CHAPITRE IX
URSULINES A MOULINS-ENGILBERT, A CORBIGNY, A LORMES , A SAINT-PIERRE-LE-MOUTIER.
La petite ville de Moulins-Engilbert n'était pas sans importance ; le château-fort, élevé par les comtes de Nevers sur la colline dominant le confluent du Gaza et du Guignon, deux petites rivières qui prennent leur source dans les montagnes du Morvand, avait vu s'abriter à sa base les populations du voisinage ; leur agglomération avait pris le nom des moulins mus pas les rivières dont nous venons de parler, appartenant à la famille des Engilbert, Moiinae Angilbertorum, disent les anciennes chartes. Plusieurs faits importants se passèrent dans le château et contribuèrent à accroître le nombre des habitants qui l'entouraient.
On comprend pourquoi les Ursulines de Nevers, en 1635, jetèrent lés yeux sur Moulins-Engilbert pour y établir une maison de leur ordre, à la décharge de leur monastère. Les chroniques locales ne nous ont laissé aucun détail sur l'origine de cet établissement. On peut l'attribuer vraisemblablement aux princes de Nevers.
c Comme à dix ou douze lieues aux environs il n'y avait pas d'autre établissement de ce genre pour l'éducation des jeunes filles, cette maison devint très-nombreuse; en 1760, il y eut plus de soixante religieuses, sans compter les novices et les pensionnaires (1). »
1) GiLLBT, Annuaire de Tan XIII.
Les bâtiments primitifs ne tardèrent pas à être insuffisants ^ et en 1715 on entreprit, sur un plan assez vaste, la construction des bâtiments actuels; on pourrait s'en faire une idée en rétablissant par la pensée Taile du nord qui fui détruite par un incendie en 1789. On raconte que dans ce désastre deux religieuses périrent dans les flammes.
Le presbytère actuel faisait partie de l'établissement ; il servait de logement pour l'aumônier, et aussi de parloir.
Quand la Révolution dispersa les religieuses, elles étaient cinquante environ.
L'ancienne maison des Ursulines est occupée actuellement par les sœurs de la Charité et Instruction chrétienne de Nevers, qui y desservent l'hospice de la ville et y tiennent les écoles communales.
En parlant des Ursulines de Moulins-Engilbert nous ne pouvons oublier de rappeler qu'une de leurs anciennes pensionnaires, Catherine-Marcelline Paupert^ originaire de Saint-Saulge, fit sa première communion dans cet établissement. Quelques années plus tard, elle entra dans la congrégation des sœurs de la Charité de Nevers , et après une vie de vertus et de dévouement , elle mourut à Tulle en 1708 en odeur de sainteté. Nous en parlerons plus au long quand nous écrirons l'histoire de la congrégation des sœurs de la Charité dé Nevers.
URSULINES A GORBIGNT.
Quelques années avant l'établissement des Ursulines à Nevers, Mgr François de Donadieu , évêque d'Âuxerre , les avait appelées dans sa ville épiscopale. C'était en 1617. Nous n'avons pas à faire ici l'histoire des Ursulines d'Auxerre ; mais nous devons dire, à leur éloge, qu'au milieu des erreurs du jansénisme qui faisait tant de ravages dans ce diocèse pendant la première moitié du dix-huitième siècle, sous l'épiscopat de Mgr de Gaylus, elles surent se garantir de toutes les suggestions mises en œuvre pour leur faire partager ces funestes doctrines.
Douze ans après leur fondation leur nombre s'était accru â un tel point , qu'elles se trouvèrent en position de fonder^ en 1629 , le monastère de Corbigny (1).
