire, il avait émigré et avait été employé dans la maison de Savoie comme précepteur du prince de Carignan ; il avait donc continué de s'occuper de littérature ; on savait d'ailleurs combien il avait été heureusement doué par la Providence. Ce fut sur lui que l'administration diocésaine jeta les regards pour la direction du petit séminaire ; on lui adjoignit quelques ecclésiastiques distingués. Bientôt cet établissement acquit une réputation incontestable sous le rapport de la discipline et de la force des études. Tout élève qui se trouvait trois fois de suite le dernier de sa classe, dans les compositions hebdomadaires , était considéré comme incapable d'en suivre fructueusement les cours, et devait descendre dans une classe inférieure. Cette règle, qui n'admettait pas d'exceptions, était sévère, mais elle avait contribué à établir dans la maison une émulation fructueuse ; elle accrut le nombre des élèves au lieu de le diminuer, comme on aurait pu le craindre. Le petit séminaire de Nevers devint une maison mixte dans laquelle les premières familles du pays étaient heureuses de pouvoir placer leurs enfants. Cependant l'élément religieux, disons mieux, clérical dominait, et tous étaient soumis aux pieux exercices qui préparaient la jeunesse lévitique à l'éducation plus sévère du grand séminaire. Tous indistinctement, quelles que fussent d'ailleurs leurs intentions ultérieures , entraient résolument dans cette voie et beaucoup s'empressaient de se faire admettre au nombre des enfants de chœur de Saint-Cyr, pour y remplir les dimanches et les fêtes les fonctions saintes. Parmi ces jeunes clercs qui avaient à cœur de continuer jusqu'à leur entrée au grand séminaire , quatre, deux rhétoriciens et deux de la classe de seconde, avaient le titre de sacristains de l'ancienne cathédrale, et consacraient leurs récréations des samedis et des veilles de fête à préparer les ornements nécessaires pour le lendemain et à parer les autels; grâce à cet' usage, un grand nombre se distinguaient au grand séminaire d'Autun par leur goût pour les cérémonies saintes. Ajoutons que les professeurs, de leur côté, s'empressaient de leur donner l'exemple en remplissant habituellement les fonctions de diacre, de sous-diacre et de choristes.

Les élablissements de Nevers et d'Autun devaient se ressentir de la persécution religieuse qui s*éleva en 1809, 1810 et 1811. Nous sortirions de notre plan si nous voulions aborder la suite des circonstances qui Tont fait naître. Disons seulement que M. -l'abbé Eméry, supérieur général de Saint-Sulpice, tout en étonnant Tempereur Napoléon P' par son énergie, et tout en gagnant son estime, occasionna par sa fermeté la dissolution de la compagnie dont il était le chef. Vers le même temps un autre orage allait éclater sur Nevers; à Toccasion de la naissance du rot de Rome, 20 mars 1811, le baron de Breteuil, préfet de la Nièvre, donna un grand dîner auquel il ne manqua pas d'inviter le vicaire général administrateur et le vénérable abbé Fion, curé de Saint-Cyr. Ces deux éminenta ecclésiasti* ques, après s'être concertés, se rendirent à la préfecture et exposèrent à M. le Préfet que, probablement, il y aurait des toasts portés au roi de Rome et qu'ils seraient forcés de ne pas s'adjoindre à ces démonstrations, ne reconnaissant que le Pape pour roi de Rome. Le baron de Breteuil parut admettre ces excuses ; mais, quelques jours plus tard, l'abbé Groult était appelé à Paris où, après avoir été quelque temps retenu prisonnier à Sainte-Pélagie, il fut condamné à l'exil, avec facilité de choisir sa résidence à quarante lieues de Nevers. Cet exil se prolongea jusqu'à la rentrée des Bourbons en 1814. Par suite de ces circonstances, le grand séminaire d'Autun fut privé de son supérieur, l'excellent abbé Saulnier, qui en avait été le fondateur; sulpicien, il était confondu dans la proscription de sa compagnie. Il fallait bien songer à le remplacer ; Mgr Imberties jeta les yeux sur l'abbé Sautot, qui se rendit à Âutun, où il remplit les fonctions de professeur, puis de supérieur.

Le petit séminaire de Nevers se trouvait Jonc privé tout à la fois de son fondateur et de son supérieur ; malgré les démarches réitérées faites par Mgr Imberties pour obtenir que l'abbé Groult revint occuper son poste à Nevers, l'exil de ce dernier fut maintenu; il fallut songer à le remplacer. Le choix se porta sur M. Bozon, qui était précédemment curé de Luzy; il arriva à Nevers vers le milieu de janvier 1812 avec le titre de vicaire général, comme remplaçant M. Groult; il devait en même temps s'occuper du petit séminaire, car MM. Alamartine et Henriot, qui le dirigèrent tour à tour, n'étaient que ses délégués. On obligea alors les élèves à suivre les cours du collège.

