LK8 CONGRÉGATIONS RELIGIEUSES
oublié le concours des fidèles pendant les jours de Texposition et surtout pendant la procession ; c'était véritablement une marche triomphale. Cependant, les autres religieuses étaient venues rejoindre celles ^ui les avaient devancées, et la communauté se trouvait toute réunie le jour même de la translation des reliques.
Le monastère, malgré les travaux exécutés, était loin d'être complet ; l'église et le chœur des religieuses n'avaient pu, faute de fonds, faire partie des constructions ; on dut se contenter provisoirement d'une salle convertie en chapelle. Mais Mgr Dufètre ne se décourageait pas dans son entreprise. Il savait attendre au besoin et proGter des circonstances pour arriver au but qu'il se proposait.
Le 8 décembre 1854 , la définition dogmatique de l'Immaculée Conception de la très-sainte Vierge avait été proclamée à Rome, et le 15 décembre le pieux prélat adressait à son diocèse un mandement pour lui annoncer cette grande nouvelle. Il crut que c'était l'occasion que lui ménageait la Providence pour compléter son œuvre, et dans le dispositif du mandement dont nous parlons on lisait cet article :
c Une église sera construite à Nevers, sous le vocable de Vlmnia. culée Conception, dans Tenclos des sœurs de la Visitation. Les fidèles sont invités à concourir à l'érection de cette église en remettant leur offrande, soit aux sœurs de la Visitation elles-mêmes, soit à MM. les Curés. »
Le 17 avril 1855, le prélat adressait au diocèse la circulaire suivante :
€ Nous avons annoncé dans notre mandement du 15 décembre dernier qu'une église serait construite à Nevers , sous le vocable de l'Immaculée Conception , dans l'enclos des sœurs de la Visitation. Nous avons invité en même temps tous les fidèles à concourir par leurs ofifrandes à cette construction.
> Nous étions empressé de donner à Marie un éclatant témoignage de notre reconnaissance et de notre amour, comme aussi d'appeler sut nos bien-aimés diocésains les bénédictions de cette Vierge immaculée. Notre appel a été entendu , et déjà des souscriptions importantes ont été recueillies pour cette œuvre si belle , si propre à intéresser la piété des fidèles. Mais le chiffre total de ces souscriptions est loin encore de répondre à la grandeur de l'entreprise, et nous sommes dans la nécessité de faire un appel plus pressant à la charité publique.
OANB LE 0I0GÈ8B DE NEVBR8. 99
» Il s'agit y d'une part , d'élever à la gloire de Marie le premier temple qui ait été entrepris en son honneur depuis la proclamation du dogme de l'Immaculée Conception ; de Tautre, d'offrir un digne sanctuaire aux reliques si précieuses que possèdent les dames de la Visitation.
» Car, il faut le dire, aucun monastère, aucune église en France ne peut se glorifier d'avoir un plus riche trésor.
> Outre le cœur de sainte Jeanne-Françoise de Chantai, qui a été si souvent une source féconde de bénédictions pour ceux qui Tont invoquée avec confiance, le monastère de la Visitation renferme une épine de la sainte couronne de Notre-Seigneur , une portion du cœur de saint François de Sales, sept corps de martyrs, le lit complet sur lequel sainte Chantai est morte , la mitre et la chasuble de saint François de Sales, etc., etc.
3 Ces différentes reliques doivent être exposées, à certains jours, à la vénération des fidèles , mais elles ne peuvent l'être convenablement que dans une église qui suffise au concours des fidèles.
1 Nous supplions tous les ecclésiastiques et tous les chrétiens pieux de nous venir efficacement en aide, et de ne pas nous mettre dans la douloureuse nécessité d'ajourner l'exécution d'un projet que tant de vœux ont appelé et qui répond à des besoins si légitimes ^et si pressants.
3 Une messe sera fondée, à perpétuité, pour tous les bienfaiteurs de cette œuvre, i
La souscription et les offrandes se multiplièrent , et , quoiqu'elles fussent encore bien insuffisantes, Monseigneur, comptant sur la Providence, ne balança plus à commencer cette grande et pieuse entreprise. La pose de la première pierre fut fixée au 3 juin.
La fondation de l'église de la Visitation de Nevers allait se confondre avec les fêtes de la proclamation du dogme de l'Immaculée Conception ; la procession organisée à cette occasion avait un double but : la manifestation solennelle des sentiments des habitants de Nevers pour Marie immaculée et la pose de la première pierre de l'église qui devait lui être consacrée.
Nous ne saurions mieux faire que de reproduire ici le compterendu de cette procession inséré dans le Journal de la Nièvre (1).
(1) Numéro du 7 juin 1855.
