‹ Les congregations religieuses dans le diocese de Nevers: Congregations de femmesChapitre 47 sur 83 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

ACQUISITION DE SAINT-GILDARD. — POSE DE LA PREMIÈRE PIERRE. — CE QU'ÉTAIT CE PRIEURÉ.

Cependant Mgr Dufètre^ se conflant à la Providence, avait acquis, dans le but d*y faire construire , pour les sœurs de la Charité , des bâtiments plus considérables, le magnifique plateau de Saint-Gildard, avec lé vaste enclos qui s'étendait depuis le Parc jusqu^à l'étang de la Passière et à la fontaine d'Argent. La pureté de l'air , le ravissant aspect dont on jouit du haut de ce plateau y les ruines de l'antique église de Saint-Gildard qui le dominent, les souvenirs religieux et historiques qui s'y rattachent, tout se trouvait réuni pour justifier le choix de l'emplacement adopté par le prélat. Les plans furent dressés, et bientôt l'enclos de Saint-Gildard devint un immense chantier , qui se couvrit d'une foule nombreuse d'ouvriers.

BÉNÉDICTION DE LA PREMIÈRE PIERRE DE l'ÉGLISE DE SAINT-GILDARD.

Le vendredi 10 juin 1853, on lisait dans le Journal de la Nièvre l'article suivant:

c Hier jeudi , vers quatre heures du soir, une cérémonie religieuse pleine d'intérêt avait lieu à Nevers sur l'emplacement de l'ancienne chapelle de Saint-Gildard. Là, au milieu d'un vaste terrain , acquis à cet effet , s'élèvent sur de belles proportions et

LESœNGRËGATIONSRELJG. DANS LE DIOCÈSE DE NEVERS. 249

d'après un plas habilement conçu les constructions destinées à une nouvelle maison de noviciat pour les sœurs de la Charité et Instruction chrétienne de Nevers , vulgairement appelées chez nous sœurs de Sainte-Marie.

1 Cette communauté , dont les immenses services dans Tinstruction et dans le soin des malades sont appréciés partout , a pris depuis quelques années de grands développements : l'ancien couvent de la Visitation , originairement bâti pour un nombre restreint de religieuses , était devenu depuis longtemps insuffisant à leurs besoins , malgré les augmentations successives qu'on y avait faites. Il a donc feilln penser à créer un établissement capable de répondre à toutes les exigences que créent aujourd'hui les circonstances ; car j il faut qu'on le sache bien, les sœurs de la Charité et Instruction chrétienne de Nevers ne peuvent satisfaire aux demandes que de toutes parts on leur adresse pour leur confier l'éducation de la jeunesse et le soin des malades. C'est dans la vue du bien qui reste à accomplir , et d'après les heureuses inspirations du premier pasteur de notre diocèse dont le zèle parfaitement éclairé , a déjà attaché son nom à tant de belles choses parmi nous , que nous devrons ce nouvel établissement qui sera un des plus importants de notre cité.

1 La cérémonie avait pour objet la bénédiction de la première piiBrre de l'église de la maison du noviciat ; elle s'est faite avec solennité par Mgr TEvèque lui-même, assisté de son clergé et en présence de toute la communauté des religieuses. Les élèves des établissements d'instruction qu'elles dirigent y assistaient aussi.

> Un grand concours de peuple s'y était également rendu ; c'était en efiet pour le peuple une solennité à laquelle il devait applaudir de grand cœur : n'est-ce pas principalement à l'éducation de ses enfants que travaillent sans cesse ces saintes filles , dont on élève et agrandit aujourd'hui la demeure? n'est-ce pas à soulager ses misères, à panser ses plaies , à le consoler de ses maux , que les sœurs de la Charité chrétienne s'appliqueront chaque jour? C'était donc pour le peuple une véritable fête , à laquelle il devait prendre une large part.

» Après avoir récité les belles prières que l'Eglise prescrit pour ces sortes de solennités , Mgr TEvéque a adressé à la nombreuse assistance des paroles pleines d'onction et religieusement écoutées ; h a rappelé en quelques mots bien sentis les services immenses qu'avaient déjà rendus les sœurs de la Charité et Instruction chrétienne de Nevers et ceux qu'elles étaient encore appelées à rendre.

