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ERREURS A RECTIFIER DANS LES NOTICES PRÉCÉDENTES

Avant d'aborder l*histoire de la congrégation des sœurs de la Charité et Instruction chrétienne de Nevers, il est important de présenter quelques observations , à Taide desquelles on pourra se faire une idée raisonnée de Tétat primitif de cette société, qui n'était, dans le principe, qu'une simple association affiliée, par les fondateurs, à la congrégation des sœurs de la Charité de Montoire , dites aussi sœurs du Saint-Sacrement.

c Le projet de ceux qui ont commencé l'œuvre dans le diocèse de Nevers n'était point de former une nouvelle société : on avait appelé les sœurs du Montoire dans la vue de leur confier le soin des établissements naissants.

> Quelques raisons qu'il serait superflu de détailler ici , surtout la crainte de manquer de sujets, obligèrent de prendre d'autres mesures et d'établir un noviciat, ou, pour parler plus exactement, une maison d'épreuve à Nevers. Ce qu'il importe d'observer est que toutes ces sociétés, formées sur le modèle qu'en a tracé saint Vincent de Paul, n'ayant qu'une même fin , sont toutes aussi de même nature en ce qu'elles ont d'essentiel : sœurs grises, sœurs du Montoire, de Moissac, de Nevers, de Saint-Thomas de Villeneuve et autres , sous quelques titres qu'elles soient connues, ne forment qu'un même état de vie.

Le régime intérieur et extérieur , les devoirs , les droits , tes oblîgationsy tout est commun, à la réserve du nom et de quelque différence d'habillement (1). »

Combien de temps les associations naissantes de Nevers et de Saint-Saulge sont-elles demeurées sous la direction de la congrégation de Montoire ? Quels sont les raisons qui ont motivé la séparation et déterminé l'indépendance des maisons fondées dans le Nivernais ? Nous n'avons rien de bien précis à cet égard ; nous pourrons cependant, par induction, parvenir à dissiper le nuage qui enveloppe le berceau de notre congrégation : c'est ce que nous ferons dans le cours du travail que nous avons entrepris. Les historiens qui ont écrit sur l'institut qui nous occupe ne sont pas d'accord sur les noms , les dates, les faits, etc. ; des détails importants sont demeurés inconnus aux uns et mal interprétés par d'autres. Des écrivains plus modernes ont reproduit à leur guise les premières erreurs et sont arrivés ainsi à donner aux commencements si intéressants de la congrégation des sœurs de Nevers une physionomie qui n'était pas en rapport avec la vérité.

Ayant consacré une partie de notre vie à étudier les chroniques, parfois bien obscures, de notre Nivernais, nous ne pouvions oublier nos sœurs de Charité ; c'est ce qui nous a déterminé, en 1853, à présenter, à la société que nous avons Thonneur de présider depuis bientôt vingt-huit ans, un mémoire dans lequel nous avions recueilli tous les faits principaux à l'aide desquels on pouvait embrasser toute l'histoire de cette congrégation. Sous le titre de Saint-Gildard et Us sœurs de la Charité (2), nous avions entrepris de rectifier plusieurs erreurs et de reproduire des détails inconnus. Nous avions pu nous convaincre, par suite de nos études, que bon nombre d'auteurs sérieux copient trop servilement leurs devanciers, sans trop se préoccuper des règles d'une saine critique ; c'est ainsi que les erreurs se propagent et que l'histoire prend les allures de la fable et du roman. Nous ne balancerons pas à avouer que nous-mème, dans ce mémoire, tout en faisant un bon nombre de rectifications, nous avons repro-

(1) Explication des régUinenls de la congrégation des sœurs de la Charité et Instrtiction chrétienne^ chap. I", p. 14.

(2) Bulletin de la Société nivernaise des lettres , sciences et arts , tome I , première série.

duit quelques erreurs que nous sommes heureux de rectifier dans ce nouveau travail. Pour l'étude qui nous occupe, les renseignements ont été recueillis avant tout dans les pièces conservées aux archives de la congrégation, renfermant les différents actes relatifs à ses premières opérations, établissant les rapports entre les deux maisons et leur filiation avec la communauté de Montoire ; les archives de cette communauté relatées dans les Vies de M. Moreau et de scsur Marthe ; les anciennes fondations ; VHistoire manuscrite de Saint'Saulge; la Vie de dom de Laveyne; les actes de l'autorité épiscopale et de l'autorité civile; les archives de l'hospice de Nevers, de Saint-Saulge et de Decize ; les Archives de NeverseiV Histoire manuscrite des évêqueSj par Parmentier ; V Explication du règlement de la congrégation^ imprimé en 1777, et réédité en 1803; les Recherches historiques sur Nevers, par M. L. de Saintemarie (1810) ; les Vies de dom de Laveyne et de sœur Marchangy et les notices sur les supérieures générales (1848) ; la circulaire de Mgr Dufètre (1852) et les lettres des évéques qui se sont succédé dans le diocèse de Nevers ; les notices sur la congrégation , en 1852 et 1856 ; en 1853 , la notice dont nous avons parlé plus haut : Saint-Gildard et les sœurs de la Charité ; tels sont les documents que nous avons consultés et au besoin rectîGés.