€ La ville de Nevers n'a plus rien à envier désormais aux cités catholiques qui ont manifesté leur piété envers Marie immaculée. On peut même dire à sa gloire qu'elle l'emporte à plus d'un titre sur ses heureuses rivales.
iD Grâce, en effet, à la foi vive et agissante de son pieux évèque, Nevers a été probablement la première ville de France qui ait fait éclater ses transports d'allégresse en l'honneur de VImmaculée Conception,
» C'était le 8 décembre que la ville éternelle recueillait avec un saint enthousiasme les paroles du Vicaire de Jésus - Christ proclamant le nouveau dogme, et c'était le 15 du même mois que Mgr Dufétre, écho ûdèle et empressé de la grande nouvelle, faisait briller aux yeux de ses diocésains le nouveau fleuron que la main du Souverain Pontife venait de placer sur le front déjà si radieux de la vierge Marie, c Venez, nous disait-il, venez, nos très-chers frères; » prions avec amour la Vierge immaculée de répandre de plus en 1 plus sa dévotion dans les cœurs; conjurons-la de regarder favora-
> blement un diocèse qui se plaît à proclamer une de ses plus » glorieuses prérogatives. Nous le lui consacrons, ce diocèse qui » nous est si cher; nous le mettons, ainsi que notre personne , sous » sa tutelle et sa sauvegarde. Qu'elle veille sur les brebis et le » pasteur; qu'elle bénisse cette France dont elle s'est montrée si » souvent la protectrice; qu'elle y affermisse la foi, qu'elle y ranime » la piété, qu'elle fasse de tous les Français une seule famille, en les 1 unissant par le lien de la religion et de la charité , et que de tous » les points de cet empire on l'invoque, en lui disant : c Régnez sur
> nous, vous et votre fils : » Dominare nostrij tu et filius tuus. »
» Aux accents de cette voix touchante, une émotion bien vive fit battre tous les cœurs. Aussitôt on improvisa des fêtes , on se pressa dans les églises, on chanta avec bonheur l'hymne de la reconnaissance; mais ce premier élan de respect et d*amour ne sufSsait pas au cœur de notre évèque , il ne suffisait pas à la piété de notre cité nivernaise. Trop souvent on l'avait accusée de froideur et d'indifférence, trop souvent on avait dit qu'elle avait perdu le précieux héritage de confiance en Marie que lui avaient légué les siècles passés; elle avait à cœur de reprendre son rang parmi les cités catholiques et de manifester hautement sa foi méconnue. Aussi, quand on annonça qu'à Toccasion de la clôture du jubilé on irait processionnellement au monastère de la Visitation, et que là
Monseigneur bénjrait la première pierre d'une église dédiée à VImmaculée Conception^ la ville tout entière éprouva comme un saint frémissement de joie et de bonheur. Elle était heureuse de trouver celte occasion, qui lui permettait de manifester avec plus d*éclat et de magnificence son amour pour Marie.
» Aussitôt on se met à Tœuvre, Télan grandit tous les jours; on confectionne à grands frais les bannières, les oriflammes, les transparents, les emblèmes; on travaille le jour, on travaille la nuit; ce ne sont plus seulement quelques vierges timides occupées en secret à un ornement de fête qui doit figurer dans Tisolement d'une chapelle: riches, pauvres, mères, époux, enfants, jeunes gens, tous rivalisent de zèle, de générosité, d'intelligence et d'ardeur.
9 Aussi de toutes parts on enfante des merveilles, qui brilleront au grand jour quand le moment désiré sera venu.
9 Le mauvais temps ne saurait arrêter l'enthousiasme: on a confiance en Marie. La veille de la fête un orage violent éclate, la pluie tombe par torrents; on n'en continue pas moins tous les préparatifs de la fête, on espère en Marie. Pieux habitants de Nevers, votre confiance n'a pas été trompée. La Vierge immaculée a souri à vos efforts. Regardez: le ciel est couvert, mais il n'est pas menaçant. Les nuages qui portent l'orage et les pluies ont disparu. Il n'y a plus sur vos tètes que des vapeurs élevées et légères qui flottent comme des tentes. Elles sont là, soutenues par la main de Marie. On dirait un voile protecteur qu'elle étend sur votre cité bénie, pour tempérer les ardeurs du soleil et vous protéger contre l'éclat importun d'une lumière trop vive. Le ciel a vu avec admiration les œuvres de votre industrieuse piété; il faut qu'à son tour la terre puisse les contempler à loisir et sans fatigue. — Déployez vos bannières et vos oriflammes, un vent léger les fera flotter gracieusement dans les airs; étendez vos guirlandes et vos riches draperies, pavoisez vos demeures, ornez vos murailles de fleurs et de verdure, la teinte douce et uniforme du firmament en fera ressortir les beautés, en laissera voir tous les détails.
» Vierges chrétiennes, quittez vos parures ordinaires, prenez des vêtements plus blancs que la neige, rangez-vous avec amour sous les étendards de Marie, couronnez-vous de lis et de roses, vous marchez à la suite de la Rose mystique, du Lis de la vallée.
» Les préparatifs sont achevés, les rues ont pris un air de fête
t02 LES CONGRÉGATIONS RELIG. DANS LE DIOCÈSE DE NEVERS.
qu'elles n'avaient pas va depuis des siècles, les visages sont épanouis, loH cœurs sont dans l'allégresse.
> Alors, les cloches annoncent le commencement de la cérémonie ; ces cloches, que nous entendons si souvent sans émotion, semblent avoir pris des voix nouvelles; on dirait que leurs volées n'avaient jamais été si belles et si joyeuses. Les paroisses arrivent en ordre à la cathédrale, et à trois heures la procession générale se met eu mouvement. »