LEIS CONGRÉGATIONS RELIGIEUSES
officiers municipaux qu'il avait réunis. Il prétendait qu'il c se glissait dans la ville un désordre auquel il était nécessaire d'apporter un prompt remède ; que les filles de la Visitation, abusant delà permission qui leur avait été donnée de s'établir à Nevers, ne s'étaient pas contentées d'élever des bâtiments dans la grande rue de Saint- Martin, sur leterritoire qui leur avait été assigné; que, pour s'accroître et s'agrandir, elles y achetaient encore tous les jours des maisons^ et qu'elles dépeuplaient sensiblement cette rue , etc. » Entraînés par ces fausses raisons , les officiers municipaux défendirent aux Visitandines d*acquérir aucune maison , et leur enjoignirent d'abattre celles qu'elles avaient acquises ; cette ordonnance fut signifiée , le 2 juillet 1630, à la Mère supérieure. Il parait que les sœurs ne se laissèrent pas épouvanter par cet ordre injuste, car huit ans plus tard, en 1638, on leur défendit de nouveau d'acheter les maisons voisines de leur monastère , d'en éloigner les locataires et de faire aucune démolition ; à tous ouvriers de travailler à ces démolitions , sous peine de 500 fr. d'amende. C'est sans doute la raison pour laquelle leur église est placée dans la cour et encombrée du côté de la rue par des maisons qu'elles n'ont pas eu la liberté de détruire.^ En 1635, elles avaient acheté, moyennant cent cinquante livres de rente, du prieur Hays, le grand jardin, qui est un démembrement de celui de Saint- Martin (4). Le 22 juin 1639 , Mgr Eustache du Lys bénissait la première pierre de l'église, qui fut posée par la princesse Louise-Marie de Gonzague, dans les fondations du mur, à droite du maître-autel, avec une plaque d'étain aux armes de la princesse. Deux ans plu9 lard, sa sœur, Anne de Gonzague , posait la première pierre du maître-autel, à l'angle du côté de l'évangile; et le 5 juillet de la même année 1641 , l'église fut bénite par Mgr Eustache du Lys 9 sous le vocable de la Visitation de la sainte Vierge. Au mois d'octobre 1649, Mgr Eustache de Chéri fit une nouvelle dédicace de cette église ; ce fut sans do^te une consécration solennelle qui eut lieu, quaiid tous les travauic furent terminés. La chapelle k droite , en entrant , fut dédiée '& saint Joseph ; celle de gauche, & saint Augustin ; mais, après la canonisation de saint François de Sales, cette dernière fut mise sous le vocable de ce saint , et plus tard sous celui de sainte Çh^tiita).
(1) Archivas d§ Nevert-
DANS LK D^OGËSe DU NKVBRS. 9!
Il est facile -de reconnaître le genre italien dans rornementation de celte église , soit au maitre*autel , soit au portail ; les frontons brisés qui couronnent Tensemble, les têtes d*anges jetées çà et là comme remplissage ou comme soutien des consoles, leurs ailes composées de feuillages de fantaisie au lieu de plumes ; d*autres ornements tourmentés rappellent cette architecture capricieuse, fort en usage à celte époque. Il faut cependant avouer que le portail et l'autel dont nous parlons ne sont pas sans mérite; les différents membres d'architecture sont heureusement disposés, l'ensemble est gracieux.
Sainte Chantai honora plusieurs fois de sa présence la maison de Nevers. Dans une de ses visites^ en se rendant à Paris, elle donna le petit habit à sœur Jeanne-Catherine de Saulieu, qui^ plus tard, fut une des religieuses les plus ferventes de cette maison. On raconte que la première fois qu'elle vint à Nevers, après la construction de. l'église, la sainte adressa des reproches à ses chères filles, au sujet du luxe qu*on avait déployé dans son ornementation. Elle eût voulu qu'on se contentât d'une noble simplicité et qu'on évitât tout ce qui paraissait peu en rapport avec la pauvreté évangélique. On comprend que ces reproches, qui rappellent ceux que le trop sévère saint .Bernard adressait autrefois aux moines de Cluny, ne pouvaient atteindre les religieuses de la Visitation; complètement étrangères à (^tte construction, elles avaient laissé les princesses de Nevers suivre l'élan de leur piété.
Parmi les sœurs que le diocèse de Nevers a données à l'ordre de la Visitation, deux sont mortes en odeur de sainteté : la Mère de Bréchard, qui ^lourut à Riom le 18 novembre 1637, et dont le corps fut trouvé entier et sans corruption huit ans après.
Au commencement du siècle dernier, sœur Marie Joseph Dollet de Solières mourut aussi en odeur de sainteté dans le monastère de Nevers. Sa vie fut imprimée en 1712.
Une circulaire de la communauté de Nevers du 5 février 1Ç95 nous fait connaître l'état du personnel de la maison. à cette époque : elle se composait de trente-six professes du voile noir, trois du voile blanc, trois novices, trois tourières et cinq sœurs du petit habit.
En 1767, le souverain pontife Clément XIII, par sa bulle du 16 juillet, avait annoncé au monde catholique que la bienheureuse Jeanne-Françoise Frémiot de Chantai allait être honorée pomme sainte. Ce ne fut que le 2 mai 1768 que la bulle de canoiû^aUon
arriva officiellement au monastère de Nevers. Inutile de dire que la joie de ces saintes filles était à son comble; le son des cloches du monastère annonça à la ville cette heureuse nouvelle, et le jour même un salut solennel en musique, suivi de la bénédiction du Saint-Sacrement et duTe Deum, fut célébré dans leur chapelle.
