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CHAPITRE IV

RÉTABLISSEMENT DES VISITANDINES A LA CHARITÉ , PUIS A NEVERS, APRÈS LA RÉVOLUTION.

Les deax monastères de Nevers et de Moulins éprouvèrent^ pen« dant la tourmente révolutionnaire^ le même sort que les autres établissements religieux : les pieuses filles de saint François de Sales furent forcées d'abandonner leurs saintes maisons, dont elles furent dépossédées. Quand l'orage fut passé, une partie d'entre elles avaient quitté le monde ; les autres, peu nombreuses, se voyaient dans rimpossibilité de fonder un nouveau monastère. Cependant, en 1818, la très-honorée Mère Marie-Augustine de Damas se décida à réunir ses sœurs à La Charité-sur-Loire, dans l'ancienne maison des Bénédictines. Cette maison fut appropriée à sa nouvelle destination, partie aux frais du duc de Damas, partie au moyen d'une allocation accordée par Louis XYIII. La Mère de Damas entra dans le monastère de La Charité avec huit sœurs de l'ancien monastère de Moulins, dont deux s'étaient retirées avec elles au château de Menou. Deux sœurs de Nevers vinrent se joindre à elles, une de Châlons et six de Paray-le-Monial. Ces dernières retournèrent plus tard dans leur monastère, quand il fut rétabli.

Cependant, l'âge avancé de la Mère de Damas ne lui avait pas permis de suivre elle-même la restauration de la nouvelle maison ; elle avait été obligée de donner ses instructions à un architecte, habile sans doute sous certains rapports, mais qui était loin de comprendre les dispositions à ménager dans un couvent de la

Visitation. Les sœurs virent de suite tout ce que cette maison laissait à désirer ; mais toutes les ressources avaient été absorbées par cette restauration incomplète ; il fallut attendre avec patience le moment où il plairait à la Providence de les établir dans un monastère plus régulier et plus convenable.

Dès son entrée dans le diocèse, Mgr Dufètre avait vu avec peine la position difficile des Yisitandines dans la ville de La Charité; car, outre l'irrégularité et Tincommodité des bâtiments qu'elles occupaient, elles ne trouvaient pas dans cette ville les ressources qu'elles auraient pu désirer; il comprit tout ce qu'il y avait de légitime dans le désir qu'elles avaient souvent manifesté de sortir de cette maison pour se rapprocher de la ville épiscopale. Croyant que le moment de la Providence était arrivé, le prélat acheta, aux abords de la ville de Nevers, un vaste terrain, dans un lieu sain et bien aéré, et il y fît construire le nouveau monastère dans lequel ces saintes filles devaient se fixer.

L'exemple de leurs vertus, le secours de leurs saintes prières, la protection des saints dont elles possèdent de si précieuses reliques, telles sont les nouvelles grâces que Dieu réservait dans sa miséricorde à notre cité.

Le monastère de Nevers est, sans contredit, le plus riche de l'ordre en reliques et autres objets pieux ; l'origine de ces précieuses reliques remonte à l'époque où la duchesse de Montmorency habitait le monastère de Moulins. Elle y était entrée en 1634, mais ce ne fut

que vingt-un ans plus tard, en 1655, qu'elle obtint du cardinal des

Ursins, son frère, les sept corps de martyrs qui sont maintenant déposés dans l'église de Notre-Dame-du*Peuple-Nivernais. Ces martyrs sont saint Ours, un des compagnons de saint Maurice, chef de la légion thébaine; saint Ursin, saint Séverin, saint Maxime, sainte Dhéodore, sainte Fauste et sainte Agnès, vierges et martyres. Toutes ces reliques sont accompagnées des actes authentiques ; on a placé encore dans les châsses des ampoules contenant le sang de plusieurs de ces martyrs.

Le cardinal des Ursins ajouta une grande croix d*ébène garnie de différentes reliques et renfermant un morceau de la vraie croix.

Outre ces trésors si précieux , le même monastère possède :

1® une épine de la sainte couronne de Notre-Seigneur ; 2^ le cœur

« entier de sainte Chantai, renfermé dans un globe de cristal; 3^ les yeux

de cette sainte; 4^ une parcelle du cœur de saint François de Sales

5» le Ut sur lequel sainte Chantai a rendu le dernier soupir ; 6^ la mitre de saint François de Sales, confectionnée par sainte Chantai ; 7® une chasuble de ce grand saint ; 8® le petit recueil des constitu. tions qu'il portait sur lui ; 9<> son portrait en miniatul^ que sainte Chantai possédait, et dont elle se dessaisit en faveur de Mme de Montmorency , après avoir écrit de sa main , derrière le tableau , quelques mots adressés à saint François de Sales; lO^' plusieurs lettres autographes des deux saints fondateurs de Tordre.

La parcelle du cœur du saint évêque de Genève, que possèdent nos Yisitandines, est celle qui se détacha d'une manière miraculeuse et tomba dans la main de sainte Chantai, quand elle disposait ce saint cœur pour le transporter au monastère de Bellecoar, à Lyon. Lorsque ce dernier monastère fut supprimé, les sœurs allèrent s'établir à Venise, emportant avec elles cet inappréciable dépôt.

Quant au cœur de sainte Chantai et à ses yeux, on sait que la sainte s'étant rendue à Moulins pour satisfaire le désir que Mme de Montmorency lui avait manifesté, tomba malade dans cette ville et y mourut. Après sa mort, Mme de Montmorency fit embaumer son corps pour être conduit à Annecy, mais elle retint le cœur et les yeux. Le cœur de sainte Chantai, à différentes époques, éprouva des modifications que l'art ne put expliquer, et qui ont été considérées comme l'effet d'un miracle. En 1789, le cœur s'était desséché et amoindri au point qu'on craignait de le voir bientôt tomber en poussière , ijuand tout-à-coup les sœurs désolées s'étant mises en prières, le cœur sembla en quelque sorte s'animer et se gonfla au point qu'il remplissait entièrement le reliquaire. En 1828, le ihême dépérissement s'était fait remarquer ; il fut suivi du même prodige.

 la dissolution de la communauté de Moulins, la Mère de Damas avait recueilli toutes ces précieuses reliques; ce fut elle qui les rapporta au monastère de La Charité.

Le nouveau monastère projeté par Mgr Dufètre était déjà en construction. On avait adopté, sauf quelques modifications, les plans des premières maisons de l'ordre, et en 1854 les travaux étaient assez avancés pour permettre à quelques sœurs de venir s'y établir. Elles arrivèrent à Nevers le 31 mai de la même année, portant avec elles les précieuses reliques dont nous avons parlé , et qui demeurèrent exposées dans l'avant-chœur de la cathédrale à la vénération des fidèles jusqu'au 6 juin suivant, époque à laquelle elles furent transférées processionnellement dans le nouveau monastère. On n'a pas

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