LES G0N0RËGATI0N8 BBLI6IEU8E8

Cette belle et importante réunion s'est terminée à cinq heures par la bénédiction pontiûcale.

» Après la cérémonie , Mgr TEvèque s'est rendu au milieu des nombreux ouvriers occupés dans les différents ateliers de constnic* tion, sous la direction immédiate de M. Deforges, entrepreneur chargé d'exécuter les plans de l'architecte , M. Paillard. Le vénérable prélat les a félicités sur la tenue parfaite des chantiers, l'admirable discipline qui y régnait, Tardeur et l'intelligence avec lesquelles les travaux étaient exécutés. Les paroles dont Mgr Dufétre sait toujours se servir en pareilles circonstances ont électrisé ses auditeurs. Aussitôt des vivais ont retenti de toutes parts, et cet heureux épisode a terminé la belle journée du 9 juin , dont le souvenir sera précieusement gardé. :»

TRADUCTION DU PROGÉS-VERBAL , ENFERMÉ DANS UNE BOÎTE DE PLOMB, ET DÉPOSÉ Dklé UN DES PILIERS DU CLOÎTRE.

• A la glotJ'ô de Dieu^ infiniment bon, infiniment puissajit!

» Et sous la protection de saint Loup et de saint Gildard , cette église abbatiale avait été fondée, à ce que l'on croit, vers le huitième siècle, puis était tombée au pouvoir de laïques ; mais, par les ordres de Charles-le-Qhauve , confirmés plus tard par Charles*le-Gro8 , elle fut restituée et fit partie des biens de l'église cathédrale.

» Hugues III, évéque de Nevers, après l'avoir retirée de nouveau des mains des laïques , la donna aux chanoines de Saint-Gyr , avec ses dépendances, comme église paroissiale : ce fut en 1080 ; mais en 1096 Gui , évéque de Nevers, voulant rendre à son ancienne destination l'église de Saint-Gildard et de Saint-Loup , en fit l'abandon , du consentement du chapitre , à Dongion , abbé de Saint-Laurentl'Abbaye, à condition qu'il y enverrait des religieux de son monastère pour y célébrer le service divin et se rendre utiles à la cathédrale. Il fut spécialement convenu que si un chanoine, dans le désir de servir Dieu d'une manière plus parfaite, venait à se retirer à Saint-Gildard, il conserverait sa prébende sa vie durant , et qu'un des religieux serait chargé de faire sa semaine à la cathédrale. Deux religieux devaient aussi se réunir aux chanoines pour les heures canoniales.

» Hervée, évéque de Nevers, signait cette convention en 1100 ; la

DAKS LB DI0GË6B DE NEVER8. 251

charte fut confirmée en 1130 par l'évèque Fromond, et en 1147 par le souverain pontife Eugène IIL

» A la suite de quelques démêlés survenus entre les chanoines et lea religieux, en 1689, l'abbé de Saint-Laurent, moyennant une juste compensation , renonça à ses anciens droits sur Saint-Gildard en faveur des chanoines, qui, depuis cette époque, disposèrent des deux prébendes qui y étaient attachées. Déjà plusieurs fois, dans ces temps malheureux 9 Téglise et les lieux réguliers avaient été presque détruits, surtout en 1440, quand les Anglais ravageaient les faubourgs de Nevers ; il ne reste plus maintenant que l'église mutilée dont on vient de faire l'acquisition.

> L'an de notre salut 1853 , les sœurs de la Charité , établies à Nevers , achetaient de leurs propres deniers tout l'enclos de Saint- Gildard , agrandissaient l'église , la restauraient et en même temps jetaient les fondements d'un nouveau couvent pour leur communauté. Ces travaux furent exécutés sous la direction de Mgr Dominique- Augustin Dufêtre , évêque de Nevers, supérieur de la congrégation desdites sœurs; sœur Philippine Juin étant supérieure générale, sœur Julie Fottilloux assistante , et sœur Rosalie Bouvet maîtresse des novices. Les plans, dressés par M. Paillard, architecte, furent exécutés par M. Deforges, entrepreneur.

