AUGUSTINES A LA CHARITÉ
Le tâtonnement que nous avons remarqué dans les constitutions imposées aux sœurs rendues et données, les modifications nécessitées dans leurs règlements, avaient déterminé, dans plusieurs diocèses, les évêques à s'adresser aux ordres déjà canoniquement établis , même vivant sous la clôture, et à favoriser les nouveaux instituts de femmes qui se sentaient appelées à la desserte des hôpitaux. Déjà nous avons vu les Urbanistes se fixer dans l'hôpital d'Entrains. En 1649, Pierre de Broc , évoque d'Auxerre , confiait aux Bénédictines Thôpital de Saint-Fargeau. Ce fut principalement à la fin du seizième siècle et au commencement du dix-septième qu'on vit paraître les Hospitalières sur différents points, suivant, pour la plupart, la règle de saint Augustin. Chaque maison était indépendante, et quand les sœurs étaient assez nombreuses, on voyait des essaims se détacher de la maison qui avait reçu leurs vœux pour aller fonder d'autres établissements dans les localités qui les réclamaient.
En 1639, des Hospitalières quittaient Etampes pour venir se fixer à La Charité-sur-Loire , avec le consentement de MM. les Vicaires capitulaires d'Auxerre, le siège vacant. Cet établissement fut confirmé par lettres patentes enregistrées au Parlement, le 5 août 1643, d'après le consentement du cardinal de Richelieu, frère du ministre, archevêque de Lyon et prieur commendataire de La Charité. L'évèque d'Auxerre , Pierre de Broc, de son côté, l'approuva le 12 janvier
Cette communauté se développa à un tel point que dix années après sa fondation, en 1649, elle put détacher une partie des sœurs qui allèrent s'établir à Gien. M. Séguyer, chancelier de France, comte de Gien , donna son assentiment , et Tévèque d'Auzerre confirma ce nouvel établissement par son ordonnance du 17 janvier 1656. L'année suivante, il confia l'hôpital d'Auxerre aux Hospitalières détachées de La Charité (1).
Vers la fin du dix-septième siècle, les mêmes religieuses furent chargées do l'hospice de Gosne, tandis que des sœurs de la Providence étaient appelées à Yarzy et à Clamecy ; dans ces trois localités, elles furent remplacées, plus tard, par les sœurs de Nevers.
En 1790, rhôtel-Dieu de La Charité contenait quatorze lits ; la supérieure, sœur Lajoye, avait quatre sœurs seulement pour l'aider dans le soin des malades (2).
La Mère Jeanne Lajoye, connue en religion sous le nom de Sainte- Madelaine, n'abandonna pas l'hôtel-Dieu de La Charité; pendant la tourmente révolutionnaire, elle continua avec ses compagnes à y soigner les pauvres et les malades ; mais ces saintes filles se virent dans la nécessité de déposer leur costume religieux. La misère était à son comble et les ressources de l'établissement étaient insuffisantes pour subvenir à tous les besoins ; les sœurs eurent recours à une pieuse industrie qui atteignait un double but: le soulagement des malades et des pauvres et en outre l'instruction des jeunes filles. A l'aide de la modeste rétribution qu'elles percevaient de leurs classes, elles pouvaient procurer des secours plus abondants à leurs chers malades.
Après la Révolution, les sœurs reprirent leur costume, et la Mère Sainte - Madelaine continua jusqu'en 1808 à exercer les fonctions de supérieure. Des temps meilleurs avaient permis à radministr9tion de l'hôtel-Dieu d'améliorer ce précieux établissement, quand, en 1844, un incendie réduisit en cendres une partie des bâtiments. Cependant les Augustines trouvèrent dans leur dévouement le moyen de continuer leur œuvre, au milieu des ruines que les flammes avaient épargnées, mais le 16 octobre 1856 elles abandonnèrent le local qu'elles avaient occupé dès l'époque de leur
(1) Notice des monaslères du diocèse d'Auxerre, p. 103, (2 Annuaire d'Auxerre, 1790.
fondation à La Charité, pour entrer dans l'ancien monastère du Mont-de-Piété , acquis depuis par les Visitandines, qui se décidèrent à vendre cet immeuble pour se retirer à Nevers.
Mère Saint-Louis était alors supérieure des Augustines; elle demeura en chaîne depuis 1846 jusqu'en 1874. A cette époque, vu son âge avancé, elle demanda à être déchargée de ses fonctions ; elle fut remplacée par la Mère Sainte-Marie, de Thôtel-Dieu d'Etampes, actuellement supérieure de l'établissement. Six religieuses sont chargées de la desserte de cette maison , qui contient vingt lits pour hommes et vingt lits pour femmes.