Entreprenant un travail sérieux, nous avons dû avant tout signaler les erreurs de noms, de dates, de faits, sans oublier les lacunes laissées dans le détail de ces intéressantes chroniques. En agissant ainsi nous rectifierons et nous compléterons l'histoire de la congre* gation des sœurs de la Charité et Instruction chrétienne , lui rendant sa véritable physionomie, soit lorsqu'elle était encore dans son berceau, soit dans ses développements successifs.

Erreurs de nohs. — Dom Jean de Laveyne^ d'après l'auteur du manuscrit de Saint-Saulge, qui écrivait en 1715, du vivant du pieux fondateur des sœurs de la Charité, était fils de Pierre Delaveyne, chirurgien -expert de la ville de Saint-Saulge, et de Jeanne Gourleau. C'est sans doute dans le but de faire de l'érudition mal placée que les auteurs de VAWum du Nivernais ont remplacé le mot de chirurgien par celui de barbier (1), parce qu'à celte époque les barbiers

(1) Tome II, p. 201.

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pratiquaient au besoin des saignées; mais ils ont oublié qu^il s'agissait d'un chirurgien-expert. Ils écrivent son nom Delavenne. Gillet écrit aussi Delavenne, sacristain du couvent (1); double inexactitude, car alors le couvent n'existait plus. M. de Saintemarie écrit dom de Lavenne(2). L'auteur de la Vie de M. Moreau admet une nouvelle variété : de La Veyne (3). Le P. Bouix adopte avec nous de Laveyne; il ne saurait ; avoir aucun doute sur ce point; nous avons une lettre de ce bon religieux revêtue de sa signature telle que nous l'indiquons.

Le manuscrit de Saint-Saulge nous donne en partie Texplication de ces variations, en nous exposant qu'il y avait deux familles de ce nom habitant cette petite ville, mais sans aucun lien de parenté: les de Lavenne auxquels Née de La Rochelle neveu enlève la particnle, quoiqu'ils fussent incontestablement nobles, et connus sous le nom de de Lavenne de Sichamps, et la famille de Laveyne à laquelle appartenait le fondateur des sœurs de la Charité.

Legeai doit être écrit en un seul mot d'après les registres et les actes de la congrégation de Nevers ; c'est à tort que le P. Bouix en fait deux mots.

Marie-Anne de Guillet est ainsi indiquée dans les archives de la congrégation de Montoire et dans la Vie de M. l'abbé Moreau , tandis que plusieurs auteurs nivernais qui ont écrit sur la congrégation des sœurs de la Charité la nomment de Guilloty ce qui est une erreur.

Montoire est une petite ville de 3,200 habitants, arrondissement de Vendôme, faisant partie avant la Révolution du diocèse du Mans et réuni plus tard à celui de Blois ; c'est là qu'était curé M. Moreau quand Dieu lui inspira la pensée d'y fonder la congrégation qui devait être comme la mère de celle de Nevers. L'auteur des Vies de M. Moreau et de sœur Marthe de La Valette parle de Montoire sans y joindre l'article ; tous les dictionnaires géographiques viennent confirmer cette orthographe , et cependant la plupart des historiographes qui ont écrit sur cette matière disent le Montoire. M. de Saintemarie coiïimet une erreur plus grande encore en disant que dom delavenne avait envoyé deux de ses filles à Bourges^ dans la communauté du

(\) Annuaire de \dOB.

(2) Recherches historiques sur Nevers^ p. 340.

(3) Page 102.

Montoire (Ij, comme si Montoire eût fait partie de ce diocèse. L'auteur de la Vie de la Mère Marchangy a reproduit la même erreur (2).

