‹ Les congregations religieuses dans le diocese de Nevers: Congregations de femmesChapitre 38 sur 83 · LES GONGRËGATIOKB RELI6IEU&E · texte numérisé non relu

LES GONGRËGATIOKB RELI6IEU&E

Charité ou du Saint-Sacrement On les nomma aussi sœurs de la Miséricorde (1), sœurs de la Charité très-chrétienne (2), et encore sœurs de TUnion et Instruction chrétienne (3), ce qui eut lieu sans doute à la suite des arrangements faits entre dom de Laveyne et M. Bolacre ; enfin , elles adoptèrent définitivement le titre de sœurs de la Charité et Instruction chrétienne.

Les deux fondateurs, mus par le même esprit et n'ayant en vue que le bien , dirigeaient leur œuvre avec un admirable accord ; ou plutôt dom de Laveyne déféra la direction entière à M. l'abbé Bolacre, homme plus versé dans les affaires , et que Mgr Vallot avait nommé son vicaire général.

Sœur Marie-Anne, du consentement de ses supérieurs, se rendant au désir formel de Mgr Vallot, demeura à Nevers après le départ des sœurs pour Saint-Saulge, afin de continuer la' mission qui lui avait été confiée. Le 24 septembre 1684, Le prélat donna l'habit à deux nouvelles sœurs qu'elle avait formées, et le 7 janvier 1685 eut lieu la troisième prise d'habit , qui augmenta de sept novices la petite communauté. La cérémonie eut lieu , comme les précédentes , dans la chapelle de l'hôpital , et fut présidée par un vicaire général en l'absence de l'évèque (4).

L'œuvre se développait insensiblement ; mais sœur Marie-Anne de Guillet dut retourner à sa communauté de Montoire , où on la réclamait avec instance ; son mérite était trop connu pour qu'on pût l'oublier. ; aussi , malgré une absence de plus de deux ans , qu'elle avait passés dans le Nivernais , tous les suffrages s'étaient réunis pour la proclamer supérieure de la congrégation. Cependant, comme elle avait à cœur de voir se développer l'association des sœurs de Nevers, elle voulut que sœur Marthe de La Valette, son ancienne amie, dont elle connaissait les talents et la piété , abandonnât à son tour pour quelque temps la communauté de Montoire, et se rendit à Nevers, afin de consolider l'œuvre qu'elle avait commencée. Sœur Marthe était une fille aussi remarquable par sa piété et ses talents que par sa naissance. En 1681, M. l'abbé Moreau l'avait envoyée à Saint-Claude pour y fonder un établissement. Au bout de trois ans

(!) Vie de dom de Laveyne, p. xiii.

(2) Parmentier, Histoire manuscrite des évêgues de Nevers,

(3) Annuaire d'Auxerre, 1790.

(4) Ancien registre de la congrégation.

elle le quitta, ayant été chargée, en 1684, sur la demande de Mme de Maintenon, du soin des malades de la maison de Saint-Cyr. Malgré sa répugnance pour un poste qui devait la mettre en rapport avec la haute société , elle se soumit par obéissance.

La bienveillance toute particulière de Mme de Maintenon à son égard contribuera lui rendre ce sacrifice plus pénible. « Je le vois bien, lui disait Mme de Maintenon, vous êtes comme votre père, qui ne pouvait souiFrir la cour. » La santé de sœur Marthe s'était sensiblement altérée pendant le peu de temps qu'elle avait habité la maison de Saint-Cyr ; elle fut obligée de rentrera Montoire, où elle se remit promptement. Ce fut alors que la Mère Marie-Anne de Guillet la chargea de la direction de la maison de Nevers (1). Sœur Marthe se rendit donc à son nouveau poste, on ne sait précisément à qnelle époque, mais il est probable que ce fut aussitôt après le départ de sœur Marie-Anne, dès le commencement de Tannée 1685 ; on ignore aussi le temps qu'elle y resta ; son départ a dû concourir avec la nomination, comme supérieure à Saint-Saulge de sœur Scholastique Marchangy, qui eut lieu dans le cours de la même année, à moins qu*on ne suppose qu'elle soit restée encore quelque temps avec elle, pour l'éclairer de ses conseils et l'aider de son expérience.

Quoi qu'il en soit, au commencement de l'année suivante, sœur Marthe était de retour à Montoire, et dans le cours de la même année, l'abbé Moreau lui donna une nouvelle mission; il s'agissait de fonder une maison à Asnières, auprès de Bourges.

