‹ Les congregations religieuses dans le diocese de Nevers: Congregations de femmesChapitre 42 sur 83 · CHAPITRE VL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VL

RÉTABLISSEMENT DU SIÈGE DE NEVERS. — M«r DUFÊTRE ET LES SŒURS DE LA CHARITÉ. — ORPHELINAT DE NEVERS. — MAISON DU BON-PASTEUR DE VARENNES.

Au rétablissement du siège de Nevers, nos évèques se trouvèrent heureux de posséder dans leur diocèse cette précieuse communauté, et, à l'exemple de leurs prédécesseurs, ils lui prodiguèrent les marques d'une affection toute paternelle. Sur différents points du diocèse, on réclama les sœurs de la Charité pour leur confier des pensionnats, des externats, des hospices ou des miséricordes, selon les besoins des localités. Moulins-Engilbert , Moraches , Asnan , Garchizy, Lormes, La Charité, Prye, Saint-Benin-d'Azy, Saint- Hilaire-en-Morvand, Decize, Dornes, Onlay, Ouroux, jouissaient de cette faveur ; en même temps un vaste pensionnat, fondé à Nevers sous leur direction , offrait déjà toutes les garanties désirables aux familles qui voulaient pour leurs enfants une instruction plus soignée.

Tel était Tétat de prospérité de la congrégation quand Mgr Dufètre monta sur le siège épiscopal de Nevers.

L'éminent vicaire général de Tours, dont la vie avait été jusqu'alors vouée au ministère de la prédication , soit dans les missions et les stations quadragésimales, soit dans les retraites ecclésiastiques, avait éprouvé une certaine hésitation quand la nouvelle de sa nomination au siège épiscopal de Nevers lui fut notifiée ; il comprenait qu'il serait obligé de renoncer à ce ministère, dans lequel il goûtait de si

grandes consolations , ou au moins de ne plus s'y livrer qu'avec réserve : il avait peine à s'imposer ce sacrifice, car c'en était un pour lui. Il ne fallut rien moins que les lettres de félicitation et d'encouragement qu'il reçut de toute part des évoques de France pour le déterminer à accepter.

Mgr Donnet, archevêque de Bordeaux , son ami intime, acheva de mettre fin à ses hésitations. L'illustre prélat savait bien que Tabbé Dufétre était non-seulement un prédicateur distingué , mais encore l'homme des œuvres ; il considérait en effet comme incomplète une mission ou une retraite à la suite de laquelle une fondation charitable n'avait pas eu lieu. C'était aux yeux du prélat l'homme puissant «n œuvres et en paroles devant Dieu et devant tout le peuple : Potens in opère et sermoney coram Deo ei omni populo. Il ne balança pas, pour mettre fin à ses perplexités, à lui exposer, entre autres considérations, qu'il trouverait dans la congrégation des sœurs de la Charité un vaste champ digne de son zèle.

Il lui écrivait le 28 septembre 1842 :

c Plus j'examine ce qui vient de se passer par rapport à vous, mon cher ami, plus j'en bénis la Providence. Nevers avait besoin de vous. Cette congrégation des sœurs vous fournira de l'ouvrage. Vos rapports précédents avec tous les évéques vous donneront une facilité plus grande pour leur direction et vous permettront de faire ce que n'aurait pu tenter un autre prélat ; puis, un grand séminaire à rebâtir; que de choses d'un autre ordre à entreprendre ou à reconstituer 1... »

L'archevêque de Bordeaux connaissait le zèle ardent de son ami; il savait bien qu'en lui parlant d'œuvres à fonder ou à entretenir il ferait cesser toute hésitation.

Dès son arrivée dans le diocèse de Nevers, Mgr Dufétre s'empressa d'adresser aux sœurs de cette congrégation une circulaire qui respirait la tendresse d'un père unie au dévouement d'un apôtre.

c Nous étions à peine assis sur le siège de Nevers, leur écrivaitil^ que nous nous sommes senti pressé de répandre notre âme dans la vôtre, et de vous manifester les sentiments que Dieu nous a inspirés pour vous. Nous désirions vous assurer du vif intérêt, du dévouement sincère, de l'affection paternelle que nous vous portons, et vous demander, en échange, d'appeler sur nous les divines miséricordes par la ferveur de vos prières.

Page 1