(1) Histoire de l'église d'Aulun^ par Gagnare, p. 605.
t50 LES CONGRÉGATIONS RELIGIEUSES
L'année précédente , les échevins et les habitants catholiques de Corbigny-lès-Saint- Léonard , effrayés des ravages opérés dans leur ville par le protestantisme , s'étaient adressés à Mgr Claude de Ld Madeleine (1), évêque d'Âutun, dont Corbigny dépendait alors , à l'effet d'obtenir l'autorisation de fonder dans leur ville une communauté d'Ursulines. Le principal fondateur était Erard de Rochefort, premier abbé commendataire de Corbigny. En même temps qu'il établissait une maison de Capucins pour empêcher, par leurs prédications^ la subversion des catholiques mêlés avec les calvinistes, il demandait à l'évoque d'Autun l'autorisation d'établir c une communauté de religieuses ursulines pour instruire dans la piété les jeunes filles de la ville, ce qui fut accordé pâtr M. Guison, vicaire général (2J ».
L'abbé Erard de Rochefort s'adressa à la communauté des Ursulines d'Auxerre, qui consentit à lui donner trois professes et une novice; il fut chargé de les établir canoniquement dans le monastère de Corbigny au nom de l'évêque d'Autun, ce qui eut lieu le 8 septembre 1629.
La supérieure de cette communauté naissante était la Mère Graffard de Yillette, en religion Marie de Jésus. Elle était une des douze premières professes du monastère de Dijon, et avait déjà fondé celui d'Auxerre. En face des difûcultés que Corbigny pouvait offrir par suite du mélange des catholiques et des protestants , il était important d'avoir une supérieure sage et expérimentée comme la Mère Marie de Jésus.
Cette nouvelle maison fut soumise dès le principe aux règles de la congrégation de Paris.
D'amères tribulations déterminèrent la première supérieure à abandonner son administration et à reprendre le chemin d'Auxerre, où elle mourut, laissant après elle une mémoire vénérée. La supérieure qui lui succéda ne fut pas plus heureuse dans le gouvernement de la maison, et on se vit dans la nécessité de la remplacer par une troisième tirée du couvent d'Avallon. Malgré ces premières épreuves le monastère de Corbigny prospéra au point que six aas après sa fondation^ c'est-à-dire en 1645, il fut en position de fonder
(1) Ce prélat était lils de François de Ragny, gouverneur du Nivernais.
(2) Manuscrit de Corbigny.
DANS LE OIOGËSE DE NEVER8. Ibt
le monastère de Lormes, et en 1647 celui de Saint-Pierre-le- Moûtier.
Les Ursulines de Corbigny traversèrent la seconde moitié du dix-septième siècle et le dix-huilième en faisant le bien. Cependant, cette communauté s*était affaiblie dans les dernières années de son existence : il paraît qu'elle avait peine à recruter des sujets, et quand la Révolution éclata, il ne se trouvait que cinq religieuses sexagénaires dans des bâtiments en ruines.
En 1790, rÉtat s'empara de leurs modestes possessions et leur donna pendant deux ans une rente variable de 500 à 700 fr. par trimestre. La tourmente de 1793 acheva la destruction de cette maison, dont il ne reste plus rien et dont toutes les chroniques ont péri.
Nous avons vu que les filles de sainte Ângèle ne suivaient pas toutes une règle uniforme. Les unes avaient admis la clôture et se trouvaient soumises à la direction d'une supérieure locale; les autres conservaient une plus grande liberté et reconnaissaient une supérieure générale, ayant sous sa juridiction des maisons secondaires. Telle est encore la maison- mère des Ursulines de Troyes.
En 1840, la Mère Eléonore Bouillet de Saint-Raphaël fut envoyée comme supérieure à Avallon, où elle eut pour directeur l'abbé Muard , alors curé de Saint-Martin de cette ville, et qui déjà méditait une vie plus parfaite pour lui-même. Ce saint prêtre n'eut pas de peine à inspirer à Mère Saint-Raphaël les désirs de perfection qu'il éprouvait lui-même, en la portant à cette vie de recueillement entretenue par la clôture, telle qu'on la rencontrait dans un grand nombre de monastères d'Ursulines.
En 1842, fidèle à suivre les inspirations de l'abbé Muard, Mère Saint-Raphaël exposait à la communauté de Troyes son dessein d'établir la clôture dans la maison d'Âvallon, projet admis par plusieurs de ses compagnes. On comprend que l'affaire était a&sez grave pour soulever des discussions entre la succursale et la maisonmère, qui devait voir avec peine le démembrement projeté. La question fut soumise à l'archevêque de Sens et à l'évêque de Troyes qui, après avoir mûrement examiné les raisons alléguées de part et d'autre, décidèrent la séparation.