Il y avait dix-huit mois qu'elle dirigeait cette maison, quand Mgr de La Vrillère, archevêque de Bourges, exprima le désir de voir cet établissement transféré dans la ville. Sœur Marthe s'y rendit avec ses compagnes. Elle en avait amené plusieurs de Nevers à Mbntoire pour achever de les former ; elle se rendit avec elles à Asnières et à Bourges. Malheureusement un directeur peu éclairé, au lieu de seconder les desseins de cette pieuse supérieure , avait paralysé, soit à Asnières, soit à Bourges, les efforts qu'elle faisait pour faire avancer les sœurs dans les vertus propres à l'état saint qu'elles avaient embrassé. Bientôt on comprit qu'il fallait se séparer. Sœur Marthe pria M. Moreau de lui envoyer de Montoire de nouvelles compagnes. Mgr de La Vrillère plaça les anciennes dans

(1) Extrait de la Vie de sœur Marthe de La Valette, imprimée à Paris, chez Gaume frères, 1853.

une autre communauté de la ville, mais elles n'y restèrent pas (1). On ignore si elles rentrèrent dans la communauté de Nevers, ou bien si elles retournèrent dans le monde, comme elles en avaient le droit ; on ne trouve plus aucun renseignement sur leur compte, et à partir de cette époque on ne remarque plus aucune relation directe entre les communautés de Nevers et de Saint-Saulge ^ celle de Montoire. Cependant, dans l'acte passé en 1691 entre les administrateurs de l'hôpital de Nevers et la communauté des sœurs de la Charité, on voit figurer auprès du nom de M. Bolacre celui de M. Moreau, curé de Montoire, pour lequel M. Bolacre devait se porter fort (2).

Cette disposition prouve que les maisons de Nevers et de Saint- Saulge étaient toujours considérées comme succursales de Montoire, et qu'il ne pouvait être question pour elles de nommer une supérieure générale ; elles devaient tenir d'ailleurs à demeurer attachées à la congrégation de Montoire, qui se trouvait légalement constituée par lettres-patentes de 1680 (3), avec l'approbation de Mgr Tévéque du Mans. L'évèque de Nevers favorisait de tout son pouvoir le développement des maisons établies dans son diocèse ; mais il ne pensait pas que le moment fût venu de les détacher de leurs premières Mères ; ce ne fut qu'en 1698, comme nous le dirons bientôt, que Mgr Vallot approuva la congrégation des sœurs de la Charité de Nevers, et que le duc Philippe-Julien Mazarini-Mancini donna son consentement à la fondation.

Après la prise d'habit du mois de janvier 1685, une partie des sœurs restèrent à l'hôpital général, sous la direction de sœur Marthe, qui , comme nous l'avons dit, était venue pour remplacer sœur Marie-Anne de Guillet, tandis que le reste de la petite association faisait, avec la Mère Marchangy, l'édification de la ville de Saint-Saulge.

Dom de Laveyne était au comble de la joie en voyant que Dieu bénissait son œuvre ; persuadé qu'il serait plus facile de la développer à Nevers qu'à Saint-Saulge , il avait pensé à y fonder une maison de noviciat; il écrivit donc à M. l'abbé Bolacre pour lui faire

(!) Vie de sœur Marthe de La Valette.

(2) Archives de la congrégation des sœurs de Nevers.

(3) Nous trouvons cette date dans la Vie de M. Moreau; l'ordonnance de révoque de Nevers porte 1676; c'était peut-être Tépoque des premières démarches relatives à l'obtention des lettres-patentes.

part de son nouveau projet; M. Bolacre l'accueillit avec empressement, et la Providence, secondant leur pieux dessein, inspira à deux médecins célèbres, MM. Lenay et Leroy, la généreuse pensée de leur venir en aide. Non contents de favoriser de tout leur pouvoir cet établissement, ils mirent à la disposition des sœurs et leur fortune et leurs talents. Ils leur firent don d'une maison située sur la place Saint-Pierre (1 j, et se chargèrent de leur faire suivre un cours de médecine et de chirurgie pour les rendre plus propres à remplir leurs fonctions.

