LES URSULINES A NEVERS
Le mouvement était imprimé non-seulement en France, mais encore dans les Etats voisins. La charité se manifestait sous toutes les formes et se développait selon les besoins de la société.
Vers 1511 naquit à Dezenzano, sur le lac de Garde, Angèle de Mérici, qu'on nomme aussi de Brescia, ville où elle passa une partie de sa vie et qui fut le berceau de l'institut qu'elle fonda. Dans le principe, les jeunes personnes qu'elle avait réunies ne faisaient que des vœux simples et même vivaient dispersées au milieu du monde. € C'est proprement ces dernières que la bienheureuse Angèle de Bresse institua en 1537 , ayant voulu que toutes ses filles restassent dans le monde, chacune en la maison de ses parents, aGn d'être plus en état de remplir les devoirs de charité qu'elle leur prescrivit. Quelques-unes, dans la suite, s'unirent en communauté ; ces communautés se répandirent dans la France et embrassèrent dans la suite l'état religieux comme Tétat le plus parfait, et cela avec tant de succès, que depuis l'an 1612 que les Ursulines de Paris commencèrent l'état régulier de cet ordre, on a vu jusqu'à présent plus de trois cent cinquante* monastères divisés en plusieurs congrégations (!)•:»
(1) HiLiOT, Histoire des ordres religieux , 3* partie, chap. XX.
138 LES CONGRÉGATIONS REUGIEUSES
On donna le nom d'Ursulines congrégées à celles que la bienheureuse Ângèle avait établies dans le principe et qui devaient vivre au milieu du monde. L*auteur que nous avons cité nous expose les motifs qui avaient déterminé la pieuse fondatrice à agir ainsi.
a Angèle, nous dit-il, n*avait que vingt-six ans, et c'était dans le temps que les nouvelles hérésies ruinaient les cloîtres, condamnaient la virginité et violaient la sainteté des religions. Ce qui fît paraître que celte sainte fille était conduite par des mouvements secrets de la divine Providence, c'est que pour fonder son ordre elle choisit sagement la manière la plus convenable à la misère du siècle et apporta les remèdes selon la nature du mal; car en ce temps, couvert d'ignorance et de corruption, il fallait chercher les pécheurs dans leurs propres maisons, les contraindre d'ouvrir les yeux pour voir la lumière et courir après eux pour les ramener au chemin du salut. C'est ce qui obligea cette sainte fondatrice de s'accommoder à la nécessité du prochain; elle voulut que toutes ses filles demeurassent dans le monde, chacune en la maison de ses parents, afin de répandre plus facilement l'odeur de la grâce et de la doctrine chrétienne, et de profiter à toutes sortes de personnes par l'exemple de leurs vertus. Elle leur donna pour loi d'aller chercher les afiligés^ pour les consoler et les instruire, de soulager les pauvres, visiter les hôpitaux, servir les malades et se présenter humblement à toutes sortes de travaux où la charité les appellerait. Elle voulut qu'elles s'employassent à toutes sortes d'exercices de charité pour contribuer à la conversion et a\i salut de tous les hommes; et quoique ses filles fussent libres et la plupart de qualité, elle les obligea de se rendre, comme esclaves de tous, à l'imitation de l'Apôtre, afin d'en engager plusieurs à Dieu. Enfin, par une prévoyance qui accompagne toujours la sagesse du ciel, elle ordonna que, selon l'exigence des temps, Ton pourrait changer la forme de vie qu'elle avait introduite. Elle en fît une mention particulière dans ses règles, et elle eut soin que cela fui inséré dans l'approbation de ce nouvel ordre. (1)3»
Cet institut fut approuvé par le pape Paul III en 1544; il lui donna le nom que la bienheureuse Angèle avait choisi , l'appelant la compagnie de sainte Ursule, Il déclara qu'elle était canoniquement instituée, et concéda aux supérieurs la faculté d'augmenter, de dimi-
(1) HÉLiOT, loco eiiato»
nuer ou modifier les statuts, selon les lieux où la compagnie serait établie. En 1571, Grégoire XIII accorda une nouvelle approbation de cet institut, et de nouvelles faveurs qui furent augmentées par Sixte V et Paul Y, à la sollicitation de saint Charles Borromée. En 1572, dans plusieurs localités, elles adoptèrent la clôture et firent des vœux solennels.