Cependant toutes les sœurs de la communauté d'Avallon n'étaient pas unanimes pour adopter la clôture et les points de règle qui devaient en résulter; les anciennes surtout préféraient la règle mitigée qu'elles avaient suivie jusqu'alors.
t52 LES CONGRÉGATIONS RELIGIEUSES
Sur ces entrefaites, plusieurs dames de Gorbigny, anciennes élèves des Ursulines d'Avallon, conçurent le projet de fonder dans leur ville une maison du même ordre; à cet effet, elles s'adressèrent à la Mère •Saint-Raphaël, qui vit dans cette démarche l'action de la Providence qui allait lui permettre de réaliser ses pieux desseins. Elle partit donc d*Avallon et arriva auCorbigny le 18 février 1846, accompagnée de deux religieuses de chœur, d'une sœur converse et d'une novice de chœur. Deux autres professes vinrent les rejoindre le 2 octobre suivant.
Les débuts furent pénibles; tout leur manquait d'abord, et elles étaient réduites à n'avoir pas même le strict nécessaire. Elles s'étaient établies dans la Grand^Ruef où elles avaient loué une maison composée dé quatre pièces. Là encore tout portait Fempreinte de la plus rigoureuse pauvreté. Plus d'une fois les pauvres Ursulines fureht dans la détresse et éprouvèrent les rigueurs de la faim, plus d'une fois aussi saint Joseph, établi dès le principe père et protecteur de la communauté, vint en aide à ses chères protégées. Un jour, elles allaient le soir gagner leur modeste dortoir, à la suite d'un repas plus que frugal, car toutes les provisions avaient été épuisées, quand tout-à-coup une personne inconnue frappe à leur porte et remit un sac de pommes de terre. C'était assurer la nourriture du lendemain. Nous savons avec quelle admirable résignation ces bonnes sœurs acceptaient ces terribles épreuves; elles étaient joyeuses d'avoir à souffrir pour Jésus-Christ. Cependant les plus jeunes ressentaient un peu de découragement. Dans leur détresse, $lles écrivirent au curé d'Ârs pour se recommander à ses prières et lui demander conseil. Le saint prêtre leur répondit: oc Vous aurez bea^icoup à souffrir sous le rapport de la sainte pauvreté, mais ne perdez pas courage, Dieu vous viendra en aide. » ''•
Le secours promis arriva en effet, et la famille de Certaines fut l'instrument dont la Providence se servit pour réaliser la prophétie du curé d'Ârs. Heureux monastère, fondé sous les auspices et avec les prières du R. P. Muard et de M. Vianney, dont les noms sont déjà en vénération dans l'Eglise, en attendant, comme on l'espère, qu'ils soient honorés par un culte public. ' ^ •
Cinq mois après l'installation des Ursulines à Corbigny, le nombre croissant des élèves nécessita un changement d'habitation.
Au sud et à l'extrémité de la ville, tout près de l'emplacement de Tancien monastère , se trouvait une belle maison de
construction récente ; on en fit Tacquisition et on s'y installa le 26 juillet.
Dès 1853^ rinsufGsance de ce local et la nécessité de se transporter ailleurs d'une manière définitive furent reconnues.
Au couchant de la ville, à quelques pas de l'Anguison, s'élevaient sur la dernière ondulation d'une colline légère quelques bâtiments afiectés à la retraite d'un bon propriétaire et au service d'une filature. De temps immémorial ce lieu s'appelait la Cave, Il avait attiré les regards des religieuses par sa position et son étendue.
La Providence avait évidemment inspiré ce choix.; car, avec tous les perfectionnements apportés depuis, il n'y a pas, dans Corbigny, un emplacement plus convenable que celui du monastère actuel des Ursulines. Il est comme le point central de tous les quartiers; il a vue d'un côté sur la ville, et de Tautre sûr la gare ; il a l'air pur de la campagne et les commodités de la ville ; ses bâtiments sont mis en évidence par leur position élevée, et l'Ânguison baigne les murs de son vaste enclos, dans lequel il pénètre par un canal de dérivation.