> M. l'abbé Augustin-Joseph Crosnier, archidiacre, dictait cet acte^ et sœur Elisabeth de Montjournal, secrétaire générale de la congrégation, récrivait, le cinq des ides de juin, XI°^® indiction, la sixième année du pontificat de notre Saint-Père le Pape Pie IX, et la seconde année du règne de Louis-Napoléon III, empereur.

> Fait à Nevers , au nom de Dieu , qu'il se montre propice à cette entreprise I (9 juin 1853.)

» Sœur Rosalie Bouvet , maîtresse des novices ; » Sœur Julie Fouilloux , assistante ; » Sœur Philippine Juin-Lamiraudie , supérieure » générale.

» f Dominique-Augustin ,

» Évêque de Nevers. »

Dans le choix de l'emplacement, Mgr Dufêtre n'avait pas seulement en vue le site gracieux et le beau panorama qu'offre le plateau de Saint-Gildard , ni les souvenirs qui s'y rattachent ; il avait

252 LES CONGRÉGATIONS RELIGTBUBES

remarqué qu'au milieu de Tenclos occupé par les vignes se trouvait une carrière, autrefois exploitée et loin d'être complètement épuisée; il espérait en tirer bon parti pour les constructions projetées ; elle pouvait fournir abondamment les matériaux nécessaires aux travaux à exécuter. On peut dire, en effet , que ces vastes bâtiments sont sortis de terre.

Tout a été utilisé ; le lieu de l'extraction a été disposé pour y établir les dépendances de la maison, tandis que, sur d'autres points, on ménageait des substructions souterraines destinées à recevoir les eaux pluviales et à offrir au besoin un vaste réservoir en cas d*incendie.

On a dû remarquer que le procès-verbal de la pose de la première pierre contient en abrégé l'histoire du prieuré qui , jusqu'à la Révolution, avait conservé quelques socii attachés au chapitre de la cathédrale. C'était assez dans la circonstance ; mais il nous parait impoilant de compléter ici des souvenirs qui ne tarderaient pas à s'effacer et de faire connaître l'état des ruines de Saint-Gildard au moment où on entreprit les nouvelles constructions.

Avant d'appartenir à l'abbaye de Saint-Laurent l'église de Saint- Gildard était paroissiale. Il paraît que les religieux tinrent à conserver ce titre. Guy Coquille compte Saint-Gildard parmi les prieuréscures du diocèse de Nevers (1), et le pouillé manuscrit déposé aux archives de l'évéché, dressé en 1474 par les ordres de Pierre de Fontenay , fait mention de la cure de Saint-Gildard , qui était , ainsi que le prieuré , à la nomination de Tabbé de Saint- Laurent (2).

Il est certain qu'avant 1445 Saint-Gildard était paroisse. Parmentier raconte que cette église , ainsi que celles de Saint-Benin et de Sainte- Valière , eurent beaucoup à souffrir pendant la guerre de cent ans ; placées en dehors de la ville , elles étaient exposées à toutes les attaques de l'ennemi. Depuis longtemps les Anglais ravageaient les environs de Nevers ; mais , en 1440 surtout , ils avaient répandu partout la terreur , au point qu'on avait garni de barrières et de fossés toutes les avenues de la ville. A cette époque ,

(1) Hùl. du Nivernais, p. 362 et 378.

(2) Ad collaiionem abbalis Sancti Laureniii cura Sancii Gildardi et prioratus.

les trois églises dont nous venons de parler furent presque ruinées. En 1445 y le doyen Robert Tenon constate leur état , par ses procèsverbaux de visite du 14 octobre, du 12 et du 16 novembre ; il ordonne le rétablissement de ces églises ; selon l'expression de notre chroniqueur , il prenait mal son temps , car ces trois paroisses n'avaient presque pliLS de paroissiens^ et ce qu'il en restait n'avait pas mime le nécessaire (1).