Dès 1604 elles furent établies à Paris, où les premières elles embrassèrent Tétat régulier; mais elles ne firent les vœux solennels qu'en 1614, avec clôture perpétuelle; elles avaient obtenu à cet effet une bulle de Paul V, du 13 juin 1612. Les autres diocèses de France ne tardèrent pas à accueillir ces saintes filles ; le diocèse d' A utun comptait au dix-huitième siècle dix-sept monastères d'Ursulines.
Les habitants de Nevers voulurent de leur côté les posséder dans leurs murs, et par une délibération des officiers municipaux du 21 septembre 1621, il fut décidé qu'un semblable établissement pouvait être utile à la ville , qu*on devait se rendre à un vœu si légitime de la population et faiiçe à cet effet les démarches nécessaires.
c En conséquence, Pierre-Henri Elu et Philibert Gueneau, avocat, Tun et l'autre échevins, se transportèrent en la ville de Moulins et y passèrent un acte devant Revaugye, notaire royal, le 11 mai 1622, avec Marie de Sainte-Croix, supérieure des Ursulines, portant qu'elle enverrait de ses religieuses à Nevers ; qu'il leur serait donné 300 livres de rente, remboursables de 4,800 livres, lorsqu'elles en auraient trouvé un emploi , et que dans ce principal étaient comprises les 1,800 livres que M. GuyCotignon, chanoine de Nevers, donnait seul (1). »
Les échevins leur avaient préparé avant leur arrivée un logement convenable : c'était la maison de Nicolas Bourgoing, sieur d'Agnon, conseiller à la cour des aides , qu'ils avaient acceDsée ; ils s'étaient engagés à la garnir des meubles à l'usage des religieuses, et de fournir pour cette fois seulement les ornements de la chapelle. Les sœurs devaient les entretenir ensuite et payer le loyer de leur logement.
Il fut convenu qu'elles se consacreraient à l'instruction des jeunes filles pauvres ou riches, les formant i la lecture (il n'était pas question de l'écriture) et aux ouvrages manuels ; elles avaient la faculté de recevoir des pensionnaires.
(1) Parmbntier, Archives de Nevers ^ tome !•', p. 408.
c II fat dit que si elles cessaient leurs instructions, les 1,800 livres du sieur Cotignon seraient par elles restituées et remises au recteur de rhôpilal de Nevers, pour l'entretien de deux sœurs qui enseigne* raient gratuitement les pauvres filles et les élèveraient dans la pratique des exercices ci-dessus ; que la ville reprendrait ce qu'elle aurait donné, et que s'il en avait été fait emploi, la chose subrogée lui appartiendrait. On convint en outre que les denrées pour le vivre et à l'usage des religieuses seraient exemptes des droits d'entrée et de toutes autres impositions (1). >
Les échevins délégués revinrent à Nevers, rapportant l'acte cidessus mentionné ; il fut ratifié par leurs collègues et par le procureur du fait commun le 21 du,mème mois. Mgr Tévèque Eustache du Lys avait déjà donné son approbation.
c Le 5 août 1622, on tira donc du couvent de Moulins quatre religieuses, dont deux étaient professes d'Âutun et les deux autres de Moulins même. Elles arrivèrent le 7 à Nevers, en la compagnie des femmes des échevins. Elles prirent possession le 9 et furent cloîtrées tout de suite sous la règle de saint Augustin. Ces quatre filles étaient : la mère Antoinette de Marcellange, dite de Jésus, supérieure; Jeanne de Tous-les-Saints, Anne de Jésus et Jeanne des Anges. Quelque temps après on leur en ajouta deux autres , savoir: Catherine de la Croix et Jacqueline de Saint-Augustin.
» L'année suivante, 1623, la ville songea à leur faire un établissement fixe, en leur achetant la maison du sieur d'Agnon qu'elles occupaient. M. le duc de Nevers, animé des mêmes vues, leur assura 400 livres de rente par un brevet du 3 octobre, en cas qu'on parvint à les rendre sédentaires dans cette maison ou dans une autre de valeur d'au moins 6,000 livres, avec clause néanmoins que, si elles quittaient, la rente demeurerait éteinte (2). »
Quand il s'agit de consommer l'acquisition projetée, M. Bourgoing voulut en augmenter le prix, et bientôt on s'aperçut que la maison était grevée d'inscriptions. Après avoir aplani les difficultés, les échevins consommèrent l'acquisition par acte du 18 juillet 1626, au prix que nous avons indiqué plus haut. La ville avait emprunté à cet effet 6^000 fr. aux Carmes, ayant à cœur de payer comptant.