Les Ursulines s'y établirent définitivement le 5 octobre 1856.
En 1865, un bon religieux bénédictin du monastère de la Pierrequi-Yire, frère François, habile dans l'art de bâtir, avait commencé une série de constructions qui se termina, en 1872, par l'achèvement d'une belle chapelle appartenant par son style à l'époque de transition ; cependant elle laisse à désirer sous le rapport de l'orientation de l'autel. Mgr Forcade, évéque de Nevers, la consacra le i*^ octobre 1872, et la charité des âmes pieuses la revêtit de ses principaux ornements.
Dieu, qui est admirable dans ses voies, ne ménagea pas les épreuves à la petite communauté. Pendant que les pierres de l'édifice matériel s'entassaient, les pierres vivantes s'écroulaient avec une effrayante rapidité. Le 21 novembre 1868, la bonne et vénérée Mère Saint- Raphaël s'endormait dans le Seigneur, pleine des œuvres d'une sainte et vaillante fondatrice. Ce fut un grand deuil pour la famille de sainte Angèle et pour tout le pays. Bientôt d'autres tombes s'ouvrirent pour recevoir, à quelques mois d'intervalle, jusqu'à dix des plus jeunes et des plus fortes religieuses de la chère communauté.
La Providence, toujours si bonne, combla largement ces vides en suscitant toute une génération de postulantes qui vinrent successivement offrir au Seigneur les ardeurs de leur jeunesse et les ressources de leur intelligence.
Aujourd'hui, le monastère se compose d'une trentaine de religieuses. Le pensionnat est florissant et compte une soixantaine d'élèves. Les classes externes, entièrement séparées du pensionnat, sont très-nombreuses et reçoivent à peu près toutes les jeunes filles du pays. La classe gratuite est également très-fréquentée.
Depuis sa fondation, le nouveau monastère de Corbigny a eu à remercier Dieu de la grande bienveillance des évéques de Nevers. Mgr Dufétre surtout, dans les dernières années de son épiscopat, en a donné de très-fréquentes preuves à la chère petite communauté qui Taimait comme le meilleur des pères.
Un autre bienfait signalé de la Providence a été celui des qualités éminentes des supérieurs ecclésiastiques qui se sont succédé dans le gouvernement de la maison. Il suffît de citer les noms de M. l'abbé Sergent, devenu évéque de Quimper; de M. l'abbé Fliche, camérier d'honneur de S. S. Pie IX; de M. Crosnier, vicaire général de Nevers et depuis protonotaire apostolique ; de M. l'abbé Gortet, actuellement évéque de Troyes; enGn , de MM. les abbés Bruey et Cointe, chanoines honoraires de Nevers et doyens de Corbigny.
LES UUSULINES A LORMES.
L'ancien monastère de Corbigny était parvenu en peu de temps à un état si florissant qu'il fut, après quelques années d'existence, en position de fonder deux nouveaux monastères. Celui de Lormes fut établi en 1645, d'après M. Baudiau ; Gagnare, dans son Histoire de l'église d'Autun^ reporte cette fondation en 1643 (1).
L'établissement se composait de huit sœurs de chœur et de deux converses ; mais il ne subsista pas longtemps, car il fut réuni avec tous ses biens, vers 1712, au monastère qui lui avait donné naissance.
€ On voit encore, dit M. Baudiau, derrière l'hôtel de ville un espèce de cellier, qu'on dit avoir été la chapelle. Jean de Mesgrigny, baron de Lormes-Chalon , n'en avait approuvé la fondation , dit une chronique, qu'à la condition que les dames de la ville et leurs Glles
(1) Livre V, p. 605.
pourraient y entrer quand bon leur semblerait. Mais ceci ne nous parait pas probable, puisque cette maison se trouvait dans les possessions des comtes de Château-Chinon. Toutefois, si cette clause avait été apposée, elle n'aurait pas peu contribué sans doute à la cbute du couvent (1). i