La paroisse deSaint-Gildard, déjà peu populeuse, s'affaiblit encore davantage à partir de cette époque. En 1784 , les habitants prièrent l'évèque d'interdire l'église , ce qui eut lieu. Nous ne pensons pas cependant qu'il s'agit d'un interdit absolu, mais seulement de l'abolition du titre d'église paroissiale , qui devenait nul par le fait. On continua jusqu'à la tourmente révolutionnaire à se rendre de la cathédrale à Saint-Gildard pour les stations, et les deux chanoines prébendes dont nous avons parlé ailleurs conservèrent leur titre. A la Révolution , le prieuré de Saint-Gildard éprouva le sort d'un grand nombre d'établissements religieux ; l'église fut vendue , ainsi que les terres qui en dépendaient.

Il ne restait rien de cet antique prieuré, \Ei on en excepte relise, privée de sa partie absidale, et réduite aux trois travées qui composaient la nef. Une seule de ces travées était complète ; les deux autres étaient tronquées. Sa forme était un parallélogramme divisé en quatre travées. La quatrième travée, formant le sanctuaire, communiquait avec les bâtiments claustraux par deux portes : Tune au nord, l'autre au midi. Il serait difficile de rétablir le plan du monastère ; les quelques portions de murs découverts à l'orient de l'église ne présentaient rien d'assez précis. A l'occident, on a aussi trouvé des restes de construction sur le devant de l'église , lieu qui paraît avoir servi de cimetière ; au milieu des tombeaux, on a rencontré un escalier conduisant à une espèce de cave, parfaitement voûtée et fort saine, qui nous a paru être une chapelle sépulcrale ou plutôt un charnier. Aux claveaux de la porte, à défaut d'autres caractères, il a été facile de reconnaître une construction du douzième siècle. Nous avons aussi remarqué de la même époque quelques pierres employées dans les constructions du treizième, entre autres une portion d'entablement garni de dents de scie et des fragments de pierre avec

(1) Inventaire historique des titres de la ville de Nevers,

inscriptions en lettres onciales. Totit ce que nous attribuons au douzième siècle aurait appartenu à une reconstruction qui a dû avoir lieu par suite de la donation faite à Dongion, abbé de Saint-Laurent : cette reconstruction se serait effectuée de 1100 à 1130. Les dates historiques viennent ici confirmer les principes archéologiques.

Quant aux constructions antérieures à cette époque, on en chercherait en vain les traces.

Les sarcophages, en pierre tirée des carrières voisines, trouvés à Toccident de Féglise, ne présentent aucun caractère assez précis pour qu'on puisse leur assigner une époque certaine ; la place de la tète est taillée et comme modelée, de manière à donner au corps couché une position naturelle. On rencontre ces sortes de sarcophages, d'après M. de Gaumont, dès la fin du douzième siècle jusqu'au quatorzième et même plus tard (1). Ces tombeaux renfermaient des ossements, mais point d'urcéole pour Teau bénite, point de cassolette en terre, comme dans les tombeaux de Saint-Etienne de Nevers.

Cependant, un vase qui a été brisé renfermait un certain nombre de pièces de monnaies seigneuriales et étrangères, dont plusieurs remontent à la fin du treizième siècle. Malgré leur état*d'oxydation, on a pu en reconnaître, entre autres, deux des comtes de Flandre, lorsqu'ils possédaient le comté de Nevers, d'autres de Chalon-sur- Saône, de Maguelonne, de Savoie, etc. ; parmi ces pièces, on n'a remarqué aucune monnaie royale de France.

Les trois travées de l'église dont nous avons parlé portent les caractères du treizième siècle ; on découvre ces caractères dans les fenêtres lancéolées qui éclairent chaque travée, comme aussi dans la porte latérale du midi. Ce petit portail est flanqué de deux colonnes surmontées' de chapiteaux à crosses végétales , soutenant un arc triK)bé encadré dans une corniche au plein-cintre , formant larmier. On sait que le plein-cintre s'est conservé dans notre Nivernais simultanément avec les formes ogivales , lors même que le système ogival prédominait déjà ; l'église de Glamecy et la nef de la cathédrale de Nevers présentent ce mélange. Mais à Saint-Gildard , comme à la cathédrale, le profil des moulures prouve que le plein-cintre n'est qu'une simple réminiscence.