(1) Parmbntibr, Archives de Nevers^ page 409. (2; /d., loco citato.
DANS LE DIOCÈSE DE NBYERS. t41
Le même jour, les UrsuHnes, au nombre de neuf , signèrent une reconnaissance par laquelle elles déclarèrent que toutes les condi* lions stipulées dans le contrat de 1622 avaient été remplies et audelà, et que leur habitation avait été payée parles échevins. Désireuses de leur en témoigner leur gratitude , elles prirent spontanément l'engagement de prévenir, chaque année, la veille des fêtes de saint Augustin et de sainte Ursule, les échevins de l'heure du sermon, et de leur faire préparer une place dans leur église s'ils étaient dans rintention d'y assister.
Le chanoine Cotignon voulut ajouter à ses précédentes largesses une somme de 300 livres pour la construction d'une chapelle en l'honneur de sainte Catherine, et 200 écus pour la fondation de deux messes par semaine, à perpétuité: l'une le lundi, pour les trépassés, et l'autre le mardi, en l'honneur de sainte Catherine. Cet acte est du 22 septembre i626.
Au mois de mai 1627, la première pierre de leur église fut posée par Charles I^ de Gonzague, et le 8 décembre 1629, la chapelle fut bénite (1). On ne doit pas s'étonner du choix de cette date, peutêtre avait- elle été désignée par le duc de Nevers ; on sait que ce prince avait une grande dévotion pour la Vierge immaculée, et qu'il avait érigé son ordre de la Milice-Chrétienne sous le titre de V Immaculée-Conception,
Les Ursulines avaient déjà pu faire l'acquisition de plusieurs maisons voisines, pour donner de l'extension à leur monastère; et, en 1635, elles se trouvaient en position de fonder le couvent de Moulins- Engilbert.
L'extension de cet établissement avait effrayé les échevins qui , à plusieurs reprises , leur défendirent d'abattre les maisons acquises et d'en acquérir de nouvelles, ils avaient même menacé d'une amende de 500 livres les ouvriers qui prêteraient leur ministère à ces démolitions. Bien plus, en 1639, ils eurent recours à la princesse Marie de Gonzague, tutrice de Charles II de Gonzague, à l'effet d'obtenir d'elle une ordonnance conforme à leur décision. Elle se rendit à leur désir, et, le 29 juin de ladite année, c elle leur défendit très-expressément de s'étendre dans la ville ; elle leur permit seule-
(1) Parmentier dit consacrée. C'est une erreur, car il ne s'agissait que d'une chapelle provisoire.
LES GONGRfiGÂTIONS RELIGIEUSES
ment d'acquérir dans les faubourgs, à la charge qu'elles ne pourraient y tenir leur école, mais qu'elles continueraient dans la ville, et qu'au surplus le contrat de leur établissement serait exécuté selon sa forme et teneur (1). »
Nous suivons , sauf quelques légères modifications et l'adjonction de nouveaux détails que nous avons pu découvrir, le récit de Parmentier :
€ Sur ces entrefaites, noble Louis Daniau, avocat au Parlement et ancien échevin de la ville de Paris, et dame Denise Roblin, sa femme, ayant fait don aux Ursulines d'une somme de 22,000 livres. Sans autres charges que d'une messe tous les samedis et que la plus jeune de leurs filles , du nom de Françoise, serait reçue dans le monastère, les Ursulines se trouvèrent en état d'acheter au village de Martelet, hors la porte de la Barre, une hôtellerie qui avait pour enseigne le Plat d'étain , et d'y bâtir une nouvelle maison, du consentement de Mgr l'évèque du Lys et de M. de Chéry, son coadjuteur, laquelle étant achevée en 1641 , la messe y fut célébrée , pour la première fois, le jour de Saint-Etienne, et seize religieuses tirées de la ville vinrent s'y habituer, d'où le peuple les appela longtemps les religieuses du Plat d'ètain.
