‹ Les congregations religieuses dans le diocèse de NeversChapitre 88 sur 95 · MISSIONNAIRES OBLATS DE MARIE IMMACULÉE · texte numérisé non relu

MISSIONNAIRES OBLATS DE MARIE IMMACULÉE

« L'amour des pauvres, une tendre sollicitude pour leur salut, tel est le sentiment qui présida à la fondation de la congrégation des missionnaires Oblats de Marie immaculée par M. Tabbé Charles- Joseph-Eugène de Mazenod, mort évèque de Marseille (1). »

Après avoir longtemps mûri l'œuvre qu'il avait en vue, le charitable abbé acquit à Aix une partie de l'ancien monastère des Carmélites : ce fut le berceau de sa communauté ; c'était au mois de janvier 1816. Bientôt il eut la consolation de voir se grouper autour de lui un certain nombre d'ouvriers évangéliques ; leur devise était i Pauperibus evangeliêare misit me. c Les missions, les retraites et les catéchismeis, surtout dans les paroisses rurales, telles sont les œuvres auxquelles ils devront spécialement s'appliquer (2). »

Nous connaissons toute la vénération et le respectueux dévouement que Mgr Dufétre éprouvait pour le saint évèque de Marseille : deux évoques essentiellement missionnaires étaient faits pour se comprendre. Bien des fois l'abbé Dufétre avait évangélisé cette grande ville; il y avait même fondé une œuvre importante, le Refuge,

(1) Notice sur la congrégation des missionnaires Oblats de Marie immaculée.

(2) Loco citato.

Ce fut vers la fia de 1825 que Tabbé de Hazenod partit pour Rome dans le but de soumettre à l'approbation du Souverain Pontife sa famille religieuse. Léon XII, par ses lettres apostoliques, en date du 21 mars 1826, approuva l'institut et les constitutions des Missionnaires Oblats de la bienheureuse vierge Marie conçue sans pichL

Ces religieux ne se consacrent pas seulement aux prédications dans l'intérieur de la France; leur zèle se déploie encore dans les missions les plus lointaines ; aussi le souverain pontife Grégoire XVI voulut-il approuver de nouveau et confirmer cet institut par ses lettres apostoliques du 20 mars 1846. Les Oblats de Marie semblent avoir reçu spécialement le privilège d'être chargés de la garde des sanctuaires de l'auguste reine du ciel.

Ces détails nous ont paru nécessaires avant l'exposé de la fondation de cette congrégation dans le diocèse de Nevers.

Notre Nivernais est heureux et fier de compter encore bon nombre d'hommes à l'intelligence élevée, au cœur noble et généreux , qui se considèrent comme les économes des biens que la Providence leur a départis ; parmi eux nous avons vu briller au premier rang M. Edmond Lafond , qui sut faire un si charitable emploi de sa brillante fortune. Depuis longtemps il avait conçu le projet de doter le diocèse de Nevers d'une communauté religieuse dont les membres pussent venir en aide aux curés ; il communiqua son projet à Mgr Forcade, et, après l'avoir mûri devant Dieu , de concert avec le prélat il se détermina à conflerà la congrégation des Oblats de Marie immaculée TcBuvre qull avait en vue. Il choisit la paroisse de Saint-Ândelain, proche son ch&teau du Nozet, pour y établir la fondation projetée , et en 1868 la petite colonie y arriva , sous la conduite du R. P. Mou- . chette , que Mgr Forcade nomma curé de cette paroisse. Les Oblats occupèrent le presbytère en attendant que le pieux fondateur leur eût &it construire le monastère qu'ils habitent actuellement.

Les œuvres de Dieu sont habituellement soumises dès le principe aux contradictions et aux épreuves; c'est le cachet que sa sagesse leur imprime comme témoignage de leur origine. Le Sauveur ne nous a-t-il pas prévenus que l'homme ennemi, inimicns homo^ se plaisait à semer la zizanie au milieu du boa grain dans le champ du père de famille; mais, en même temps, il nous a engagés à ne pas nous laisser entraîner, le cas échéant, par un zèle exagéré, nous recommaiiidant le courage et la patience.

Les paroissiens étaient sincèrement attachés à leur ancien curé, et on avait abusé de ce sentiment bien légitime pour leur inspirer la déGance et Téloignement à Tégard des religieux qui devaient remplir au milieu d*eux les fonctions pastorales.

En face de la montagne de Saint-Andelain se trouve une autre montagne qui a été longtemps considérée comme le boulevard du protestantisme: c'est Sancerre. Le mécontentement qu'on avait su inspirer à une partie des habitants de Saint-Andelain paraissait favorable au projet d'implanter le culte protestant sur la rive droite de la Loire ; on essaya et on parvint à gagner, Dieu sait par quels moyens, un village assez considérable, et bientôt, exagérant le nombre des adeptes, on construisit un temple auprès de l'église paroissiale.

Sans se laisser décourager, et comptant sur la protection divine, les Pères Oblats continuèrent avec zèle et prudence leur saint ministère. L'évêque diocésain ne leur refusa pas son appui, et le fondateur faisant élever un charmant monastère dans une position délicieuse complétait son œuvre ; il est occupé par six Pères et par deux frères. Les curés du diocèse n'ont qu'à se louer du zèle et du dévouement de ces saints religieux qui ont déjà évangélisé avec succès plus de soixante paroisses.

Cependant le nombre déjà bien restreint des protestants diminuait de jour en jour ; ces brebis égarées rentraient insensiblement au bercail, dont elles ne s'étaient éloignées que par suite de fallacieuses démarches; aujourd'hui le temple est à peu près vide.

M. Lafond ne se contenta pas des constructions élevées pour les missionnaires. Déjà il avait contribué à reconstruire la région absidale de l'église; il conçut le projet de remplacer la nef, devenue insuffisante pour la population, par une autre nef plus vaste, flanquée de bas-côtés.

Le souverain pontife Pie IX avait voulu donner au fondateur un témoignage de son estime et le récompenser de sa charité en le nommant comte romain ; mais Dieu avança le terme de la récompense qu'il lui réservait dans le ciel : le 23 juillet 1875, il appelait à lui le comte Edmond Lafond, qui n'était âgé que de cinquante-quatre ans.

Sa pieuse veuve n'a pas balancé à remplir ses intentions en donnant aux travaux projetés toute la perfection dont ils étaient susceptibles. C'est à l'ombre de cette nouvelle église que furent préparés les caveaux de la chapelle construite pour les sépultures de famille.

Le 24 juillet 1877, après un service solennel célébré dans l'église de Saint-Ândelain par Mgr Forcade , archevêque d'Àix , le corps de M. le comte Lafond , ramené de Paris, où la mort l'avait frappé , fat déposé dans le caveau qui lui était destiné , au milieu d'un concours considérable de fidèles et d'amis de la famille. Un nouveau deuil augmentait la tristesse de cette immense réunion : Mgr de LadouOy évèque de Nevers, qui s'était proposé d'assister à la cérémonie, avait été frappé par la mort la veille même de ce service funèbre.

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