Le tympan représente le Sauveur bénissant de la main droite et

(1) Cours d'antiquités monumentales, vi« partie, p. 313.

tenant de la gauche le livre symbolique ; il est assis sur un siège sans ornements autres que quelques peintures que le quatorzième siècle y a ajoutées. C'est à cette dernière époque qu*on a aussi environné le Sauveur des quatre symboles évangéliques en peinture. On ne reconnaît plus les animaux symboliques qu'à leurs silhouettes ; il en est de même des deux écussons, dont les pièces ont disparu.

Auprès de cette porte, on remarque, sur une pierre d'appareil, une inscription funéraire dont les caractères rappellent ceux du treizième siècle :

m NQNAS. NOVEMBBIS. OBIIT.

GYIDO. SACERDOS. NOSTRB.

CONGREGATIONIS. 'CANONIGVS. ANIMA. EIVS. REQVIE.

L'inscription est demeurée incomplète.

Le trois des nones de novembre est mort Guy^ prêtre^ chanoine de notre congrégation; que soii âme repose en paix.

L'intérieur de cette église était d'une élégance rare et présentait de gracieuses proportions ; les chapiteaux, quoique encore un peu trapus, sont largement dessinés, et les nervures à lancettes aiguës vont se croiser à la clé de voûte, sous une large rose épanouie. A la hauteur du tailloir des chapiteaux, une galerie peu profonde, prise dans l'épaisseur des murs, règne d'une travée à rautre,-sans aucune rampe ni ornement, et établit correspondance entre elles, par un couloir ménagé derrière les nervures, à leur naissance. Le tailloir continue sous la galerie, formant corniche. Au*dessous, une platebande, composée d'une peinture polychrome datant de la même époque, est garnie d'un semi de violettes (1).

Les fenêtres à lancettes sont bouchées par de la maçonnerie ; mais au milieu de cette maçonnerie, dans la partie qui regarde la ville, comme aussi dans l'œil-de-bœuf du pignon placé au couchant, on aperçoit des meurtrières ; il est évident que cette église a servi de place forte. Nous croyons que ces moyens de défense ont été établis

(1) On a donné le nom de violettes à ce genre d'ornement qu*on rencontre déjà au douzième siècle. '

256 LES GONGRËGATIONB RELIGIBUBES

en 1617, lorsque le maréchal de Montigny, assiégeant Nevers, awt choisi le Parc pour faire camper ses troupes.

Les dépendances du prieuré de Saini-Gildard avaient été aliénées pendant la tourmente révolutionnaire. En 1853 le plateau était encore couvert de vignes, et Téglise était occupée par un pressoir ; quand Mgr Dufêtre conçut la pensée de faire Tacquisition de tout l'enclos, pour y construire les vastes bâtiments destinés au noviciat et au siège principal de cette congrégation.

Le 15 juin de la même année 1853, Mgr TËvéque deNevers annonçait par la lettre-circulaire suivante, adressée à toutes les maisons de la congrégation , la cérémonie dont nous avons parlé plus haut, en en même temps qu'il leur' faisait part de la promulgation de la loi qui affecte au service de ladite congrégation l'ancien couvent de la Visitation :

c Nos très-chères filles,

» Vos vœux sont comblés. Les bâtiments occupés par la communauté viennent d'être affectés à la congrégation d'une manière irrévocable.

> Sa Majesté TEmpereur , à son passage à Nevers , au mois de septembre dernier , avait bien voulu accueillir favorablement la demande que nous lui avions adressée à ce sujet, et nous promettre de faire cesser vos inquiétudes et vos angoisses, en consacrant légalement la cession qui vous avait été faite de cet immeuble si important.