> Cette maison fut faite dépendante de celle de la ville , quant au temporel , et les religieuses changèrent de l'une à l'autre de trois en trois anS; ce qui dura neuf ans (2). -»
Françoise Daniau, d'après les conventions faites entre ses auteurs et les religieuses, avait été admise parmi elles, et elle avait fait profession depuis plusieurs années, quand ses parents voulurent ajouter de nouvelles largesses aux largesses précédentes. Par contrat passé à Nevers le 26 août 1649, ils firent donation entre-vifs audit couvent d*une maison qu'ils possédaient à Paris, rue Sainte-Marine, dans la Cité. Cependant ils s'en étaient réservé l'usufruit.
Le sieur Daniau vint à mourir. Un sieur Pierre Foumier, procureur de la cour de parlement y désirait acquérir cette
(1) Parmbntier, Archives de Nevers.
(2) Id., loco cilato.^ li parait qu'il était déjà question de cet établissement depuis plusieurs années, car le même auteur dit dans son Histoire manuscrite des évêques: « La même année (1636), les Ursulines de Nevers établissent de son consentement une nouvelle maison de leur ordre, au faubourg de Sainte- Valiôre de Nevers, autrement Martelet. »
maison; il y eut même certains arrangements faits à cet effet entre la veuve usufruitière et lui. Nous croyons qu'il n'était qu'un simple mandataire et qu'il agissait au nom du sieur Damond, écuyer, conseiller^ secrétaire du roi, ci-devant contrôleur général de la grande chancellerie. Pierre Fournier, après avoir obtenu à cet effet procuration des Ursulines du faubourg Sainte-Valière» céda audit sieur Damond la maison ci-dessus désignée, en échange de trois titres de rente de 950 livres, au principal de 18,000 fr., et de 200 livres de soulte. L'acte est du 13 juillet 1658.
Cet acte n'est pas sans importance ^ car il nous fait connaître le personnel de la communauté à cette époque, c Le 26 juillet de la même année, révérende Mère Charlotte de Sainte-Cécile, supérieure du couvent de Sainte-Ursule du faubourg Sainte- Yalière de ladite ville de Nevers; Félice de Tous-les-Saints, assistante; Elisabeth de Sainte-Catherine, zélatrice, et quarante-deux autres religieuses professes donnèrent leur assentiment aux arrangements faits par le sieur Damond, par acte authentique passé à Nevers, lequel devra être souhs le bon plaisir de Mgr illustrissime et révérendissime évesque diidit Nevers^ supérieur général et particulier de la communauté desdites religieuses ursulines du faubourg Sainte^Valière. » — Suivent les quarante-cinq signatures des religieuses, puis l'acte d'approbation de Mgr Eustache de Chéry, évèque de Nevers, en date du 27 août 1658.
L'église dont nous avons parlé plus haut ne devait être que provisoire, car Parmentier dit : c En 1647, la première pierre de l'église ùxi posée par M. Nome, confesseur des Ursulines. >
c En 1650, les deux maisons firent demander aux échevins, par Mgr l'Evêque, la permission de quitter la ville et de s'établir dans le faubourg. On délibéra, le 16 avril, qu'elles avaient été reçues à la charge d'enseigner; qu'on leur avait acheté une maisons qu'elles coûtaient beaucoup; que si elles voulaient rendre ce qu'on avait déboursé pour elles, on donnerait volontiers les mains à leur transmigration ; mais que si elles ne voulaient rien restituer, il fallait s'y opposer; et que si une fois elles sortaient, on devait leur ôter pour toujours l'espérance de rentrer. Elles sortirent presque toutes le 7 septembre 1651, et se rendirent au faubourg. Lejendemain 8, jour delà Nativité de la sainte Vierge, le bâtiment fut béni (1). »
(t) Parmentibr, loco cilato.
Les religieuses avaient trouvé un moyen de tout accommoder ; elles ne formèrent réellement qu'une seule communauté , soit pour le spirituel^ soit pour le temporel , dont l'administration siégeait au faubourg Sainte- Valière. Douze religieuses demeurèrent dans la maison de la ville, recevant une pension de l'établissement du Csiubourg ; on leur abandonna aussi les charges et les bénéfices de la fondation des échevins , de celle de M. Gotignon et la rente de 400 livres sur le duché. Cet arrangement paraissait devoir tout concilier. Mgr de Chéry y voyait des inconvénients, et par un décret daté du 25 juillet 1652, il rétablissait la désunion entre les deux maisons. Les religieuses du faubourg en interjetèrent appel au Parlement, et assignèrent en même temps les échevins pour ouïr dire que les petites filles qui voudraient être instruites seraient tenues de les y aller trouver. Mais un arrêt du 11 août 1653 déclara que les deux maisons demeureraient unies , et que celle de la ville serait consacrée aux écoles.