En 1691, les administrateurs de l'hôpital général, qui avaient déjà pu apprécier les services rendus par les sœurs de la Charité, passèrent un compromis avec leurs fondateurs, afin de fixer ces pieuses filles à perpétuité dans cet établissement. On nous saura gré de donner connaissance de l'acte passé à cet effet (2) :

c Gejourd'hui... 1691, au bureau de Thôpital général de cette ville de Nevers, et par-devant les notaires soussignés, ont comparu les directeurs dudit hôpital, et ont dit et déclaré qu'ayant reconnu et éprouvé de plus en plus le grand secours et l'utilité qu'ils tirent des sœurs de la Charité, dites du Saint-Sacrement, qui sont depuis quelques années dans ledit hôpital, tant à cause des soins et des services assidus qu'elles rendent à tous les pauvres en général et aux malades en particulier de l'un et de l'autre sexe, et des bonnes instructions qu'elles leur donnent, qu'à cause des grandes épargnes qu'elles font dans la maison, par le ménage et l'économie qu'elles tiennent, soit dans la dispensation des vivres et provisions, soit dans Tentretien des vêtements et chaussures des pauvres, ont estimé et délibéré entr'eux qu'ils ne pourraient faire un plus grand bien et un avantage plys considérable audit hôpital général que de lui assurer un certain nombre de sœurs, qni y demeureront à perpétuité, pour y continuer les mêmes fonctions à l'avenir que par le passé; c'est pourquoi ils se sont adressés à messire Charles Bolacre, prêtre, vicaire général de Hgr l'évêque de Nevers, l'un des directeurs ou pères spirituels desdites sœurs, et qui ont pouvoir et autorité [sur elles, avec lequ^ ils ont -fait le traité et la convention qui en suit, par l'avis et consentement de l'illustrissime et révérendissime père en Dieu, Mgr messire

{1} Maintenant place Guy-Goquille.

(2) Archives de la communauté.

190 LES CONGRÉGATIONS REUGIEUSES

Edouard Vallot, évêque de Nevers, et de MM. les Officiers de la justice, échevins et procureur du fait commun.

1 C'est à savoir : que ledit sieur Bolacre, tant de son chef en ladite qualité, que pour et au nom de M. Moreau, prêtre» curé de Montoire, aussi directeur ou père spirituel desdites sœurs , auquel il sera tenu de faire ratifier ces présentes toutes fois et quantes, a promis et s'est obligé envers Usdits sieurs directeurs de fournir et mettre dans ledit hôpital général des sœurs de la Charité j autrement dites du Saint- Sacrement, jusqu'au nombre de six ou sept, pour y servir et soulager les pauvres de l'un et l'autre sexe et malades , pour y instruire la jeunesse et y avoir Tadministration et Téconomie du domestique, par les ordres desdits sieurs directeurs, auxquels la supérieure desdites sœurs sera tenue de rendre compte de trois mois en trois mois de ce qu'elle aura géré et administré ; moyennant quoi les sieurs directeurs se sont obligés de leur part, tant pour eux que pour leurs successeurs, de loger lesdites sœurs dans un appartement particulier dans ledit hôpital général, et de leur fournir annuellement tout ce qui leur sera nécessaire pour leur nourriture et entretien d'habits et pour les soulager dans leurs maladies (1). :»

Jusqu'en 1693, la congrégation n'avait à Ne vers que deux maisons : lliôpital et la maison de la place Saint- Pierre, où se trouvait le noviciat. Les sœurs avaient encore ouvert dans cette maison des classes payantes et gratuites et recevaient des pensionnaires. M. Vabbé Bolacre comprit que le local n'était plus en rapport avec le personnel de la communauté et avec les œuvres, qui prenaient une extension si rapide ; il acheta, de ses propres deniers, la maison occupée mainte-» nant par l'institution Saint-Cyr» rue de la Parcheminerie (2). En 1702, la Mère Marchangy y ajouta une maison voisine qu'elle acquit avec cinq de ses compagnes ; plus tard on agrandit encore cet établissement par d'autres acquisitions faites à différentes époques. Cette maison fut primitivement consacrée aux œuvres de charité auxquelles les sœurs étaient vouées , tandis que le noviciat et le siège principal de It congrégation furent maintenus dans la maison de la place Saint-

Ci) Un autre acte du 13 mai 1699 assigne & chacune des sœurs 36 livres pour ses vêtements. Dans cet acte il n'est plus question de M. Moreau, ce qui confirme la séparation établie par suite de rordoimance ôpiscopale de 1698.

(2) Nommée depuis rue Adam-Billaut.

OANS LE DIOGËSfi DE NEYËRS. 191

Pierre, comme le prouve un acte du 13 juin 1733 (Ij. On ne sait à quelle époque les sœurs quittèrent ce dernier local. Ce fut très, probablement vers 1749. Elles en conservèrent la propriété pendant Iç cours du dix-huitième siècle. La ville, en 1759, avait loué une partie des bâtiments des sœurs au prix de 120 fr., pour y établir les juges et consuls , qui les occupèrent longtemps.