Tous nos historiens ^ sans exception, ont écrit sans particule le nom de la première supérieure générale, sœur Scholastique Marchangy. Le manuscrit de Saint-Saulge la fait naitre de Jean Marchangy , notaire à Saint-Saulge , et d*Edmée Bourdier. Les archives de la congrégation et tous lés actes que nous avons consultés, la pièce signée par la pieuse fondatrice, les acte&i^des villes de Saint-Saulge, de Decize, de Nevers, etc., portent simplement sœur Scholastique Marchangy. Nous regrettons souverainement que le R. P. Bouix, pour lequel nous éprouvons la vénération la plus profonde, nous ait mis dans la nécessité de le combattre sur ce point comme sur bien d'autres. Quand il, entreprit de reproduire les œuvres de D. de Laveyne et la vie et les lettres de Marcelline Pauper, il vint nous faire part de son projet; nous avions de notre côté préparé un travail identique ; comme ce n'était pas de notre part une affaire d'amour-propre, nous nous empressâmes de mettre à sa disposition tous les matériaux que nous avions recueillis et ce que nous avions déjà fait paraître sur les sœurs de la Charité , heureux de rencontrer un auteur qui avait plus que nous le temps de se vouer complètement à cette œuvre importante. Il eût été facile au R.' P. Bouix, sur certains points douteux, de nous demander pourquoi nous avions émis tel avis plutôt que l'avis contraire, d'autant plus que nous lui avions offert au besoin notre concours ; offre qu'on pouvait accepter dans une matière assez embrouillée. Il n'a pas accueilli notre proposition ; bien plus, ayant remarqué à l'imprimerie qu'il ajoutait la particule au nom de Marchangy, nous crûmes, dans l'intérêt de l'histoire, et même dans celui des sœurs, devoir lui faire des observations à cet égard; cette nouvelle démarche a été sans effet. Il a voulu sans doute être agréable aux sœurs en gratifiant leur première supérieure générale d'un titre de noblesse qui ne lui appartenait pas ; mais il aurait dû se rappeler que ces saintes filles ne soupirent pas après les honneurs de la terre ; contrariées de cette détermination , elles firent des observations à

(1) Recherchât kUioriques sur Nevers, p. 337.

(2) Page xuiT.

l*auteur, mais sans aucun résultat. Elles auraient pu lui rappeler les paroles qu'une de leurs premières Mères, sœur Marthe de La Valette^ adressait à Mme de Maintenon : « Je suis sœur de la Charité ; pour moi c'est un titre au-dessus de tout; je n'y renoncerais point pour tous les trésors de la terre (i). »

Sans doute le P. Bouix pensait pouvoir agir ainsi ; il avait lu la Gaule poétique et Tristan voyageur ^ par M. de Marchangy , petit neveu de la Mère Scholastique. Il eût été facile de lui démgntrer que ce fut seulement vers 1815 ou 1816 que cet éminent magistrat ajouta la particule à son nom, pour être agréable à son épouse; surtout après avoir reçu la décoration de la Légion-d'Honneur il aimait à signer : Le cfievalier de Marchangy (2). Comme l'illustre procureur général avait rendu de grands services au gouvernement de la Restauration, Louis XVIIl lui accorda des lettres de noblesse. Dans tous les cas, on ne pouvait gratifier la Mère Marchangy de la particule sans faire bon marché des chroniques locales et de la chronologie.

C'était chez le P. Bouix une idée fixe, à un (el point que, dans ses citations guillemetées, il ne craignait pas de modifier le texte ; il fait dire à la Mère de La Martinière : c notre très-révérende Mère Scholastique de Marchangy (3) »; faisant mention d'un acte sur parchemin relatif à Decize, signé par les autorités du lieu, il admet parmi les signataires la Mère Scholastique de Marchangy; nous retrouvons la même chose pour la citation faite à la page 156 dans la Vie de Marcelline Pauper.

Rien n'estbien précis relativement à l'époque à laquelle sœur Scholastique Marchangy a commencé ses fonctions de supérieure générale ; cependant cette incertitude devrait cesser si, comme l'avance le P. Bouix, d'après M. Tresvaux de Berteux dans ses Annales de Decize^ < ce fut en 1700 que la supérieure générale de la congrégation se rendit aux vœux des habitants de Decize ». Nous le croyons ; ce fut vers cette époque que les sœurs élurent leur supérieure générale; mais nous avons sous les yeux le texte de M. Tresvaux de Berteux;

(1) Vie de sceur Marthe delà Valette, p. 100.

(2) L*acte de baptôme de M. Marchangy, en date du 29 août 1782, vient encore confirmer nos observations.