Un nouveau compromis fut établi entre les deux couvents le 20 juil* let 1655, grâce à la médiation de Mgr de Chéry ; ils devaient demeurer indépendants, ayant leurs revenus particuliers et la faculté de choisir la supérieure dans Tune ou l'autre communauté, à la condition qu'après avoir terminé le temps de leur charge , elles rentreraient dans la maison dont elles faisaient précédemment partie.
Les religieuses du faubourg travaillèrent à obtenir des lettres patentes pour régulariser leur position : c'était au mois de décembre 1694 ; ces lettres furent enregistrées au Parlement le 7 mars 1695.
D'après Parmentier, en 1704 les deux communautés contenaient plus de cent vingt religieuses (1) ; on comprend que ce nombre justifiait le projet de ceux qui voulaient en faire deux établissements séparés. Cependant, malgré les décisions dont nous avons parlé, il fut encore question de les réunir ; ce qui eut lieu d'une manière définitive et sans contestation en 1750.
Par une ordonnance du 28 août, confirmée par lettres patentes du roi du mois de février 1751 , Mgr Tévêque Guillaume d'Hugues effectua cette réunion. Leur maison de la ville, avec ses dépendances, sans que les échevins fissent la moindre opposition, fut
(1) Archives de Nevers, t. !•', p. 422.
vendue à leur profit, moyennant la somme de 16,300 livres. Elle était située en face de l'abside de l'abbatiale de Saint-Martin, faisant fiice à la rue actuelle d'Orléans.
Les Ursulines de Nevers, soit au moyen de l'emploi des dots qu'elles avaient reçues, soit par suite de donations, possédaient plusieurs biens ruraux assez considérables, en particulier dans les paroisses de Luthenay et de Saint-Parize-le-Ghâtel. Nous avons retrouvé un bail du 10 juillet 1789, par lequel elles abandonnaient à titre de ferme à une dame veuve Décante, pour neuf ans, à partir de 1790 , le domaine des Riaux , paroisse de Luthenay, et deux louageries, l'une nommée lieu Moreau et Tautre lieu Colin ^ avec les bâtiments, prés, terres, pâtureaux et dépendances, et en outre la glandée des bois.
Plus un autre domaine sis à Gy, paroisse de Saint-Parize-le-Châtel , bâtiments , prés , terres et pâtureaux , un petit étang , la glandée des bois dépendants , louageries et accenses , le tout moyennant 1,500 livres. Il était convenu qile le bois de chauffage des laboureurs serait pris dans les pâtureaux, et que celui nécessaire pour les harnais du labourage et les voitures serait extrait des bois de la propriété.
Ou n'avait pas compris dans le bail le moulin des Riaux , parce que ce moulin était indivis entre les religieux et les sieur et dame Durly.
L'acte est fait au nom de Jeanne-Elisabeth de La Duze de Saint- Jacques, supérieure ; Marguerite de Chéry, assistante ; Thérèse Enfer de Sainte-Glaire , zélatrice ; Louise Robin de Saint-Xavier, Jeanne- Charlotte de Bréchard de Saint-Louis , première portière ; Jeanne Bouquerot de Sainte-Ursule , maîtresse générale de3 pensionnaires ; Marie-Aune Michel de Sainte-Julie , dépositaire , toutes se portant fort pour les autres religieuses, et représentées par M. Dutartre, curé de Luthenay.
Tout ce qui avait un caractère religieux devait disparaître au milieu de la tourmente révolutionnaire; les filles de sainte Ursula allaient subir le sort des autres monastères, c'est-à-dire se voir chassées dp pieux asile qui avait reçu leurs vœux, obligées de se soustraire aux persécutions dont elles étaient menacées. Les sœurs de la communauté de Nevers s'attendaient donc à être dépouillées simultanément des biens ruraux d'où elles retiraient en partie les ressources nécessaires à leur nourriture et aux autres besoins de la vie, et aussi de la maison où elles avaient coulé Tes heureux jours de
leur'jeunesse. Cet établissement, par suite des décrets liberticides de 1790, fut réuni au domaine de l'Etat et devint ensuite une dépen* dance de la fonderie nationale; c'était là que logeait le personnel de cette administration. Plus tard, en 1843, il changea de destination et devint le séminaire diocésain.