En 1814, tout rentra dans l'ordre; M. Saulnier reprit ses fonc-

tions à ÂutuD , et M. Sautot revint à Nevers diriger son petit séminaire. Dès. ce moment cet établissement se développa d'une manière incroyable; mais le local et la cour étaient toujours les mêmes. Pendant plusieurs années le supérieur médita un projet qui ne fut misa exécution qu'en 1817. Â cette époque M. Sautot fit disposer la chapelle dressée au-dessus du parloir, et, au moyen d'une tribune et de ce que nous appellerons un porche , il ajouta à ses dimensions; d'un autre côté, à la place d'une basse-cour, il fit construire la salle d*études actuelle, surmontée d'un dortoir. En même temps, on vit s'élever un réfectoire remplaçant les locatures sur la rue Âdam-Billaut, et on agrandit la cour en diminuant le petit jardin des sœurs Ion* géant leur réserve vis-à-vis la prison. On était arrivé à augmenter d'une manière considérable la cour et les bâtiments. Malgré ces dépenses faites aux frais de rétablissement, il était arrivé à un état de prospérité telle que, quand il s'agit d'organiser le grand séminaire en 1823, M. Sautot remit à cet effet au supérieur une quantité considérable de linge, les couverts d'argent pour la table des professeurs, et déposa entre les mains de Mgr Millaux une somme de 5,000 fr. ; les professeurs, de leur côté, se cotisèrent et ajoutèrent à cette somme une ofi^iande assez ronde.

Dès son entrée dans le diocèse, Mgr Millaux se préoccupa vivement du petit séminaire; il était effrayé de l'insuffisance du local, malgré les travaux dont nous venons de parler. Il avait conçu le projet de former une succursale de cet établissement; à cet effet, le prélat 8*était procuré, à titre de loyer, Thôtel de Cayrol, au chevet de la cathédrale (1) et, dès 1824, un certain nombre d'enfants y étaient reçus (2) ; mais il fallut renoncer bientôt à ce projet qui n'offrait pas les résultats qu'on avait espérés, tout en occasionnant un surcroit de dépenses et occupant plusieurs directeurs. Aux vacances de 1824, M« Sautot abandonna la direction du petit séminaire, qui eut un certain nombre de supérieurs; MM. Jeannot, Chevalier^ Gaume, Robinet, Rouchauce se succédèrent rapidement. L'administration diocésaine, dans un moment où elle avait tant besoin de prêtres, prit une nouvelle détermination; comme le collège était dirigé par des ecclésiastiques, elle pensa qu'il serait avantageux de ne conserver que

(t) Actuellement occupé par M. Blaudin-VallièrQ. (2) Mandement de Carême t824.

quelques maîtres d*études sous la direction d'un supérieur et de foire suivre par les élèves les cours du collège ; c'est ce qui eut lieu pendant Tannée scolaire 1824-1825; Tessai ne fut pas heureux, et, à la fin de novembre 1825, on rétablit les classes au petit séminaire comme par le passé.

Mgr Millaux avait conçu un autre projet : c'était de fonder un second petit séminaire à Moulins-Engilbert, dans l'ancien monastère des Ursulines, que l'administration avait mis à sa disposition. Le prélat espérait préparer ainsi une pépinière qui se recruterait facilement au milieu des populations religieuses du Morvand et même dans le Bazois, et qui fournirait des élèves au petit séminaire de Nevers pour les classes supérieures. Cette maison ne fonctionna pas plus d*un an; Mgr d'Âuzers, successeur de Mgr Millaux, la supprima; en effet, elle occasionnait de nouveaux frais sans profit pour le diocèse;^ bientôt il n'en fut plus question. Il fallut donc se borner au petit séminaire de Nevers.

Cependant on n'avait pas renoncé au projet d'établir une succursale du petit séminaire, avec la pensée d'en faire une école libre et de conserver exclusivement l'ancien établissement pour les élèves qui voulaient se consacrer au service des autels. On n'était pas embarrassé relativement au personnel des professeurs; M. Tabbé Rouchauce, qui avait été nommé principal du collège de Nevers au mois d'octobre 1826, avait obtenu pour le seconder M. l'abbé Sergent (1) comme professeur de rbétorique et d'autres ecclésiastiques pour toutes les classes. A la révolution de juillet ils se virent dans la nécessité de se retirer. De ce côté, on se serait trouvé en mesure, mais il fallait un emplacement propice. On eut un instant la pensée de se procurer au faubourg du Petit-Mouêssc un terrain qui paraissait convenable; toutefois on ne poursuivit pas cette idée ; peut-être fut-on arrêté par la crainte des inondations. Ce fut alors (1833) que M. Rouchauce fut appelé à succéder à M. Robinet dans la direction du petit séminaire.

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