(3) Coup d'œil historique sur Vinstitut des sœurs de Nevers, -^ Vie de Marcetline Pauper, p. 441.

les mots sv/pirieurt générale ne s'y trouvent pas. Pourquoi cette addition (1) ? Pourquoi, dans la reproduction de la lettre* circulaire de Mgr Forcade, mise en tète des constitutions, lui avoir fait dire à plusieurs reprises Mère Scholastique de Marchangy ? C'est un anachronisme qu'on n'aurait pas dû mettre au compte du vénéré prélat. Pourquoi, dans la Vie de Marcetline Pauper^ page 347, avoir porté Louis-Antoine de Marchangy, et avoir reproduit cette fausse citation dans l'acte passé entre les sœurs et les habitants de Saint-Saulge? Pourquoi, après avoir écrit à la page 356 que D. de Laveyne laissait à M. Bolacre l'honneur de la haute direction de l'œuvre, ne se réservant que le titre de simple supérieur de la communauté de Saint- Saulge, avoir dit à la page 422 : c Le P. de Laveyne veut que Marcelline Pauper gouverne pendant deux ans la ' maison-mère de Nevers ? » D. de Laveyne ne se contente donc plus d'être simple supérieur de Saint-Saulge ? Il veut donc gouverner la maisou de Nevers ? S'il y a à Nevers alors une maison-mère, la congrégation est donc, en 169i, déOnitivement constituée ? Sœur Marcelline devient donc supérieure générale, étant supérieure de la maison-mère ? Or, jamais on ne \Ûî a reconnu ce titre. Fiat lux !!

Nous arrivons aux erreurs de dates. Ici encore les auteurs ont besoin d'être rectifiés. Parmentier, dont la réputation sous le rapport de l'exactitude est si bien établie, a consacré un article fort intéressant aux sœurs de la Charité très-chrétienne ^ comme il les qualifie; mais il est très-inexact sur les commencements de l'institut , dont il fixe les premiers essais à l'année 1685, et l'arrivée des sœurs à Nevers en 1687. Il n'entre dans aucuns détails sur leurs rapports avec la congrégation de Monfoire (2); il reproduit les dates indiquées dans son manuscrit des évoques de Nevers. Gillet (3) et M. de Saintemarie (4) ont admis les dates adoptées par Parmentier. Nous avons dû les rectifier. C'est encore à tort, comme nous le prouverons bientôt, que l'auteur de la Vie de sœur Marchangy la fait supérieure générale de la congrégation dès 1685; erreur que nous avions nousmême reproduite en 1853 dans notre travail sur les sœurs de la

(1) Œuvres de D. de Laveyne, documents, p. 353. — Annales de Decize, p. 100.

(2) Archives de la ville de Nevers, tome I, p. 415.

(3) Annuaire 1808.

(4) Recherches historiques sur Nevers, p. 335.

Charité^ et qui a été répétée dans la notice imprimée l'année suivante par ordre de Mgr Dufétre. Il est d'autres erreurs de dsites qae nous devons rectifier dans le nouveau travail que nous entreprenons. Il nous reste à signaler les omissions. Passer sous silence les rapports qui ont eu lieu entre les sœurs de la Charité et les Oratoriens que Mgr Vallot leur avait donnés pour supérieurs, c'est une lacune regrettable et que rien ne saurait justifier, puisque nous avions confié au R. P. Bouix les actes authentiques qui établissaient ces rapports. Nous lui avions remis en même temps la notice Saint^Gildard et les sœurs de la Chanté qui contenait ces actes. Il n'a pas jugé à propos de dire un seul mot sur ces relations, servant de bases à l'histoire de la congrégation. Il en a été de même des démarches faites par Mgr Dufétre tendant à obtenir que l'institut fût approuvé par le Saint-Siège. Il avait cependant entre les mains ce que nous avions écrit à ce sujet en 1853 (1), la notice présentée à Pie IX le 20 mai 1852 par le zélé évéque de Nevers , la nouvelle notice imprimée par ses ordres le 18 juillet 1856, rappelant ses démarches pour faire reconnaître par le Saint-Père l'institut qui lui était si cher ; il devait connaître les lettres des trente-deux évêques de France unis à Tévèque de Nevers pour obtenir l'approbation définitive de la congrégation, la circulaire du prélat adressée le 15 octobre 1852 à toutes les maisons de la congrégation, et enfin le décret, en date <lu 26 août 1852, par lequel Pie IX a loué^ recommandé et approy/vé Viiistitut des sœurs de la Charité et Instruction chrétienne de Nevers, Comment, après autant de témoignages aussi authentiques, le P. Bouix a-t-il pu écrire que l'initiative de l'approbation de l'institut était due à Mgr Forcade (2) ? Ce n'est pas nous qui pourrions méconnaître le dévouement de ce zélé prélat pour la congrégation qui nous occupe ; nous l'avons vu à l'œuvre et il ne nous blâmera pas si nous revendiquons pour son vénéré prédécesseur la gloire qui |lui revient. Pourquoi le P. Bouix a-t-il avancé que € sous le gouvernement de Mgr Dufétre la congrégation ne reposait encore que sur une approbation épiscopale ? » Nous devons nous arrêter ici et nous contenter de dire : Est-ce ainsi qu'on écrit l'histoire ?

(1) Saint'Gitdard et les sœurs de la Charité.

(2) Vie de Marcellitie Pauper, introduction, p. xxxiv.

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