Après en avoir conféré avec Mgr Tinseau, il fut décidé que les grandes cérémonies qui devaient avoir lieu à cette occasion commenceraient le 21 aoûi, jour de la fête de la sainte , pour continuer pendant huit jours. Monseigneur annonça cette solennité au clergé et aux fidèles de son diocèse, par un mandement daté de son château d'Urzy.
Dès le samedi 20 août, à midi, tous les canons de la ville se firent entendre en même temps que toutes les cloches des paroisses et des communautés. Au même instant un étendard aux armes de la sainte fut placé au sommet du clocher de Téglise de la Visitation , et y demeura pendant toute Toctave.
A deux heures, le chapitre se réunit à la cathédrale pour chanter les premières vêpres de la fête, pendant lesquelles le clei^é séculier et régulier de la ville, les autorités, les confréries et les communautés se réunirent pour la procession d'ouverture.
A trois heures ; la procession sortit de la cathédrale dans Tordre suivant :
lo La confrérie de la Passion ;
2^ Les communautés des arts et métiers et les confréries de la ville, avec leurs châsses, bâtons et bannières ;
3^ La bannière de la sainte, portée par deux acolytes en aubes, et suivie des jeunes pensionnaires de la Visitation , revêtues du petit habita avec ceintures et rubans violets et la croix d'argent suspendue au col ; elles tenaient chacune un cierge à la main ; après elles marchaient les sœurs tourières ;
4» Les RR. PP. Capucins ;
S'» Les RR. PP. Minimes ;
6^ Les RR. PP. Uécollets ;
7» Les RR. PP. Jacobins ;
8<» Venaient ensuite MM. les Curés de la ville et de la banlieue, en chape, précédés de leurs croix et de leurs bedeaux;
9* MM. du Chapitre, en soutanes rouges, revêtus de chapes magnifiques ; tout le chœur, également en chapes, etie grand chantre avec son bâton, marchant entre deux choristes.
iO> Une châsse d'ébène, enrichie de lames d'argent, contenant les reliques de sainte Chantai , élait portée sous le dais de la ville par deux chanoines. Huit de ces messieurs avaient été désignés pour cette fonction : ils se remplaçaient successivement. Les cordons du dais étaient soutenus par MM. les OfOciers municipaux.
Quatre jeunes ecclésiastiques portaient des torches aux quatre angles du dais, et deux autres balançaient continuellement leurs encensoirs devant les saintes reliques. A droite et à gauche, un détachement des dragons de Damas formait la haie. La musique de ce régiment, placée devant le dais, faisait entendre des symphonies , alternant avec la musique de la ville et avec celle de la cathédrale.
ll^* Suivait immédiatement Mgr Tévéque de Nevers , revêtu de ses ornements pontificaux, accompagné de ses deux archidiacres, du prêtre assistant, en chape, et précédé de ses porte-insignes.
ISi® Marchaient ensuite MM. les Officiers du bailliage à droite, et le maire de la ville à gauche. Un nombre considérable de citoyens de tout ordre fermait la marche.
La procession sortit dans cet ordre par la porte méridionale de la cathédrale , passa dans les principales rues de la ville , jonchées de fleurs ; le devant des maisons était tapissé. On avait transporté les canons sur la place Ducale ; une décharge eut lieu quand les reliques de la sainte arrivèrent sur la place. Le régiment des dragons de Damas s'y trouvait rangé en bataille.
Âpres cinq quarts d'heure de marche , on arriva au monastère de la Visitation, dont les portes étaient gardées par un peloton de dragons et par les sergents de ville.
Monseigneur se plaça sur un riche trône qu'on lui avait dressé près de l'autel ; le chapitre occupa le reste du sanctuaire; les membres du clergé séculier et régulier restèrent dans la nef. Messieurs du bailliage se rangèrent dans la chapelle de la Sainte-Vierge, adroite en entrant, et les officiers municipaux dans celle de Sainte- Chantal, à gauche. Les musiciens occupèrent une tribune qu'on avait élevée au fond de l'église.
M. Septier de Rigny , officiai du diocèse , lut de la balustrade du sanctuaire la bulle de canonisation, en français, et Mgr l'Ëvèque adressa de son trône à l'assemblée un discours relatif à la cérémonie. Après le discours, le prélat entonna les vêpres, qui furent suivies du salut et de la bénédiction du Saint-Sacrement.
Le lendemain 21 ^ Monseigneur of&cia pontiiicalement le matin et le soir.
Pendant l'octave, il y eut tous les jours grand'messe et vêpres, avec sermon et salut. Le dernier jour, la procession générale eut lieu dans le même ordre et avec la même pompe que le jour de l'ouverture ; on sortit de la Visitation pour se rendre à la cathédrale, en passant par les principales rues de la ville. Arrivé dans la grande nef, on suspendit à la voûte la bannière de la sainte. Pendant cette cérémonie, tout le cœur chanta le psaume : Laudate Dominum in Sanctis ejus.
Parmentier fait la remarque que ces solennités avaient attiré à Nevers un peuple incroyable (1).
(1) Archives de Nevers.