Dom de Laveyne n'avait pas laissé ses filles abandonnées à ellesmêmes ; tout en leur imposant dès le principe les règles des sœurs deMontoire, il s*était chargé d'y joindre de& Explications ou com- Ttientaires pratiques y plus connus sous le nom d'Avis ou de Directoire.

On a pu remarquer que les commencements de ces établissements n'ont pas été à l'abri de quelques tiraillements, soit à Nevers, soit à Montoire, soit à Bourges. Les sœurs de Nevers trouvaient bien la règle un peu sévère , et peut-être la Mère Marthe de La Valette , malgré son habileté, n'avait pas su assez en adoucir l'observation. L'auteur de sa vie raconte qu'étant devenue supérieure générale, elle éprouva de l'opposition de la part des sœurs qui avaient manifesté plus vivement le désir de la revoir ; il ne faut pas s'étonner si les Nivemaises, moins endormies que les Berrichonnes, avaient eu peine à se conformer aux intentions de la Mère de La Valette.

Ce fut le 6 février 1698 que Mgr Vallot, à la requête du promoteur du diocèse, autorisa et confirma facongrégationj ainsi que les différents établissements fondés à Nevers et ailleurs , comme aussi ceux qui , à l'avenir, pourraient être fondés par les Pères de l'Oratoire. On voit par cet acte, dont nous donnons la teneur, que lesdits Pères avaient été chargés de réviser et de modifier les constitutions suivies jusqu'alors :

Approbation donnée à la congrégation des somrs de la Charité par

Mgr Vallot, évêque de Nevers,

c Sur la requête à nous présentée par le promoteur général de notre diocèce, tendante à ce que , pour les causes y contenues , il soit de notre bon plaisir de vouloir autoriser et confirmer la congrégation des sœurs de la Charité, autrement dites du Saint-Sacrement, venues originairement du diocèse du Mans, où elles sont établies par lettres-patentes de Sa Majesté, de l'an 4676, et lesdits établissements qui en ont été faits par les Pères de l'Oratoire de notre diocèse, tant

(1) Archives de la communauté.

en cette ville et celle de Saint-Saulge que dans les autres villes et gros bourgs de la campagne dlcelui, où elles sont d*une très-grande utilité,, tant pour le soulagement spirituel et corporel des pauvres malades que pour Téducation des pauvres petites filles, auxquell^ elles apprennent la piété chrétienne et à gaigner leur vie par le travail de leurs mains, et l'instruction même qu'elles donnent aux pauvres femmes qui sont dans Tignorance des mystères de la religion, ainsi que nous l'avons reconnu dans le cours de nos visites, et que nous l'apprenons tous les jours par le témoignage de plusieurs personnes dignes de foi : et en conséquence d'approuver les règles et constitutions faites sous notre autorité par lesdits Pères de l'Oratoire, pour maintenir et perfectionner dans ladite congrégation et lesdits établissements qui en ont été faits l'ordre, la piété, la pureté de l'esprit, dans lesquels elle s'est entretenue jusqu'à présent, à la plus grande gloire de Dieu et à l'édification des peuples de notre diocèse.

> Nous, Edouard, évèque de Nevers, pour ces causes, désirant de plus en plus contribuer à l'un et à l'autre de ces avantages et procurer par toutes sortes de moyens le salut des fidèles de notre diocèse, avons autorisé, omologué et confirmé, autorisons, omologuons et confirmons ladite congrégation desdites sœurs de la Charité, autrement dites du Saint-Sacrement, et les établissements qui en ont été faits, tant en cette ville et celle de Saint-Saulge que dans les autres villes et gros bourgs de la campagne, par lesdits Pères de l'Oratoire, auxquels nous permettons d'établir lesdites sœurs de la Charité dans tous les lieux de notre diocèse où ils le jugeront à propos ; ordonnons que lesdites règles et constitutions faites par notre ordre, et que nous avons approuvées et approuvons derechef par ces présentes, seront enregistrées en notre grefife, pour être inviolablement observées, selon leur forme et teneur, et y avoir recours quand besoin sera, le tout sans préjudice de nos droits de supériorité, de visites et autres droits épiscopaux.

> Fait à Nevers, dans notre palais épiscopal, le sixième février de l'année mil six cent quatre-vingt-dix-huit.

» ^ Edouard, évique de Nevers (1). »

Et plus bas :

« Par mondit seigneur,

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