Les Ursulines avaient donc été obligées de se disperser; les unes s'étaient réfugiées au sein de leurs familles, les autres chez des amis qui leur offraient une bienveillante mais dangereuse hospitalité, car ils avaient à redouter la loi des suspects. Plusieurs de ces saintes filles, dont le nom est toujours en vénération dans la cité, voulurent continuer leur œuvre de dévouement : pendant les tristes jours de la Terreur, elles réunissaient en secret un certain nombre d'enfants. L'impiélé avait bien pu les forcer à déposer leur costume religieux, mais elle n'avait pu arracher de leur cœur la charité que leur inspirait le Dieu des pauvres et des enfants.
Le costume qu'elles avaient adopté leur permettait de se confondre avec les autres personnes de leur sexe. Des moments plus calmes les laissèrent exercer publiquement leurs fonctions, et après avoir établi leurs classes d'abord dans la rue des Fangeats (1), puis dans la rue Creuse, elles se réunirent et se reconstituèrent en communauté dans la rue de Nemours en 1800, mais sans reprendre encore leur ancien costume religieux et sans s'astreindre à la clôture. On les connaissait alors sous le nom des dames Saint-Cyr, C'était le nom de celle qu'elles avaient élue comme supérieure : Mme Claude- Marie Boileau, en religion sœur Saint-Cyr; elle avait pour compagnes sœur Sainte-Thérèse , sœur Saint-Augustin et sœur Sainte- Rosalie.
Ces quatre religieuses réunies rendirent aux familles de Nevers, après la Révolution^ un véritable service, par l'ouverture publique de leurs classes et l'établissement d'un pensionnat, à une époque où on n'était pas en mesure de se pourvoir de maisons d'éducation. C'est dans cette maison qu'une grande partie des mères de famille de notre ville et des environs puisèrent les principes d'une sérieuse éducation. Dans cet établissement , le vénérable abbé Crétin , curé de Saint-Père de Nevers et depuis chanoine de la cathédrale, avait ses appartements ; c'était le directeur spirituel et temporel des sœurs;
(I) Ancien nom de la ruo nctuclle de la Préfecture.
il donnait même des leçons d'italien aux élèves qai désiraient étudier cette langue.
Cependant il préparait insensiblement les religieuses à reprendre le costume de leur ordre et à en observer les saintes règles, sans avoir la pensée de les astreindre immédiatement à une clôture rigoureuse. C'était le moyen de recruter de nouveaux sujets pour remplacer les anciennes religieuses, déjà d'un âge avancé. La maison de la rue de Nemours , faisant angle avec la rue de Rome, n'était pas dans les conditions voulues pour y former un monastère avec ses dépendances et des classes proportionnées au nombre toujours croissant des élèves ; il fallait donc penser à un autre local qui permit de faire les constructions désirables. On acquit à cet effet un immeuble ou plutôt plusieurs immeubles avec jardin dans la rue de la Préfecture. Le vénérable abbé Crétin n'était pas architecte; on peut dire qu'il ne soupçonnait même pas les principes de cet art. Au lieu de faire préparer un plan complet, dans lequel on eût prévu d'avance les besoins du monastère, avec la pensée de ne faire exécuter pour le moment que jusqu'à concurrence des sommes disponibles, il fit élever des constructions sans ensemble^ créant ainsi des difficultés pour l'avenir. La vue seule de la chapelle suffit pour justifier cette appréciation. Les constructions qui ont été exécutées plus tard sont plus en rapport avec les besoins d'un semblable établissement ; mais elles devaient nécessairement se ressentir des défectuosités primitives.
Ce fut en 1825 que les Ursulines commencèrent dans la rue de la Préfecture la maison qu'elles occupent actuellement ; elles y entrèrent le 10 décembre 1828, et le 25 du même mois, fête de Noël, elles reprirent leur costume religieux. La clôture fut insensiblement rétablie.
Par ordonnance royale du 12 juin 1844, elles obtinrent l'existence légale ; depuis cette époque Dieu bénit ce monastère et le nombre de leurs élèves prit un accroissement sensible.
Les pensionnaires varient de 60 à 70.
Les externes s'élèvent habituellement jusqu'à 80 ; elles sont admises gratuitement.
Le monastère est composé de 24 sœurs de chœur et de 12 sœurs converses.