» Un projet de loi a été présenté par le Gouvernement au Corps législatif, qui l'a adopté à l'unanimité ; le Sénat s'est empressé de confirmer ce vote, et Sa Majesté vient de le sanctionner en promulguant solennellement la loi dont nous vous donnons communication à la fin de cette dernière circulaire.

> Désormais vous jouirez en paix des bâtiments de cette chère communauté , où vous avez presque toutes passé le temps heureux de votre noviciat, et qui ont été les témoins muets de votre solennelle consécration au Seigneur.

» Ne croyez pas, nos très-chères filles, que cela doive modifier en rien les projets que nous avons conçus pour Saint-Gildard , et dont vous connaissez déjà les plans. Vous savez les graves moti& qui ont déterminé le conseil de la communauté à former cette grande entreprise, et ces mêmes motifs nous imposent l'obligation de déployer tout notre zèle pour en assurer l'exécution.

> Il y a longtemps que la congrégation souffre de Texiguîté et de l'insuffisance des bâtiments occupés par la communauté. L'air, la lumière et l'espace manquent également à ce cher noviciat^ qui est votre gloire comme il est votre espérance ; les santés souffrent notablement de Taglomération des sœurs dans un local étroit et étouffé, où l'on ne trojuve ni commodités, ni dégagements ; il faudrait contrarier les desseins de Dieu et renoncer au développement toujours croissant de la congrégation, si l'on était condamné à voir le noviciat à jamais emprisonné dans le local qu'il occupe ; comme aussi il nous serait impossible, dans cette hypothèse, de faire exécuter l'ordonnance que nous avons rendue, conformément aux prescriptions du concile de Sens , relativement à la durée du noviciat et à l'obligation de le faire, au moins en grande partie, à la communauté.

1» Saint-Gildard doit devenir le véritable centre de la congrégation, le séminaire du noviciat; et vous savez déjà dans quel site admirable il est placé, quels avantages inappréciables il offrira pour le recueillement , l'instruction et la santé des novices. Nous n'hésitons pas à dire que nous regardons comme une des plus grandes consolations de notre épiscopat d'avoir pu contribuer à doter la congrégation de ce magnifique établissement.

> Nous sommes loin de regarder pour cela la cession des bâtiments actuels de la communauté comme indifférente et superflue. Voas savez dans quel état de gêne vous vous trouviez à Nevers pour toutes les œuvres de votre saint état. Point de local, ni pour les classes payantes, ni pour les classes gratuites , ni pour une miséricorde , ni pour un ouvroir , etc. Une maison étroite et sans jardin était affectée aux jeunes orphelines et à l'asile payant. Nous avons la confiance qu'avec une distribution convenable la communauté actuelle suffira pour toutes ces œuvres.

> Saint-Gildard sera aussi le bien propre de la congrégation , qui, dans aucun cas , ne pourra lui être contesté. Il sera le fruit de vos économies et de vos largesses, et nous ne pouvons que bénir la Providence du zèle qu'elle vous a inspiré pour concourir toutes , selon vos ressources, à ce grand ouvrage.

» Nous profitons de cette occasion pour vous annoncer que les travaux marchent rapidement et sont conduits par les entrepreneurs avec autant d'intelligence que d'activité.

3 Jeudi, 9 courant, nous avons posé solennellement la première pierre de la chapelle qui doit former le centre de ce vaste édifice.

Nous espérons bien y célébrer les saints mystères dans le cours de l'année 1855.

> Recevez, nos très-chères filles, l'assurance de nos sentiments les plus dévoués.

» f Dominique - Augustin, > ÉvêquedeNevers. »

Après les nombreux et honorables témoignages d'intérêt qui, de toutes parts, avaient été prodigués à la congrégation des sœurs de la Ciharité de Nevers , il semble que ces saintes filles ne devaient plus rien avoir à désirer; et cependant ces témoignages si flatteurs n'eussent pas encore comblé tous leurs vœux, si le Vicaire de Jésus- Christ ne leur eût accordé son approbation. La Providence ménageait à cet institut cette nouvelle faveur , qui venait couronner toutes les autres.

Page 1